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mardi 15 novembre 2022

68 premières fois - le bilan

Par Ariane


Ça y est, j'ai lu le dernier. Ma participation à cette édition des 68 premières fois s'achève et me laisse un peu frustrée. J'ai été ravie d'être sélectionnée pour participer, les organisatrices ont fait un super travail de sélection des livres et d'organisation tout au long de l'année, mais pour plusieurs raisons j'ai moins apprécié ma participation. 

Tout d'abord à cause du manque d'échanges avec les autres participants. Il y a un groupe Facebook actif mais je n'ai plus Facebook depuis quelques mois à cause d'une usurpation de compte (j'ai réussi à bloquer mon compte, mais je n'y ai plus accès à moins de donner ma pièce d'identité...). Je ne suis pas une fan de Facebook, j'avais créé un compte lors de ma participation au prix des lectrices de Elle, et il ne servait que pour ça. Du coup, je n'ai pas débloqué mon compte et n'en ai pas créé de nouveau. Ce qui m'a donc empêchée de communiquer avec les autres.

Ensuite, depuis plusieurs mois, j'ai beaucoup de mal à écrire des billets sur mes lectures. J'ai énormément de livres à chroniquer en retard et cela me pèse beaucoup, encore plus quand je m'étais engagée à écrire sur mes lectures comme c'est le cas pour les 68 premières fois. Je n'ai pas écrit de billet sur la plupart des livres lus et je le regrette. Mais la lecture doit rester un plaisir, tout comme écrire sur un blog ou un autre réseau, et ne surtout pas devenir une charge mentale.

Enfin, je ne pourrai même pas assister comme prévu à la rencontre qui aura lieu en novembre. Je le regrette d'autant plus, que j'avais passé un excellent moment lors de la rencontre de la dernière édition, au cours de laquelle j'avais enfin rencontré pour la première fois In real life, Daphné, ma co-blogueuse !

Donc voilà, participation décevante pour moi et je le redis, entièrement de mon fait. Les organisatrices sont impliquées et disponibles, et elles ont fait un excellent travail et je les en remercie.

Outre leur travail d'organisation, l'équipe organisatrice a fait un super travail de sélection en nous proposant 22 premiers ou second romans, de styles très différents, explorant des thématiques riches et diverses. Parmi ceux-ci il y a eu des coups de cœur et des déceptions, de belles surprises et des flops, des découvertes inoubliables et d'autres qui n'auront fait que passer, certains que j'ai lu deux fois et d'autres que j'ai abandonné... 

Mes coups de cœur :  

Décomposée de Clémentine Beauvais : l'autrice a osé s'emparer d'un monument de la poésie baudelerienne, pour écrire un texte en vers libres remarquable. Un portrait de femme et de femmes, un cri pour celles qui n'ont jamais pu faire entendre leur voix. C'est une exploration inattendue, probablement ma plus grande et plus belle surprise de cette sélection.

Le voyant d'Etampes d'Abel Quentin : un roman passionnant et complétement d'actualité, pour parler des différences et incompréhensions entre générations, la gauche Mitterand confrontée à la génération woke. C'est drôle, intelligent et passionnant.

Furies de Julie Ruocco : un roman fort, vibrant de souffrance et de colère . Souffrance d'un peuple martyrisé par un tyran, souffrance des milliers d'enfants, de femmes et d'hommes brutalement assassinés par un régime liberticide, souffrance de ceux qui ont tout perdu, qui ne voient plus que la mort et la douleur et qui cherchent en vain, une infime trace d'espoir. Colère devant la brutalité et la cruauté des hommes, devant ce que des humains sont capables d'infliger à d'autres humains, mais plus encore devant l'indifférence de ceux qui pourraient agir et ne font rien, de ces pays soit-disant amis et défenseurs de la liberté qui condamnent et font de beaux discours mais qui n'agissent pas. Et il y a ces femmes, les furies qui prennent les armes, qui montent au créneau pour défendre l'avenir, la liberté, l'espoir, la vie. C'est un roman fort, violent et magnifique.


