lundi 19 novembre 2018

Instantanés d'Ambre - Yoko Ogawa

Par Daphné















Auteur : Yoko Ogawa
Titre : Instanés d'Ambre
Genre : roman
Langue d’origine : japonais
Traductrice : Rose-Marie Makino-Fayolle
Editeur : Acte Sud
Nombre de pages : 304
Date d'édition : 2018

Résumé de l'éditeur :

Une mère demande à ses enfants d’oublier leur pré­nom. Ils doivent, dit-elle, ne plus jamais le pronon­cer ni même y penser, mais en choisir un autre afin d’échapper au danger qui menace leur vie. Dans une villa ayant appartenu à leur père, au milieu d’un vaste jardin cerné de hauts murs, les trois enfants vont passer un temps infini, enfermés, coupés du monde mais heureux. Leurs nouveaux prénoms sont issus d’une encyclopédie des sciences : des noms de pierres choisis au hasard – prénoms sous le signe desquels ils reconstruisent leur identité.
Arbres immenses, ruisseau ténu et chants d’oiseaux : les saisons passent, les vêtements cousus par leur mère sont trop petits, les ailes de coton et de laine qu’elle a fixées dans leur dos ne les gênent pas. Opale, Ambre et Agate grandissent en harmonie mais la dis­sonance vient de l’extérieur, un colporteur entre dans le jardin.
Un livre majeur, une puissante métaphore de la résilience de l’enfance, cette capacité à préserver l’amour filial en tenant la peur à distance. Ode à l’imaginaire – traversé comme toujours dans l’œuvre d’Ogawa par la présence animale, muséale et musicale –, ce roman se place sous le signe des pierres et tout particulière­ment de l’ambre, dans lequel se loge la trace de ce qui n’est plus.


Mon avis :

Les avis que j'ai pu lire sur ce livre m'ont paru assez négatifs... mais à moi, il m'a plu! Beaucoup! 

Voici un livre à la fois étouffant et poétique, un livre au goût d'enfance,de peur et d'imagination. Trois enfant qui ont dû oublier leur nom. Trois enfants qui ont dû oublier le monde extérieur. Enfermés dans une villa entourée d'un jardin cerné de hauts murs, trois enfants grandissent loin des regards et du monde. Livre à mi-chemin entre le huis-clos et le conte de fées, Instantanés d'Ambre possède quelques chose de vraiment particulier, une sorte de folie mêlant habilement l'angoisse et les rêveries enfantines. Coupés du monde, les enfants s'évadent par leur simple imagination. On se retrouve pris entre l'imaginaire, si puissant des enfants et l'atmosphère lugubre de l'enfermement. 

Malgré l'angoisse et la folie qui émanent de ce livre, il s'en dégage un fort parfum de poésie et de féerie. On oscille sans cesse entre le réel et le conte, et ce d'une manière particulièrement habile. 

J'ai aimé les descriptions, le rapport aux éléments,  l'atmosphère étrange de ce livre. Il y a à la fois une grande douceur et une grande douleur dans la manière dont Ambre conserve ses souvenirs et fait revivre, à travers son regard si spécial, ceux qui lui sont chers. J'ai aimé ce côté troublant qui, à chaque page, donne au lecteur l'envie de s'interroger tout en se laissant emporter lui aussi par son imagination d'enfant. Ce livre m'a fait l'effet d'un funambule au pas sans cesse hésitant entre rêve et réalité. 

Le rythme est lent mais cela va tout à fait avec l'histoire, avec la manière dont se déroule les journées des enfants. Un livre étrange, parfois inquiétant et très beau...


Extrait :

"On pense souvent à tort qu’il a des problèmes de vue, mais non. En réalité, il a sa manière bien à lui d’observer le monde, différente de celle des autres. Il ne se contente pas de regarder le point qui se trouve présentement devant ses yeux : il accueille aussi la continuité des instants passés et à venir. C’est seulement à travers l’ambre au fond de lui que s’écoule le temps tel qu’il est."

samedi 17 novembre 2018

Petit manuel pour ne pas avoir l'air d'une courge dans une épicerie bio - Stéphanie de Turckheim

Par Ariane

Auteur : Stéphanie de Turkheim
Titre : Petit manuel pour ne pas avoir l’air d'une courge dans une épicerie bio
genre : nutrition/cuisine


