samedi 17 avril 2021

Indice des feux - Antoine Desjardins

Par Ariane

Auteur : Antoine Desjardins

Titre : Indice des feux

Genre : nouvelles

Langue d’origine : français (Québec)

Editeur : La peuplade

Nombre de pages : 360p

Date de parution : janvier 2021

 

Mon avis :

Singulier parmi la sélection des 68 premières fois, ce recueil de nouvelles du québécois Antoine Desjardins, évoque la crise écologique qui couve depuis des décennies et dont les premiers feux éclatent régulièrement.

Chaque nouvelle met en scène un personnage, narrateur de son histoire, à un moment déterminant de son existence. Faire face à sa propre mort ou à celle d’être aimés, grandir ou devenir père, voir s’éloigner un frère ou surmonter la fin d’un mariage. Tranches de vie ordinaires, mais pleines d’émotions, racontées avec sensibilité mais sans sensiblerie. Là réside le talent d’un auteur de nouvelles : offrir une histoire marquante et des personnages forts en quelques pages.

Ces histoires de vie sont l’occasion d’évoquer les maux qui rongent notre monde : des animaux meurent à cause de la pollution, de la déforestation, de la diminution de leurs habitats, le réchauffement climatique provoque des catastrophes naturelles … Et là, on sent le sent un frisson glacé courir le long de l’échine. Car dans le monde qui se dessine, ce qui est ordinaire aujourd’hui pourrait tout aussi bien ne plus être… Quelles vies pourraient exister dans un monde où les océans et le ciel resteraient vides et silencieux, la forêt étouffée sous le béton, les arbres moribonds ?

Mais l’espoir est là… à travers l’enfant qui va naître, à travers le frère qui choisit une autre voie, à travers cet homme qui essaie de sauver un arbre, à travers cette femme qui offre un refuge aux oiseaux. Les feux sont là, mais il reste possible d’agir pour empêcher l’incendie d’éclater et de tout dévaster.

 

Extrait :

« S'accrocher à la vie. Parle-moi d'un beau cliché. Parle-moi d'une belle calice de niaiserie. Comment dire ? On s'accroche pas à la vie ? On la laisserait aller, si on avait le choix, mais c'est pas comme ça que ça marche. C'est elle qui s'accroche, avec ses ongles de dix pouces de long ben plantés dans nos corps cancéreux sans défense. »

 

« Il faut prendre soin, mon homme. Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître. »

 

« - Penses... Penses-tu que ça...Que ça se peut encore... un enfant... Un enfant, dans ce monde-là ? »

 


 

mercredi 14 avril 2021

Mercredi c'est le jour des petits - La petite princesse - Frances H. Burnett

Par Daphné


 








Auteur : Frances H. Burnett
Titre : La petite princesse
Editeur : Folio junior

Langue d'origine : anglais

Traductrice : Paulette Vielhomme-Calais

Nombre de pages : 284

Résumé de l'éditeur :

Sarah Crewe, fille d'un riche Anglais installé aux Indes, arrive à Londres dans un pensionnat réservé aux jeunes filles de la bonne société. Son originalité lui vaut quelques amitiés fidèles et de solides rancunes. Le jour de l'anniversaire de Sarah, une fête somptueuse se prépare mais un homme de loi, vêtu de noir, se présente, porteur d'une terrible nouvelle qui va bouleverser la vie de la fillette. Le père de Sarah vient de mourir. Ruiné, il laisse sa fille seule et sans appui…

Mon avis :

Après avoir vu la série animée et lu la BD, ma fille de 9 ans a enfin découvert le roman qui est à l'origine de tout cela (oui, elle a fait les choses un peu à l'envers!). Et comme prévu, elle s'est toute de  suite retrouvée captivée par les aventures de Sarah Crewe. Elle avait beau connaître l'histoire, elle n'a pas lâché ce livre sitôt ouvert!

Et c'est vrai qu'elle est attachante cette petite Sarah, enfant pleine d'imagination et riche héritière dont le destin bascule à la mort de son père. Comme ma fille, j'ai toujours aimé ce personnage : Antithèse de Mary Lennox, autre personnage bien connue de l'autrice, Sarah est fantasque, courageuse, gentille et généreuse, un personnage comme on les aime.  On déteste la terrible directrice ou la peste Lavinia, on s'attache à Sarah et à ses amies. Les bons et les méchants sont bien tranchés, sans tellement de subtilité mais peu importe, ils font totue la force de ce roman.

