mercredi 22 janvier 2020

Le livre extraordinaire des créatures fantastiques - Tom Jackson et Val Walerczuk

Par Ariane


Auteur : Tom Jackson
Illustrateur : Val Walerczuk
Titre : Le livre extraordinaire des créatures fantastiques
Traducteur : Emmanuel Gros
Editeur : Little urban
Pages : 80p


Mon avis :
Un livre extraordinaire qui nous présente une trentaine de créatures fantastiques plus ou moins connues. Sirène, phénix, vampire ou gorgone, on les connaît bien. Mais connaissez-vous le bunyip, le mannegishi, le kelpie ou Jorogumo ? 
En très grand format, une double page est consacrée à chaque créature. En quelques courtes phrases clés, on nous livre des informations sur les croyances liées à la créature, les légendes, des éléments historiques et culturels. Une grande illustration détaillée vient à l'appui du texte.

Mes filles et moi avons beaucoup aimé ce livre. Nous avons appris des choses que nous ignorions sur des créatures bien connues ou découvert des créatures inconnues. Une mine d'information, qui ouvre à la curiosité. Je pense avoir plus aimé les illustrations que mes filles. Très détaillées et réalistes, elles me semblent correspondre plus à un public adulte. L'une d'entre elles, les a même terrifiées ! C'est vrai qu'elle fait peur la goule !
La collection compte plusieurs tomes sur des thèmes différents (les animaux, les animaux dangereux, les animaux préhistoriques, les animaux des océans, les reptiles et amphibiens). Nul doute que nous les découvrirons rapidement !



mardi 21 janvier 2020

Le répondeur - Luc Blanvillain

Par Ariane


Auteur : Luc Blanvillain
Titre : Le répondeur
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Quidam
Nombre de pages : 260p
Date de parution : janvier 2020

Mon avis :
Luc Blanvillain, prolifique auteur jeunesse, signe avec ce roman jubilatoire sa deuxième incursion dans la littérature adulte. Il nous raconte l’histoire de Baptiste, jeune imitateur qui se produit chaque soir devant une salle clairsemée et qui se voit un jour proposer une offre singulière : devenir la voix de Pierre Chozène, célèbre écrivain sans cesse dérangé par de multiples appels téléphoniques. Muni du portable du grand homme et de la bible, sorte de répertoire personnalisé dans lequel l’auteur a réuni tous les détails sur les membres de son entourage, Baptiste doit se glisser dans la peau de Chozène.
L’histoire imaginée par Luc Blanvillain tient du vaudeville avec son lot de quiproqos et de situations comiques. Car évidemment, les réactions et réponses de Baptiste sont différentes de celles qu’auraient eu Chozène. Son attitude provoque souvent la surprise chez ses interlocuteurs, l’incompréhension ou la colère. Il prend des initiatives qui vont parfois placer l’écrivain dans des situations compliquées et modifier ses relations avec ses proches.
On trouve toute une galerie de personnages : la fille, l’ex, la maîtresse, l’ami cocu, l’ami profiteur, l’éditeur, le traducteur, le journaliste, le jeune écrivain,… A ces personnages, on pourrait reprocher de manquer de caractère. Mais je n’ai pas vu ces personnages comme des personnages au sens propre, mais plutôt comme des caricatures, comme c’est en général le cas dans la comédie ou les imitations.
Pourtant, sous les ressorts comiques de son intrigue, Luc Blanvillain aborde des thèmes plus sérieux : telles l’identité ou les relations familiales. Il dresse également un portrait acide du milieu artistique et notamment de la sphère littéraire. Il nous parle également de tous ces artistes méconnus qui courent le cachet et s’ils n’ont pas gagné la célébrité, n’en ont pas moins de talent que ceux qui ont eu la chance d’être reconnus.
C’est donc un petit roman à la fois drôle et intelligent, que l’on imagine sans peine être rapidement adapté au théâtre ou au cinéma. Mais quand même, il me faut bien le dire : je déteste les imitations !