Présentation de l'éditeur :
Les 3 bonnes raisons d'acheter ce livre : Quand vous entrez dans un magasin bio, il y a plein d'ingrédients qui vous tentent, mais vous ne savez pas comment les utiliser en cuisine - vous êtes déjà un(e) habitué(e) des magasins bio, mais vous restez curieux/se de découvrir ce qu'on peut faire à base de tofu soyeux, de graines germées ou de farine de châtaigne - vous n'êtes jamais entré(e) dans un magasin bio et, jusqu'à présent, vous pensiez qu'on y trouvait les mêmes produits qu'au supermarché

Mon avis :
Voici un livre qui porte bien son titre ! En effet, quand on ne connait pas bien les épiceries bio, il peut être difficile de s'y retrouver parmi la pléthore de produits tous plus mystérieux les uns que les autres. Comme de nombreuses personnes je m'interroge actuellement sur mon alimentation, notamment au sujet de la surconsommation de protéines animales. Par ailleurs, j'aime cuisiner tout autant que manger et faire des découvertes culinaires. Diminuer la viande et découvrir les protéines végétales est donc un choix intéressant. Encore faut-il savoir se repérer parmi les produits et savoir les cuisiner. 
La première partie de l'ouvrage présente différents produits par catégorie (graines, algues,...) et la seconde propose des recettes classées (salé, sucré/salé, sucré). 
Certaine de ces recettes sont bien tentantes et accessibles même à un néophyte. C'est un tout petit ouvrage, idéal pour une première approche, mais à compléter par des lectures plus approfondies.

vendredi 16 novembre 2018

Une constellation de phénomènes vitaux - Anthony Marra

Par Daphné

















Auteur : Anthony Marra
Titre : Une constellation de phénomènes vitaux
Genre : roman
Langue d’origine : anglais (Etats-Unis)
Traducteur : Dominique defert
Editeur : JCLattès
Nombre de pages : 440
Date d'édition :2013

Résumé de l'éditeur :

En 2004, dans un village de Tchétchénie, Havaa, une fillette de huit ans, cachée dans les bois, voit des soldats russes emmener son père et brûler sa maison. Akhmed, voisin et ami de sa famille, observe lui aussi la scène, redoutant le pire. Lorsqu’il retrouve Havaa, il décide de la mettre à l’abri dans un hôpital abandonné où il ne reste qu’une chirurgienne russe épuisée, Sonja, pour soigner les blessés. Au cours de cinq jours extraordinaires, le monde de Sonja, d’Akhmed et de Havaa bascule.
Un premier roman majestueux sur l’amour en temps de guerre, qui révèle l’histoire d’un pays et d’un peuple martyr.


Mon avis :

Des deux guerres de Tchétchénie, je ne savais quasiment rien jusqu'à la lecture de ce livre. Je me suis renseignée après coup...

C'est avec beaucoup de talent que l'auteur nous parle ici de trois personnages et de leurs douleurs mais de leurs forces aussi. Trois personnages auxquels les guerres ont tant pris et qui, pourtant, gardent en eux une grande beauté. Leurs histoires s'entrecroisent, et ce à plusieurs reprises dans le temps, sans qu'ils s'en soient forcément rendu compte. C'est une histoire de rencontres, un histoire de trahison, de violence, de remords et de renoncement mais également d'amitié, d'amour et d'espoir. Car l'espoir, malgré les horreurs de la guerre, est toujours présent.

Comment peut-on en arriver à trahir ceux qui nous sont chers? Peut-on à la fois soigner son corps et son âme? Qu'est-ce qui pousse les êtres à la résilience ou au renoncement? Que ferions-nous en temps de guerre? C'est l'éternelle question : on a beau espérer que l'on agirait "bien", que l'on se retrouverait du bon côté, comment le savoir sans l'avoir vécu? Autant de questions que soulève ici l'auteur.

Ce livre est construit à la manière d'un puzzle : page après page, les pièces se mettent en place, révélant des liens dissimulés ente les personnages et leurs histoires. J'aime beaucoup ce genre de construction qui pousse le lecteur à être attentif à chaque détail et qui est, ici, particulièrement bien menée. 

