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lundi 23 décembre 2019

Le palais de glace - Tarjei Vesaas

Par Daphné















Auteur : Tarjei Vesaas
Titre : Le palais de glace
Genre : roman
Langue d’origine :norvégien
Traducteur : Jean-Baptiste Coursaud
Editeur : Flammarion

Résumé de l'éditeur :

Dans un paysage de légende façonné par le froid et la glace, au coeur de l'interminable automne norvégien, deux fillettes se découvrent et se reconnaissent. Siss et Unn, Unn et Siss. De caractère apparemment opposé, elles s'attirent et se troublent, jusqu'au soir où, les yeux plongés dans un même miroir, elles scellent un pacte, un lien aussi indéfectible qu'inexplicable, ténu comme un cristal de givre et puissant comme le palais de glace figé au pied de la cascade. Le lendemain, Unn disparaît... Le Palais de glace, chef-d'oeuvre intemporel plein de poésie et de sensualité, approche avec une rare acuité l'intensité bouleversante des secrets et le sérieux insondable des émotions enfantines.

Mon avis :

Pour commencer l'hiver, une lecture qui se passe dans le froid, la neige et la glace : Unn et Siss, onze ans,  vivent en Norvège, se connaissent depuis peu et sont irrésistiblement attirées l'une par l'autre. Le lendemain du jour où elles passent ensemble un moment prometteur d'une grande amitié, Unn décide de faire l'école buissonnière... et ne revient pas. 


Voici un roman très poétique, tout en descriptions. Descriptions d'un palais de glace sous une cascade, description du chagrin d'une enfant, description d’une renaissance. S'il traite du sujet le plus triste qui soit, il n'est pourtant pas écrit de manière triste mais douce, poétique, presque lyrique. Les descriptions du palais de glace formé sous la cascade sont magnifiques. En le visitant à travers les yeux de Unn qui s'y aventure, on pressent le drame, et pourtant, on savoure chaque description presque féérique, on croirait presque entendre le grondement de la rivière, voir les effets de lumière sur la glace et sentir le froid de plus en plus mordant. 

Ce livre est un livre triste pourtant. Un livre qui nous parle d'absence, de difficulté à se reconstruire après un drame, de promesse qu'on ne saurait trahir au point de s'y perdre soi même. C'est triste, oui, c'est cruel, mais c'est beau aussi... c'est très beau...

Extrait :

"Aux yeux d'Unn, un monde ensorcelé se révélait, composé de monticules, de voûtes, de coupoles givrées, de courbes harmonieuses et de dentelures complexes. Rien que de la glace, sur laquelle l'eau, éclaboussant sans cesse, continuait son oeuvre de construction. Les glaces, ayant barré certaines parties de la cascade, d'autres branches s'étaient créées, où se forgeaient de nouvelles improvisations. Malgré l'absence du soleil, c'était un éblouissement de couleurs, des jaillissements de bleus et de verts."

lundi 7 août 2017

Cher Gabriel - Halfdan W. Freihow

Par Daphné
















Auteur : Halfdan W. Freihow
Titre : Cher Gabriel
Genre : récit, témoignage
Langue d’origine : norvégien
Traducteur : Ellen Huse Foucher
Editeur : Gaïa Editions
Nombre de pages : 165
Date de parution : 2006

Résumé de l'éditeur :


« Est-ce que tu apprendras un jour à jouer avec les mots, Gabriel ? Le paysage plaisante sans cesse avec nous. Les nuages sont des visages ou des animaux effrayants, mais ils n’arrêtent pas pour autant d’être des nuages ? Ça ne fait rien si de temps en temps tu as envie de boire un cheval ou un pantalon d’eau — le verre ne reste pas moins un verre. »
Cher Gabriel est une lettre intime et émouvante d’un père à son fils. Gabriel est autiste. Il vit avec sa famille dans une maison située sur la côte norvégienne, en pleine nature sauvage et balayée par les vents. Halfdan W. FREIHOW met en lumière une relation complexe, un amour inconditionnel. Tel un château de sable qui tantôt prend des allures de palais étincelant, tantôt se laisse engloutir à la première houle, et qui sans cesse demande à être reconstruit.
Mon avis :


Ce livre est une lettre d'amour. Une lettre d'un père à son fils, un enfant pas tout à fait comme les autres. Gabriel, atteint de troubles du développement est un enfant un peu différent des autres. Un enfant que son père tente de comprendre et auquel il essaye d'expliquer le monde, d'expliquer la vie telle que Gabriel ne la perçoit pas forcément. Il observe son fils et ses réactions avec une grande patience, essayant de décrypter les comportements parfois si décalés de Gabriel. C'est avec beaucoup de pudeur et de délicatesse que l'auteur s'adresse à son enfant. S'il nous parle des difficultés de son fils, il sait aussi mettre l'accent sur les bons moments, sur les qualités de l'enfant, sur la tendresse de leur relation. On sent à travers ses mots tout l'amour que sa famille a pour Gabriel, les souffrances et la fatigue qu'engendre son handicap mais aussi la tendresse et le courage.

