mardi 19 novembre 2019

Rien n'est noir - Claire Berest

Par Ariane

Auteur : Claire Berest
Titre : Rien n’est noir
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Stock
Nombre de pages : 250p
Date de parution : août 2019

Présentation de l’éditeur :
« À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.
Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint.
Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques.»

Mon avis :
Le regard de Frida Kahlo m’a toujours interpelée. Ce regard que l’on croise sur ses autoportraits, troublant et profond. Ces peintures étranges et parfois dérangeantes. Ni tout à fait une biographie, ni tout à fait un roman, ce récit retrace la vie tumultueuse de l’artiste et son histoire d’amour, non moins tumultueuse, avec Diego Rivera. S’appuyant à la fois sur des documents et sur son imagination, Claire Berest nous livre un texte exubérant et foisonnant à l’image de Frida Kahlo.
Tout autant que de (re)découvrir la vie hors normes de Frida Kahlo, d’en apprendre plus sur ses œuvres et sur le couple mythique qu’elle formait avec Diego Rivera, j’ai aimé l’écriture de Claire Berest. Je n’ai jamais lu d’autres livres de la jeune autrice, je ne sais pas si elle a adapté son écriture à son sujet ou si elle écrit toujours ainsi. C’est un tourbillon d’images et de couleurs, excessif et passionné, en parfaite harmonie avec le personnage de Frida.
A découvrir.

Extrait :
« Elle ne voit que lui, sans même avoir à le regarder. »


lundi 18 novembre 2019

Un étrange pays - Muriel Barbery

Par Daphné














Auteur : Muriel Barbery
 Titre : Un étrange pays
 Genre : roman
 Langue d’origine : français
 Editeur : Gallimard


Résumé de l'éditeur :

Qui est Petrus, cet affable rouquin surgi de nulle part dans la cave du castillo où Alejandro de Yepes et Jesús Rocamora, jeunes officiers de l’armée régulière espagnole, ont établi leur campement? Voici que dans la sixième année de la plus grande guerre jamais endurée par les humains, ils sont appelés à quitter leur poste et à traverser un pont invisible. Bientôt, ils découvrent le monde de Petrus, ses brumes, son étrangeté, sa grâce. Ils arpentent ses chemins de nature, s’émerveillent de son harmonie et connaissent l’ivresse de la rencontre avec des êtres insolites. Cependant, dans cet univers légendaire qui lutte contre le désenchantement, le conflit fait rage aussi et la dernière bataille approche. Personne ne sait encore lequel, du meurtre ou de la poésie, l’emportera en cet étrange pays où se joue le destin des
vivants.
Entre conte et roman, Un étrange pays célèbre un monde perdu confronté aux tourments perpétuels
des civilisations.


Mon avis :

Ce livre est la suite de La vie des elfes, un livre dont j'avais beaucoup aimé l'écriture. Il en a été de même avec celui-ci ! Encore une fois, j'ai passé plusieurs chapitres à me demander où l'auteure allait-elle nous conduire tant l'univers dans lequel on se retrouve est étrange et hors du commun. Comme pour le tome précédent, on se demande vraiment où on va et dans quel registre littéraire on se trouve exactement. 

Et l'écriture fait tout, mais alors vraiment tout ! Une écriture poétique, féerique, ode à la nature et à l'art, une écriture qui se déguste tout autant que le thé ou le vin dont s'abreuvent les personnages de l'histoire.

En lisant ces pages, on se retrouve dans un monde à part, un monde où l'imaginaire et la féerie se savourent, où les elfes se font tour à tour animaux ou humains, où s'alternent humour et poésie. 

C'est particulier, très particulier. Le monde des brumes porte bien son nom car on s'y perd souvent. Rien n'est vraiment clair, tout semble un peu voilé, flou et mystérieux, et c'est ce qui fait tout le charme du livre. 

Je ne pense pas que tout le monde aime ce genre de livres mais pour ma part, j'en ai été enchantée. J'ai aimé la manière dont Muriel Barbery a imaginé les elfes, la manière dont ils appréhendent le monde. On ne retrouve pas ici la magie propre à celle des elfes de la plupart des histoires. Cette histoire là n'a rien de fantastique mais  se situe plutôt comme une fable, une sorte de légende sans pour autant l'être vraiment. C'est un univers inexplicable et particulièrement original, un univers qui m'a réellement séduite. Tout est original dans ce livre, que ce soit son histoire, sa construction, ses personnages ou son écriture. Tout est beau et flou à la fois. C'est un livre qui s’apparente plus au rêve qu'autre chose, un livre aussi étrange que le pays dont il parle, un livre qui se savoure à chaque mot et qui a vraiment su m’entraîner ailleurs.

