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vendredi 20 janvier 2023

Un enfant sans histoire - Minh Tran Huy

 Par Daphné








Auteur :Minh Tran Huy

Titre :Un enfant sans histoire

Genre :témoigange

Langue d’origine : français

Editeur :Acte Sud

Nombre de pages :208

Date de parution : 2022

Résumé de l'éditeur:

 Les formes graves de l’autisme se heurtent en France à l’absence de soins adéquats et à la rareté des structures d’accueil comme à la désinvolture des engagements électoraux. Racontée en écho au parcours de la “miraculée” américaine Temple Grandin, la vie quotidienne de/avec Paul requiert l’énergie d’un combat sans fin. Récit ? Roman ? Témoignage ? Aucun genre ne saurait définir l’histoire d’un fils qui jamais ne saura la lire.

Mon avis:

En devenant parent, on fait des projets pour ses enfants, on imagine la vie qu'on va commencer à leur bâtir puis qu'ils construiront ensuite eux-mêmes, la vie qu'on mènera à leurs côtés, le chemin qu'ils parcourront. Ce qu'on imagine ne devient jamais l'exacte réalité bien sûr mais qu'en est-il quand rien, absolument rien de ce que l'on avait imaginé ne se passe comme prévu, que l'enfant qu'on a mis au monde et qu'on aime se révèle tellement différent que vivre à ses côtés et l'aider à tracer son chemin devient un véritable défi ?

L'autrice nous livre ici un portrait croisé : celui de son fils, Paul dont l'autisme a été diagnostiqué alors qu'il avait deux ans, et celui de Temple Grandin, autiste également, très connue en Amérique, qui a apporté de grandes améliorations dans le bien être des animaux destinés à l'abattoir. Deux personnes atteintes d'autisme dont les parcours vont se révéler très différents. Ce livre nous parle de l'autisme mais aussi de sa prise en charge, de la difficulté en France à trouver un soutien, des soins adaptés. La France est en retard, très en retard par rapport à d'autres pays sur la prise en charge des enfants différents. Sans doute devrait-elle commencer par changer son regard sur ces enfants afin de leur apporter une véritable considération... Paul , tout comme Temple Grandin ont eu la chance d'avoir un entourage qui se démènera pour eux. Leur évolution ne sera pas la même mais l'un comme l'autre sont incontestablement aimés et soutenus.

Qu'il est bouleversant ce témoignage, celui d'une mère qui se bat pour son fils, qui se heurte à toutes sortes de murs et qui offre à son fils un véritable hommage avec ce livre. Un récit émouvant mais sans pathos aucun, un récit qui interpelle.

Extrait : 

 "Il ne s'agit plus d'amener mon fils à parler et à rejoindre les enfants ordinaires: il n'est pas ordinaire et ne le sera jamais. Il n'existe pas, caché dans un recoin mystérieux de son être, de petit garçon au cerveau intact auquel une méthode, une approche, une procédure quelconque pourrait donner accès. Je peux bien consacrer tout ce qu'il me reste de forces, de temps et de foi à la recherche d'une clé, à quoi bon quand il n'y a pas de serrure ?"

lundi 11 octobre 2021

Là où tout se tait - Jean Hatzfeld

 Par Daphné








Auteur :Jean Hatzfeld
Titre :Là où tout se tait 
Genre : témoignages 

Langue d’origine : français
Editeur : Gallimard
Date de parution : 2021

Nombre de pages : 244

Résumé de l'éditeur :

Sur les collines de Nyamata, Jean Hatzfeld part cette fois à la recherche des très rares Hutus qui ont résisté à la folie génocidaire au péril de leur vie. Au Rwanda, on les appelle abarinzi w’igihango, les gardiens du pacte de sang, ou parfois les Justes. Mais vingt-cinq ans après, ils restent des personnages silencieux, entourés de méfiance ; parce que aux yeux des Hutus ils incarnent la trahison, ou leur renvoient l’image de ce qu’ils auraient pu être, tandis que les Tutsis portent sur eux d’irréductibles soupçons et le plus souvent refusent d’admettre qu’il y ait eu des Hutus méritants.
Beaucoup de sauveteurs ont été abattus par les tueurs, sans laisser de trace. Certains de ceux qui ont survécu racontent ici leurs histoires extraordinaires. Chacun trouve les mots pour relater ce chaos dans une langue étrange, familière et nourrie de métaphores, reconnaissable entre toutes pour ceux qui ont lu les précédents livres de l’auteur.

