samedi 21 septembre 2019

Le monarque des ombres - Javier Cercas

Par Ariane


Auteur : Javier Cercas
Titre : Le monarque des ombres
Genre : roman
Langue d’origine : espagnol
Traductrice : Aleksandar GRUJICIC, Karine LOUESDON
Editeur : Actes sud
Nombre de pages : 320p
Date de parution : août 2018

Présentation de l’éditeur :
Un jeune homme pur et courageux, mort au combat pour une cause mauvaise (la lutte du franquisme contre la République espagnole), peut-il devenir, quoique s’en défende l’auteur, le héros du livre qu’il doit écrire ? Manuel Mena a dix-neuf ans quand il est mortellement atteint, en 1938, en pleine bataille, sur les rives de l’Èbre. Le vaillant sous-lieutenant, par son sacrifice, fera désormais figure de martyr au sein de la famille maternelle de Cercas et dans le village d’Estrémadure où il a grandi. La mémoire familiale honore et transmet son souvenir alors que surviennent des temps plus démocratiques, où la gloire et la honte changent de camp. Demeure cette parenté profondément encombrante, dans la conscience de l’écrivain : ce tout jeune aïeul phalangiste dont la fin est digne de celle d’Achille, chantée par Homère – mais Achille dans l’Odyssée se lamentera de n’être plus que le “monarque des ombres” et enviera Ulysse d’avoir sagement regagné ses pénates.
Que fut vraiment la vie de Manuel Mena, quelles furent ses convictions, ses illusions, comment en rendre compte, retrouver des témoins, interroger ce destin et cette époque en toute probité, les raconter sans franchir la frontière qui sépare la vérité de la fiction ?

Mon avis :
Dans ma longue liste de romans à lire, figure Le livre que je ne voulais pas écrire de Erwan Larher, qui m’a été conseillé par mon libraire peu après sa sortie. Je ne l’ai toujours pas lu, mais le titre aurait pu être celui de ce livre Javier Cercas.
Avant de cevenir écrivain, Cercas se disait qu’il devrait un jour écrire l’histoire de Manuel Mena. Mais devenu écrivain, il lui est devenu inimaginable de le faire. Il aura rejeté cette idée des années, avant de s’intéresser à Manuel Mena, de partir sur ses traces, tout en continuant à dire qu’il n’écrirait jamais sur lui. Manuel Mena était le grand-oncle de Javier Cercas, franquiste et phalangiste, mort en 1938 à l’âge de 19 ans, bien des années avant la naissance de celui qui décidera finalement d’écrire son histoire.
Ni un roman, ni une biographie, c’est le récit d’une enquête que nous raconte Cecas, tout en parlant de la mémoire familiale, des blessures mal cicatrisées de la guerre civile et de ses interrogations personnelles. Récit intime donc, dans lequel Cercas, homme de gauche, raconte sa honte du passé familial et notamment de cet encombrant ancêtre, Achille familial, mort de la belle mort des héros «kalòs thánatos ». A travers les souvenirs épars des rares personnes encore en vie à avoir connu l’oncle Manuel (un cousin, quelques voisines, la propre mère de Cercas) et à l’aide des documents historiques, Cercas nous dresse un portrait, ou plutôt une esquisse, du jeune homme. Manuel Mena demeure une ombre, un anonyme parmi les milliers de victimes de cette guerre. Ce n’est plus l’Achille de l’Illiade, mais celui de l’Odyssée, le monarque des ombres.
J’ai été surprise d’aimer autant ce livre. Je craignais de m’ennuyer, ce ne fut pas le cas (même si les passages consacrés aux mouvements de troupes et aux combats m’ont parus un peu longuets).

