samedi 15 décembre 2018

Le grand marin - Catherine Poulain

Par Ariane


Auteur : Catherine Poulain
Titre : Le grand marin
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : points
Nombre de pages : 384p
Date de parution : avril 2017

Présentation de l’éditeur :
Une femme rêvait de partir. De prendre le large. A Kodiak, en Alaska, elle trouve une place à bord d’un de ces bateaux qui pêchent la morue noire, le crabe et le flétan. Elle supporte l’humidité permanente, la fatigue, la peur, les blessures… Et puis, il y a les hommes. À terre, elle partage leur vie, en camarade. En attendant de rembarquer. C’est alors qu’elle rencontre le Grand Marin.

Mon avis :
Encore un roman que j’ai tardé à lire bien que de nombreux lecteurs et lectrices m’aient donné envie de le lire par leur enthousiasme, notamment ma co-blogueuse Daphné, qui a eu la gentillesse de m’envoyer ce livre il y a quelques mois (désolée d’avoir tant tardé avant de me décider !).
Lily fuit son petit village provençal et se rend en Alaska dans l’espoir de s’embarquer sur un bateau de pêche. A bord du Rebel, elle vivra la vie d’un marin, rude, épuisante et violente, aux côtés de l’équipage.
Lily c’est Catherine Poulain. Cette vie de pêche en Alaska, elle l’a connue pendant une dizaine d’années. Et cette connaissance intime du quotidien des pêcheurs, elle nous la fait partager dans ce roman/récit aussi brut que sincère. Pas d’artifices, pas de lyrisme, rien que le froid et un travail éreintant. Des hommes bourrus pour qui la mer est à la fois une fuite et un remède. Une jeune femme qui se cherche. Tous ces éléments sont particulièrement séducteurs et je me suis passionnée pour ce roman. En tout cas au début. Mais après une centaine de pages, j’ai eu l’impression de tourner en rond et même si cela est lié au quotidien des marins, je me suis ennuyée. Adepte des récits de nature writing, je reconnais cependant que la haute mer ce n’est pas pour moi. J’ai également eu du mal à m’attacher aux personnages. Les marins taiseux le sont resté, Lily est toujours une inconnue, j’aurai aimé savoir ce qu’elle fuyait.
Une rencontre qui ne s’est pas totalement réalisée et qui me laisse un goût d’inachevé.

Extrait :
« Il faudrait toujours être en route pour l'Alaska. Mais y arriver à quoi bon. »

« Que je donne mes forces jusqu'à mourir à la vie d'avant, ou à mourir tout court, que l'usure et l'exténuement me polissent jusqu'au cristal, ne laissant que la mer en moi, sous moi, autour de moi, et l'homme-lion de chair et de sang qui tient tête à la vague, planté sur le pont, sa crinière sale que le vent secoue en même temps qu'il fait claquer les haubans, la plainte folle des mouettes qui tournoient, vrillent et plongent, tourment roque que le vent enfle puis étouffe. »

« Je voulais être avec eux toujours, que l’on ait froid, faim, et sommeil ensemble. Je voulais être un vrai pêcheur. Je voulais être avec eux toujours. Je ne veux pas rentrer. Je ne veux pas que ça finisse. »

vendredi 14 décembre 2018

La tête en friche - Marie-Sabine Roger

Par Daphné

Auteur : Marie-Sabine Roger
Titre : La tête en friche
Genre : roman
Langue d’origine : français
Éditeur : Rouergues

Résumé de l'éditeur :

"Ce qu'ils mettent au dos des romans, je vais vous dire, c'est à se demander si c'est vraiment écrit pour vous donner l'envie. En tout cas, c'est sûr, c'est pas fait pour les gens comme moi. Que des mots à coucher dehors - inéluctable, quête fertile, admirable concision, roman polyphonique...- et pas un seul bouquin où je trouve écrit simplement : c'est une histoire qui parle d'aventures ou d'amour - ou d'indiens. Et point barre, c'est tout."