Mon avis :

Voilà une lecture qui n'est pas facile mais nécessaire. Nécessaire pour l'importance de ne pas oublier qu'au milieu de l'horreur, il y a  ceux qui ont risqué leur vie pour sauver celle d'une autre personne. Nécessaire aussi pour ne pas oublier toute cette horreur là, celle d'un génocide, ici celui ayant eu lieu au Rwanda en 1994. 

Dans ce livre, Jean Hatzfeld réunit des témoignages, ceux de personnes ayant sauvé et ayant été sauvées.  Or, contrairement à ce que l'on pourrait penser, ceux que l'on nomme les Justes, les Hutus qui sont venus au secours de leurs voisins Tutsis, ont encore aujourd'hui, une place difficile. Considérés comme des traîtres par les Hutus et avec méfiance par les Tutsis, ils sont invisibles, n'ont pas eu une grande reconnaissance. C'est à eux que l'auteur de ce livre veut rendre hommage au travers de ces témoignages. 

Un livre pour hommage donc mais aussi un livre pour dénoncer l'horreur du génocide. Comment ne pas frémir à la lecture de ces phrases où l'on prend conscience que "couper" quelqu'un à la machette ait pu sembler aussi naturel ? Certains passages de ces témoignages sont à la limite du supportable et pourtant il est tellement important de les lire...

Extrait :

« Quel mensonge donne la force d’accepter de tuer n’importe qui de passage, les enfants, les vieilles mamans ? »

lundi 14 juin 2021

Près du coeur - Sous la direction de Lysane Grégoire et Marie-Anne Poussart

 Par Daphné








Auteur : Sous la direction de Lysane Grégoire et Marie-Anne Poussart

Titre : Près du coeur, témoignages et réflexions sur l'allaitement

Genre : témoignages
Langue d’origine : français
Editeur : Remue Ménage
Nombre de pages: 432
Date de parution :  2008

Résumé de l'éditeur :

Allaiter, c’est bâtir une relation fondatrice avec son enfant. Dans ce livre, des femmes témoignent de cette expérience intime et unique qui les a réjouies. Elles ont eu à découvrir le geste, à l’apprivoiser, à s’y adapter, dans un contexte où la transmission intergénérationnelle a été interrompue. Leurs récits nous forcent à constater que l’allaitement n’est pas nécessairement simple et facile. Poursuivre l’aventure se décide au quotidien et s’avère parfois une tranche de vie d’où se dégage la force d’un engagement plus profond que la raison. Chacune à sa manière, les mères communiquent la plénitude qu’elles ont ressentie en allaitant.

Quelques spécialistes ajoutent matière à réflexion en nous invitant à explorer des visions encore peu discutées qui peuvent parfois surprendre. Comment arriver à intégrer l’allaitement dans un mode de vie contemporain? Comment cette expérience sensorielle joue-t-elle un rôle fondamental dans le développement du bébé? Que peut-on apprendre des femmes d’origines culturelles différentes? Quels sont nos rapports à la sexualité en lien avec l’allaitement? Comment envisager l’allaitement dans une perspective féministe? Ces propos sont complémentaires à ce qui constitue l’âme de cet ouvrage: la voix des mères qui allaitent.

