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vendredi 8 décembre 2017

Comment nous sommes devenus humains, les origines de l'empathie - Sarah Blaffer Hrdy

Par Daphné




















Auteur : Sarah blaffer Hrdy
Titre : La femme qui n'évoluait jamais
Genre : sociobiologie, anthropologie, primatologie
Langue d’origine : anglais
Traducteur : Marlène Martin
Editeur : Payot
Nombre de pages : 331
Date de parution : 2009

Résumé de l'éditeur :

Quelque part en Afrique, il y a plus d'un million d'années de cela, une lignée de singes a commencé à élever ses petits différemment de leurs ancêtres les grands singes. 
De cette nouvelle forme de soins sont nées de nouvelles façons d'entrer en relation et de se comprendre mutuellement. 
Comment ces aptitudes humaines si particulières ont évolué, et comment elles ont permis de nous maintenir en vie pendant des milliers de générations, tel est le mystère révélé par ce brillant et audacieux regard porté sur l'évolution émotionnelle humaine. 
Comment nous sommes devenus humains en trouve la clef dans la longue durée de l'enfance humaine, fait unique chez les primates. Si les petits doivent survivre dans un monde où la nourriture est rare et les prédateurs dangereux, il faut que non seulement leurs mères s'occupent d'eux, mais aussi leurs frères et sœurs, leurs tantes, leurs pères, leurs amis, et s'ils sont chanceux - leurs grands-mères. 
C'est de cette forme d'éducation complexe, affirme Sarah Blaffer Hrdy, qu'est née notre capacité humaine à déchiffrer les pensées et les intentions de ceux qui nous entourent. 
Riche, vivant, inspirant, ce voyage à travers l'enfance nous mène des ouistitis aux chimpanzés, en passant par les rats-taupes nus et les geais buissonniers, mais nous fait aussi découvrir le mode de vie des groupes de chasseurs-cueilleurs contemporains, pour éclairer des questions très actuelles : 
*de quoi ont vraiment besoin les jeunes mères et leurs bébés ? 
*Pourquoi les relations familiales et amicales des femmes entre elles sont si importantes ? 
*Quelle est la place des pères dans l'éducation, et comment peuvent-ils la prendre pleinement ? 
*Comment offrir aux tout-petits les conditions pour qu'ils développent leur sens inné de l'empathie ? 
Sur ces questions et bien d'autres, Comment nous sommes devenus humains offre des réponses au plus près des connaissances scientifiques, dans une éblouissante fresque du passé et de l'avenir des émotions humaines. 


Mon avis :

Après La femme qui n'évoluait jamais  et Les instincts maternels, je continue ma découverte des thèses de Sarah Blaffer Hrdy, sociobiologiste, primatologue et anthropologue américaine. De même que ses précédents ouvrages, j'ai trouvé ce livre-là très intéressant. 

Quel est le propre de l’être humain? Qu'est ce qui  le différencie réellement des autres primates et  comment en est il venu à peupler la Terre de manière si flagrante? Généralement, les réponses que l'on trouve à ces questions tournent autour de la parole et de la bipédie. Pour Sarah Blaffer Hrdy, la réponse serait plutôt l'empathie qui elle -même trouverait source dans un mode d'éducation complexe et partagé. Partagé car il semblerait que l’être humain soi le seul être à accepter de confier son bébé à d’autres personnes, les "alloparents" c'est à dire toute personne aidant la mère dans l'éducation de son enfant. La coopération et le partage de la parentalité aurait permis le développement de l'empathie et par cela même la survie de l’être humain. Les grand-mère auraient particulièrement eu un rôle important à jouer, ce qui expliquerait le fait, que , contrairement aux autres espèces, une femme vit encore longtemps après la ménopause : le fait de ne plus pouvoir avoir d'enfant ne serait donc pas une fin en soi, comme c'est le cas chez les autres espèces où les femelles ne survivent guère de temps après cela. Au contraire, la femme ménopausée aurait encore un grand rôle à jouer. Celui d'apporter un soutien aux jeunes mères et donc de contribuer au développement et à la survie de l'espèce humaine. 

S'appuyant sur l'étude et l'observation de différents primates et de peuples de chasseurs cueilleurs, Sarah Blaffer Hrdy remonte aux origines de l'humanité et de l'empathie d'une manière absolument passionnante, nous éclairant sur de nombreux points tels que les besoins de l'enfant et de la mère, la place du père et celle de l'entourage, l'importance des émotions et la manière dont les perçoit l'être humain. 