Extrait :
« Il y avait eu une époque, déjà terriblement lointaine, son enfance ou celle de ses parents, au cours de laquelle elle était perçue comme la récompense publique d’un mérite, d’un talent. Il y avait eu des scientifiques célèbres, des écrivains célèbres, puis des acteurs, des chanteurs, des mannequins célèbres.
Ensuite, progressivement, étaient apparues les célébrités. »

 Catégorie objet

samedi 18 janvier 2020

Tous, sauf moi - Francesca Melandri

Par Ariane


Auteur : Francesca Melandri

Titre : Tous, sauf moi

Genre : roman

Langue d’origine : italien

Traductrice : Danièle Valin

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 576p

Date de parution : mars 2019

Présentation de l’éditeur :

2010, Rome. Ilaria, la quarantaine, trouve sur le seuil de sa porte un jeune Éthiopien qui dit être à la recherche de son grand-père, Attilio Profeti. Or c’est le père d’Ilaria. À quatre-vingt-quinze ans, le patriarche de la famille Profeti est un homme à qui la chance a toujours souri : deux mariages, quatre enfants, une réussite sociale éclatante. Troublée par sa rencontre avec ce migrant qui déclare être son neveu, Ilaria commence à creuser dans le passé de son père.
À travers l’enquête d’Ilaria qui découvre un à un les secrets sur la jeunesse de son père, Francesca Melandri met en lumière tout un pan occulté de l’histoire italienne : la conquête et la colonisation de l’Éthiopie par les chemises noires de Mussolini, de 1936 à 1941 – la violence, les massacres, le sort tragique des populations et, parfois, les liens qu’elles tissent avec certains colons italiens, comme le fut Attilio Profeti.
Dans ce roman historique où l’intime se mêle au collectif, Francesca Melandri apporte un éclairage nouveau sur l’Italie actuelle et celle des années Berlusconi, dans ses rapports complexes avec la période fasciste. Naviguant habilement d’une époque à l’autre, l’auteur nous fait partager l’épopée d’une famille sur trois générations et révèle de façon bouleversante les traces laissées par la colonisation dans nos sociétés contemporaines.



Mon avis :

Ma première rencontre avec Francesca Melandri date déjà de quelques années, pourtant je me souviens bien de Plus haut que la mer, roman dans lequel elle abordait avec subtilité une période sombre de l’histoire de son pays. Elle s’attaque à nouveau à ce sujet épineux avec Tous, sauf moi, à la fois fresque familiale et historique de l’Italie du XXème siècle.

Tous, sauf moi est le mantra d’Attilio Profeti. Père de quatre enfants, auréolé du prestige de sa réussite professionnelle, il est désormais un vieil homme dont ses proches croient connaitre tous les secrets. Jusqu’au jour où sa fille Ilaria découvre devant sa porte un jeune africain qui prétend être le petit-fils d’Attilio. Intriguée, Ilaria cherche à en savoir plus et peu à peu, découvre le passé méconnu de son père et de son pays.

Il y a dans cette histoire deux niveaux de lecture, le romanesque et l’historique, que Francesca Melandri mêle habilement. Sur le plan strictement romanesque, Francesca nous raconte l’histoire de la famille Profeti partant de la mort d’Attilio Profeti jusqu’aux premières années de mariage de ses parents. Ce faisant elle nous offre une saga familiale riche et passionnante, des personnages marquants même lorsqu’ils n’ont qu’un rôle secondaire dans l’intrigue (je pense notamment à Ottelo, le frère aîné mais éternel second). Je suis loin d’être une romantique, pourtant j’ai accroché à l’histoire d’amour complexe entre Ilaria, enseignante et socialiste, avec son ami d’enfance Piero, député de Silvio Berlusconi. Ce n’est que l’un des points d’accroche entre l’histoire de la famille et l’histoire de l’Italie, car toute l’intrigue imaginée par Francesca Melandri est indissociable de l’histoire contemporaine de son pays.

A travers les destins de ses personnages, Francesca Melandri nous parle de l’Italie. Elle nous raconte les guerres, le fascisme, l’Ethiopie. Elle raconte les violences, la propagande, les théories racistes. Elle ancre également ses personnages dans l’Italie actuelle, parlant d’une classe politique gangrénée par la corruption ou d’immigration. Elle nous livre là un travail ambitieux, basé sur un solide travail de recherche, mais qui, dans le cadre d’un roman pourrait dérouter, voire rebuter, certains lecteurs. J’avoue avoir par moments été perdue, car mes connaissances sur l’histoire italienne sont pour le moins superficielles. Pourtant, raconter ces événements en les mêlant à un roman, permet de les faire connaître à un plus large public. On sent en effet la révolte de l’autrice face aux événements passés mais également devant les événements actuels. C’est un cri d’indignation face à l’hypocrisie et à l’aveuglement généralisés.