Mon avis :

Lire un livre de Marie-Sabine Roger, c'est le refermer avec le sourire aux lèvres.  Et ça fait du bien!

Germain a 45 ans, est né de père inconnu et d’une mère qui "n'a pas la fibre" (la fibre maternelle!), a été humilié à l'école et a rejette en bloc la lecture et la culture, préférant passer ses journées dans les bars avec ses copains. Un jour,a lors qu'il compte les pigeons dans un parc, il rencontre Margueritte... Margueritte a 86 ans, compte aussi les pigeons dans les parcs et aime les livres. Entre la vieille dame haute comme trois pommes et le grand gaillard musclé, va naître, contre toute attente, une belle amitié.

Voici un livre plein simple, délicat et bienveillant à la fois plein d'humour et de tendresse. Qu'elle est belle l'histoire de ces deux êtres que tout sépare, l'une cultivant les mots et l’autre son jardin, deux êtres qui n'ont a priori rien en commun et qui pourtant vont s'apprivoiser et apprendre l'un de l'autre, s'enrichissant de leur différence.

 Les mots de ce livre, tout comme ses personnages sont justes, tendres et attachants. C'est simple mais c'est beau. C'est une histoire d'amitié, de générosité, de partage, une histoire sur la culture, l'envie d'apprendre et de connaître les mots. C'est une histoire qui mérite d’être lue !

Extrait :

"L'affection, ça grandit sous cape, ça prend racine malgré soi et puis ça envahit pire que du chiendent. Ensuite c'est trop tard : le cœur, on ne peut pas le passer au Roundup pour lui désherber la tendresse."

"Margueritte, quand elle se raconte, elle a un air heureux, vous pouvez pas savoir! sa vie, elle doit avoir un goût de confiture, pour lui mettre la faim à ce point dans les yeux.
La mienne, elle a un goût de gerbe, et je vous parle pas des fleurs."


"On passe des années à rêver d'être grands, tout ça pour regretter quand on était petits."














mercredi 12 décembre 2018

Mercredi, c'est le jour des petits : Léonard et l'oiseau bleu - Philippe Limon

Par Ariane

Auteur : Philippe Limon
Illustratrice : Clémence Monnet
Titre : Léonard et l'oiseau bleu
Editeur : Magnard jeunesse
Nombre de pages : 112p
Parution : octobre 2017

Présentation de l'éditeur :
Depuis toujours, Léonard est fasciné par les oiseaux. Il est convaincu que cette passion est née le jour où, quand il était tout petit, un bel oiseau bleu est venu se poser sur son berceau. L'histoire veut même qu'il se soit penché vers lui comme s'il avait voulu lui livrer un secret, avant de s'envoler.
Or un soir, Léonard découvre un oiseau blessé dans son jardin. Un oiseau bleu. Se peut-il que ce soit le même, après tant d'années ? Avec sa soeur Pénélope, qui aime follement les histoires, Léonard va tenter de renouer le fil de ce passé mystérieux et découvrir à quel point les rêves peuvent parfois donner des ailes.

Mon avis :
La couverture a d'abord attiré mon regard, puis le titre si joli et le résumé a achevé de me convaincre : ce livre est fait pour ma fille ! En effet, ma fille aînée est passionnée par les oiseaux et rêve de devenir ornithologue. Les livres sur les oiseaux s'accumulent à la maison, les cahiers d'observation se remplissent et elle nous apprend énormément de choses sur le sujet.
Comme ma fille, Léonard est passionné par les oiseaux. Cela date peut-être de ce jour où un oiseau bleu s'est perché sur son couffin alors qu'il était encore un tout jeune bébé. Mais voilà justement que Léonard et Pénélope, sa sœur jumelle, découvrent un oiseau bleu blessé. Bien décidés à le soigner, les enfants veillent sur lui. Léonard rêve de voler avec l'oiseau tandis que sa sœur, jeune écrivaine, rêve de voir ses mots faire le tour du monde. 
C'est un petit roman tout en poésie et subtilité, dans lequel les rêves autant que l'amour fraternel permettent de se sentir plus fort et plus heureux.