Mon avis 

Voici un très joli livre qui regroupe une série de témoignages de mamans qui nous parlent de leur expérience d'allaitement avec leurs enfants. Plus de quatre cent pages en tout, on pourrait penser que ces témoignages peuvent être un peu répétitifs mais pas du tout car ils sont d'une grande diversité. Autant de témoignages différents pour souffler à l'oreille du lecteur à quel point chaque expérience d'allaitement est unique, quand bien même on a allaité plusieurs enfants. J'ai aimé découvrir ce livre qui se lit par petites touches, me reconnaissant dans certains passages, m'indignant ou m'attendrissant dans d'autres. 

J'ai aussi beaucoup apprécié les passages donnant la parole à différents spécialistes appartenant au corps médical ou associatif. L'un de ces passages m'a notamment laissée songeuse, celui où une professeure de nutrition raconte la manière dont elle s'est peu à peu intéressée à l'allaitement, nous décrivant ces maternités ou discours des années 60 où tout était fait pour séparer mère et enfant dés la naissance, où l'on croyait et parvenait à faire croire aux femmes que la distance avec leurs nouveau-nés était nécessaire et où une certaine froideur était ainsi enseignée dés le berceau. De quelle manière le discours scientifique est-il, en si peu de temps, pu faire croire aux femmes qu'elles étaient incapables d'allaiter mais également à empêcher ou du moins réprimer leur attachement à leurs bébés tout juste nés ? J'ai frémi en lisant ces lignes où les bébés étaient immédiatement séparés de leur mère et passaient leurs premiers jours en pouponnière, recevant uniquement des soins dits vitaux mais aucune tendresse, où l'on "apprenait" aux mère à entraver le lien qui aurait pu se créer envers elles et leurs bébés... Bien d'autres passages de ce livre ouvrent à une certaine réflexion mais celui-ci m'a particulièrement marquée et je me suis longuement questionné ensuite sur l'impact que tous les discours "séparatistes mère/enfant" ont eu chez ses nouveau-nés. S'ils n'en gardent à l'âge adulte pas un souvenir conscient, quel empreinte cependant demeurent-elles en eux ?

Plus que de simples témoignages, ce livre a quelque chose de puissant, une ode à la maternité, aux premiers instants, difficiles ou paraissant évidents, entre mère et enfants, puis aux instants qui suivent, à ceux que l'on garde en mémoire. Il y a là beaucoup de réflexions sur le lien mère/bébé, sur la manière "occidentale" de voir les bébés et de se comporter avec eux, manière bien différente que dans tant de pays. 

Un livre que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire. J'aimerais maintenant beaucoup lire celui sur la naissance (Au cœur de la naissance) dont nous parle Lysane Grégoire et qui lui a inspiré l'idée de celui-ci.



vendredi 1 novembre 2019

L'allaitement quand il dure (longtemps)

Par Daphné














Résumé de l'éditeur :

Allaiter après 1 an est souvent considéré comme inutile.
Allaiter un grand bambin de 2 ans ou 2 ans ½ est vu comme un truc bizarre.
Allaiter après 3 ans, jusqu’à tout récemment, pratiquement personne n’en parlait. Jusqu’à ce qu’en 2012, le magazine Time mette en couverture la photo d’une mère allaitant son fils de 3 ans, déclenchant un buzz planétaire et des réactions passionnées.
Parce que ce sont les personnes concernées qui peuvent le mieux en parler, Allaiter aujourd'hui, la revue de La Leche League France, a fait appel aux témoignages de mères allaitant ou ayant allaité un ou des enfants de plus de 3 ans. Ce sont leurs paroles (et aussi celles des enfants, car ils en parlent !) que vous trouverez dans ce hors-série. Organisées par thèmes (comment on en arrive là, le vécu de la mère, le regard des autres, les pères, le travail, le coallaitement, le soutien, comment ça se finit, etc.), elles montrent qu'allaiter un plus de 3 ans n’est pas le signe d’un parentage exagérément fusionnel, mais bien une des façons que choisissent certaines mères pour combler les besoins émotionnels de leur enfant et renforcer le lien d’attachement.