A travers Sarah, on découvre le Londres de la période victorienne, sa société, la vie dans les pensionnats de jeunes filles de l'époque. Le contraste entre les différentes périodes de sa vie que connaît Sarah représente bien celui qui existait à ce moment là entre les différentes classes de la société.

Oui, La petite princesse est un classique de la littérature jeunesse à ne pas manquer. Même à l'âge adulte, j'ai pris plaisir à le relire sitôt refermé par ma fille! Il me reste maintenant à lui faire découvrir Le jardin secret de la même autrice, ce fameux livre que j'ai tant aimé, le grand coup de cœur de mon enfance.

Extrait :

"Non contente de savoir raconter des histoires, Sara adorait ça. Pendant qu'elle inventait toutes sortes de péripéties merveilleuses, debout ou assise au milieu de son auditoire, ses yeux verts s'agrandissaient, ses joues devenaient roses et elle jouait la comédie sans même s'en apercevoir. Elle haussait ou baissait le ton, penchait et balançait son corps menu en faisant de grands gestes pendant que le récit devenait en chanteur ou inquiétant. Elle oubliait qu'elle parlait et qu'on l'écoutait. Elle vivait avec les fées ou les rois, les reines ou les belles dames dont elle racontait les aventures. Et lorsque, tout excitée, elle arrivait à al fin de son histoire, elle portait parfois la main à son cœur qui battait à un rythme accéléré, en riant un peu comme si elle se moquait d'elle même.
- je n'ai pas l'impression d'inventer, disait-elle. Sur le moment, ce que je raconte me paraît plus vrai que tout ce qui m'entoure - plus réel que vous, que cette classe. Il me semble que je deviens les personnages les uns après les autres. C'est vraiment bizarre."


mardi 13 avril 2021

Les après-midis d'hiver - Anna Zerbib

Par Ariane

Auteur : Anna Zerbib

Titre : Les après-midis d’hiver

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 176p

Date de parution : mars 2020

 

Mon avis :

Un récit introspectif, une relation adultère, le deuil d’un parent… je retrouve des thématiques familières désormais dans mes lectures des 68 premières fois. Trop peut-être… Ce qui a probablement desservi ce roman lu après Grand platinum, Avant le jour et Avant elle. L’impression de lire et relire une variation du même roman.

La narratrice, expatriée à Montréal depuis quelques mois avec son compagnon Samuel, fait la connaissance de Noah, un homme plus âgé. Alors en plein deuil de sa mère, elle vit cette relation intensément, temps suspendu le temps d’un hiver.  

C’est un joli texte, à l’écriture plaisante, douce et mélancolique. Un texte intimiste où le désir vibrant côtoie  la solitude. J’aurai probablement pris beaucoup plus plaisir à ma lecture si je n’avais pas lu si peu de temps auparavant des livres aux sujets proches. Petit regret sur le timing…

 

Extrait :

« L'hiver était à vivre en entier, d'un bout à l'autre, sans interruption. Je savais que ce qui existait entre Noah et moi existait parce qu'il était à peine possible de mettre le nez dehors l'après-midi, parce qu'il n'y avait d'autre choix que de rester au chaud, à l’intérieur, en attendant la nuit. »



lundi 12 avril 2021

Rivages de la colère - Caroline Laurent

 Par Daphné











Auteur : Caroline Laurent

Titre : Rivage de la colère

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Les escales

Nombre de pages : 413

Date de parution : 2020


Résumé de l'éditeur :

Mars 1967. Marie-Pierre Ladouceur vit à Diego Garcia, aux Chagos, un archipel rattaché à l'île Maurice. Elle qui va pieds nus, sans brides ni chaussures pour l'entraver, fait la connaissance de Gabriel, un Mauricien venu seconder l'administrateur colonial. Un homme de la ville. Une élégance folle.
Quelques mois plus tard, Maurice accède à l'indépendance après 158 ans de domination britannique. Peu à peu le quotidien bascule et la nuit s'avance, jusqu'à ce jour où des soldats convoquent les Chagossiens sur la plage. Ils ont une heure pour quitter leur terre. Abandonner leurs bêtes, leurs maisons, leurs attaches. Et pour quelle raison ? Pour aller où ?
Après le déchirement viendra la colère, et avec elle la révolte.