Extrait :
« Parce que nous ne sommes pas omniscients. Parce que nous ne savons pas tout. Quatre-vingts ans se sont écoulés depuis la guerre, et toi et moi on a dépassé la quarantaine, alors pour nous c’est du tout cuit, on sait que la cause pour laquelle Manuel Mena est mort n’était pas juste. Mais est-ce qu’il pouvait le savoir lui à l’époque, lui, un gamin sans aucun recul et qui, en plus, était à peine sorti de son village ? Tiens, et tant qu’on y est, la cause pour laquelle Achille est mort était-elle juste ou injuste ? A moi, elle me semble absolument injuste : la pauvre Hélène avait tout le droit du monde de fuir avec Pâris et de quitter Ménélas, qui d’ailleurs était un véritable enquiquineur en plus d’être un vieux fossile… Toi, tu crois quoi, que c’est un argument suffisant pour déclencher une guerre, et aussi horrible que celle de Troie par-dessus le marché ? Non, sérieusement :ne jugeons pas Achille selon que la cause de sa mort est juste ou injuste, jugeons-le à la noblesse de ses actes, la décence et le courage et la générosité avec lesquels il a agi. Ne faut-il pas en faire autant avec Manuel Mena ? »

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vendredi 20 septembre 2019

A l'orée du verger - Tracy Chevalier

Par Daphné :


















Auteur : Tracy Chevalier
Titre : A l’orée du verger
Genre : roman
Langue d’origine : anglais
Traductrice : Anouk Neuhof
Editeur : Editions table ronde
Nombre de pages : 320
Date de parution :  2016

Présentation de l’éditeur :

En 1838, dans l’Ohio, la famille Goodenough s'installe sur les terres marécageuses du Black Swamp, dans l'Ohio. Chaque hiver, la fièvre vient orner d'une nouvelle croix le bout de verger qui fait péniblement vivre cette famille de cultivateurs de pommes. Tandis que James, le père, tente d'obtenir de ces terres hostiles des fruits à la saveur parfaite, la mère, Sadie, en attend plutôt de l'eau-de-vie et parle à ses enfants disparus quand elle ne tape pas sur ceux qui restent.
Quinze ans et un drame plus tard, leur fils Robert part tenter sa chance dans l'Ouest. Il sera garçon de ferme, mineur, orpailleur, puis renouera avec la passion des arbres en prélevant des pousses de séquoias géants pour un exportateur anglais fantasque qui les expédie dans le Vieux Monde. De son côté, sa sœur Martha n'a eu qu'un rêve : traverser l'Amérique à la recherche de son frère. Elle a un lourd secret à lui faire partager...

Mon avis :

Les romans de Tracy Chevalier sont en général de très bons moments de lecture pour moi... sauf que là... je n'ai pas accroché du tout ! Pourtant, ce livre avait beaucoup de choses pour me plaire : la greffe des pommiers, la botanique, le parcours des pionnier, une histoire de famille... Les thèmes m’intéressaient et j'avais hâte de découvrir cette histoire. Mais non, rien à faire, je ne suis pas parvenue à y entrer.

Si j'ai bien aimé la partie consacrée aux arbres, ni les personnages ni l'histoire ne m'ont réellement convaincue. Je ne suis pas arrivée à me prendre d'affection pour ces personnages, peut-être parce que j'ai trouvé qu'ils manquaient un peu de profondeur. Les saut entre les époques et entre l'alternance de la narration m'a un peu déstabilisée,c e qui est plutôt étrange car c'est d'ordinaire un mode de construction que j'aime bien. 

C'est plutôt dommage car j'attendais de lire ce roman avec impatience et les thèmes m’intéressaient mais j'ai eu beau m'accrocher jusqu'au bout, impossible pour moi d'entrer véritablement dans l'histoire. Il me reste une grosse impression de rendez-vous manqué... Je viens d'emprunter La dame à la licorne à la médiathèque, j'espère qu'il me plaira davantage...


Extrait :

"En fait les arbres sont sans pitié. Ils se battent entre eux pour la lumière, pour l'eau, pour toutes les bonnes choses qui se trouvent dans le sol. Ils ne survivent que quand ils ont assez d'espace entre eux. Vous avez jamais remarqué comme votre mari espaçait ses pommiers ? Plus vous les mettez près les uns des autres, moins ils produisent de fruits. Vous voyez tous les petits arbres dans les bois ? La plupart ne grandiront pas. Un seul poussera, et il éliminera tous les autres. C'est un véritable champ de bataille, là-bas dans la nature."

mercredi 18 septembre 2019

Mercredi, c'est le jour des petits - Les sorcières - Jacqui et Colin Hawkins

Par Daphné















Auteur :  Jacqui et Colin Hawkins
Titre : Les sorcières
Editeur : Folio Cadet Rouge

Résumé de l'éditeur :

Partir à la découverte de sorcières : leurs chouchous, leurs habitudes, leurs secrets, leurs fêtes et enfin leurs charmes. Découvrir comment elles volent, où elles habitent, comment elles soignent les fièvres, les plantes qu'elles font pousser dans leurs potagers, ce qui les réjouit et ce qui les exaspère... C'est ce que vous réserve le plus drôle des guides : tout savoir sur les sorcières et même comment en devenir une !