Mon avis :

Histoire de compléter ma série de livres sur l'allaitement dit "long" (encore que le mot "série ne soit pas vraiment adapté mais celui-là est tout de même le cinquième que je trouve!), j'ai déniché ce hors-série de la revue de La Leche League (une association soutenant l'allaitement maternel), imprimé sous forme de livre.

 On trouve ici des témoignages, courant sur 144 pages, de mamans "allaitantes au long cours". Au long cours ? Qu'est ce que cela signifie au "long cours" ? En France où l’allaitement n’excède guère plus de six mois, on peut se poser la question. Et pourtant, elles existent, les mamans qui allaitent " longtemps", dont le temps d'allaitement se compte en années et non en mois. Et dans ce livre, on y trouve leurs témoignages. Juste des témoignages. Le genre de choses que personne ne lit et auquel personne ne s'intéresse, sauf... les mamans qui allaitent longtemps bien sûr ! Celles qui passent pour des extra-terrestres ou commencent à se demander si elles ne sont pas en train de le devenir car en France, le sujet reste tabou : il n'y a qu'à voir la tollée déclenchée par la photo du magazine dont parle le résumé de ce livre (voire un peu plus haut!) pour voir que l'idée d'un allaitement long paraît bizarre, voire carrément inacceptable aux yeux de certains. Inacceptable mais pourquoi au juste ? Je me pose toujours la question. C'est pour ça que j'ai lu ce livre que j'ai trouvé incroyablement réconfortant ! J'aurais pu y apporter mon petti témoignage moi aussi...

Extrait :

"J’allaite mes deux enfants. L’aînée a six ans, la cadette trois. Quelle drôle de phrase! Mais pourtant, c'est vrai. enceinte, convaincue des bienfaits de l'allaitement, je pensais allaiter ma fille, six mois peut-être? Je n'avais aucune idée de la durée "normale" d'un allaitement. Pourtant, j'avais déjà vu, en Afrique,d es enfants de deux ans téter. Cela ne m'avait pas choquée mais je n'aurais pas pensé que je pouvais faire pareil!"

vendredi 30 mars 2018

Les mots qu'on ne dit pas - Véronique Poulain

Par Daphné















Résumé de l'éditeur :

« “ Salut, bande d’enculés ! ”
C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison.
Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds.
Je vais leur prouver que je dis vrai.
“ Salut, bande d’enculés ! ” Et ma mère vient m’embrasser tendrement. »

Sans tabou, avec un humour corrosif, elle raconte.
Son père, sourd-muet.
Sa mère, sourde-muette.
L’oncle Guy, sourd lui aussi, comme un pot.
Le quotidien.
Les sorties.
Les vacances.
Le sexe.
D’un écartèlement entre deux mondes, elle fait une richesse. De ce qui aurait pu être un drame, une comédie.
D’une famille différente, un livre pas comme les autres.


Mon avis :

La Langue des Signes est une langue que j'ai eu l'occasion de connaitre un peu. J'aime cette langue, si belle, si imagée, langue pour laquelle tant de gens se sont battus, langue si longtemps bafouée et non reconnue. Véronique Poulain a grandi dans cette langue et dans le monde de la communauté sourde tout en étant elle-même entendante. Entendante née de parents sourds. Je connais et aime beaucoup le célèbre livre d'Emmanuelle Laborit, Le cri de la mouette où son auteur nous raconte son combat pour la reconnaissance de la LSF  et sa vie d'enfant sourde dans une famille entendante ainsi que les problèmes qui en résultent. Pour Véronique Poulain, c'est l'inverse. Née entendante parmi les sourds, elle grandira avec ses parents entre la gêne et la fierté, entre la révolte et l'amour. Il n'est pas facile de se sentir différente chez soi et de sentir ses parents différents dans la société. 