Donc voilà, c'est fini pour cette année. Je ne participerai pas à la prochaine édition, pour ne pas me retrouver confrontée aux mêmes difficultés. Mais je remercie l'équipe des 68 premières fois pour m'avoir permis de participer, pour leur sélection et pour tout leur travail ! Merci aussi à tous les participants qui ont fait voyager les livres, j'espère que tous ont pris plaisir à participer et à découvrir tous ces romans.







samedi 29 octobre 2022

Le voyant d'Etampes - Abel Quentin

Par Ariane


Auteur : Abel Quentin

Titre : Le voyant d’Etampes

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : éditions de l’Observatoire

Nombre de pages : 384p

Date de parution : août 2021

 

Mon avis :

Petit à petit je rattrape mon retard et il était temps que je parle de ce roman, sélectionné pour les 68 premières fois, avant d’en reparler dans mon bilan.

Après une carrière universitaire sans éclat, Jean Roscoff, retraité désabusé et porté sur la bouteille, se lance dans l’écriture d’un livre sur Robert Willow, poète et communiste américain. Roscoff prend un plaisir fou dans l’écriture de ce livre sur ce personnage dont le parcours et l’ouvrent le passionnent depuis des années. Rien ne laissait présager le tsunami qui se déclenche rapidement après la parution du livre. La polémique enfle, on en parle, on en débat, à la radio, à la télévision, dans les journaux. Les politiques s’emparent de la question. Les réseaux sociaux se déchaînent… Car si Roscoff a mis en avant l’engagement politique de Willow et son œuvre poétique, il a oublié un petit détail : Willow est noir. Roscoff est accusé de racisme, d’appropriation culturelle, harcelé sur les réseaux sociaux, insulté de toutes parts, défendu par le Front National. Un comble pour lui ancien militant à SOS racisme, qui a connu la marche des beurs et les valeurs de la génération Mitterrand.

Roscoff est un looser magnifique, on s’attache à ce pauvre vieux, qui veut bien faire mais semble constamment se prendre les pieds dans le tapis. Il ne comprend pas le monde qui l’entoure, n’en maîtrise pas les codes et semble aggraver la situation chaque fois qu’il ouvre la bouche…

Abel Quentin aborde ici, sous le couvert de cette histoire caustique, qui fait sourire autant qu’elle effraie, le choc des générations et l’émergence d’une pensée nouvelle qui remet en cause les certitudes des générations précédentes. Roscoff, sans nier la couleur de peau de Willow, n’en a pas parlé, car pour lui le racisme, c’est avant tout de désigner quelqu’un par sa couleur de peau. Dans sa vision universaliste, il s’intéresse à l’homme Robert Willow, au communiste, au poète. Mais ce faisant, ne relit-il pas son histoire à travers son propre regard d’homme blanc privilégié ?

On se régale à la lecture des malheurs de Jean Roscoff, mais on s’interroge en même temps sur cette culture émergente. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la plume d’Abel Quentin, avocat dans le civil, ne manque pas de verve. Pas une seconde d’ennui pour moi, jusqu’à la révélation finale, clin d’œil cynique qui nous prouve, une fois de plus, que ce pauvre Roscoff passe toujours à côté de ce qui est important…

mardi 25 octobre 2022

Les enfants véritables - Thibault Bérard

Par Ariane


Auteur : Thibault Bérard

Titre : Les enfants véritables

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : éditions de l’Observatoire

Nombre de pages : 288p

Date de parution : avril 2021

 

Mon avis :

Après Il est juste que les forts soient frappés lu lors de ma première participation aux 68 premières fois, j’ai découvert la suite pour ma nouvelle participation. Dans le premier roman de Thibault Bérard, Sarah une jeune femme décède d’un cancer, laissant derrière elle son mari et ses enfants. Ce second roman est une suite. Thibault Bérard nous raconte l’après. La vie après Sarah, la vie avec Cléo. Une nouvelle vie, une nouvelle famille, à construire, à réinventer. La tristesse et la perte, la joie et l’amour.

Encore une fois ce roman est un concentré d’émotions, d’humanité et de tendresse. Mon cœur de maman a bien sûr été particulièrement touché par Simon et Camille, qui bien trop jeunes, doivent apprendre à vivre sans leur maman.

