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samedi 9 janvier 2021

Chavirer - Lola Lafon

Par Ariane



Auteur : Lola Lafon

Titre : Chavirer

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Actes sud

Nombre de pages : 352p

Date de parution : août 2020

 

Mon avis :

Il semble y avoir une certaine logique dans les sélections du prix des lectrices de Elle. Les romans du jury de septembre parlaient tous de racisme, de jeunes américains confrontés aux préjugés à cause de la couleur de leur peau. Ceux du jury d’octobre étaient des romans féministes et engagés. Si c’est Fille de Camille Laurens qui a été sélectionné, que d’ailleurs je n’ai pas aimé, j’avais très envie de lire celui de Lola Lafon.

Elle nous y raconte l’histoire de Cléo qui rêve de devenir danseuse. Elle est abordée à la sortie d’un cours par une jeune femme élégante et fascinante qui lui parle de la fondation Galatée, qui s’est donné pour mission d’aider les jeunes filles à réaliser leurs rêves. De belles promesses qui cachent une réalité bien sombre…

Lola Lafon met en lumière le fonctionnement pervers de ces prédateurs qui savent repérer et attirer les victimes qu’ils ont repérées. Prédateurs sexuels, sectes, mouvements extrémistes… semblent fonctionner sur le même modèle. La piège se referme lentement mais sûrement autour de la victime et s’en extirper est quasiment impossible.

Qui est Cléo ? On la découvre à travers de multiples témoignages, différentes époques de sa vie, de personnes plus ou moins proches. Mais elle reste insaisissable, à la fois femme et enfant, victime et complice. J’ai aimé cette approche, kaléidoscope qui révèle touche par touche, le portrait de Cléo et lui donne vie.

Avec cette lecture, je découvre Lola Lafon, et j’ai aimé son écriture vive, précise, efficace.

Un très bon roman sur un sujet dans l’air du temps.

 

Extrait :

« L'affaire Galatée nous tend le miroir de nos malaises : ce n'est pas ce à quoi on nous oblige qui nous détruit mais ce à quoi nous consentons qui nous ébrèche ; ces hontes minuscules, de consentir journellement à renforcer ce qu'on dénonce : j'achète des objets dont je n'ignore pas qu'ils sont fabriqués par des esclaves, je me rends en vacances dans une dictature aux belles plages ensoleillées. Je vais à l'anniversaire d'un harceleur qui me produit. Nous sommes traversés de ces hontes, un tourbillon qui, peu à peu, nous creuse et nous vide. N'avoir rien dit, rien fait. Avoir dit oui parce qu'on ne savait pas dire non. »

« Elle avait peur de la gentillesse des gens qu'elle connaissait mal. La gentillesse distribuée comme un flyer pour une messe on se demandait toujours quel en serait le prix. »

7 commentaires:

  1. Contrairement à toi je ne me suis pas sentie très à l'aise avec cette narration en kaléidoscope, mais c'est un bon livre, qui aborde les vrais sujets.

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    1. Parler de la manipulation des victimes, du sentiment de culpabilité qu'elles endossent trop souvent en plus de leurs souffrances, c'est un sujet intéressant et bouleversant.

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  2. J'ai lu la petite communiste qui ne souriait jamais de cet auteur et je n'avais pas tout aimé mais j'ai bien envie de retenter un autre roman de L. Lafon

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    1. C'était ma première lecture de l’autrice, expérience à reconduire.

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  3. je ne comptais pas le lire mais divers avis m'ont convaincue, le tien en fait partie. Mais alors quand le lirai-je?? sais pas!

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  4. Une lecture intéressante à bien des points de vue, en effet.

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