Encore un ouvrage de Sarah Blaffer Hrdy dans lequel j'ai beaucoup appris et que j'ai aimé découvrir! 

Extrait :

"Nul ne dispose d'une machine à remonter le temps pour pour aller voir à quoi ressemblait l'éducation des petits dans le Pléistocène et pour témoigner de ses trajectoires développementales novatrices. En revanche, nous disposons d'indications provenant d'un ensemble vaste et varié de primates et d'autres animaux qui sont adéquates pour comprendre pourquoi les autres membres du groupe se mettent à apporter de l'aide et comment la reproduction communautaire a pu apparaître et se développer. "






vendredi 29 septembre 2017

Le conflit, la femme et la mère - Elisabeth Badinter

Par Daphné















Auteur : Elisabeth Badinter
Titre : Le conflit la femme et la mère
Genre : essai
Langue d’origine : français
Editeur : Flammarion
Nombre de pages : 254
Date de parution : 2010

Résumé de l'éditeur :

Trente ans après L’Amour en plus, il se livre une véritable guerre idéologique souterraine, dont on ne mesure pas encore pleinement les conséquences pour les femmes. Le retour en force du naturalisme — qui remet à l'honneur le concept bien usé d'instinct maternel — constitue le pire danger pour leur émancipation et l'égalité des sexes.

À force d'entendre répéter qu'une mère doit tout à son enfant, son lait, son temps et son énergie, il est inévitable que de plus en plus de femmes reculent devant l'obstacle. Certaines trouvent leur plein épanouissement dans la maternité, mais la majorité d'entre elles feront un jour le calcul des plaisirs et des peines : d'un côté, une expérience irremplaçable, l'amour donné et rendu et l'importance de la transmission ; de l'autre, les frustrations et le stress quotidien, les inévitables conflits et parfois le sentiment de l'échec.

Si plus d'un quart des Allemandes restent sans enfant, cela signifie qu'elles trouvent à se réaliser ailleurs que dans la maternité telle qu’on la leur impose. Pour l'heure, les Françaises ont échappé à ce dilemme du tout ou rien. Tiendront-elles tête aux injonctions des « maternalistes » soutenus par les plus respectables institutions ? Jusqu'à quand sauront-elles imposer leurs désirs et leur volonté contre le discours rampant de la culpabilité ?
E.B.


Mon avis :

J'avais déjà lu ce livre il y a quelques années (je n'avais pas encore d'enfant à l'époque) et je me rappelle que de nombreux passages m'étaient alors restés en travers de la gorge. Suite à mes lectures de Sarah Blaffer Hrdy il y a peu, j'ai voulu relire le livre d'Elisabeth Badinter. En effet, certains articles tendent à opposer leurs points de vue et toutes deux se citent mutuellement dans leurs écrits, à la différence près que si Sarah Blaffer Hrdy parle d'Elisabeth Badinter et de ses essais de manière plutôt respectueuse, cette dernière tend au contraire à "démonter" la thèse de Sarah Blaffer Hrdy. J'ai donc voulu relire Le conflit, la femme et la mère... et j'en ai gardé un goût plutôt amer!

Ce livre a été salué comme étant un ouvrage très féministe. Selon Elisabeth Badinter, le mouvement féministe des années 70 a été oublié au profit du naturalisme, lequel représente un véritable retour en arrière pour la femme. de nombreuses femmes sacrifieraient leur vie professionnelle et leur épanouissement pour leurs enfants auxquelles elles sont censées "tout devoir". 

La thèse d'Elisabeth Badinter comporte des aspects très intéressants et on la sent véritablement engagée pour la cause féminine mais... pour moi il y a un grand, un énorme "mais" ! J'ai lu ce livre avec mes yeux de femme mais aussi -et sans doute surtout- avec mes yeux de mère... et c'est là que le bât blesse car visiblement je suis le type de mère qu'Elisabeth Badinter qualifierait sans doute "d'esclave de ses enfants" : une mère qui a pris un congé parental et a pratiqué plusieurs aspects de ce qu'elle appelle le "naturalisme" (certains nomment cela le maternage proximal : à savoir entre autres l'allaitement, le portage en écharpe, le cododo, les couches lavables, le fait de préparer soi-même les repas et d'éviter la nourriture industrielle etc). Est-ce que cela fait de moi une anti-féministe? 