Extrait :

"- Qui n entend pas le chagrin du monde ne peut se connaître en son propre propre chagrin.
- En ce cas, je me demande quelle opinion vous avez des humains, dit Alejandro.
- La plupart d entre vous n entendent ni les pierres, ni les arbres, ni les animaux, nos frères, bien qu ils vivent en nous autres elfes comme nous vivons en eux, dit Solon. Vous voyez la nature comme le milieu que vous partagez avec les autres êtres, elle est pour les nôtres le principe qui les fait exister, eux et tout ce qui a été et sera."



"Peut-on imaginer une vie qui ne connaisse ni fables, ni romans, ni légendes ? Il faut y endurer sans répit le fardeau d être soi, il n y a pas de distance entre la conscience et le rêve, pas d échappatoire à la vérité nue, mais grande en retour est l extase de vivre dans l intime gloire des choses."

samedi 16 novembre 2019

Le désert des tartares - Dino Buzzati

Par Ariane


Auteur : Dino Buzzati

Titre : Le désert des

Genre : roman

Langue d’origine : Italien

Traductrice : Michel Arnaud

Editeur : Pocket

Nombre de pages : 288p

Date de parution : octobre 2014

Présentation de l’éditeur :

Heureux d'échapper à la monotonie de son académie militaire, le lieutenant Drogo apprend avec joie son affectation au fort Bastiani, une citadelle sombre et silencieuse, gardienne inutile d'une frontière morte. Au-delà de ses murailles, s'étend un désert de pierres et de terres desséchées, le désert des Tartares. À quoi sert donc cette garnison immobile aux aguets d'un ennemi qui ne se montre jamais ? Les Tartares attaqueront-ils un jour ? Drogo s'installe alors dans une attente indéfinie, triste et oppressante. Mais rien ne se passe, l'espérance faiblit, l'horizon reste vide. Au fils des jours, qui tous se ressemblent, Drogo entrevoit peu à peu la terrible vérité du fort Bastiani.



Mon avis :

Certains romans nous happent dès les premières lignes. A peine la lecture entamée et nous voilà plongés, entraînés dans l’univers de l’auteur. Le plus souvent, il en faut un peu plus avant de se laisser embarquer dans une histoire. Mais parfois, c’est difficile, le déclic espéré ne se produit pas et l’on a beau essayer de s’accrocher à l’histoire rien n’y fait. Dans ces cas-là en général, j’abandonne. Daniel Pennac l’a dit, on a le droit ! Pourtant, j’avais tellement envie de lire ce livre dont j’ai entendu/lu tellement de bien. Alors, je me suis accrochée et ça a été laborieux, pendant presque un tiers du roman, puis… d’un coup, c’est arrivé ! Maintenant, je peux à mon tour dire, comme tant d’autres avant moi : quel livre !

Attendre, attendre, attendre… A cela se résume la vie de Drogo et des autres militaires affectés au fort Bastiani. Des journées interminables, une routine immuable, un règlement strict et tout cela pour garder une frontière morte, guetter une hypothétique attaque qui ne vient jamais. Alors l’ennui forcément, l’imagination qui se met en branle et le rêve d’une bataille, enfin ! Mais il faut encore attendre, attendre, attendre… Les hommes ne quittent pas le désert des yeux, hypnotisés par ce morne horizon, l’esprit enfiévré par la bataille à venir et les rêves de gloire. Attendre, attendre, attendre… Et passent les semaines, les mois, les années… Les jeunes et fringants officiers sont devenus vieux, mais attendent encore et toujours. Une vie d’attente, de vaine attente, une vie qui n’aura pas été vécue.

Etonnant comme un roman dans lequel il ne se passe rien (ou presque) peut être à ce point passionnant. Là réside le talent de l’écrivain, qui transporte son lecteur dans ce fort loin de tout, d’étés étouffants en hivers glacials, des murs de pierre nus et imposants, à faire face à un désert. Comme pour Drogo et ses compagnons, l’effet hypnotique se fait sentir. Le fort est une prison autant qu’une garnison, du désert viendra enfin l’événement qui viendra tout changer, alors… Attendre, attendre, attendre.



Extrait :

« Hélas ! il ne ressent pas de grands changements, le temps a fui si rapidement que son âme n'a pas réussi à vieillir. Et l'angoisse obscure des heures qui passent a beau se faire chaque jour plus grande, Drogo s'obstine dans l'illusion que ce qui est important n'est pas encore commencé. »



« - Un désert?
- Un désert effectivement, des pierres et de la terre desséchée, on l'appelle le désert des Tartares.
- Pourquoi "des Tartares"? demanda Drogo. Il y avait donc des Tartares?
- Autrefois, je crois. Mais c'est surtout une légende. Personne ne doit être passé par là, même durant les guerres de jadis.
- De sorte que le fort n'a jamais servi à rien?
- A rien, dit le capitaine. »