Mon avis :

Enfant, j'adorais ce livre! J'aimais traquer chaque détail dans les illustrations ou le texte, me permettant de déterminer si ma grand-mère était ou non une sorcière! C'est en effet le grand sous-entendu de ce livre : votre grand-mère est-elle une sorcière ? Attention, si vous l'avez déjà vu porter de longues robes noires, danser avec ses copines dans le jardin à minuit ou guérir les fièvres ou les mauvaises humeurs, il y a de fortes chances pour qu'elle en soit une! Et vous voilà à présent plongé dans le monde des chouchous, des chapeaux de nuit lumineux et des sorcières-parties! 

Voici donc un livre plein d'humour et de fantaisie sur la découverte des sorcières. Présenté un peu à la manière d’une enquête, il permettra aux petits lecteurs de débusquer les sorcières autour de lui! A la lecture des premières pages de ce livre, ma fille de cinq ans et demi a froncé les sourcils, se demandant manifestement ce qu'il me prenait de lui lire un livre pareil! Au bout de quelques pages, elle s'est prise au jeu et nus avons passé hier un bon moment à tout découvrir sur les sorcières!


lundi 16 septembre 2019

Les paupières - Yoko Ogawa

Par Daphné













Auteur : Yoko Ogawa
Titre : Manuscrit zéro
Genre : nouvelles
Langue d’origine : japonais
Traductrice : Rose-Marie Makino-Fayolle
Editeur : Acte Sud

Résumé de l'éditeur :

Une petite fille touchée par l'élégance d'un vieil homme le suit dans son île et devient son alliée face à l'hostilité du monde environnant. Dans la maison vit aussi un hamster. Le regard de ces petits animaux dépourvus de paupières ne se détourne jamais, ne s'efface jamais.
Une jeune Japonaise prend l'avion pour l'Europe. A ses côtés s'installe un homme d'une trentaine d'années, très vite il se met à parler puis s'endort. La jeune femme, incapable d'un tel abandon, l'interroge. Dans l'obscurité d'un vol de nuit, l'inconnu lui révèle alors l'existence des "histoires à sommeil".
Une jeune femme part en voyage pour tenter de fuir ses insomnies. En s'éloignant de son pays, de son amant et de ses habitudes, elle espère trouver suffisamment d'étrangeté pour, le soir venu, s'endormir tranquillement.
Dormir, s'endormir, s'éloigner du monde pour retrouver le chemin de l'inconscient, très simplement. Tel est le propos de ce recueil de nouvelles à lire, en écho à La Bénédiction inattendue (Actes Sud, 2007), comme une très belle introduction à l'œuvre de Yoko Ogawa, aujourd'hui mondialement reconnue.


Mon avis :

D'ordinaire, j'aime beaucoup les livres de Yoko Ogawa. Il y a dans son écriture un je ne sais quoi de particulier, une touche de tendresse, d'irréel et de mystère qui ne manque jamais d'éveiller mon intérêt. Voilà cependant un livre qui m'a moins touchée que les autres. Peut-être est-ce dû au fait que je préfère ses romans à ses nouvelles, ou alors que je n'étais pas exactement dans le bon état d'esprit pour lire ce genre de choses. Toujours est-il que si je l'ai lu très rapidement, il ne m'a pas autant conquise que la plupart de ses autres livres.

On retrouve ici huit nouvelles, toutes plus ou moins en rapport avec le sommeil, ou plutôt l'insomnie, mais cependant très différentes les unes des autres. Elles ont de particulier ce côté étrange et décalé, à la limite du surréalisme sans pour autant y accéder. 

