mardi 6 décembre 2022

Lulu - Léna Paul-Le Garrec

Par Ariane



Auteur : Léna Paul-Le Garrec

Titre : Lulu

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Buchet Chastel

Nombre de pages : 176p

Date de parution : août 2022

 

Mon avis :

Après Darwyne, j’ai envie de vous parler d’un autre petit garçon extraordinaire qui a marqué mes récentes lectures.

Lulu est un petit garçon solitaire, qui n’a pas d’ami et vit seul avec une mère austère. Naturaliste inné, observateur et silencieux, il trouve refuge au bord de la mer, où chaque jour, il ramasse tout ce qu’elle dépose. Des trésors qui lui feront prendre conscience de la beauté et de la fragilité de ce monde et l’aideront à se construire.  

Il y a beaucoup de points communs entre Darwyne et Lulu. Des enfants solitaires qui ne connaissent pas leur père, différents des autres et rejetés car incompris, qui développent une forte relation avec leur environnement naturel. Tous deux portent sur la nature un regard ouvert et savent voir ce qui reste invisible et inaccessible à la plupart des gens. Toutefois, là où le lien de Darwyne avec la forêt semblait relever du fantastique, ce n’est pas du tout le cas pour Lulu, beaucoup plus ancré dans le réel.  

L’éditeur présente ce premier roman comme un conte initiatique et poétique. Description on ne peut plus juste de l’histoire d’un petit garçon pas comme les autres et de son rapport à la mer. Au début du roman, Lulu devenu adulte, prend la parole pour revivre ses souvenirs d’enfance. C’est un joli roman, premier roman qui plus est, mais qui ne me laissera pourtant probablement pas une impression durable.

 

Extrait :

« Surtout, je n'aime pas parler pour ne rien dire, d'ailleurs cela me fascine et me fascinera toujours, tous ces gens qui parviennent à alimenter des conversations creuses qui remplissent l'atmosphère de leurs bruits. Est-ce pour se rassurer qu'ils peuplent l'espace ? Leurs vies sont-elles aussi vides que leurs discussions ? Est-ce moi qui ne maîtrise pas les codes de la bienséance à toute épreuve?
Avec la nature, communiquer est tellement plus simple qu'avec les hommes.
Une langue ancestrale sans paroles. »

samedi 3 décembre 2022

Le poids des secrets - Aki Shimazaki

Par Ariane






Auteur : Aki Shimazaki

Titre : Le poids des secrets (pentalogie)

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Babel

 

Mon avis :

Parfois on se met des idées en tête. Je n’aime pas la littérature japonaise. C’est ce que je me suis dit pendant des années, après plusieurs lectures qui ne m’avaient pas du tout plu. Mais lors d’une réunion de mon club de lecture, une lectrice m’a prêté cette pentalogie, certaine qu’elle me plairait et j’ai été enchantée par cette lecture.

Le 9 août 1945, une bombe atomique est larguée sur la ville de Nagasaki, tuant instantanément des milliers de personnes. Yukiko a survécu. Des années plus tard, elle écrit une lettre et révèle à sa fille le secret qu’elle a caché toute sa vie.

Difficile de faire un résumé, car dans ces cinq romans, la même histoire est racontée par différents personnages. Ou plutôt un bout de l’histoire. Les récits et les voix s’entremêlent, le fil se déroule non pas de manière linéaire, mais s’enroulant sur lui-même, promenant le lecteur à travers plusieurs décennies d’histoire familiale et japonaise. L’intrigue est brillamment construite et jamais redondante, chaque personnage vient apporter un éclairage nouveau à l’histoire.

Les livres sont très courts et se dévorent, mais ils méritent une seconde lecture. Cette fois pour savourer la délicatesse de l’écriture, épurée et subtile. Je ne dirai plus désormais que je n’aime pas la littérature japonaise… Merci Katell !

 

Extraits :

« C'étaient les camélias qui fleurissent en hiver. Dans la campagne près de Tokyo, quand il neigeait, je trouvais les fleurs dans le bois de bambous. Le blanc de la neige, le vert des feuilles de bambous et le rouge des camélias. C'était une beauté sereine et solitaire. » (Tsubaki)

« Je marche quelques pas derrière ma mère pour aller à l'église. Je vois sa jupe évasée s'agitant au rythme de sa marche et de ses longs cheveux noirs. Les couleurs des fleurs d'hortensia. Le bruit de la pluie, qui tombe sur le parapluie de papier huilé. Les escargots. La barbe noire de l'homme étranger. La silhouette de la petite fille s'éloignant avec son père. Et le bruit du coquillage.
Ces images sont gravées si profondément dans ma mémoire que jamais elles n'ont pâli avec le temps. »
(Hamaguri)

« Je lève les yeux.
Couvert de nuages épais, le ciel s'étend à l'infini. Il fait anormalement chaud et humide pour une fin d'été. C'est encore le matin. Pourtant, je sens ma chemise déjà trempée de sueur.
Au-dessus de moi, un couple d'hirondelles passe rapidement. Elles vont et viennent entre le toit d'une maison et un fil électrique. Elles partiront bientôt vers un pays chaud. J'aimerais bien voyager librement comme elles.
Ma mère m'a dit une fois : " Si on pouvait renaître, j'aimerais renaître en oiseau. " »
(Tsubame)

« Il pleut tous les jours. C'est la saison des pluies. Je vais au laboratoire à pied. En marchant, je vois partout des hortensias en fleurs. Je m'arrête et les regarde émerveillé par la beauté de toutes ces couleurs vives. Lorsque je trouve un escargot entre des feuilles, je me souviens de mon enfance passée avec Sono. Je lui rendais visite après l'école. Dans son petit jardin, je cherchais des escargots et les mettais dans une bouteille avec des feuilles mouillées. Je me plaisais à observer ces petites bêtes. Je me demande "où est Sono maintenant ?". » (Wasurenagusa)

« J’entendais le doux bruit de l’eau. Je voyais une luciole émettre de la lumière dans une touffe d’herbe. Je me suis assise sur une pierre. En fixant mon regard sur la surface de l’eau, je pensais distraitement : «  Si l’eau était assez profonde, je pourrais me jeter dedans… » (Hotaru)