lundi 30 octobre 2017

Wakolda - Lucia Puenzo

Par Daphné















Auteur : Lucia Puenzo
Titre : Wakolda
Genre : roman
Langue d’origine : espagnol
Traducteur : Anne Plantagenet
Editeur : Stock
Date d'édition : 2013

Résumé de l'éditeur :

En 1959, sur une route désolée en Patagonie, un médecin allemand pas comme les autres croise une famille argentine ordinaire et lui propose de faire route ensemble, afin d'être moins isolés. Ce médecin n'est autre que Josef Menguele. Très vite, il est fasciné par l'un des enfants, une jeune fille qui porte le doux nom de Lilith et qui est bien trop petite pour son âge. La fascination semble réciproque : elle ne peut quitter des yeux cet homme si cultivé et sophistiqué. Alors, quand il s'installe finalement dans la pension fraîchement ouverte par sa famille d'accueil, tout s'accélère. Surtout lorsque la mère de famille accouche de deux fragiles petites jumelles qu'il faut soigner. Traqué par des agents israéliens, il continue pourtant à vivre tranquillement, allant même jusqu'à investir dans le projet d'usine de poupées du père. Des poupées parfaites. Aryennes. Contrairement à Wakolda.Wakolda, quatrième roman de Lucía Puenzo, nous entraîne au coeur d'une société argentine infiltrée par l'émigration nazie. En immergeant la figure énigmatique de Menguele dans la vie quotidienne, Lucía Puenzo s'appuie sur les détails les moins visibles de sa personnalité pour faire ressortir avec une grande subtilité l'horreur de sa pensée profonde. Un roman captivant qui entraîne le lecteur sur les routes de la mémoire.

Mon avis :

Brrrr..."glaçant" : tel est le mot qui me vient à l'esprit en sortant de cette lecture. Joseph Mengele est un médecin nazi ayant commis de véritables horreurs durant la seconde guerre mondiale en pratiquant des expériences sur des êtres humains dans le camp d’Auschwitz. Réfugié en Amérique Latine, il ne fut jamais jugé pour ses actes. C'est de cet homme que s'inspire l'histoire de ce livre.


En 1959, Joseph Mengele, médecin nazi à la recherche de la "perfection" aryenne, ayant pratiqué des expériences sur des personnes durant la seconde guerre mondiale, rencontre Lilith, une fillette de douze ans. Lilith est petite, trop petite pour son âge et cette petite taille, monstrueux défaut aux yeux de Joseph, ravive en lui son désir d'expérience. Fascinée par cet homme, la petite Lilith lui servira de "cobaye" pour tester des hormones de croissance. la mère de Lilith, Eva, enceinte, tombera également sous la "coupe" du médecin lors de son accouchement de deux petites filles prématurées.

Il est absolument horrifiant de constater à quel point le regard que porte Joseph sur Lilith et sa famille est totalement clinique et dépourvu de sentiment. L'ambiance de ce livre, sombre et malsaine est affreusement glaçante et consternante. On ne peut que s'interroger sur la folie de l'homme devant cette absence de culpabilité et cette obsession pour le concept aryen, cette recherche de perfection selon des critères bien déterminés qui ont conduit à la mort des milliers de personnes. Le réseau nazi existant autour de Mengele, à peine dissimulé, sûr de son bon droit est également horrible et consternant. 

Le génocide du peuple Mapuche est également évoqué dans ce livre, peuple représenté par la poupée Wakolda, poupée que Lilith échangera contre la sienne qui elle, symbolise aux yeux de Mengele le concept aryen. Les poupées tiennent effectivement un grand rôle dans ce livre et il est effrayant de découvrir la manière dont le médecin voit ces objets censés représenter l'innocence de l'enfance. Nulle innocence en effet dans la recherche de la perfection des poupées, traitées par Joseph Mengele avec la même fascination malsaine que les enfants sur lesquels il pratiquait des expériences durant la guerre. Enfants et poupées sont pour lui un même et unique terrain d'expérimentation et cette déshumanisation est si bien décrite que le lecteur ne peut qu'en être profondément mal à l'aise. 

Un livre fort et dérangeant.


Extrait :

"Les feuilles étaient couvertes d’illustrations : bébés et enfants avec des flèches qui sortaient de leurs yeux, de leurs têtes, de leurs membres et de leurs organes. Sur une page, deux corps étaient unis par le dos. Arrivée à la fin, Lilith se figea : en premier, elle reconnut sa mère, nue, enceinte. Ce n’était pas un dessin d’artiste, mais il était assez ressemblant pour ne laisser aucune place au doute. Autour d’Eva, une série de chiffres : mensurations, kilos estimés, mois de gestation. Homo arabicus, lut-elle. Son père figurait sur la page suivante, à côté de ses frères, également entourés de chiffres et de mensurations. Elle lut : Homo siriacus. Elle apparaissait en dernier."





2 commentaires:

  1. Une lecture qui m'a poursuivi longtemps.

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  2. Ce livre fait effectivement partie de ceux qui ne peuvent que nous marquer...
    Daphné

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