Il y a beaucoup de dureté dans ce livre où la guerre, le chaos, la violence, la trahison, le profit et l'horreur prennent une grande place. A de nombreuses reprises au cours de cette lecture, j'ai eu le cœur serré et il m'a fallu reprendre mon souffle devant les descriptions de l'horreur dans laquelle se retrouvent plongés les personnages. Et pourtant, pourtant, il y a aussi l'espoir, parfois si ténu mais toujours présent, cet espoir qui donne un sens et une humanité à la vie détruite des personnages.

Un livre bouleversant emprunt d'une grande beauté malgré la dureté du sujet. A lire, et sans doute même à relire afin d'en comprendre au mieux toutes les subtilités.

Extrait :

"Vie : une constellation de phénomènes vitaux – organisation, irritabilité, mouvement, croissance, reproduction, adoption."

mardi 13 novembre 2018

Tout autre nom - Craig Johnson

Par Ariane


Auteur : Craig Johnson
Titre : Tout autre nom
Genre : roman policier
Langue d’origine : anglais (américain)
Traducteur : Sophie Aslanides
Editeur : Gallmeister
Nombre de pages : 352p
Date de parution : mars 2018

Présentation de l’éditeur :
Comme chaque année, le shérif Walt Longmire s’apprête à traverser le morose hiver des hautes plaines du Wyoming lorsque son ancien mentor, Lucian Connally, lui demande de s’occuper d’une affaire douloureuse. Dans un comté voisin, l’inspecteur Gerald Holman s’est suicidé dans sa chambre d’hôtel, et Lucian veut savoir ce qui a poussé son vieil ami à se tirer deux balles dans la tête. La curiosité de Walt est piquée, car deux balles, c’est une de trop. En feuilletant les dossiers de Holman, il découvre que ce dernier enquêtait sur une série de disparitions récentes de jeunes femmes dans un rayon de quinze kilomètres. Walt se lance dans une enquête haletante, bien décidé à percer ce mystère.

Mon avis :
Ce fut long, très long avant que ce roman arrive à la médiathèque, mais je retrouve enfin avec joie Walt Longmire, Henry Standing Bear et les paysages enneigés du Wyoming. Je ne m’en lasse pas ! Et même si la formule semble toujours la même : poursuites dans la neige, fantômes indiens et bagarres, sans oublier la touche humoristique.
Ce roman semble un interlude entre le précédent et le prochain, car certaines intrigues plus complexes se dessinent qui laissent présager des moments difficiles pour le shérif Longmire et ses amis.
Au risque de me répéter, tout est un régal dans cette série : les intrigues, les personnages, l’écriture, l’ambiance, l’attachement à la nature et à la culture indienne… Et ce tome, s’il n’est peut-être pas le meilleur, réunit toutes les qualités qui me séduisent dans cette série policière.
Il va falloir maintenant patienter en attendant la parution en France du prochain (sachant qu’il y en 5 parus aux Etats-Unis mais pas encore arrivés en France !).

Extrait :
« On dit que les chiens ont un vocabulaire d’environ vingt unités lexicales, et j’étais certain que sur les vingt que possédait le mien, dix-sept étaient jambon. »

« J’appelai le chien et traversai le parking jusqu’au modeste bureau de poste, ouvris la porte et laissai le molosse entrer le premier.
-Ceci est un établissement public du gouvernement fédéral, les chiens ne sont pas admis.
(…)
-Ce pourrait être un chien d’assistance.
Il regarda le chien, puis le dévisagea, pensif.
-Et quel genre d’assistance fournit-il ?
J’avançai jusqu’au comptoir, et le chien me suivit tandis que je m’appuyais sur un coude pour sortir mon porte-insigne ; une fois de plus, il m’échappa des mains et tomba par terre. Le chien le poussa un peu du bout de la truffe puis leva les yeux vers moi.
Je me baissai, ramassai le porte-cartes et me relevai pour éblouir le postier avec l’étoile du shérif du comté d’Absaroka.
-A l’évidence il ne rapporte pas. »

« - A mon avis tout personnel, si une femme utilise plus d'une demi-douzaine de points d'exclamation, quatre soulignements et trois post-scriptum, c'est que tu es dans une grosse grosse merde. »

lundi 12 novembre 2018

L'enfant de Schindler - Leon Leyson

Par Daphné
















Auteur : Leon Leyson
Titre : L'enfant de Schindler
Genre : Témoignage
Langue d'origine : anglais (Etats-Unis)
Traductrice : Juliette Lê
Editeur : Pocket Jeunesse
Nombre de pages : 221
Date d'édition : 2014

Résumé de l'éditeur :

Alors que tout semble perdu pour Leon Leyson, déporté à l'âge de douze ans dans un camp de concentration, un homme - un nazi - lui redonne espoir. En l'employant comme ouvrier dans son usine, Oskar Schindler fait du petit Leon le plus jeune inscrit sur sa liste. Une liste qui sera synonyme de vie pour lui mais aussi pour des centaines d'autres juifs pris dans les filets nazis.