L’allaitement, est, selon l'auteur, l'"empêcheur de tourner en rond du féminisme" (ce ne sont pas ses propres mots mais ma manière de résumer les choses) et il existerait une véritable pression poussant les femmes à allaiter, souvent contre leur gré. Elle se penche notamment sur le cas de La Leche League qu'elle considère visiblement comme la grande ennemie du féminisme. Elle en parle avec une ironie et une dureté qui m'ont paru assez injustifiées. A mes yeux, La Leche League est davantage un réseau de soutien et aux femmes souhaitant allaiter qu'un mouvement culpabilisateur face à celles qui ne le souhaitent pas. Dans le même ordre d'idée, je l'ai trouvé extrêmement dure avec les hôpitaux dits "Amis des Bébés".

Elisabeth Badinter dénonce une véritable pression sociale qui imposerait l'allaitement aux mères mais ne se base pour cela que sur le point de vue de ces dernières, ne se demandant absolument pas quel genre de pression est souvent imposée à celles qui allaitent leur enfant. Les discours en France tendent peut-être vers l'allaitement mais c'est loin d'être la vision globale de la société. Il est vrai qu'il existe parfois une certaine culpabilisation envers les mères qui donnent le biberon mais c'est aussi le cas envers les mères qui allaitent, envers celles qui refusent de laisser pleurer leur enfant et celles qui le laissent pleurer, envers celles qui reprennent tôt le travail et envers celles qui choisissent de rester auprès de leur enfant quelques temps, etc. Quel que soit l'objet de la culpabilisation, elle est toujours là à un moment ou un autre. Le jugement d'autrui envers les mères a toujours existé et peut-être est-ce contre cela qu'il faudrait lutter plutôt que contre l'allaitement...

 Allaiter semble être, aux yeux d'Elisabeth Badinter, en parfaite contradiction avec ce pour quoi les femmes en France se sont battues dans les années 70, notamment du fait de disposer de leur corps selon leurs souhaits. Mais une mère qui choisit d'allaiter ne fait elle pas également ce choix -là? Pourquoi se placer uniquement du côté de celles qui ont allaité parce qu'elles s'y sentaient obligées et non également de celui des femmes qui ont fait ce choix de manière libre et éclairée ou de celles qui ont nourri leur enfant au biberon sans pour autant en être culpabilisées ? 

Je pourrais écrire un livre sur le sujet tant j'ai d'exemples en tête mais je vais éviter de m’appesantir là-dessus. Je dirai juste que je trouve extrêmement dommage et trop simple d'opposer ainsi l’allaitement au féminisme. 

Il en est aussi de même, à mon avis, pour ce qu'Elisabeth Badinter nomme le "naturalisme " en général. Se soucier de l'avenir de la planète va t-il vraiment à l'encontre de la libération de la femme? Elle n'a certes pas tort lorsqu'elle dit que ce ne seront pas les papas qui nettoieront les couches lavables car effectivement, dans la plupart des familles, ce sont les femmes qui endossent le plus gros pourcentage des tâches ménagères. Mais n'est-ce pas prendre le problème à l'envers que d'en reporter la faute sur le "naturalisme"? N'est ce pas plutôt une question d'agissement sociétal entre homme et femme plutôt qu'une question d'écologie? Peut-on vraiment parler de retour en arrière concernant les couches lavables ou le fait de préparer soi-même les repas de son enfant ? Ne serait ce pas plutôt une simple prise de conscience? Il est vrai que dans les années 70, les couches jetables et les petits pots tout prêts pour les bébés ont simplifié la vie des mères mais le contexte écologique et ce qu'on en connaissait à ce moment-là n'était pas le même. Le fait de cuisiner bio peut-il être considéré comme un retour en arrière pour la femme alors qu'après tout, faire la guerre aux pesticides et aux plats industriels est aussi une manière de lutter contre une aspect de la société et  de prendre soin de son propre corps et de celui de ses enfants, ce qui peut finalement rejoindre le courant féministe si l'on considère les choses sous un autre angle. Etre "citoyenne de la planète" en tentant de protéger celle-ci empêche t-il vraiment d’être femme?

Dans le même ordre d'idée, pourquoi un tel acharnement contre celles qui refusent la péridurale ou souhaitent accoucher chez elles? Pouvoir décider ou non d'avoir une péridurale ou décider le lieu où l'on souhaite accoucher est un choix, une liberté qui est offerte à la femme alors pourquoi juger cela ? Et pourquoi diviser les femmes entre deux catégories (pour résumer les mères "natures" qui allaitent, cuisinent bio, utilisent des couches lavables et arrêtent de travailler et les mères "non natures" qui donnent le biberon, reprennent le travail tôt et donnent des petits pots tout prêts). j'ai trouvé ce "tri" très caricatural...