Sans pudeur, l'auteur nous dévoile les difficultés, quiproquos, incompréhensions de sa famille. L'agacement et la colère se mêlent  sans cesse à l'amour, la honte à la fierté. Avec sincérité et avec humour, elle nous livre ce qu'il y a à la fois de plus beau et de plus terrible de la relation entre sourds et entendants. Il y a une certaine cruauté dans ce livre, l'incompréhension et la colère d'une adolescente face à la différence de ses parents. C'est dur et piquant d'un côté, sincère et drôle de l'autre. La frustration des uns et des autres par rapport à ses difficultés de compréhension se fait ressentir à chaque page mais il y aussi, et surtout, l’amour. 

A découvrir.






Extrait :

"La langue des signes est la langue la plus crue que je connaisse. Les sourds s’expriment de façon simple, directe. Brutale.
Beaucoup de signes sont beaux, poétiques, émouvants - comme les mots 'amour', 'symbole', 'danse' -, mais dans le champ lexical de la sexualité, c'est une autre histoire. Le signe ne laisse place à aucune équivoque. Alors que les mots suggèrent, les gestes imposent. 
Leur crudité heurte les entendants parce que ces gestes anodins pour les sourds sont les mêmes que nous faisons, nous, lorsque nous voulons être grossiers et nous cachons pour les faire. Question de culture."



lundi 7 août 2017

Cher Gabriel - Halfdan W. Freihow

Par Daphné
















Auteur : Halfdan W. Freihow
Titre : Cher Gabriel
Genre : récit, témoignage
Langue d’origine : norvégien
Traducteur : Ellen Huse Foucher
Editeur : Gaïa Editions
Nombre de pages : 165
Date de parution : 2006

Résumé de l'éditeur :


« Est-ce que tu apprendras un jour à jouer avec les mots, Gabriel ? Le paysage plaisante sans cesse avec nous. Les nuages sont des visages ou des animaux effrayants, mais ils n’arrêtent pas pour autant d’être des nuages ? Ça ne fait rien si de temps en temps tu as envie de boire un cheval ou un pantalon d’eau — le verre ne reste pas moins un verre. »
Cher Gabriel est une lettre intime et émouvante d’un père à son fils. Gabriel est autiste. Il vit avec sa famille dans une maison située sur la côte norvégienne, en pleine nature sauvage et balayée par les vents. Halfdan W. FREIHOW met en lumière une relation complexe, un amour inconditionnel. Tel un château de sable qui tantôt prend des allures de palais étincelant, tantôt se laisse engloutir à la première houle, et qui sans cesse demande à être reconstruit.
Mon avis :


Ce livre est une lettre d'amour. Une lettre d'un père à son fils, un enfant pas tout à fait comme les autres. Gabriel, atteint de troubles du développement est un enfant un peu différent des autres. Un enfant que son père tente de comprendre et auquel il essaye d'expliquer le monde, d'expliquer la vie telle que Gabriel ne la perçoit pas forcément. Il observe son fils et ses réactions avec une grande patience, essayant de décrypter les comportements parfois si décalés de Gabriel. C'est avec beaucoup de pudeur et de délicatesse que l'auteur s'adresse à son enfant. S'il nous parle des difficultés de son fils, il sait aussi mettre l'accent sur les bons moments, sur les qualités de l'enfant, sur la tendresse de leur relation. On sent à travers ses mots tout l'amour que sa famille a pour Gabriel, les souffrances et la fatigue qu'engendre son handicap mais aussi la tendresse et le courage.

Le fait que ce livre soit présenté sous forme de lettre lui donne un côté émouvant et profondément sincère. Un très beau livre!




