samedi 17 octobre 2020

Du bout des doigts - Sarah Waters

 Par Ariane


 


 

Auteur : Sarah Waters

Titre : Du bout des doigts   

Genre : roman

Langue d’origine : anglais

Editeur : 10 18

Nombre de pages : 752p

Date de parution : janvier 2005


Mon avis :

L’année dernière j’ai eu envie de lire des histoires de fantômes. Après plusieurs déceptions, la lecture de L’indésirable de Sarah Waters avait comblé mes attentes. J’avais aimé le style de l’autrice, rappelant les grands noms de la littérature britannique. Je m’étais alors promis de découvrir un peu plus l’œuvre de Sarah Waters et c’est le billet d’Eva, suivi d’une émission des Bibliomaniacs, qui m’a poussée vers ce livre. Je l’ai emporté dans ma valise pendant les vacances et le moment n’aurait pas pu être plus propice. Car le roman est de ceux que l’on a du mal à lâcher, j’ai donc ainsi pu m’y plonger pendant de longues heures et dévorer ses 750 pages en deux jours.

Sarah Waters nous raconte l’histoire de deux jeunes filles, Sue et Maud. Sue a grandi dans les bas-fonds de Londres, sa mère était une criminelle, pendue alors qu’elle était encore bébé. Elle a été élevée par une gardienne d’enfants, au milieu des voleurs, des escrocs et des receleurs, même si elle a été relativement épargnée et protégée par sa mère de substitution. Un jour, un escroc qui se fait appeler Gentleman, vient lui proposer de prendre part à une arnaque. Il s’est fait engager comme secrétaire par un riche gentilhomme campagnard, qui vit seul avec sa nièce. Nièce qui doit toucher une jolie fortune à son mariage. Gentleman espère séduire la jeune fille, l’épouser, empocher sa fortune puis l’abandonner dans un asile. Mais pour cela il a besoin de l’aide d’un complice, qui pourrait intercéder en sa faveur, manipuler la jeune fille pour qu’elle tombe amoureuse et la convaincre de s’enfuir avec lui. Sue accepte le marché et se fait engager comme femme de chambre auprès de la victime du piège : Maud.

L’histoire aurait pu être simple, mais Sarah Waters nous propose une intrigue complexe et riche en rebondissements, marquée par la duplicité des personnages. Construit en trois grandes parties, le récit alterne les points de vue, commençant avec Sue, puis se poursuivant avec Maud pour revenir à Sue. Cette construction permet de revoir complètement l’histoire à l’aune d’un nouveau personnage, les événements de la première partie prenant un éclairage nouveau dans la seconde.

L’atmosphère rappelle les grands romans victoriens, avec les codes propres au genre : une douce jeune fille à marier, un manoir lugubre, l’asile, les quartiers miséreux. On pourrait trouver cela convenu, mais Sarah Waters va casser les codes en nous réservant de nombreuses surprises. On dirait un mélange de Dickens et Hitchcock, le tout teinté d’érotisme lesbien !  

C’est surprenant, inattendu et complètement addictif. Apparemment il existe une série tirée du roman, il va falloir que je recherche ça et que je m’empresse de découvrir les autres romans de l’autrice (Eva recommande Caresser le velours).

mardi 13 octobre 2020

La mélancolie du maknine - Sahem Boutata

 Par Ariane


Auteur : Seham Boutata

Titre : La mélancolie du maknine

Genre : romans

Langue d’origine : français

Editeur : Seuil

Nombre de pages : 208p

Date de parution : mars 2020

 

Mon avis :

Connaissez-vous le maknine ? C’est le nom que les algériens donnent au chardonneret, ce petit oiseau chanteur. Le maknine, tous les algériens le connaissent, on dit qu’il porte chance dans une maison, on croise des cages dans toutes les rues et son chant évoque le pays, surtout pour ceux qui l’ont quitté.

Sahem Boutata est partie à la rencontre des passionnés du maknine, d’un côté ou de l’autre de la Méditerranée, chauffeur de taxi ou libraire, des hommes principalement. Une passion devenue clandestine en France, car l’espèce est protégée, ce qui a entraîné le développement d’un trafic très rentable. Sahem Boutata a mené l’enquête, elle a rencontré cette communauté fermée et assez secrète. Ces hommes en lui parlant de leur passion pour le maknine, lui ont ouvert leur cœur, chose rare chez les hommes algériens.

Le maknine c’est un symbole de l’âme algérienne, de l’histoire d’un peuple qui peine à se libérer, il a inspiré les poètes et les artistes. A travers ce texte, Sahem Boutata  nous parle de l’histoire récente de l’Algérie. Est-ce un roman ? Non, une enquête plutôt. Sahem Boutata mêle ses souvenirs d’enfance à ses recherches sur le maknine, c’est une réflexion sur le pays de ses ancêtres, une introspection.

La mélancolie du maknine évoque les blessures des algériens, la mélancolie d’un peuple dont les blessures sont encore vives, mais l’espoir existe, fragile et palpitant. 

 

 


lundi 12 octobre 2020

Des vies à découvert -Barbara Kingsolver

 Par Daphné








Auteur : Barbara Kingsolver
Titre : Des vies à découvert 
Genre : roman
Langue d’origine : anglais
Traductrice: Martine Aubert
Editeur : Payots et Rivages
Nombre de pages  570
Date de parution : 2020


Résumé de l'éditeur :

Dans ce nouveau roman, Barbara Kingsolver interroge la place des femmes dans la famille et dans l'histoire à travers deux héroïnes : Willa Knox, journaliste indépendante qui doit aider son fils en pleine crise existentielle et Mary Treat, scientifique émérite largement oubliée malgré sa proximité intellectuelle avec Darwin. Ce qui lie les deux femmes : un charisme irrésistible, un intense besoin de liberté et... une maison.