L'avis de Sophia : 
C'est  l'histoire d'un oiseau bleu et d'un petit garçon qui s’appelle Léonard. Un soir Léonard et sa sœur Pénélope trouvent un oiseau bleu. Sa mère lui avait raconté depuis toujours l'histoire de l'oiseau bleu, est-ce le même après tant d'années ? Il était blessé cet oiseau bleu, alors ils le soignèrent. Un jour l'oiseau était prêt a quitter Léonard et sa sœur. Mais il revint et appris à Léonard à voler. Et ils sont partis en voyage autour du monde. 
J'ai bien aimé les personnages. J'ai bien aimé ce livre parce qu'il parle d'oiseaux. Léonard apprend à voler avec l'oiseau bleu et ça m'a plu, c'était comme un rêve. A la fin il part avec l'oiseau, mais ils vont revenir alors ce n'est pas triste.





mardi 11 décembre 2018

Au grand lavoir - Sophie Daull

Par Ariane


Auteur : Sophie Daull
Titre : Au grand lavoir
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Philippe Rey
Nombre de pages : 160p
Date de parution : août 2018

Présentation de l’éditeur :
Une romancière participe à une émission littéraire télévisée à l’occasion de la parution de son premier livre. Elle ne se doute pas qu’au même moment son image à l’écran bouleverse un employé des Espaces verts de la ville de Nogent-le-Rotrou. Repris de justice pour un crime commis il y a trente ans, menant désormais une vie bien rangée, ce dernier est confronté de façon inattendue à son passé, à son geste, à sa faute.
Car la romancière est la fille de sa victime. Et, dans cinq jours, elle viendra dédicacer son ouvrage dans la librairie de la ville.
Un compte à rebours se déploie alors pour cet homme solitaire, dans un climat à la fois banal et oppressant, en attendant le face-à-face qu’il redoute mais auquel il ne pourra se dérober.
Dans ce texte où chaque personnage est en quête d’une réparation intime, Sophie Daull intervient pour affirmer la fidélité qu’elle voue aux disparus, aux fleurs et aux sous-préfectures.
Un roman brillamment construit sur les ambiguïtés du désir de pardon.

Mon avis :
Dans Camille, mon envolée, son premier livre, Sophie Daull s’adressait à sa fille récemment disparue. Dans le deuxième, La suture, elle partait sur les traces de sa mère assassinée trente ans plus tôt. Et dans le dernier, elle imagine une vie au meurtrier de sa mère après sa libération et une rencontre entre eux.
Sophie Daull puise dans les drames de sa vie la substance de ses livres. Et si cela doit être libérateur pour elle, en tant que lectrice j’ai beaucoup de mal avec ce genre d’ouvrage. Trop personnel. Ici, les cartes sont brouillées. Difficile de savoir ce qui relève de la fiction ou du récit, on pourrait parler d’auto-fiction.
Mais si j’ai eu du mal avec le thème du livre, je suis séduite par la jolie plume de Sophie Daull. Alors je mettrai de côté ses premiers romans et la lirai avec plaisir dans un roman.

Extrait :
« Mon palais : la langue de mon pays. Mes bonnes marraines : la syntaxe et la musique. Mes sujets : les livres. Mes princes : les poètes. Mon royaume : l'imagination. »

« Alors j'irai au grand lavoir là-bas, où la mémoire se récure contre le granit rugueux, où la langue se rince au torrent qui mousse comme un savon d'encre, où la fiction fait Javel. Je regarderai l'eau crasseuse s'écouler dans une grande synovie de mots et je laisserai sécher les éclaboussures au soleil de leur consolation. Grande lessive. »

lundi 10 décembre 2018

La revenue - Donatella Di Pietrantonio

Par Daphné















Auteur : Donatella Di Pietrantonio
Titre : La revenue
Genre : roman
Langue d’origine : italien
Traductrice : Nathalie Bauer
Editeur : seuil
Nombre de pages : 237