Mon avis :

Comme beaucoup de monde, je connais le nom d'Oskar Schindler grâce à La liste de Schindler, un film que j'ai vu plusieurs fois et qui m'émeut toujours autant. Leon Leyson, de son vrai nom Lejb Lejzon, a été le plus jeune des personnes inscrits sur cette liste. Après avoir vu le film, il a décidé d'écrire son histoire.

L'auteur nous parle donc de son enfance en Pologne, de la montée de l'antisémitisme, du ghetto de Cracovie, de la peur et de la faim, des camps, de la rencontre avec Oskar Schindler qui lui sauvera la vie.

J'ai beau avoir lu beaucoup de livres sur la Shoah, c'est toujours avec la même horreur et  la même tristesse que je les referme. Ce livre est d'autant plus bouleversant qu'ile st écrit à travers les yeux d'un enfant. Car si Leon Leyson était adulte quand il a raconté son histoire, c'est l'enfant qui vit en lui et qui a vécu tout cela qui parle. Il est terrible de lire les mots d'un enfant, sa manière simple et directe de raconter l'indescriptible. 

L'auteur nous livre là un grand témoignage et un véritable hommage à ses frères disparus, à Oskar Schindler et à toutes les victimes de la Shoah. 

Extrait :

"Je suis un miraculé de la Shoah.
Tout se liguait contre moi :
Je ne connaissais personne, et je n'étais qu'un enfant,
sans aucune compétence.
Mon seul atout : ma vie importait aux yeux d'Oskar Schindler
Il pensait que je valais la peine d'être sauvé"

samedi 10 novembre 2018

Une douce lueur de malveillance - Dan Chaon

Par Ariane


Auteur : Dan Chaon
Titre : Une douce lueur de malveillance
Genre : roman
Langue d’origine : anglais (américain)
Traducteur : Hélène Fournier
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 527p
Date de parution : août 2018

Présentation de l’éditeur :
« Nous n’arrêtons pas de nous raconter des histoires sur nous-mêmes. Mais nous ne pouvons maîtriser ces histoires. Les événements de notre vie ont une signification parce que nous choisissons de leur en donner une. »
Tel pourrait être le mantra de Dustin Tillman, psychologue dans la banlieue de Cleveland. Ce quadragénaire, marié et père de deux adolescents, mène une vie somme toute banale lorsqu’il apprend que son frère adoptif, Rusty, vient d’être libéré de prison. C’est sur son témoignage que, trente ans plus tôt, celui-ci a été condamné à perpétuité pour le meurtre de leurs parents et de deux proches. Maintenant que des tests ADN innocentent son frère, Dustin s’attend au pire.
Au même moment, l’un de ses patients, un policier en congé longue maladie, lui fait part de son obsession pour une étrange affaire : la disparition de plusieurs étudiants des environs retrouvés noyés, y voyant la marque d’un serial killer. Pour échapper à sa vie personnelle, Dustin se laisse peu à peu entraîner dans une enquête périlleuse, au risque de franchir les limites que lui impose son rôle de thérapeute.
Plongée dans les ténèbres, celles d’un homme submergé par ses propres contradictions et les failles de sa mémoire, Une douce lueur de malveillance est un livre virtuose et vénéneux. Une écriture glaçante, une inventivité littéraire qui bouscule les structures du roman contemporain : rarement un écrivain aura su explorer le mystère de l’identité avec un réalisme aussi obsédant.