Le fait que ce livre soit présenté sous forme de lettre lui donne un côté émouvant et profondément sincère. Un très beau livre!




Extrait :

"Je vais essayer de te représenter toi, Gabriel – toi et nous, et notre paysage. Peut-être que ça pourra nous aider à mieux comprendre où, pourquoi, et qui nous sommes. J'ai pensé que tout ça peut être dangereux, car parfois il est tentant de fermer les yeux en espérant que ce qui est difficile aura disparu quand on les rouvrira, et si je me mets à écrire sur ces questions, je ne pourrai plus le cacher. Ça sera comme trahir un secret. Puis j'ai pensé que ça ne sert à rien d'avoir des secrets rien que pour soi, car on n'a personne avec qui en parler. Et si on n'a personne avec qui en parler, personne avec qui les partager, ça sera comme s'ils n'existaient pas, et à quoi servent des secrets qui n'existent pas ?"




lundi 10 juillet 2017

Le prodige - Roy Jacobsen

Par Daphné














Titre : Le prodige
Genre : roman
Langue d’origine : norvégien
Traducteur : Alain Gnaedig
Editeur : Gallimard


Résumé de l'éditeur :

Finn, le narrateur du Prodige, est encore un petit garçon quand sa vie bascule brutalement. Sa mère lui annonce l’arrivée d’une demi-sœur dont il ignorait l’existence. Il n’a en fait même pas le moindre souvenir de son père, qui avait quitté le foyer pour vivre avec une autre femme avant de mourir dans un accident. Alors, comment comprendre cette petite fille étrange de six ans qui s’installe tout à coup avec lui et sa mère dans leur modeste appartement de la banlieue d’Oslo ? Linda parle à peine, et il faut en plus louer une chambre à un inconnu pour faire face aux dépenses supplémentaires... Entre la présence de cet homme, Kristian, et celle de la petite sœur, Finn change de regard sur le monde qui l’entoure. Sans forcément le comprendre, il est en train de laisser son enfance derrière lui.

Mon avis :


Voilà un livre qui m’attirait beaucoup de par son sujet mais également parce que j'apprécie généralement la littérature norvégienne. Malheureusement, je n'ai pas réussi à m'immerger dans l'histoire. Si le thème de cette dernière m'a plu, j'ai eu plus de mal avec l'écriture. La quête de l'identité au sein de la cellule familiale, la différence, le glissement de l'enfance à l’adolescence sont pourtant autant de sujets abordés dans ce livre qui auraient pu m'entraîner dans un excellent moment de lecture. Il m'a cependant été difficile d'arriver au bout de cette histoire. J'ai trouvé l'écriture un peu déroutante et manquant de clarté. Je lui reconnait cependant un côté un peu poétique donnant une touche d'originalité et de beauté au roman. 

La quête de l'identité et le passage de l'enfance à l'adolescence est plutôt bien exploré dans le sens où l'on sent véritablement l'évolution de Finn le personnage principal au fil des pages. J'ai également apprécié le message qu'il nous fait passer à travers son histoire, à savoir le fait que son regard d'enfant ne porte ni jugement ni préjugé sur la différence de sa petite sœur. Pour lui, elle est juste Linda et il l'aime telle qu'elle est, de l'amour brute dont savent faire preuve les enfants. 

Ce livre a ainsi réellement eu à mes yeux des aspects positifs mais j'ai cependant eu trop de mal à le lire pour véritablement l’apprécier. Peut-être qu'en plus de l'écriture qui m'a un peu heurtée, le fait que trop de choses sont suggérées et non clairement dites a rajouté à mon sentiment de franchement passer à côté de quelque chose.



Extrait :

"C’est toujours le silence qui met le monde sous un autre jour. Le silence de la neige en hiver. Le silence des jours fériés. Et puis là, un silence qui n’est pas le nôtre car nous n’en faisons pas partie."


samedi 6 décembre 2014

Cent ans - Herbjorg Wassmo

Par Ariane



Auteur : Herbjorg Wassmo

Titre : Cent ans

Genre : roman

Langue d’origine : norvégien

Traducteur : Luce Hinsch

Editeur : Gaïa

Nombre de pages : 557p

Date de parution : février 2011


Présentation de l’éditeur : 
Cent ans retrace la vie de plusieurs générations de femmes. Celle de Sara Susanne, de sa fille Elida, et de sa petite-fille, Hjørdis. On y découvre les hommes qu'elles ont voulus, ceux qu'elles ont eus et les nombreux enfants auxquels elles ont donné naissance. La petite Herbjørg, elle, appartient à la quatrième génération de la famille. Son histoire est celle d'une fillette qui se cache dans une grange pour échapper à son regard à lui. Elle possède un carnet et un crayon jaune qu'elle taille avec un petit canif. Sa seule issue est d'écrire pour mieux gommer les embûches trop tôt tendues par la vie. Et filer vers l'avenir comme on grimpe aux arbres pour approcher les oiseaux.