Résumé de l'éditeur :

À treize ans, la narratrice apprend brutalement qu’elle n’est pas la fille de ceux qui l’ont élevée. Enfant unique, choyée, étés à la plage et cours de danse, elle doit quitter la ville où elle a grandi pour être rendue à sa famille biologique : dans son nouveau foyer, au village, il lui faut désormais partager une chambre et de bien maigres repas avec une sœur et quatre frères. Pauvreté, violence, usages, dialecte : tout, ici, lui est incompréhensible. « Orpheline de deux mères vivantes », elle ne sait plus qui elle est. Car, finalement, de qui est-on l’enfant ? Pourquoi ses parents adoptifs l’ont-ils abandonnée ? L'amour fraternel de Vincenzo, l’aîné, et d’Adriana, la cadette, sera-t-il assez fort pour dissiper les doutes et la détresse qui l’assaillent ?
Roman d’apprentissage d’une immense délicatesse, portrait d’une jeune fille qui renaît à elle-même en s’ouvrant au monde, La Revenue fait partie de ces textes précieux qui bouleversent et qui restent.

Mon avis :

Il semblerait décidément que j'aime bien la littérature italienne!

La narratrice a treize ans lorsqu'elle est subitement "rendue" à une famille dont elle ne connaît rien et qui est bien loin d'être semblable avec celle avec qui elle a grandi. Je n'ai pas pu m'empêcher en lisant ce livre d'avoir une petite pensée pour le célèbre film "La vie est un long fleuve tranquille" : pas d'enfant échangé à la naissance dans ce livre mais une adolescente à qui on révèle brutalement qu'elle n'est pas née dans la famille dans laquelle elle a grandi et qui se retrouve plongée dans un milieu social bien différent de celui qu'elle connaît. 

La narratrice change donc de vie, de famille, de milieu social et se sent complètement perdue. Pourquoi ses parents l'ont ils ainsi "rendue" après tant d'années à des parents dont elle ignore tout et qui ne semblent pas l'attendre ni s'émouvoir de son retour. Qui est sa véritable mère ? Celle qui l'a élevée puis abandonnée ou celle qui l'a mise au monde et l'a laissée partir pour la reprendre ensuite ? Quelle faute a t-elle commise pour que ses parents l'abandonnent après tant d'années ? L'angoisse pèse sur la jeune fille et pourtant, au milieu de la pauvreté, de la rudesse de ses parents, du manque d'hygiène et de la nourriture restreinte, il y a quelques lumières dont Adriana, sa petite sœur si débrouillarde, Giuseppe, le petit frère pas tout à fait comme les autres et Vincenzo le grand frère à l'attitude ambiguë. 

Voici un livre à l'écriture incisive qui n'est pas sans rappeler les livres d'Elena Ferrante dans la description si réaliste du fossé existant entre les classes sociales. Ce livre nous parle aussi de déracinement, de la détresse d'une adolescente qui cherche sa place et du lien si particulier qui se crée entre elle et sa petite sœur née dans un monde si différent du sien. La relation enter les deux sœurs est très touchante. plus que des sœurs,  e sont deux mondes,d eux réalités différentes qui s'apprivoisent et apprennent à se comprendre.

Un livre émouvant et d'une grande délicatesse que j’ai dévoré et dont j'aurais volontiers lu quelques pages en plus !

Extrait :

"Aujourd'hui je ne sais vraiment pas quel lieu est une mère. J'en suis privée comme on peut être privé de santé, d'un abri, d'une certitude. C'est un vide persistant, que je connais, mais ne surmonte pas. Regarder à l'intérieur donne le vertige...
La seule mère que je n'ai pas perdue est celle de mes peurs."