Extrait :

"Je vais essayer de te représenter toi, Gabriel – toi et nous, et notre paysage. Peut-être que ça pourra nous aider à mieux comprendre où, pourquoi, et qui nous sommes. J'ai pensé que tout ça peut être dangereux, car parfois il est tentant de fermer les yeux en espérant que ce qui est difficile aura disparu quand on les rouvrira, et si je me mets à écrire sur ces questions, je ne pourrai plus le cacher. Ça sera comme trahir un secret. Puis j'ai pensé que ça ne sert à rien d'avoir des secrets rien que pour soi, car on n'a personne avec qui en parler. Et si on n'a personne avec qui en parler, personne avec qui les partager, ça sera comme s'ils n'existaient pas, et à quoi servent des secrets qui n'existent pas ?"




lundi 24 octobre 2016

Nujeen, l'incroyable périple - Nujeen Mustafa

Par Daphné













Auteur : Nujeen Mustafa
Titre : Nujeen l'incroyable périple
Genre : tépoignage
Langue d’origine : anglais
Traductrice : Fabienne GondrandEditeur : Harper Collins
Nombre de pages : 280
Date de parution : 2016


Résumé de l'éditeur :



A 16 ans, elle a fui la Syrie ravagée par la guerre, en fauteuil roulant. 

Le témoignage exceptionnel et poignant d'une jeune fille qui a choisi la voie de l'espoir.

En 2015, Fergal Keane, journaliste à la BBC, repère dans la foule des migrants une adolescente en fauteuil roulant. Ému et admiratif devant tant de cran, il recueille son témoignage. Aussitôt, les médias et les réseaux sociaux s'enflamment.
Avec la collaboration de Christina Lamb, Nujeen raconte comment elle a trouvé le courage de s'engager dans ce dangereux périple de 6 000 kilomètres, depuis la Syrie jusqu'à l'Allemagne en passant par la Grèce et la Hongrie.

Un récit porté par l'incroyable détermination de Nujeen et le principe auquel elle n'a pas dérogé : ne jamais être une victime. 

Mon avis :

A l'âge de seize ans, Najeen a tout laissé derrière elle : une partie de sa famille, sa ville, son pays...Elle a fui la Syrie avec sa sœur Nasrine, fui la guerre et fui tout ce qui faisait sa vie.

Avec des mots simples, elle nous raconte sa vie avant la guerre, sa vie de petite fille en fauteuil roulant vivant au cinquième étage d'un étage sans ascenseur. Elle nous raconte son handicap et tout l'amour dont sa famille l'entoure. Puis elle nous parle de l'après, des débuts du conflit, de la guerre civile, des combats, de l'exil, de son arrivée en Allemagne... 

Najeen fait partie de ceux dont les médias nous parlent tant, ceux dont les souffrances divisent les opinions, ceux que l'on nomme les migrants. Comme elle le dit si bien, elle n'est pas qu'un nombre parmi d'autre, décompté par les médias. Elle est une personne qui possède sa propre histoire, sa propre vie. Parfois un peu capricieuse, vivant par procuration à travers la télévision et particulièrement cultivée, elle nous parle avec simplicité des ravages de son pays et de leurs conséquences sur la vie de ses habitants. a travers son témoignage, on frémit devant les horreurs marquant le monde. On ne peut aussi qu’être admiratif devant le courage et la solidarité de certains (je pense entre autres à la sœur de Najeen qui a poussé le fauteuil roulant de cette dernière sur tant de kilomètres!).

Le récit est poignant, les faits évoqués horriblement tristes et pourtant, Najeen ne perd à aucun moment son optimisme et sa volonté. C'est avec émotion que j'ai lu ce témoignage, si dur et tellement important pour comprendre ce que vivent des milliers de gens à travers le monde. Malgré toutes les horreurs qui s'abattent sur son pays, ne se départissant à nul moment de son sourire, c'est une belle leçon d'humanité que Najeen nous offre là. 