Mon avis : 
Herbjorg Wassmo nous offre une magnifique fresque familiale au féminin. Il ne s’agit toutefois pas d’une multibiographie mais d’une fiction, l’auteure invente et imagine ce qu’ont pu être les existences, les rêves et les espoirs des femmes de sa famille.
Quatre femmes, quatre générations qui se succèdent :  Sara Susanne qui épouse un homme qu’elle connait à peine et qu’elle finira par aimer, Elida qui à dix-huit ans à peine épouse celui qu’elle aime passionnément, Hjordis qui comprendra très vite que l’homme dont elle est tombée amoureuse n’est pas celui qu’elle croyait, Herbjorg petite fille au lourd secret.
J’ai trouvé les personnages très justes et la plupart du temps attachants. Ces femmes soumises à leur époque et à leur destin, dévouées à leurs maris et à leurs enfants, s’oubliant totalement, renonçant à leurs rêves, travaillant sans relâche, enchaînant grossesse sur grossesse (douze enfants pour Sara Susanne, et dix pour Elida tout de même !). J’ai été particulièrement touchée par le personnage d’Elida.
Si les personnages féminins sont très marqués, les personnages masculins ne sont pas oubliés. Père, frères, fils et maris chaque personnage à sa manière se fait aimer :  Johannes le courageux, Fredrik à la santé fragile, le pasteur Jensen (qui peindra le retable de la cathédrale de Kabelvag avec Sara Susanne pour modèle),…
Herbjorg ne livre jamais explicitement son secret. Mais ses silences en disent assez. Sa peur, sa colère et sa haine de celui qu’elle n’appelle jamais Papa mais seulement lui, en disent assez long. Ce père d’ailleurs, présent tout au long des passages consacrés à l’enfance de Herbjorg, mais toujours comme une ombre qui plane autour d’elle, l’enfermant dans la honte et la souffrance. Ce personnage nous le découvrons à la toute fin du récit, dans les passages consacrés à la rencontre de Hjordis (la mère) et de Hans (lui). Il apparaît alors comme un jeune homme plutôt sympathique et charmant, amusant et amoureux de la jeune femme qu’il vient de rencontrer. Il y a un tel décalage entre ce jeune homme et lui, que c’en est effrayant.
Sous la plume d’Herbjorg Wassmo, la Norvège apparaît si belle et si vivante malgré la rudesse du climat. A tel point que j’avais l’impression de sentir le froid ! (ou alors j’ai un problème de chauffage à la maison). Un pur bonheur pour moi qui rêve de ce pays depuis toujours.
C’était ma première lecture de cette auteure et j’ai été totalement séduite.

Extrait : 
« La veille elle avait décidé de ne pas pleurer au moment où l’on viendrait chercher les enfants. Leur malheur était déjà assez grand comme ça. Quelques prières l’aidèrent peut-être, car elle arriva à se contenir une bonne partie de la nuit. Mais quand elle fut certaine que Fredrik dormait enfin, elle se leva, sortit et descendit jusqu’au bord de la mer. Là, enfin seule, elle put appuyer sa tête sur un maigre tronc de saule qui n’avait pas encore de bourgeons.
Puis, par des coups de pieds, elle envoya dans l’eau quelques pierres. Jusqu’à ce que l’odeur de la marée montante envahisse ses narines. Cette odeur d’algues pourrissantes et glacées et d’eau stagnante dans les fissures des roches lui vint curieusement en aide. Elle se souvint alors que c’était justement cette odeur, cette sale odeur, qui lui avait donné l’envie de s’en aller. Et tandis qu’elle était là dans la clarté de cette nuit froide, laissant le vent défaire sa natte et ses cheveux se déployer pour personne, séchant ses larmes, heureuse que personne ne la voie, elle prit une décision ? Ils allaient y arriver. Fredrik allait guérir. Et elle allait enfin voir et entendre autre chose que le téléphone sur le mur à Rosenhaug. Tout serait pour le mieux. »

Lu dans le cadre du challenge Le tour du monde en 8 ans

L'avis de Mimi, Keisha, Kathel,