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samedi 22 avril 2023

Les dangers de fumer au lit - Mariana Enriquez

Par Ariane

Autrice : Mariana Enriquez

Titre : Les dangers de fumer au lit

Genre : nouvelles

Langue d’origine : espagnol (Argentine)

Traductrice : Anne Plantagenet

Editeur : éditions du Sous-Sol

Nombre de pages : 240p

Date de parution : janvier 2023

 

Mon avis :

Alors que le premier roman de Mariana Enriquez semblait omniprésent sur les blogs et les réseaux lors de sa parution, je n’avais pas trouvé l’occasion de le lire. C’est donc avec ce second livre que je découvre l’autrice. Il s’agit ici d’un recueil de nouvelles, publié en Argentine en 2009, qui arrive en France après le succès de son roman Notre part de nuit.

Les textes qui composent ce recueil ont en commun une ambiance sombre et inquiétante, le quotidien flirtant avec le surnaturel, parfois y plongeant allégrement. La plupart de ces textes suscitent un certain malaise chez le lecteur, une impression oppressante et dérangeante, un sentiment désabusé. Ces contes horrifiques explorent la violence de la société argentine et de notre société moderne en général. On y rencontre des adolescentes aussi belles que cruelles, des enfants disparus qui réapparaissent soudainement, une fétichiste des battements de cœur, un quartier maudit par un clochard, des jeunes fanatiques désespérées par la mort de leur idole, le fantôme d’un bébé…

Chacune de ces nouvelles est un petit bijou de noirceur, superbement écrit, qui happe le lecteur en quelques pages seulement pour le précipiter sur une fin abrupte. S’il y a un peu de Poe, de King ou de Lovecraft dans ces textes (ou de Mak-Bouchard, la nouvelle Les petits revenants m’a rappelé l’étonnant Le temps des grêlons), Mariana Enriquez possède une voix unique et singulière que j’ai découvert avec grand plaisir. J’admire aussi la couverture. Cette œuvre déconcertante de Van Gogh est parfaite !

samedi 12 septembre 2020

Monstres fabuleux - Alberto Manguel

Par Ariane


Auteur : Alberto Manguel

Titre : Monstres fabuleux

Genre : essai

Editeur : Actes Sud

Nombre de pages : 288p

Date de parution : février 2020

Mon avis :

Lectrices et lecteurs le savent bien, certains personnages nous marquent à vie et peuplent un petit coin de notre esprit. Qu’on les ai aimés ou détestés, ces personnages vivent en nous, ils nous ont forgés, accompagnés, guidés et instruits.

Alberto Manguel, que l’on pourrait qualifier de lecteur professionnel, consacre ce livre à ceux qu’il nomme ses amis littéraires. Personnages de contes ou de la pop culture, héros bibliques ou légendaires, figures littéraires de premier plan ou moins connues, Alberto Manguel dresse de chacun d’eux un portrait érudit, entre histoire de la littérature et autobiographie, mêlant réflexions philosophiques et littéraires.

Si certains de ces personnages sont très connus des lecteurs et du grand public (Dracula, Spiderman, Alice,…), d’autres le sont nettement moins (Qeeqeg, Casaubon, Wakefield). Il faut avoir une solide culture littéraire pour le suivre dans chacun de ces portraits et je reconnais humblement que ce n’est pas mon cas !

Et vous, qui sont vos amis littéraires ? 

Extrait :
"La biologie nous dit que nous descendons de créatures de chair et de sang mais nous avons la conscience intime d'être les fils et les filles de fantômes d'encre et de papier."

"L'expérience du monde - l'amour, la mort, l'amitié, la perte, la gratitude, la confusion, l'angoisse, la peur -, toutes ces choses et ayssi ma propre identité changeante, je les ai apprises des personnages imaginaires rencontrés au fil de mes lectures, bien plus que de mon visage indistinct dans le miroir ou de mon reflet dans les yeux d'autrui."

"Peut-être pourrait-on définir les pays grâce aux personnages les plus aimés de leurs livres d’enfant. On verrait l'Angleterre comme Alice, sans cesse confrontée à des règles sociales et à des préjugés absurdes, l'Italie comme un Pinocchio rebelle et joyeux, qui veut devenir un "vrai garçon", la Suisse comme Heidi la petite fille bien sage, le Canada comme Anne, la survivaliste intelligente et concernée des Pignons verts. Peut-être les Etats-Unis se verraient-ils reflétés par Dorothée, une héroïne qui finira par découvrir que la cité d'Emeraude doit sa merveilleuse couleur aux lunettes teintées de vert que ses citoyens sont obligés de porter, et que la magicien qui la gouverne n'est qu'un imposteur dont le succès réside dans le fait qu'il donne aux gens se qu'ils croient vouloir sous le coup de brèves crises émotionnelles."

lundi 10 août 2020

Invisibles - Lucia Puenzo

Par Daphné



Auteur : Lucia Puenzo
Titre : Invisibles
Genre : roman
Langue d’origine : espagnol
Traducteur : Anne Plantagenet
Editeur : Stock
Date d'édition : 2020