Quand à considérer le bébé comme "le meilleur allié de la domination masculine", j'ai trouvé cela assez terrible... surtout si l'on considère que près de la moitié des bébés en questions sont des filles et donc des futures femmes qui infligeraient à leurs mères le poids d'une domination qu'elles mêmes seraient plus tard amenées à rencontrer pour les mêmes raisons. Faudrait il alors casser la dyade mère/enfant si importante les premiers mois car celle-ci nuirait à la femme et, selon les propos d'Elisabeth Badinter, exclurait le père? Quitte à tenir exactement le genre de propos qui semble alarmer l'auteur, je pense que cette dyade mère/enfant si fusionnelle au début de la vie de l'enfant est essentielle. Défendre le droit des femmes reviendrait il alors à refuser à la mère et l'enfant cette soif de proximité qui les réunit dans un premier temps?  Je ne comprend pas en quoi le peau à peau à la naissance, proposé dans le but de favoriser l'attachement entre la mère et l'enfant (et le père aussi d'ailleurs!) serait aliénant pour la femme. Il est bien beau de vouloir défendre les droits de la femme et la place du père mais et l'enfant dans tout cela? N'est-il pas important que ses besoins - et le contact si intense avec sa mère les premiers mois fait parti de ces besoins- soient pris en compte? Considérer le bébé comme un tyran à l'âge où il est, somme toute, le plus innocent me paraît très triste. Ce sont les bébés qui seront les futurs hommes et les futures femmes de demain. Si leurs besoins sont niés dés la naissance au profit d'un confort parental ou d'une idéologie, il est quelque part logique qu'ils en gardent des traces et se manquent mutuellement de respect entre eux à l'âge adulte...

J'ai donc trouvé la vision d'Elisabeth Badinter à propos des "mères natures" à la fois caricatural, sarcastique et mal renseignée. D'ailleurs, où sont les sources de ce qu'elle prétend? Les entretiens, les faits scientifiques (car mine de rien, on a beau être dans de la sociologie, certaines questions abordées relèvent également de la science), les statistiques? Il m'a semblé qu'il y avait un certain manque d'information dans ce livre. J'ai eu à certains moments davantage eu l'impression de lire un traité de vengeance et de moqueries plutôt qu'un essai sociologique.  Et c'est vraiment dommage car par ailleurs, Elisabeth Badinter soulève des questions particulièrement intéressantes telles que la parité homme/femme au sein d'un couple mais également dans le milieu professionnel. Elle nous parle également du fait de ne pas vouloir d'enfant ce qui, aux yeux de la société est souvent incompris, de la différence entre le fantasme et la réalité de la maternité, les différentes politiques familiales, l’ambiguïté de la féminité ...

Bien que consciente de la chance que j'ai d'être femme ici et non à certains autres endroits de la planète, j'ai également conscience qu'il existe encore en France de gros problèmes au niveau de parité entre les hommes et les femmes et je trouve extrêmement important et honorable de militer pour les droits des femmes. La place du père auprès des enfants est également un sujet sur lequel il mérite de se pencher mais contrairement à Elisabeth Badinter, je ne pense pas que la non implication de certains pères soient dus à l'allaitement ou au peau-à-peau. Il y a un réel travail à effectuer sur cette implication ainsi que sur la parité des hommes et des femmes dans le milieu professionnel. Les questions soulevées par l'auteur sont réellement dignes d’intérêt et méritent qu'on se batte pour accéder à cette parité mais je pense néanmoins qu'Elisabeth Badinter ne s'en prend pas aux bons "coupables "...

Extrait :

"Le retour en force du naturalisme, remettant à l'honneur le concept bien usé d'instinct maternel et faisant l'éloge du masochisme et du sacrifice féminins, constitue le pire danger pour l'émancipation des femmes et l'égalité des sexes."


vendredi 15 septembre 2017

La femme qui n'évoluait jamais - Sarah Blaffer Hrdy

Par Daphné
















Auteur : Sarah blaffer Hrdy
Titre : La femme qui n'évoluait jamais
Genre : sociobiologie, anthropologie, primatologie
Langue d’origine : anglais
Traducteur : Cathy Bernheim et Françoise Bouillot
Editeur : Payot
Nombre de pages : 288
Date de parution : 1981

