vendredi 18 août 2017

La petite fille de Monsieur Linh - Philippe Claudel

Par Daphné



















Auteur : Philippe Claudel
Titre : La petite fille de Monsieur Linh
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Le livre de poche
Nombre de pages : 162
Date de parution : août 2005

Présentation de l’éditeur :

C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh.
Il est seul désormais à savoir qu'il s'appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort.
Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.

Mon avis :

Tout d'abord, merci à Ariane qui m'a envoyé ce livre lors de notre dernier swap! Elle ne s'est pas trompée en pensant qu'il me plairait!

Monsieur Linh a tout quitté : son village, son pays. Fuyant la guerre, il choisit l'exil afin de sauver sa petite-fille de quelques mois, Sang-Diû. Pour elle, il est prêt à tout. Elle est tout ce qui lui reste et c'est avec une infinie tendresse que le vieil homme prend soin d'elle.

C'est avec une écriture juste et délicate que l'auteur nous parle ici de l'exil et du déracinement. On ressent à travers ses mots le désarroi de Monsieur Linh face à ce pays inodore, si différent du sien, où tout lui est inconnu. On ressent sa nostalgie et sa solitude mais aussi une très grande force, la force de  tout recommencer pour offrir une belle vie à sa petite-fille. 

Ce livre est aussi l'histoire d'une amitié. Amitié improbable entre deux hommes que tout sépare y compris la langue mais qui, tous deux, sont marqués par un grand chagrin. quand Monsieur Linh rencontre Monsieur Bark, cela leur apporte à tous deux une douceur dont ils avaient l'un et l’autre grand besoin. Et qu'elle est belle cette amitié où deux homme se saluent sans cesse, bravant la barrière de la langue. 

Roman à la fois tendre et mélancolique, à la fin bouleversante, La petite fille de Monsieur Linh est totu simplement un très beau livre.

Extrait :

"Il se rappelle alors qu'il est seul au monde, avec sa petite fille. Seuls à deux. Que son pays est loin. Que son pays, pour ainsi dire, n'est plus. N'est plus rien que des morceaux de souvenirs et de songes qui ne survivent que dans sa tête de vieil homme fatigué."




mardi 15 août 2017

Balzac et la petite tailleuse chinoise - Dai Sijie

Par Ariane



Auteur : Dai Sijie

Titre : Balzac et la petite tailleuse chinoise

Genre : roman

Langue d’origine : chinois

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 192p

Date de parution : janvier 2000

Présentation de l’éditeur :

«Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement. À l'intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique ; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts : à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans, suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, et quelques Anglais : Dickens, Kipling, Emily Brontë... Quel éblouissement !
Il referma la valise et, posant une main dessus, comme un chrétien prêtant serment, il me déclara :
- Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde.»



Mon avis :

Dans la Chine de Mao, il ne fait pas bon être vu comme un intellectuel, un bourgeois. Parce qu’ils sont fils de médecins, le narrateur et son ami Luo sont envoyés en rééducation dans un village de montagne, sans grand espoir de retour. Luo tombe amoureux de la fille du tailleur et décide de faire son éducation. Surtout après avoir découvert qu’un de leurs amis, en rééducation également, cache une valise remplie de livres. Balzac, Tolstoï, Zola,… vont aider les deux jeunes hommes à garder espoir.

C’est un roman très émouvant que nous offre Dai Sijie. Luo et le narrateur touchent le lecteur par leur appétit de vivre, leur soif de connaissance et leur foi en l’avenir qui semble pourtant bien sombre.

Le quotidien des chinois dans la Chine de Mao est terrifiant, aberrant, injuste. Comme le destin des pères des deux jeunes ou du pasteur qui nous rappellent les milliers qui ont été brisés, broyés par ce régime inique.

C’est aussi un bel hommage à la littérature. Les auteurs occidentaux vont, non seulement leur permettre de s’évader, mais aussi leur faire découvrir un monde inconnu. Lire est pour eux un acte de liberté, un acte de désobéissance, un acte d’espoir. Les deux jeunes vont partager ces livres avec d'autres grâce à leurs talents de conteurs. Et notamment à la petite tailleuse, cette jeune et jolie montagnarde dont Luo est tombé amoureux et dont il a juré de faire l'éducation.

Un très joli livre, doux-amer.



Extrait :

"Bien des années plus tard, une image de la période de notre rééducation reste toujours gravée dans ma mémoire, avec une exceptionnelle précision : sous le regard impassible d'un corbeau à bec rouge, Luo, une hotte sur le dos, avançait à quatre pattes sur un passage large d'environ trente centimètres, bordé de chaque côté par un profond précipice. Dans sa hotte en bambou, anodine, sale mais solide, était caché un livre de Balzac, "Le Père Goriot", dont le titre chinois était "Le Vieux Go" ; il allait le lire à la Petite Tailleuse, qui n'était encore qu'une montagnarde, belle mais inculte." 

L'avis d'Hélène

lundi 14 août 2017

Fendre l'armure - Anna Gavalda

Par Daphné














Auteur :  Anna Gavalda
Titre : Fendre l'armure
Genre : nouvelles
Langue d’origine : français
Editeur : La diletante
Date de parution : 2016


Résumé de l'éditeur :

Il n'y a pas de résumé au dos de ce livre mais il s'agit d'un recueil de nouvelles!

Mon avis :

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un livre d'Anna Gavalda. Elle signe ici un recueil de nouvelles. Sept nouvelles, sept tranches de vies, sept personnages principaux. On reconnait bien le style de l'auteur, la manière dont sont conduits ses personnages.

