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lundi 27 janvier 2020

Le grand royaume des ombres - Arno Geiger

Par Daphné















Auteur : Arno Geiger
Titre : Le grand royaume des ombres
Genre : roman
Langue d’origine : allemand
traducteur :Olivier Le Lay
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 496
Date de parution :  2019


Résumé de l'éditeur :

Au mitan de la Seconde Guerre mondiale, auprès du lac autrichien de Mondsee, le jeune soldat viennois Veit Kolbe goûte quelques mois de convalescence. Au cœur de ce paysage alpin qui ferait presque oublier les combats, et grâce à l’amitié qu’il tisse avec sa voisine Margot,
les forces lui reviennent.
Mais la menace rôde comme une ombre et peut s’abattre de la façon la moins attendue. Dans le camp pour jeunes filles évacuées installé au bord du lac, une adolescente disparaît soudainement, mettant la petite communauté en émoi, tandis que les échos de la guerre, qui paraissaient pourtant lointains, se font plus réguliers et inquiétants.
Tissant ensemble les voix de personnages complexes et attachants auxquels il est difficile de ne pas s’identifier, Arno Geiger nous révèle leur quotidien à mesure que la défaite approche. Roman à la fois sensible et épique, intimiste et historique, Le grand royaume des ombres brosse subtilement le vaste portrait d’une société sur le point de vaciller et nous montre comment la vie, même dans les moments les plus terribles, peut laisser éclore une forme de douceur.


Mon avis :

Voici un livre dont je ne sais trop quoi penser. Le thème m’intéressait beaucoup : la guerre vue par les civils allemands, l'écart entre ceux qui ont fait la guerre, ceux qui ne la vivent que de loin, ceux qui ne comprennent pas ce qu'il se passe réellement, ceux qui ont plus de chance que les autres, ceux qui sont dans le déni total, refusant de voir ce qui se déroule autour d'eux. Il est frappant de voir à quel point il est facile aux personnages de nier l'horreur, de chercher à vivre une vie normale en se voilant totalement la face sur ce qu'ils e passe. C'est un thème qui donne à réfléchir. Qu'aurions nous fait à leur place ? Evidemment, on voudrait pouvoir se dire qu'on aurait réagi, qu'on n'aurait pas seulement chercher à sauver sa propre existence. L'aurait-on fait cependant ? Comment le savoir vraiment ? 

Oui, le thème m’intéressait et, en soi, l'histoire aussi. Mais j'ai eu beaucoup de mal à ne pas décrocher en cours de route. J'ai mis du temps à comprendre les liens entre les personnages et ai souvent dû revenir sur les pages précédentes afin de m'éclairer un peu. Certains chapitres sont composés de plusieurs lettres que les personnages écrivent à leurs proches mais de mon point de vue, ce n'était pas forcément limpide et j'avais parfois du mal à comprendre qu'on était passé à la lettre suivante. Je me suis perdue souvent dans les personnages et leur correspondance, et il m'a semblé alors que je mettais un temps infini à lire et à comprendre ce livre. ça m'a un peu gâché la lecture. Pourtant, je le répète, l'histoire m’intéressait...



Extrait :

"Seule la guerre reste éternellement la même. Il n’y a plus de saisons, plus d’offensive d’été, de trêve hivernale, plus rien que la guerre, perpétuelle, sans variation aucune, à moins qu’on ne tienne pour une variation le fait que la guerre n’élise plus de nouveaux champs de bataille, mais se replie sur les anciens. La guerre revient toujours sur ses pas."

jeudi 9 juin 2016

Les enfants de Vienne - Robert Neumann

Par Daphné














Auteur : Robert Neumann
Titre : Les enfants de vienne
Langue d'origine : allemand (Autriche)
Traductrice: Nicole CasanovaEditeur : Liana Levi
Nombre de pages : 218

Résumé de l'éditeur :


Vienne. Hiver 45. Dans la cave d'une maison à demi effondrée, six enfants livrés à eux-mêmes se sont arrangé  un semblant d'existence. Il y a là Yid et Goy, experts en trafics et larcins, Eva, prostituée occasionnelle, Ate, ancienne chef de section des jeunesses Hitlériennes, et Curls. Ensemble ils veillent sur une petite fille au ventre gonflé. Lorsque le révérend noir américain H.W. Smith débarque dans leur étrange abri, "ce qu'il voit et entend là, il ne le croit pas". Alors, quand il promet de les arracher à leur misère, de les conduire vers la vraie vie, l'espoir illumine ce grotesque royaume.

Bouleversant huis clos en 3 actes, Les enfants de Vienne est aussi une parabole crue sur la déshumanisation engendrée par la guerre. Après, tout est détruit, corrompu - y compris la langue. Extraordinaire jongleur de mots, Robert Neumann excelle à restituer le chaos d'une époque pas tout à fait révolue.


Mon avis :


Dans une cave, sous les restes d'une maison effondrée, vivent  six enfants. Six enfants rescapés de la guerre, six enfants issus des milieux les plus divers. Sans la guerre, sans doute ne se seraient ils jamais rencontrés.

Plus aucune innocence dans l'enfance. Horreur des traces de la guerre, horreur de la solitude de ces enfants livrés à eux même. horreur de l'innocence perdue. Et portant dans cette cave, persiste l'humanité et peut être même un peu d'espoir au travers de ces enfants qui, malgré un avenir inimaginable tant il semble improbable, veillent les uns sur les autres. 

La grande dureté de ce livre est contrebalancée par le  mélange linguistique avec lequel il est conté. Mêlant à l'allemand de l'argot viennois, du yiddish et du slang américain, les dialogues, qui composent l'essentiel de l'histoire, illustrent bien les divers origines et passés des enfants. Le chaos de cette étrange langue fait écho à celui de la vie des enfants.