Extrait :

"Je peux vous parler de Staline et d'Hitler, mais d'aucune de leurs victimes. Est-ce que ce sera la même chose avec Assad dans cinquante ans ? Sans doute. Les gens sauront tout de lui mais rien des bonnes gens de la Syrie. Nous ne sommes que des nombres, Nasrine, Bland, moi et tous les autres, tandis que le tyran entrera dans l'Histoire. Cette pensée est effrayante."


lundi 8 juin 2015

Les oubliés de Bogotá - Sandra Liliana Sanchez

Par Daphné




















Auteur : Sandra Liliana Sanchez
Titre : Les oubliés de Bogotá
Genre : témoignage
Langue d’origine : espagnol
Traducteur: René GouédigEditeur : Michel Lafon
Nombre de pages : 238
Date de parution : 2003

Résumé de l'éditeur:


À trois mille mètres d'altitude, aux confins de Bogotá, dans le bidonville baptisé EL PARAISO, elle a pris la misère en plein cœur. " El Paraiso " ! Un " paradis " où les vieux mouraient de faim, où la drogue, le vol, la violence guettaient les jeunes sortis d'une école sans fenêtres et sans livres, qui erraient dans les flaques, la tête vide et le ventre creux... Elle n'a pas attendu, Sandra : elle a tout de suite commencé à remuer ciel et terre pour que les pauvres parmi les pauvres recouvrent un minimum de dignité. Elle avait neuf ans... Aujourd'hui elle en a dix-huit. Dans le centre qu'elle a fait construire avec l'aide d'une ONG colombienne, les vieillards et les enfants trouvent de la nourriture - même s'il ne s'agit que de quelques patates dans de l'eau chaude -, des professeurs bénévoles, des fournitures scolaires, mais aussi des chants, des jeux et des rires. " Ça ne change pas leur condition, dit Sandra, mais ça leur permet de la supporter. " LES OUBLIÉS DE BOGOTÁ : l'histoire d'une jeune fille qui, face à la détresse des plus démunis, a refusé de se dire que l'on n'y pouvait rien

Mon avis:

D'habitude, je ne lis pas de témoignage. Au départ,  j'ai ouvert ce livre car j'avais besoin de renseignements sur les bidonvilles de Bogotá, sujet qui m'importe beaucoup...et j'ai eu du mal à le refermer! Que de générosité, que d'altruisme et que de ténacité dans le parcours de cette jeune femme. 

Sandra Liliana Sanchez a grandi dans un bidonville de Bogotá. Très tôt, dés l'âge de neuf ans, élue déléguée de son école, elle a entrepris de se battre pour la cause des gens de ce bidonville. D'année en année, de bataille en bataille, elle obtient alors de grands progrès au sein de son école tels que l'eau courante, l'installation d'une bibliothèque, la rénovation de l'école et de la salle polyvalente, de nouveaux professeurs, des ordinateurs, une distribution de cadeaux de Noël pour les enfants...Ses succès ne s'arrêtent pas là et, en grandissant, elle continue de se battre en rejoignant "le mouvement des leaders" au collège. Là, elle se bat pour chercher à financer des actions destinées à défendre les droits des enfants, des femmes, et des personnes âgées, ainsi que d'offrir des activités aux jeunes du bidonville...Plus tard, elle fait construire un centre destiné à l'accueil des enfants et des personnes âgées, un lieu où deux générations apprennent l'une de l'autre. Depuis l'écriture de son livre, elle a réussi à mener à bien d'autres projets.

Comment une enfant, aussi précoce soit elle en arrive t-elle à de tels résultats? Je n'ai pu qu'être époustouflée par sa personnalité, son désir d'aider les gens, son altruisme...Elle m'a fait voir une tout autre image que l'idée que je me faisais du bidonville d'El Paraiso. 

Généralement, je ne lis pas de témoignage...mais je ne suis pas prête d'oublier celui ci...


Extrait:

" D'années en années, la commune de Ciudad Bolivar s'était développée comme un cancer, et elle était devenue un immense amalgame de bidonvilles enchevêtrés portant des noms différents -dont celui d'El Paraiso". Et plus de deux millions de personnes y vivaient!
 Ciudad Bolivar est un monstre tentaculaire aux bras de misère, un cancer dévorant sans retenue la campagne entourant la capitale, une plaie ouverte dans  le cœur de la Colombie. Le creuset de tous les maux, de tous les vices et de toutes les violences dont souffre aujourd'hui mon pays."