Résumé de l'éditeur :Ils sont trois. Trois enfants des rues de Buenos Aires. Trois petits voleurs, les meilleurs du quartier du Once. Pour eux, rien n’est impossible. Ils ont accepté une mission périlleuse en Uruguay. Arrivés sur place, ils déchantent : enfermés dans une propriété de 60 hectares, ils doivent cambrioler neuf villas protégées par des gardiens armés et des chiens. Pour sortir vivants de cette prison dorée, ils n’ont qu’une option : réussir.
Dans ce roman aux allures de thriller, Lucía Puenzo expose la part d’ombre de l’Argentine et le destin bouleversant de ces enfants, devenus invisibles aux yeux de la société.


Mon avis :

Trois enfants des rues sont "embauchés "pour dévaliser neuf villas. Livrés à eux-mêmes et pourtant sans cesse surveillés, les voilà prisonniers d'une surface de plusieurs hectares d'où ils ne pourront sortir avant d'avoir cambriolé les neuf villas en question. Manipulés, à la merci d'organisations corrompues, les trois enfants n'ont d'autres choix que de risquer leur vie pour pouvoir sortir de là. 

Ce livre est écrit avec une sorte de légèreté, malgré un sujet lourd et poignant. Invisibles aux yeux de tous, de la société comme des propriétaires des villas qu'ils doivent cambrioler, les enfants sont victimes d'une véritable machination à laquelle ils ne peuvent que se plier. On les utilise, on les sacrifie et pourtant, l'accent n'est pas seulement mis sur ce côté si dur mais également sur la vision de l'enfance, l'innocence, les joies simples et la tendresse. Ces dernières percent au travers de la violence par une écriture simple, légère et rythmée. 

Un livre qui se lit très rapidement mais qui interpelle, qui dénonce un système de corruption et de violence, ainsi que les conditions de vie de ces enfants des rues, invisibles aux yeux de tous.


" De nombreux agents de la sécurité trempaient dans les mêmes magouilles : ils contactaient les enfants dés que les propriétaires des maisons qu'ils surveillaient partaient en voyage ou dans leur résidence secondaire.  Des gosses aussi bons qu'eux, c'était de l'or en barre, ils étaient capables d'entrer de partout sans laisser de trace et ne pipaient mot sur ce qu'ils faisaient. Guida en avait testé plusieurs mais pas un n'arrivait à la cheville du trio formé par la Enana, Ismael et Ajo"
 

vendredi 6 juillet 2018

Ce que nous avons perdu dans le feu - Mariana Enriquez

Par Daphné
















Auteur : Mariana enriquez
Titre : Ce que nous avons perdu dans le feu
Genre : nouvelles 
Langue d’origine :espagnol (Argentine) 
Traductrice: Anne Plantagenet
nombre de pages : 240
Editeur : Editions du Sous-sol
Date d'édition : 2017

Résumé de l'éditeur :

Douze nouvelles. Un enfant de junkie disparaît du jour au lendemain dans un ancien quartier cossu de Buenos Aires, livré désormais à la drogue et à la violence. Des jeunes femmes se promettent dans le sang de ne jamais avoir d'amants et sont obsédées par la silhouette fugace d'une adolescente disparue... L'univers de Mariana Enriquez n'est pas tendre. Sorte de Julio Cortázar féminine et féministe, elle partage avec l'auteur de Tous les feux le feu, l'art de jouer avec les codes du fantastique sans jamais y plonger. Le monstre n'est pas tapi dans les bois : nous sommes les monstres. D'une main de maître, elle dessine avec Ce que nous avons perdu dans le feu un univers romanesque qui flirte avec l'horreur mais n'y sombre pas. Mêlant petites histoires et grande Histoire, elle évoque le passé de l'Argentine – ses morts, ses fantômes – par petites touches. Dans une langue délicate et faussement simple, elle déploie une construction narrative où le suspense et l'humour s'entremêlent pour mieux nous faire rire et frissonner du même coup.

Mon avis :

 Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce recueil de nouvelles n'est pas gai... mais quelle belle plume! A travers ces nouvelles, l'auteure nous fait découvrir l'Argentine. Ses nouvelles, tout en ayant un côté très réaliste, flirtent souvent avec l'étrange : Bien que paraissant ancrées dans la réalité, elles sont parfois à la limite du fantastique sans pour autant y basculer.

 Outre ce côté mystérieux, les nouvelles ont également - et surtout - un côté macabre.  La mort et la violence ne sont jamais loin et toutes ont quelque chose de dur, de sinistre, de dérangeant. Cela ne paraît peut-être pas très engageant au premier abord mais c'est si bien écrit qu'on se laisse emporter par la plume de l'auteure. A travers ses nouvelles, elle pointe du doigt certains problèmes de la société argentine (drogue, misère des bidonvilles, violence faite à la femme...) d'une manière très habile.

A ne pas lire lorsqu'on est déprimé... mais à lire tout de même !