Il est d'ailleurs à noter que l'auteur n'a décidé de traduire ce livre en allemand qu'un an avant sa mort et près de 30 ans après sa première parution en anglais. Juif Autrichien, il s'était jusque là refusé d'écrire dans la langue de ceux qui avaient détruit sa vie.

Ce livre, empli de violence, et où subsiste cependant une pointe d'humanité, nous montre l'ampleur des traumatismes suite à la guerre, le désarroi de tous ces enfants restés seuls. Un livre horrifiant et bouleversant à la fois.


Extrait :


"Une bonne place! Une fois les yeux habitués à la pénombre, ça ne ressemble pas à une cave. On l'a vraisemblablement étayée pour pouvoir y descendre en cas d'alerte aérienne ou d'alerte au gaz, ou que sais je. Voilà pourquoi tout n'a pas été écrasé quand la maison s'est effondrée par dessus. C'est drôle, une maison tout entière s'écroule sur sa propre cave et pas un trou, pas une fissure."

Lu dans le cadre du petit bac 2016,
catégorie lieu





vendredi 14 août 2015

Le mur invisible - Marlen Haushofer

Par Daphné













Auteur : Marlen Haushofer
 Titre : Le mur invisible
 Genre : roman
 Langue d’origine : allemand
 Traducteur : Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon
 Editeur : Babel
 Nombre de pages : 342
 Date de parution :  1992

Résumé de l'éditeur:


Voici le roman le plus célèbre et le plus émouvant de Marlen Haushofer, journal de bord d’une femme ordinaire, confrontée à une expérience-limite. Après une catastrophe planétaire, l’héroïne se retrouve seule dans un chalet en pleine forêt autrichienne, séparée du reste du monde par un mur invisible au-delà duquel toute vie semble s’être pétrifiée durant la nuit. Tel un moderne Robinson, elle organise sa survie en compagnie de quelques animaux familiers, prend en main son destin dans un combat quotidien contre la forêt, les intempéries et la maladie. Et ce qui aurait pu être un simple exercice de style sur un thème à la mode prend dès lors la dimension d’une aventure bouleversante où le labeur, la solitude et la peur constituent les conditions de l’expérience humaine.


Mon avis:

Tout d'abord, merci à Ariane qui m'a récemment fait découvrir ce livre!

Quelle étrange histoire que celle là! Étrange et calme à la fois, bien plus calme que ne le laisse présager le résumé. contrairement à ce que l'on pourrait penser, aucune trace de science fiction dans ce récit. Certes, une catastrophe planétaire semble avoir fait disparaître toute forme de vie au delà d'un mur invisible mais ce n'est pas tellement le sujet du livre. Ce mur est là, inexplicable et angoissant mais semble finalement n'être qu'un simple détail. a aucun moment l’explication de sa présence ne nous est donnée. Comment est il arrivé là? La narratrice est elle réellement la dernière survivante? On ne sait pas. On ne sait pas et , finalement, cela n'a pas tant d'importance. Ce qui compte, ce n'est ni le mur ni les explications mais la vie qui passe au fil des saisons, la vie de cette femme seule représentante de son espèce et qui, pourtant, représente à elle seule toute les êtres humains. 

Il ne se passe pas grand chose en 300 pages. L'histoire se déroule lentement, au rythme de la nature et des saisons. Et pourtant, l'écriture, loin d'être monotone, est particulièrement belle. On suit la vie de cette femme avec une avidité qui contraste avec la lenteur du récit.

La nature est omniprésente. Les animaux, chacun doté d'un rôle et d'un caractère bien à eux, emplissent la vie de la narratrice. A travers eux, sont abordés les étapes et les cycle de la vie: la sexualité, la maternité, la naissance, la mort...mort un peu trop présente et fréquente à mon goût d'ailleurs. Mais peut être également indispensable au cheminement de l'histoire et à l'évolution de la narratrice.

La narratrice est, à l'image de l'histoire, un personnage qui m'a paru plutôt étrange. Tout autre être humain aurait il réagi comme elle face à un tel événement? Elle semble accepter si facilement la présence du mur et la mort plus que probable de tout autre être humain que cela en est presque déroutant. N'importe qui d'autre à sa place n'aurait il pas chercher à explorer rapidement toute la zone délimitée par le mur et tenter de franchir celui ci? Tout autre être humain ne serait il pas devenu fou de solitude et de tristesse à l'idée d'avoir perdu tout être aimé? A sa place, se laisserait on mourir et tenterait on vaille que vaille de survivre? Et survivre pour quoi? Par instinct de survie uniquement? Ou par espoir? Espoir qui semble être totalement éteint chez cette femme, persuadée d’être l'unique humaine survivante. Elle survit cependant et ce  grâce aux animaux. Leur présence lui est essentielle et elle est essentielle pour eux. Elle ne peut vivre sans eux ni eux sans elle. Sa relation avec eux est forte, belle et profonde. Désormais, ils représentent tout à ses yeux. Il semble que son humanité s'efface peu à peu au profit de quelque chose de plus primitif, de plus sauvage. 

Un beau livre qui nous questionne sur l'humanité, sur nos rapports à l'animal et à la nature, à la vie tout simplement.


Extrait:

"Ce n'est que lorsque la connaissance d'une chose se répand lentement à travers le corps qu'on la sait vraiment. C'est ainsi que je n'ignore pas comme tout un chacun, que je vais mourir, mais mes pieds, mes mains, mes entrailles l'ignorent encore et c'est pourquoi la mort me semble tellement irréelle."