« Les murs nus et humides, le silence, la lumière blafarde donnaient l'impression que les habitants du fort avaient tous oublié que, quelque part dans le monde, il existait des fleurs, des femmes rieuses, des maisons gaies et hospitalières. Tout ici était renoncement, mais au profit de qui, de quel bien mystérieux ? »

vendredi 15 novembre 2019

Le récital des anges - Tracy Chevalier

Par Daphné















Auteur : Tracy Chevalier
Titre : Le récital des anges
Genre : roman
Langue d’origine : anglais (américain)
Traducteur : Marie-Odile Fortier-Masek
Editeur : Folio
Nombre de pages : 433
Date de parution : novembre 2003 

Présentation de l’éditeur :  

Londres, janvier 1901 : la reine Victoria vient de mourir. Comme la coutume l'impose, les familles se rendent au cimetière. Leurs tombes étaient mitoyennes, les Waterhouse et les Coleman font connaissance et leurs petites filles se lient immédiatement d'amitié. Pourtant, les familles n'ont pas grand chose en commun. L'une incarne les valeurs traditionnelles de l'ère victorienne et l'autre aspire à plus de liberté. Dans le cimetière, véritable cœur du roman, Lavinia et Maude se retrouvent souvent et partagent leurs jeux et leurs secrets avec Simon, le fils du fossoyeur, au grand dam de leurs parents. Lavinia est élevée dans le respect des principes alors que Maude est livrée à elle-même : sa mère, Kitty Coleman, vit dans ses propres chimères. Ni la lecture, ni le jardinage, ni même une liaison ne suffisent à lui donner goût à la vie. Jusqu'au jour où elle découvre la cause des suffragettes. La vie des deux familles en sera bouleversée à jamais.

Mon avis :

Cette nouvelle découverte d'un livre de Tracy Chevalier m'a laissé un peu perplexe et je ne suis pas sûre de l'avoir apprécié autant que les autres, bien que je l'ai lu quasiment d'une traite. Peut-être n'était-ce pas le bon moment pour moi de lire un livre tournant ainsi autour de la mort et des cimetières. Peut-être est-ce également dû au fait que la plupart des personnages m'ont parut particulièrement déplaisants. Toujours est-il que ce livre-là n'est pas mon préféré de cette auteure. Il a cependant un certain nombre de qualités. 

A Londres, la reine Victoria vient de mourir et deux familles, très différentes l'une de l'autre, fait connaissance dans un cimetière. Leurs filles deviennent amies, bien qu'elles n'aient pas grand chose en commun et c'est leur histoire qui nous est contée sur une période de neuf ans. Le contexte historique, juste après l'ère victorienne, m'a intéressée et j'ai bien aimé découvrir les mœurs de cette époque, à travers les deux familles. La manière dont vivait la société bourgeoise de l'époque, engoncée dans des conventions bien rigides, est bien décrite, notamment à travers les personnages de Lavinia et sa mère. 

On croise ici de nombreux personnages qui donnent chacun leur point de vue au fil de l'histoire. De nombreux personnages, oui, mais j'avoue qu'il m'a été difficile de m'y attacher. En réalité, seuls Simon, Maude et Jenny m'ont paru sympathiques, les autres étant tout simplement horripilants. Tel un personnage à part entière, le cimetière se trouve au cœur de l'histoire. les cimetière avec toutes les conventions qui s'y rattachent, et la mort, toujours présente au fil de l'histoire. 

J'aime les romans polyphoniques et ceux qui s'appuient sur un support historique. Celui-ci avait donc tout pour me plaire. Il ne m'a certes pas déplu mais j'aurais bien aimé que certains thèmes soient plus approfondis, tels que les suffragettes, l'avortement ou la condition de vie des domestiques à cette époque, que l'on survole sans réellement s'y arrêter. La fin m'a émue cependant, et plutôt surprise car j'avoue que je ne m'attendais pas à cela.

Un livre que j'ai lu sans difficulté mais qui ne m'a pas autant séduite que Prodigieuses créatures ou La jeune fille à la perle.

Extrait :

"- Ce que les gens font de leurs morts reflète en général ce qu'ils souhaiteraient eux plutôt que ce que souhaitait l'être cher qui les a quittés? Seul un homme d'une totale abnégation respectera au pied de la lettre les désirs de son épouse sans se laisser influencer ni par ses désirs et goûts personnels, ni par ceux de la société. J'osais espérer que votre père était de ceux là.
- Mais il est clair que si ces monuments ne veulent rien dire pour les défunts, que leur importe la façon dont nous disposeront d'eux? Par conséquent, ne devrions nous pas décider par nous même du sort de leurs dépouilles? Après tout c'est nous qui restons. J'ai souvent pensé que cet endroit était davantage pour les vivants que pour les morts. Nous concevons le style de la tombe pour nous rappeler les défunts et les souvenirs qu'ils nous ont laissés."