Résumé de l'éditeur :

Qu'est-ce que l'orgasme chez la guenon peut nous apprendre de la sexualité féminine ? Comment expliquer l'appétit sexuel de la femme, qui peut pratiquement faire l'amour à n'importe quel moment du mois et de l'année ? La compétition sexuelle est-elle l'apanage des mâles ? Pourquoi les femelles des primates sont-elles si souvent considérées comme inférieures aux mâles ? Est-il exact que la domination de ces derniers soit "naturelle" ? Et faut-il admettre que les femelles des primates, à cause des exigences de la maternité, sont "normalement" destinées à une vie sexuelle moins exubérante que celle de leurs compagnons ?

Mon avis :

Ayant beaucoup appris avec Les instincts maternels,  j'ai voulu poursuivre ma découverte des écrits de Sarah Blaffer Hrdy avec ce titre là. J'ai cependant eu beaucoup plus de mal à le lire que le précédent. 

L'auteur remet ici en cause la théorie de Darwin selon laquelle les femelles, quelles que soient les espèces, seraient sexuellement moins actives que les mâles (attention, ce n'est cependant pas du tout l'évolutionnisme qu'elle remet en cause !). Pour elle, la femme n'est en effet pas biologiquement soumise à l'homme et entièrement dévouée à ses enfants. D'où vient alors la domination masculine si elle n'est pas biologique? N'est-elle pas plutôt sociétale? Moment mettre fin à la violence sexuelle si présente chez l'être humain si l'on n'en comprend pas les origines et le fonctionnement ?

S'appuyant sur diverses études et l'observation des primates, Sarah Blaffer Hrdy nous prouve ici que sociobiologie ne rime pas forcément avec machisme. 

J'ai eu un peu de mal à entrer dans ce livre, peut-être parce que je m'y connais pas assez, scientifiquement parlant, sur les primates dont nous parle l'auteur tout au long de son ouvrage. Cependant, la thèse de Sarah Blaffer Hrdy est particulièrement intéressante et donne du féminisme une certaine vision que l'on n'a pas forcément l'habitude de rencontrer. Mêler ainsi la sociologie et la biologie nous donne une certaine approche qui donne à réfléchir. Il est par ailleurs très intéressant de remonter aux origines de la différence entre les femmes et les hommes et de comprendre le fonctionnement des autres espèces afin de mieux comprendre la nôtre.

Il me reste de cette auteur un ouvrage traduit en français à découvrir et sans doute vais-je le lire d'ici peu!

Extrait :


"Depuis quelques dizaines de milliers d'années, les hommes demeurent de plus en plus au sein de leur famille patrilinéaire et inventent de nouveaux moyens de contraindre les choix reproductifs des femmes. Ces nouvelles tactiques vont au delà du fait de monopoliser les ressources dont ont besoin les mères pour survivre et élever leurs enfants, jusqu'à inclure des idéologies promouvant et soutenant les intérêts patrilinéaires. C'est tout autre chose de soutenir que, si les femmes choisissent l'homme le plus puissant, c'est parce qu'elles sont naturellement prédisposées à faire des choix conduisant à des arrangements conjugaux patriarcaux. Les choix de partenaires que les psychologues évolutionnistes interprètent comme le résultat naturel des préférences innées des femmes sont pour d'autres -dont moi- le résultat de "contraintes patriarcales" sur les options reproductives des femmes."



mardi 5 septembre 2017

Les instincts maternels - Sarah Blaffer Hrdy

Par Daphné















Auteur : Sarah blaffer Hrdy
Titre : Les instincts maternels
Genre : sociobiologie, anthropologie, primatologie
Langue d’origine : anglais
Traducteur : Françoise Bouillot
Editeur : Payot
Nombre de pages : 611
Date de parution : 2002

Résumé de l'éditeur :

Qu'est-ce qu'un instinct maternel ? Une femme peut-elle le " perdre " ? Si les femmes aiment instinctivement leurs bébés, alors pourquoi trouve-t-on tant d'exemples de femmes ayant contribué, directement ou indirectement, à leur mort ? Pourquoi tant de mères, à travers le monde, adoptent-elles vis-à-vis de leurs propres enfants des comportements discriminatoires ?
Et les pères ? Pourquoi sont-ils devenus plus attentifs aux besoins de l'enfant ? Auraient-ils, eux aussi, un instinct " maternel " ? Pourquoi les hommes s'intéressent-ils autant à la question de la reproduction chez les femmes ?
Ce livre unique, rédigé dans un style limpide et accessible par l'une des plus grandes spécialistes en la matière, répond à toutes les questions que l'on pouvait se poser sur les choix maternels, les ambitions féminines et l'autonomie sexuelle.