Si chaque nouvelle est différente de la précédente, chaque personnage possédant sa propre histoire et sa propre manière de l'aborder, on y retrouve cependant un point commun : une certaine tendresse, quel que soit le thème de la nouvelle, une tendresse pour des personnages parfois blessés, pour des moments apparemment fugaces et qui changent pourtant tout. 

Certaines de ces nouvelles m'ont émue, d'autres m'ont fait sourire. Il y a toujours quelque chose de touchant chez les personnages d'Anna Gavalda, peut-être parce qu'ils paraissent toujours authentiques, dans leur manière de parler comme dans leurs sentiments. J’aime la manière qu'elle a d'attacher de l'importance aux petits détails. Son écriture, à la fois simple et touchante a quelque chose qui "fait du bien".

J'ai souvent tendance à ne pas trop apprécier les nouvelles, leur préférant les romans où l'on a plus le temps de découvrir l'histoire et les personnages. Mais j'ai bien aimé ce recueil-là qui m'a offert un petit moment de fraîcheur teinté d'humanité.

Extrait :

"Les femmes ont moins peur de la mort. Est-ce que c'est parce qu'elles la donnent, la vie, justement ?"



samedi 12 août 2017

En ce lieu enchanté - René Denfeld

Par Ariane



Auteur : René Denfeld

Titre : En ce lieu enchanté

Genre : roman

Langue d’origine : anglais (américain)

Traducteurs : Frédérique Daber et Gabrielle Merchez

Editeur : Fleuve

Nombre de pages : 208p

Date de parution : août 2014

Présentation de l’éditeur :

Dans le couloir de la mort, enfoui dans les entrailles de la prison, le temps s’écoule lentement. Coupés du monde, privés de lumière, de chaleur, de contact humain, les condamnés attendent leur heure.
Le narrateur y croupit depuis longtemps. Il ne parle pas, n’a jamais parlé, mais il observe ce monde « enchanté » et toutes les âmes qui le peuplent : le prêtre déchu qui porte sa croix en s’occupant des prisonniers, le garçon aux cheveux blancs, seul, une proie facile. Et surtout la dame, qui arrive comme un rayon de soleil, investie d’une mission : sauver l’un d’entre eux. Fouiller les dossiers, retrouver un détail négligé, renverser un jugement. À travers elle naissent une bribe d’espoir, un souffle d’humanité. Mais celui à qui elle pourrait redonner la vie n’en veut pas. Il a choisi de mourir.

La rédemption peut-elle exister dans ce lieu où règnent violence et haine ? L’amour, la beauté éclore au milieu des débris ?



Mon avis :

Lorsque les avis sont quasi unanimes sur un livre, je crains toujours d’être déçue. Mais en l’occurrence, je vais ajouter ma voix au concert de louanges.

« Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance. » Cette célèbre phrase de Dante semble parfaitement appropriée pour décrire cette sinistre prison. C’est un enfer caché derrière de hauts murs. C’est un monde de violence, où règnent les pires brutes qui soient. Le quotidien que nous raconte le narrateur est terrifiant : violence, viols, meurtres, corruption, manipulation et mensonges. Comment croire que la rédemption soit possible en un tel lieu ?

Seules les âmes déchues ont un nom ici : York, Striker, Arden, Risk, Conroy. Alors que pour l’administration, ils ne sont que des numéros. Quelle ironie ! Les autres ne sont pas nommés, ils sont la dame, le prêtre, la gardienne, le directeur, le garçon aux cheveux blancs. Ils n’appartiennent pas à cet univers, leur place est dans l’autre monde.

York et Arden sont des monstres, des hommes ayant commis des crimes ignobles. Et en découvrant leur passé on éprouve une certaine compassion pour eux. Pour ces enfants victimes devenus des tueurs, les monstres qu’ils sont devenus ne sont que le résultat de ce qu’ils ont vécu. Pas question de les excuser pour autant, juste de rappeler qu’ils ne sont que des âmes brisées.

René Denfeld parvient à retrouver de l’humanité dans ce lieu déshumanisé, à faire apparaître une petite lueur d’espoir pour certains de ces personnages.

C’est un roman profondément bouleversant et terrifiant.



Extrait :

« La dame n'a pas encore perdu le son de la liberté. Quand elle rit, on entend le vent dans les arbres et l'eau qui éclabousse le trottoir. On se souvient de la douce caresse de la pluie sur le visage et du rire qui éclate en plein air, de toutes ces choses que dans ce donjon, nous ne pouvons jamais ressentir. »


« Elle trouve affligeant qu'on se souvienne des tueurs et pas de leurs victimes. Et si le monde oubliait Hitler et rappelait les noms de tous ceux qu'il a tués ? Et si on immortalisait les victimes ? »


« Mon âme m'a quitté quand j'avais six ans. Elle a passé un rideau qui claquait au vent et s'est envolée par la fenêtre. Je lui ai couru après, mais elle n'est jamais revenue. Elle m'a abandonné sur des matelas humides et puants. Elle m'a abandonné dans l'obscurité étouffante. Elle a pris ma langue, mon cœur, mon esprit. »


« Je ne peux plus penser à ce monde du dehors, il est trop vaste, il me fait peur. C'est un cirque effréné qui résonne de l'affrontement des idées et des êtres. Depuis que j'ai neuf ans, j'ai passé mon temps enfermé quelque part. Je suis habitué à ces pièces contenues dans d'autres pièces, elles-mêmes contenues dans des enceintes de barbelés électrifiés. Les murs que d'autres trouveraient suffocants sont devenus mes poumons. »

Les avis de Daphné, Clara, Laure,