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samedi 30 mai 2015

Meursault, contre-enquête - Kamel Daoud

Par Ariane



Prix Goncourt du premier roman 2014

Prix François Mauriac 2014

Prix des cinq continents de la francophonie 2014

Auteur : Kamel Daoud

Titre : Meursault, contre-enquête

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Actes sud

Nombre de pages : 160p

Date de parution : mai 2014

Présentation de l’éditeur :

Il est le frère de “l’Arabe” tué par un certain Meursault dont le crime est relaté dans un célèbre roman du xxe siècle. Soixante-dix ans après les faits, Haroun, qui depuis l’enfance a vécu dans l’ombre et le souvenir de l’absent, ne se résigne pas à laisser celui-ci dans l’anonymat : il redonne un nom et une histoire à Moussa, mort par hasard sur une plage trop ensoleillée.
Haroun est un vieil homme tourmenté par la frustration. Soir après soir, dans un bar d’Oran, il rumine sa solitude, sa colère contre les hommes qui ont tant besoin d’un dieu, son désarroi face à un pays qui l’a déçu. Étranger parmi les siens, il voudrait mourir enfin…
Hommage en forme de contrepoint rendu à L’Étranger d’Albert Camus, Meursault, contre-enquête joue vertigineusement des doubles et des faux-semblants pour évoquer la question de l’identité. En appliquant cette réflexion à l’Algérie contemporaine, Kamel Daoud, connu pour ses articles polémiques, choisit cette fois la littérature pour traduire la complexité des héritages qui conditionnent le présent.



Mon avis :

Dans un bar d’Oran, un vieil homme, Haroun, adresse à son interlocuteur un long monologue. Il est le frère de « l’arabe » tué sur une plage d’Alger en 1942 par Meursault. Kamel Daoud offre une identité et une histoire à celui qui en a été privé. J’ai trouvé particulièrement intéressante cette approche.

Kamel Daoud s’amuse à brouiller les frontières entre fiction et réalité. Car ici ce n’est pas Camus qui a écrit le livre, mais Meursault lui-même qui raconte son histoire et son crime dans un livre intitulé L’Autre. Mes souvenirs de l’œuvre de Camus sont peu nombreux, mais cela m’a suffit à repérer certains parallèles entre le roman de Camus et celui de Daoud. La première phrase par exemple « Aujourd’hui, M’ma est toujours vivante. » résonne comme un écho à la célèbre phrase « Aujourd’hui, Maman est morte. » Des parallèles aussi entre le destin de Meursault et celui d’Haroun. C’est un jeu de miroirs qui peut amuser les connaisseurs de l’œuvre de Camus.

Kamel Daoud pose ici la question du poids du passé sur la vie d’un homme. Le meurtre de Moussa pose une marque indélébile sur la vie d’Haroun. Celui-ci portera le poids de la disparition de son frère, le poids du meurtre et de l’injustice. Mais à travers eux, s’incarnent les blessures causées par la colonisation.

Un unique petit regret : j’aurai aimé en savoir plus sur Moussa lui-même car le récit est centré sur Haroun le frère. Finalement, dans ce roman aussi Moussa n’est qu’un personnage secondaire, qui s’il a retrouvé son nom est toujours privé de parole.

Haroun est un personnage intéressant. Marqué par la mort de son frère, il devient lui aussi un assassin. Peut-être pour rétablir un certain équilibre, il tue un français. Haroun est un vieil homme qui observe aussi avec circonspection les changements survenus dans son pays. Les espoirs nés suite à la Libération se sont effondrés. Haroun semble se tenir à distance de tout ce qui l’entoure. Et aussi de ceux qui l’entourent. Finalement, c’est lui l’étranger.

Mais quelle belle écriture ! L’on ressent pleinement la colère larvée d’Haroun, la frustration, l’aigreur. Mais en même temps, Kamel Daoud parvient à y glisser une certaine légèreté, et même de la poésie.

J’ai lu l’œuvre de Camus au lycée mais je n’avais pas vraiment apprécié, mais Kamel Daoud m’a donné envie de redécouvrir cette œuvre. Un prix Goncourt du premier roman amplement mérité pour cette œuvre audacieuse.



Extrait :

« Il y a toujours un autre, mon vieux. En amour, en amitié, ou même dans un train, un autre, assis en face de vous et qui vous fixe, ou vous tourne le dos et creuse les perspectives de votre solitude. »


J'ai partagé cette lecture avec Jostein

Lu dans le cadre du challenge tour du monde 

10 commentaires:

  1. J'aime l'idée de départ du livre mais il faudrait que je relise Camus d'abord car mes souvenirs de l'Etranger sont un peu lointains.

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    1. J'ai décidé de le relire car mes souvenirs étaient aussi assez lointains.
      Ariane

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  2. Oui, un excellent roman ! Tout en finesse et plein d'intelligence.

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  3. J'ai adoré L’étranger que j'ai lu il y a quelques mois, alors j'ai hâte de découvrir cette "suite". Merci pour cette belle critique.

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  4. Tu as raison, on ne parle pas assez de la vie de Moussa. Peut-être parce que Haroun n'avait que sept ans quand son frère est mort.
    je me suis sentie un peu mal à l'aise face à cette colère mais le style est remarquable et les effets miroir et autres références montrent une grande connaissance de l’œuvre de Camus. merci de m'avoir accompagnée.

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    1. Ce fut un plaisir.
      J'ai été déroutée par cette quasi absence du personnage de Moussa car ce n'est pas ce à quoi je m'attendais en démarrant ma lecture.
      Ariane

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  5. oh oui une écrituer enchanteresse ! j'ai beaucoup aimé !

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