A découvrir absolument ! 


Extrait :

« ... les définitions définissent celui qui définit, non pas celui qui est défini. »


«Migrer est un geste total mais aussi très simple : quand un être vivant ne peut survivre dans un endroit, ou il meurt ou il s'en va. Hommes, thons, cigognes, gnous au galop dans la savane: les migrations sont comme les marées, les vents, les orbites des planètes et l'accouchement, tous des phénomènes qu'il n'est pas donné d'arrêter. Et sûrement pas par la violence, même si cette illusion est répandue. »


« Tu as raison. Dans ce pays, les mots ne comptent plus. L'histoire ne compte plus. Ce n'est qu'une bouillie informe, résistants et fascistes, tous pareils, tous victimes, aucune responsabilité, pas même Mussolini qui au fond n'était pas si mal, qui a fait lui aussi tant de bonnes choses. Et si tu essaies de dire qu'en réalité ça ne s'est pas vraiment passé comme ça, on te traite d'emmerdeuse. »


« Il ne se rendait pas compte que la photo qu'il avait entre les mains - celle d'une jeune fille noire avec un collier pour tout vêtement, les seins en forme de pyramide qui pointaient au-dessus de son ventre bombé - n'était pas de la pornographie. C'était de la propagande de guerre. »

Les avis de Krol, Nicole, Papillon,

vendredi 17 janvier 2020

Une bête au paradis - Cécile Coulon

Par Daphné





















Auteur : Cécile Coulon
Titre : Une bête au paradis
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Iconoclaste
Nombre de pages : 352
Date de parution :  2019

Présentation de l’éditeur :

La vie d’Émilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, réussir. Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance.


Mon avis :

Mais quelle plume ! Voilà ce que je me dis chaque fois que je referme un livre de Cécile Coulon. Une écriture acérée, franche, qui tranche dans le vif, une écriture qui ne ment pas, qui va droit au but. Une écriture vraie. 

J'ai souvent l'impression devant les livres de cette auteure qu'ils ont été écrits d'un seul jet, presque sans relecture, que chaque mot est "intact",  sans correction. Est-ce le cas?  Ou ce livre a-t-il eu de multiples versions, a-t-il été écrit lentement, avec labeur et application ? Je ne sais pas, mais cette écriture me fait toujours l'effet d'avoir été jetée sur le papier d'un seul coup, au gré des émotions de l'auteure tant elle me paraît sensitive.

J"ai eu l'impression de ressentir ce livre plus que je ne l'ai lu. De ressentir l'amour que Blanche voue à sa terre et à Alexandre, de ressentir sa douleur, sa rage, la vieillesse d'Emilienne, la mélancolie de Gabriel, la violence des coups du père de Louis. D'entendre les cris du cochon qu'on égorge,  les cris de Gabriel derrière une porte close. 

Qu'il est âpre le monde que nous décrit Cécile Coulon, qu'il est rude mais beau, violent mais fragile à la fois. L’histoire est simple mais on est tout de suite pris dedans, pris dans la tension si palpable, pris dans l'amour de Blanche pour ses terres, dans le désarroi de Louis, dans la sensibilité de Gabriel. Page par page, on sent venir le drame et on sentirait presque l'odeur du sang tant dans les premières pages que dans les dernières, le goût de la folie et celui de l'amour. 

Encore une fois, Cécile Coulon signe là un grand roman.

Extrait :

"C'est donc cela, les pleurs, les vrais. Des blessures en avalanche, les muscles, la peau, les os le sang, qui tentent de sortir par les yeux, qui fuient ce navire à la dérive, cette épave incapable d'accueillir d'autres matelots que ceux du passé, dans le pont s'est depuis longtemps écroulé sous le poids de ce grelot, énorme à présent, monstrueux, une gigantesque boule qui grossissait encore. C'est donc cela, les pleurs : le sacre du désespoir."