D'une époque à l'autre, du XXIe siècle au XIXe siècle, Barbara Kingsolver dresse un portrait saisissant de vérité de l'Amérique, mêlant avec brio le romanesque et le politique.

Mon avis :

Barbara Kingsolver est une auteure que j'aime beaucoup et j'ai souvent eu de grands coups de cœur pour ses romans. J'avais donc hâte de découvrir celui-ci!

Elle nous entraîne ici à Vineland aux Etats-Unis dans deux époques différentes. Une seule et même maison mais des familles, des contextes, des siècles différents. Mais au fond, malgré le temps qui les sépare,  sont-elles si différents ces personnages, certains aux prises des difficultés économiques juste avant l'élection de Trump, d'autres en pleine défense des théories de Darwin mais se heurtant à une société ultra conservatrice ? 

C'est avec beaucoup de finesse que Barbara Kingsolver fait correspondre ces deux histoires, ces deux époques et ces personnages, dont deux femmes représentant la lutte pour l'éveil des consciences. J'ai bien aimé la manière dont chaque dernier mot d'un chapitre se répète dans le titre du suivant, chaque époque faisant ainsi écho l'une à l'autre. 

Cependant, ce livre n'a pas été mon préféré de cette auteure et j'ai d'abord eu du mal à y entrer. Cela avait aussi le cas pour ces deux précédents romans, d'ailleurs. Quelque chose dans la manière d'écrire et de raconter des histoires a changé au fil des années chez Barbara Kingsolver et je dois avouer que ce quelque chose me perturbe toujours un peu. Je me retrouve plus dans ses romans les plus anciens. 

Il n'en reste pas moins que ce dernier roman est à lire. L'auteure a un don certain pour dénoncer certaines choses sans forcément en avoir l'air, pour ne pas nommer ce qui est évident, pour éveiller les consciences. La menace de démolition qui pèse sur la maison quelle que soit l'époque est un symbole bien pensé pour représenter les deux histoires et leurs contextes.

Même s'il m'a moins conquise de certains autres des livres de Barbara Kingsolver, ce roman et un grand livre et il serait dommage de passer à côté!

Extrait :

"- On croît ou on meurt, c'est la loi de notre économie, Tiggo. Incontournable. C'est comme la loi de Darwin, ce sont les plus forts qui survivent.
- Sauf que ta loi est une invention, et pas les lois naturelles. Ce qui est incontournable, c'est qu'il n'y a plus de place pour la croissance."

samedi 10 octobre 2020

Erika Sattler - Hervé Bel

Par Ariane



Auteur : Hervé Bel
Titre : Erika Sattler
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Stock
Nombre de pages : 342p
Date de parution : août 2020

Mon avis :
Erika est jeune, belle, blonde. Erika est allemande, nazie. En Pologne elle travaille comme secrétaire dans une usine d’armement. Mais les troupes russes approchent et les allemands doivent fuir. Pendant les quelques jours que va durer son périple, nous suivons Erika sur les route polonaises. Elle va rencontrer des gens qui vont lui tendre la main, des SS impressionnés par sa ferveur, des soldats touchés par son apparente fragilité. 
Mais elle n'est pas fragile Erika. C'est un roc, ou plutôt un iceberg.  Disons le tout de suite, rares sont les personnages aussi détestables qu’Erika. Jouant sans vergogne de sa beauté, méprisante envers tous ceux qu’elle juge inférieurs ou faibles, convaincue d’appartenir à une race supérieure, cruelle et manipulatrice, elle n’a de respect que pour les SS et Hitler. 
Dans les romans mettant sur cette période,  on rencontre souvent des hommes nazis, des combattants ou des politiques, mais rarement des femmes. En choisissant de raconter l’histoire d’une femme nazie, Hervé Bel parle de « la banalité du mal » (pour reprendre l’expression d’Hannah Arendt cité dans la quatrième de couverture), de la ferveur du sentiment national-socialiste chez les gens du peuple, de l'engouement pour cette vision d'un Reich de mille ans, une folie collective. Le résultat est glaçant, d'autant plus qu'à aucun moment, Erika ne doute.
Autour d’Erika gravitent plusieurs personnages, qui eux aussi vont incarner un visage du peuple allemand. Il y a Paul, son mari, pas vraiment convaincu par le nazisme, ni par aucun autre parti d’ailleurs, mais qui s’engage dans la SS pour lui plaire, sans succès. Il y a Helmut, le beau-frère, opposant déclaré au régime, mort dans un camp de prisonnier, un personnage fantomatique, il n'est pas réellement présent dans le livre, comme finalement tous ces résistants allemands qu'on oublie trop souvent. Albert, le petit garçon qu'Erika rencontre pendant sa fuite, pour lequel elle éprouve une certaine affection, autant qu'elle en est capable, mais qu'elle va aussi utiliser pour attirer la pitié et se donner une chance supplémentaire de s'en sortir. Albert, c'est l'innocence bafouée, brisée, méprisée par la guerre. Mais Albert c'est aussi l'avenir de l'Allemagne.
C’est un roman dur, intense, dérangeant. Une plongée dans les ténèbres, impression renforcée par le fait que je l’ai lu juste après Les déracinés de Catherine Bardon.