Les fins sont parfois très déroutantes et on ne peut s'empêcher de tourner la page à la recherche d'une suite, se demandant bien pour quelle raison l'auteure a décidé de s'arrêter précisément ici. 

Cette frontière si ténue entre irréel et réalisme, et ces fins si étranges, apparentent de ce fait plutôt bien au thème récurrent de ce livre, c'est à dire le sommeil. En effet, ces nouvelles ont bel et bien une allure de rêve... ou de cauchemar!

Il est certain que ce n'est pas mon préféré de Yoko Ogawa mais son écriture reste si particulière qu'une fois de plus, je ne peux que l'admirer.

Extrait :

"- Quoi qu'il arrive, je ferme les yeux. Je me renferme dans l'obscurité.
Il recroisa ses jambes dans l'autre sens, lissa sa couverture. Il ne regardait pas dans ma direction et parlait en fixant un point dans la pénombre.
- Et dans l'obscurité se déroule le récit qui me conduit au sommeil.
- Le récit ? répétai-je.
- Oui, le récit, me répondit-il. Tout le monde a un récit pour dormir qui lui appartient en propre. Une sorte de guide qui le conduit dans le monde du sommeil en lui disant de se détendre, qu'il n'a rien à craindre.
Je me retournai légèrement vers lui et arrangeai mon oreiller de manière à mieux pouvoir l'écouter."

samedi 14 septembre 2019

L'île au rébus - Peter May

Par Ariane


Auteur : Peter May
Titre : L’île au rébus
Genre : roman policier
Langue d’origine : anglais
Traductrice : Ariane Bataille
Editeur : Rouergue
Nombre de pages : 304p
Date de parution : avril 2017

Présentation de l’éditeur :
Voilà vingt ans qu’Adam Killian est mort sur Groix, cette île où jamais aucun crime n’avait eu lieu de mémoire d’homme mais où ce retraité anglais, passionné d’entomologie, a été brutalement assassiné. Et depuis vingt ans sa belle-fille tient scrupuleusement le serment qu’elle lui a fait de ne rien déplacer dans son bureau, là où le défunt a laissé des indices qui permettraient à son fils de confondre son meurtrier, sans imaginer que celui-ci trouverait la mort quelques jours après lui ni que personne ne parviendrait à identifier le coupable. Tenu par sa promesse d’élucider cette quatrième affaire non résolue du best-seller Assassins sans visages, Enzo Macleod, le spécialiste des scènes de crime, débarque sur la petite île bretonne où nul ne souhaite voir ressurgir ce fait-divers infamant. Dans le bureau d’Adam Killian l’attendent un étrange rébus et les plus insondables secrets de la vie d’un homme.

Mon avis :
Troisième lecture de Peter May. La première fut un coup de cœur, la deuxième une déception et celle-ci se situe entre les deux.
L’auteur nous  embarque une nouvelle fois sur une île, pas en Ecosse, mais sur l’île de Groix au large de Lorient. Une île, la Bretagne, déjà ça me parle ! Un milieu qui m’inspire nettement plus que Los Angeles et les réalités virtuelles. Enzo MacLeod se rend sur l’île pour tenter de résoudre un meurtre vieux de vingt ans. Là encore, les mystères irrésolus ça me plait. A priori on est bien parti. Mais… dès les premières pages, il nous en dit trop. La fuite soudaine d’un médecin allemand en 1950, le même devenu directeur d’un marché aux poissons au Maroc qui se trouve à nouveau obligé de fuir pour aller où ? Pas de mystère, on se doute bien vite de sa destination et par là même de ce qui a conduit à la mort de Killian.
La première qualité d’un roman policier est, selon moi, de faire planer un vrai mystère, de multiplier les hypothèses et les fausses pistes, pour enfin prendre le lecteur par surprise par un dénouement inattendu ou une révélation attendue mais bien amenée. Or, ce n’est pas le cas ici. Dépouillé de son mystère, un roman policier est nettement moins intéressant et dois reposer sur ses personnages. Mais peut-être parce qu’il s’agit du dernier tome d’une série j’ai eu du mal à accrocher avec le personnage.
Alors ça se lit bien, mais on est bien loin de L’île des chasseurs d’oiseaux.