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samedi 10 décembre 2016

Possédées - Frédéric Gros

Par Ariane



Auteur : Frédéric Gros

Titre : Possédées

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Albin Michel

Nombre de pages : 304p

Date de parution : août 2016

Présentation de l’éditeur :

En 1632, dans la petite ville de Loudun, mère Jeanne des Anges, supérieure du couvent des Ursulines, est brusquement saisie de convulsions et d’hallucinations. Elle est bientôt suivie par d’autres sœurs et les autorités de l’Eglise les déclarent « possédées ». Contraints par l’exorcisme, les démons logeant dans leurs corps désignent bientôt leur maître : Urbain Grandier, le curé de la ville.

L’affaire des possédées de Loudun, brassant les énergies du désir et les calculs politiques, les intrigues religieuses et les complots judiciaires, a inspiré cinéastes et essayistes. Frédéric Gros en fait le roman d’un homme : Urbain Grandier, brillant serviteur de l’Eglise, humaniste rebelle, amoureux des femmes, figure expiatoire toute trouvée de la Contre-Réforme. Récit d’une possession collective, le texte étonne par sa modernité, tant les fanatismes d’hier ressemblent à ceux d’aujourd’hui.



Mon avis :

Frédéric Gros revient dans ce roman sur la célèbre affaire des possédées de Loudun. Bien que le terme roman ne soit pas vraiment approprié à mon avis, il s’agit plutôt d’un documentaire romancé.

Urbain Grandier, curé de Saint-Pierre à Loudun est un homme charismatique, éloquent et cultivé. Dans la petite ville de Loudun, cet humaniste fréquente les protestants et s’attire ainsi l’inimitié des catholiques les plus fervents. Par ailleurs, séduisant et séducteur, il joue de son charme auprès des femmes, dont la fille du procureur Trincant qu’il met enceinte. C’est ainsi que l’ancien ami devient son ennemi le plus acharné. D’autres ennemis forment un clan décidé à faire tomber le curé, dont Mignon, le confesseur du couvent des Ursulines. Après l’échec d’un procès pour débauche, c’est de sorcellerie que le curé est accusé.  

La possession des religieuses de Loudun est souvent évoquée lorsque l’on parle d’hystérie collective. Et effectivement, le phénomène est fascinant autant qu’effrayant. Jeanne des Anges, la supérieure du couvent, est la principale possédée. Sous la plume de Frédéric Gros, c’est le portrait d’une femme manipulatrice et cruelle qui se révèle. Les autres religieuses sont plutôt des moutons de panurge, pauvres filles enfermées dès l’enfance au couvent et trouvant ainsi un exutoire à leur frustration et à leur ennui.
Grandier en revanche est présenté comme un homme, certes arrogant et faisant fi de son vœu d’abstinence,  victime d’une vengeance personnelle et des conflits politiques et religieux de l’Etat. 
L'histoire des possédées de Loudun et d'Urbain Grandier est passionnante à plus d'un titre. Tout d'abord par ce qu'elle révèle des tensions entre Protestants et Catholiques que l'Edit de Nantes n'a certes pas apaisées, de la méfiance réciproque et de la volonté de l'Eglise d'affirmer sa position. Car en effet, en démontrant la réalité de la possession et en exorcisant les démons, les prêtres catholiques pensent apporter la preuve que leur foi est la seule vérité. Par ailleurs, que le sorcier soit un proche des Protestants c'est jeter le discrédit sur toute la communauté. 
Ensuite, pour les aspects politiques à l’œuvre derrière ce qui semble n'être qu'une affaire locale. Grandier s'est attiré l'hostilité de Richelieu en publiant un pamphlet et en s'opposant à la destruction de la citadelle de Loudun. Il est aussi un ami de Jean d'Armagnac, gouverneur de la ville et valet de Louis XIII qui est aussi un ennemi de Richelieu.
Enfin, la question de la croyance est passionnante. Car qui croit à la réalité de la possession ? Qui croit réellement que le curé a envoyé des diables aux ursulines ? Certainement pas ses plus fervents accusateurs, ni un grand nombre de témoins qui ont apporté de faux témoignages, non plus Laubardemont, âme damnée de Richelieu, envoyé par celui-ci pour présider la commission chargée de juger Grandier. Seuls des Protestants osent remettre en cause le phénomène de possession, les juges ne sont là que pour trouver et juger un coupable, pas pour déterminer si les religieuses sont réellement possédées. Remettre en cause la possession, c'est remettre en cause toute l'Eglise et le clergé
Bref, cette affaire apporte beaucoup d'interrogations et de sujets de réflexions.   

Toutefois je ne comprends pas le choix du titre de l’ouvrage, car bien que celui-ci fasse référence aux religieuses, c’est Urbain Grandier qui est au centre de l’histoire. Le livre se termine avec la mort de Grandier, or, l’histoire des religieuses possédées de Loudun ne s’est pas arrêtée là.

Et pourquoi avoir fait l’impasse sur le (faux) mariage de Grandier et de Maddelena où le curé tenait à la fois le rôle du marié et de l’officiant, parodiant ici l’un des sacrements les plus sacrés de l’Eglise Catholique ? Peut-être cet épisode ne correspondait pas au portrait flatteur que l'auteur fait de Grandier.

Mais Frédéric Gros expose bien tous les tenants et aboutissants de cette affaire complexe et passionnant, l'écriture est fluide et précise, j'ai apprécié cette reconstitution d"une affaire incroyable qui illustre parfaitement l'expression "la réalité dépasse la fiction". 



Extrait :

« La vérité, monsieur, celle des tribunaux, est une domestique. Elle se donne au plus offrant. Si vous n’avez pour vous que la vérité vraie, celle que reconnaît Dieu, monsieur, vous n’avez pas grand-chose. »

http://ennalit.canalblog.com/archives/2016/01/01/33098969.html

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