Roman de l'exil et de la révolte, Rivage de la colère nous plonge dans un drame historique méconnu, nourri par une lutte toujours aussi vive cinquante ans après.

Mon avis :

Tout d'abord, un grand merci à ma co blogueuse Ariane pour ce livre! J'avais beaucoup aimé Et soudain la liberté, de Caroline Laurent (d'ailleurs, c'est également Ariane qui me l'avait fait découvrir!) mais j'ai encore plus aimé ce livre-là.

Ce livre est un cri de révolte, un cri de colère. C'est le cri de l'exil et de l'incompréhension. Si les personnages sont imaginaires, le contexte dans lequel ils évoluent ne l'est pas et c'est avec tristesse et indignation qu'on découvre le combat des Chagossiens qui se sont retrouvés exilés de leur île sans s'y attendre, sans comprendre ce qui leur arrivait, qui ont dû tout abandonner en une heure seulement. De cette page de l'Histoire, je ne connaissais rien, ou presque et je n'ai pu qu'être outrée d'une telle injustice, d'un tel traitement réservé à ces gens qui se sont vus enlevé d'une telle manière la terre où ils avaient toujours vécu.

Si elle parvient très bien à dénoncer le côté historique, l'autrice nous entraîne également dans une histoire imaginaire, une histoire de colère, de chagrin et d'injustice mais aussi d'amour. Les personnages sont profondément humains, attachants et leur histoire bouleversante. Leur culture, leur déracinement, leurs interrogations, leur chagrin et leur lutte sont parfaitement bien retranscris. 

La plume de Caroline Laurent, tout en sensibilité, mêle de manière très juste l'Histoire et le romanesque. Un livre à découvrir absolument!

Extrait :

Je me souviens des couleurs.
Le reste, vidé, oublié.
Le soleil descendait dans la mer et la mer n'était plus bleue mais orange.
Le rouge des femmes.
Le noir de la cale. Nos peaux tassées.
Le gris cendre d'un chien.
Je me souviens du vert, du beige et du kaki.
Et au milieu de tout ça, les pleurs de ma mère.


samedi 10 avril 2021

Le poison du doute - Julien Messemackers

Par Ariane

Auteur : Julien Messemackers

Titre : Le poison du doute

Genre : roman policier

Langue d’origine : français

Editeur : Le passage

Nombre de pages : 360p

Date de parution : octobre 2020

 

Mon avis :

Il y a quelques années, j’avais entendu l’histoire de cet américain qui avait tué sa famille, avant de disparaitre et d’être retrouvé une vingtaine d’années plus tard, menant une nouvelle vie sous une nouvelle identité. Plus près de nous, dans le temps et l’espace, l’affaire De Ligonnes reste encore un mystère, bien que régulièrement de nouveaux éléments la ramènent sur le devant de la scène. Comme lorsqu’un homme est arrêté dans un aéroport parce que ses empreintes ressemblaient à celle du père assassin.

Dans ce roman, il y un peu de tout cela. Une famille a disparu depuis une quinzaine d’années, les enquêteurs et les proches sont persuadés que le père a tué femme et enfant avant de disparaître. Une policière n’a jamais lâché l’affaire et suit chaque nouvelle piste. Comme lorsqu’un coup de fil anonyme la met sur les traces de Philippe Novak, marié et père d’un petit garçon. Persuadée de tenir enfin celui qu’elle cherche depuis si longtemps, elle est bien décidée à le démasquer, quitte à faire exploser la vie d’une famille ordinaire.

Alternant les points de vues de Margaux l’épouse et de Judith la policière, faisant parfois entendre la voix de Marianne l’épouse disparue, le roman distille ce qu’il faut de suspense et d’indices pour tenir le lecteur en haleine. L’intrigue policière est donc bien menée, quoique sans grandes surprises.

L’auteur insiste particulièrement sur les mécanismes du doute et de la rumeur, les ravages que cela peut produire, notamment dans une petite ville. Là encore, plusieurs faits divers tragiques en ont illustré les dangers (je me souviens de cet homme, mort d’une crise cardiaque alors qu’il était pris à partie par ses voisins qui le soupçonnaient d’être un pédophile).

Je lis peu de romans policiers, en partie parce qu’ils me semblent rarement crédibles. Mais ce roman, ancré dans des faits divers marquants, semble au contraire bien plausible. C’est ce qui est terrifiant…