Au cœur de ce roman, la famille, celle de sang ou celle de cœur, et la maternité. Cléo qui apprend à devenir maman avec Simon et Camille, qui affronte leur tristesse et leur colère, avec amour et patience. J’ai particulièrement aimé le parcours de Cléo, son histoire familiale, sa relation avec son père et César, ce frère taiseux et solitaire.

Je suis complètement séduite par la plume de Thibault Bérard vive et douce, qui nous offre une histoire lumineuse et pleine de vie. Alors cette fois encore, j’ai refermé le livre avec les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres.

samedi 22 octobre 2022

Il est juste que les forts soient frappés - Thibault Bérard

Par Ariane


Auteur : Thibault Bérard

Titre : Il est juste que les forts soient frappés

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : éditions de l’Observatoire

Nombre de pages : 304p

Date de parution : janvier 2020

 

Mon avis :

Sarah et Théo c’est l’amour fou, fantasque, joyeux. Un premier enfant, un deuxième à venir. La vie. Mais la vie joue parfois de sales tours. Cancer. Ce mot terrible, inconcevable, encore plus quand on est une jeune femme, une jeune maman, enceinte…

Cette histoire, son histoire, Sarah nous la raconte d’outre-tombe. Mais ce n’est pas la mort qu’elle nous raconte. Elle parle de la vie, de l’amour, de l’espoir. Son récit est bouillonnant d’humanité et de tendresse, qui nous porte entre rires et larmes, bourré d’humour malgré le poids des événements.

Ce qui aurait pu n’être qu’un très beau roman sur le thème d’un couple séparé par la maladie, façon Love story, prend une tournure inattendue avec l’arrivée d’un nouveau personnage : Cléo. Une rencontre qui vient bouleverser ce qu’on imaginait de la fin de ce roman, une rencontre qui vient aussi bousculer les convenances, car la vie n’attend pas, même quand la mort rôde.

J’ai pris beaucoup de retard dans la rédaction de mes billets de lecture (44 livres non chroniqués depuis plus d’un an… au moins si je rattrape mon retard je pourrais laisser tourner le blog tout seul pendant un moment !). Ce roman je l’ai lu en mai 2021 dans le cadre des 68 premières fois. Et en y repensant, l’émotion me revient aussitôt. Souvenirs vifs d’une lecture puissante, d’une écriture fluide et légère, de personnages beaux et attachants, des rivières de larmes versées… Un roman magnifique et bouleversant.

 

Extrait :

« J'imagine que vous serez d'accord : ce que tout le monde veut, dans la vie, c'est laisser une trace, non ? Résister à l'oubli éternel ?
Et bien le scoop, mes amis, le truc pas croyable que je vais vous annoncer ici, dans ces pages et même dès la première, c'est que le but ultime de tout le monde, dans la mort, c'est exactement l'inverse : se faire oublier des vivants. Couper le cordon une bonne fois avec l'avant, pour, enfin, accéder à cette absolue félicité, ce repos parfait des sens et de l'esprit dont on nous rebat les oreilles depuis les siècles des siècles.
Avouez que ça remet les choses en perspective. »

« Ce n’est pas parce qu’elle est vraie et dure par moments, ni même parce qu’elle finirait mal, que ce n’en est pas une ; toutes les vies sont des aventures extraordinaires, pour qui peut les voir dépliées devant soi. »

« C'est une chose dont personne n'aime trop parler, parce que ça donne l'impression d'être affreusement égoïste, mais il est sûr qu'avec la compagnie des autres - merde, autant le dire - avec l'amour des siens, le seul vrai truc valable qu'on sacrifie dans l'affaire, c'est ça : sa liberté. On la jette au feu des câlins du soir, des confidences échangées, des secrets tus et partagés, des chansons chuchotées, des étreintes ou des baisers. »

« Moi, je n'étais pas une de ces jeunes mamans branchées qui analysent chaque étape de leurs parcours prénatal tout en se confectionnant un petit cocon mignon... Moi, j'étais une mère évidence. J'étais méduse entièrement, et je l'ai été du premier au neuvième mois, jusqu'au jour de l'accouchement- que j'appréhendais par peur, non pas de la douleur, mais d'être séparée de ce petit bébé qui me faisait me sentir si bien dans mon corps, dans ma vie. Qui m'avait donné ma place. »