Mon avis :
Dustin Tillman est psychologue, marié et père de deux adolescents. Une vie pas si banale que ça car son enfance a été marquée par les meurtres de ses parents, de sa tante et de son oncle et la condamnation de son frère Rusty pour ces crimes. Mais l’ADN a parlé, et après trente ans derrière les barreaux, Rusty est innocenté et libéré. Sale période pour Dustin qui apprend le même jour que sa femme a un cancer et doit en plus gérer un patient, ancien flic obsédé par les disparitions de jeunes hommes retrouvés noyés.
A chaque rentrée littéraire, certains romans font plus parler d’eux que d’autres, on a l’impression de les voir partout et ce roman de Dan Chaon en fait partie. Et l’adjectif que l’on retrouve le plus souvent sur les blogs pour décrire ce roman est : atypique. Et atypique, il l’est incontestablement, tant l’histoire en elle-même que la construction et la présentation de l’intrigue. Et je n’ai pas adhéré à certaines de ces particularités, comme les phrases tronquées de Dustin, les espaces blancs incongrus, la présentation en colonnes de certains passages, le tutoiement,…
Mais ces particularités, même si elles m’ont dérangée, ne m’ont pas empêchée d’apprécier l’intrigue particulièrement bien ficelée mêlant thriller, roman noir et roman psychologique. L’auteur nous balade entre ces aspects, comme il nous balade entre les époques, les doutes et les thèmes abordés.
Il y a l’aspect criminel de l’histoire tout d’abord, avec deux séries de crimes qui marquent la vie de Dustin. Rusty, le frère adoptif de Dustin a été condamné pour le meurtre de leurs parents, ainsi que de leur oncle et tante, sur la base principalement des témoignages de Dustin et de sa cousine Kate. Des flashbacks nous ramènent dans les années 70, lorsque les parents du jeune Dustin décident d’adopter Rusty, un adolescent taciturne et agressif, puis quelques années plus tard à l’époque des meurtres. Lorsque Rusty est libéré de prison au bout de trente ans, l’attitude de Dustin ne manque de surprendre. Il ne cherche pas à entrer en contact avec son frère, pas même à en savoir plus sur sa libération. Et ne se pose pas non plus la question la plus évidente : si Rusty est innocent, alors qui est le meurtrier ?
En revanche, influencé par son patient et ami Aquil, il mène à ses côtés une enquête sur les disparitions de plusieurs étudiants retrouvés noyés quelques semaines plus tard. A part eux, personne n’y voit rien de suspect, des jeunes qui ont trop bu se sont accidentellement noyés. Mais pour Aquil et Dustin, le crime est évident. Et là on l’on penserait a priori à un tueur en série, eux pensent plutôt à une secte satanique, sacrifiant des victimes dont la disparition n’éveillera pas les soupçons. Et la coïncidence est troublante, car justement, Dustin et Kate avaient affirmé que Rusty appartenait à une secte satanique. Dan Chaon s’empare là du phénomène des abus rituels sataniques qui ont secoué les Etats-Unis dans les années 70/80, des souvenirs oubliés et de la manipulation de la mémoire. Alors forcément, l’ambiance qui se dégage du roman est sombre voire carrément délétère.
Atmosphère d’autant plus sombre que la famille Tillman est en plein deuil et la tranquille petite vie de Dustin implose après le décès de sa femme. Son fils aîné part à l’université et coupe petit à petit les ponts. Son cadet s’enfonce dans la drogue, sans qu’il le remarque. J’ai particulièrement aimé ce jeune homme torturé, sensible et intelligent, en pleine souffrance sans que personne ne prête attention à lui. Personne à part Rusty, entré en contact avec Aaron dans le plus grand secret et dont les intentions sont bien énigmatiques.
Un roman passionnant et intelligent, qui malgré quelques singularités dans la présentation qui ne m’ont pas convaincue, se révèle particulièrement addictif.

Extrait :
« Cela arrive certainement à tout le monde, à un certain âge : vous levez les yeux un instant et vous ne savez plus très bien quelle est la vraie vie. Vous vous êtes divisé en un si grand nombre d’alvéoles qu’elles sont à peine conscientes les unes des autres – elles arpentent, parallèlement, leur propre flux de pensée, et chacune pense être moi. »

« Et je pense que ce sera comme ça jusqu’à la fin, dit Terry. Même s’il ne te reste que cinq minutes à vivre, tu continues à anticiper l’avenir, tu continues à penser à ce que tu vas faire ensuite, à avoir des projets, il y a une partie de toi qui continue à dire : Tout finira bien par s’arranger. »