Extrait :

 Pas d'extrait cette fois-ci : j'ai oublié d'en noter un avant de rendre le livre à la médiathèque!

lundi 30 octobre 2017

Wakolda - Lucia Puenzo

Par Daphné















Auteur : Lucia Puenzo
Titre : Wakolda
Genre : roman
Langue d’origine : espagnol
Traducteur : Anne Plantagenet
Editeur : Stock
Date d'édition : 2013

Résumé de l'éditeur :

En 1959, sur une route désolée en Patagonie, un médecin allemand pas comme les autres croise une famille argentine ordinaire et lui propose de faire route ensemble, afin d'être moins isolés. Ce médecin n'est autre que Josef Menguele. Très vite, il est fasciné par l'un des enfants, une jeune fille qui porte le doux nom de Lilith et qui est bien trop petite pour son âge. La fascination semble réciproque : elle ne peut quitter des yeux cet homme si cultivé et sophistiqué. Alors, quand il s'installe finalement dans la pension fraîchement ouverte par sa famille d'accueil, tout s'accélère. Surtout lorsque la mère de famille accouche de deux fragiles petites jumelles qu'il faut soigner. Traqué par des agents israéliens, il continue pourtant à vivre tranquillement, allant même jusqu'à investir dans le projet d'usine de poupées du père. Des poupées parfaites. Aryennes. Contrairement à Wakolda.Wakolda, quatrième roman de Lucía Puenzo, nous entraîne au coeur d'une société argentine infiltrée par l'émigration nazie. En immergeant la figure énigmatique de Menguele dans la vie quotidienne, Lucía Puenzo s'appuie sur les détails les moins visibles de sa personnalité pour faire ressortir avec une grande subtilité l'horreur de sa pensée profonde. Un roman captivant qui entraîne le lecteur sur les routes de la mémoire.

Mon avis :

Brrrr..."glaçant" : tel est le mot qui me vient à l'esprit en sortant de cette lecture. Joseph Mengele est un médecin nazi ayant commis de véritables horreurs durant la seconde guerre mondiale en pratiquant des expériences sur des êtres humains dans le camp d’Auschwitz. Réfugié en Amérique Latine, il ne fut jamais jugé pour ses actes. C'est de cet homme que s'inspire l'histoire de ce livre.


En 1959, Joseph Mengele, médecin nazi à la recherche de la "perfection" aryenne, ayant pratiqué des expériences sur des personnes durant la seconde guerre mondiale, rencontre Lilith, une fillette de douze ans. Lilith est petite, trop petite pour son âge et cette petite taille, monstrueux défaut aux yeux de Joseph, ravive en lui son désir d'expérience. Fascinée par cet homme, la petite Lilith lui servira de "cobaye" pour tester des hormones de croissance. la mère de Lilith, Eva, enceinte, tombera également sous la "coupe" du médecin lors de son accouchement de deux petites filles prématurées.

Il est absolument horrifiant de constater à quel point le regard que porte Joseph sur Lilith et sa famille est totalement clinique et dépourvu de sentiment. L'ambiance de ce livre, sombre et malsaine est affreusement glaçante et consternante. On ne peut que s'interroger sur la folie de l'homme devant cette absence de culpabilité et cette obsession pour le concept aryen, cette recherche de perfection selon des critères bien déterminés qui ont conduit à la mort des milliers de personnes. Le réseau nazi existant autour de Mengele, à peine dissimulé, sûr de son bon droit est également horrible et consternant. 

Le génocide du peuple Mapuche est également évoqué dans ce livre, peuple représenté par la poupée Wakolda, poupée que Lilith échangera contre la sienne qui elle, symbolise aux yeux de Mengele le concept aryen. Les poupées tiennent effectivement un grand rôle dans ce livre et il est effrayant de découvrir la manière dont le médecin voit ces objets censés représenter l'innocence de l'enfance. Nulle innocence en effet dans la recherche de la perfection des poupées, traitées par Joseph Mengele avec la même fascination malsaine que les enfants sur lesquels il pratiquait des expériences durant la guerre. Enfants et poupées sont pour lui un même et unique terrain d'expérimentation et cette déshumanisation est si bien décrite que le lecteur ne peut qu'en être profondément mal à l'aise. 

Un livre fort et dérangeant.


Extrait :

"Les feuilles étaient couvertes d’illustrations : bébés et enfants avec des flèches qui sortaient de leurs yeux, de leurs têtes, de leurs membres et de leurs organes. Sur une page, deux corps étaient unis par le dos. Arrivée à la fin, Lilith se figea : en premier, elle reconnut sa mère, nue, enceinte. Ce n’était pas un dessin d’artiste, mais il était assez ressemblant pour ne laisser aucune place au doute. Autour d’Eva, une série de chiffres : mensurations, kilos estimés, mois de gestation. Homo arabicus, lut-elle. Son père figurait sur la page suivante, à côté de ses frères, également entourés de chiffres et de mensurations. Elle lut : Homo siriacus. Elle apparaissait en dernier."