Mon avis :

J'aime beaucoup les livres traitant de la maternité et de l'enfance à travers le monde et le temps. Et je peux être sûre que chaque fois que j'ouvre l'un de ces livres, je tombe à un moment donné sur le nom de Sarah Blaffer Hrdy, anthropologue, sociobiologiste et primatologue qui est également souvent citée dans les articles de ma revue préférée. Les références répétées à cette auteur ont fini par attirer mon attention et cela fait un moment que je souhaitais lire un de ses ouvrages.

L'instinct maternel existe t-il réellement? Spontanément, j'aurais tendance à répondre oui. Je me souviens du sentiment presque animal qui m'a envahi à la naissance de mes bébés, ce sentiment jusqu'alors inconnu, sentiment de protection si intense, à tous mes sens mis en éveil et centrés sur ces petits êtres nouvellement nés... oui, spontanément, je dirais que l'instinct maternel existe...

 Et pourtant, nous répond l'auteur,si cet instinct existe réellement,  pourquoi tant d'abondons et d'infanticides à travers les siècles et les pays? Qu'est ce qui crée alors, si on ne peut parler d'instinct, ce lien si spécial entre la mère et l'enfant? 

S'appuyant sur  plusieurs études scientifiques et sur l'observation parallèle des homo sapiens et d'autres primates, l'auteur nous explique alors que ce lien, cet investissement de la part de la mère, serait une sorte de réaction en "dominos", c'est à dire que l'une entraîne l'autre, dans laquelle contexte environnemental et biologie ne peuvent être dissociables l'un de l'autre. Ainsi, ce lien résulterait des «interactions complexes entre gènes, tissus, glandes, expériences passées et signes de l'environnement. Les comportements complexes comme le maternage ne sont jamais totalement prédéterminés génétiquement ni produits par le seul environnement.» Les mécanismes biologiques que l'on pourrait qualifier d'"instinctifs" tels que les hormones, la génétique ou les odeurs pourraient donc être contrebalancés par le contexte environnemental. L'auteur nous explique aussi que la biologie ne fait pas tout : face à la possibilité d'un environnement ou d'un contexte défavorables à l'attachement maternel, l'enfant se doit de déployer certaines stratégies pour que l'attachement opère.

Il résulte de la thèse de Sarah Blaffer Hrdy un livre absolument passionnant! De cette véritable mine d'information, j'ai appris énormément de choses, que ce soit au niveau biologique, sociologique ou anthropologique. J'ai également pu approfondir certains sujets dont j'avais déjà eu des prémices grâce à des articles citant le nom de l'auteur. 

Très bien documenté et visiblement fruit d'une véritable recherche, ce livre est écrit avec clarté et accessible à tous. J'en ai tellement apprécié la lecture que je pourrais passer un long moment à vous résumer chaque chapitre mais je crains alors que cet article ne devienne interminable! Je me contenterai donc seulement d'en conseiller la lecture!

Extrait :

"Certes, l'histoire et l'expérience personnelle expliquent beaucoup des sentiments de la mère pour le nourrisson. Mais pour répondre à ces questions, il faut voyager beaucoup plus loin dans le temps, bien avant qu'un tribunal ait garanti aux femmes des droits sur ce qui se passe dans leur ventre, avant la contraception, avant les lois sur l'infanticide, et même avant les berceaux et les maisons - voyager en un temps où il était vital que quelqu’un se trouve en contact permanent avec l'enfant ne serait ce que pour l'empêcher de se faire dévorer par des fauves. les émotions qui informent les décisions des femmes aujourd'hui en matière de reproduction ont été en grande partie modelées dans ce lointain passé par des processus que, selon nos critères naturels, nous qualifions, faute de mieux, d'inexorables."


lundi 24 juillet 2017

Bébé made in France - Pamela Druckerman

Par Daphné















Auteur : Pamela Druckerman
Titre : Bébé made in France
Genre : essai
Langue d’origine : anglais
Traducteur : Valérie Latour Burney
Editeur : Flammarion
Nombre de pages : 343
Date de parution : 2012


Résumé de l'éditeur :

« Ce n’est pas parce qu’un sujet est traité avec humour qu’il n’est pas sérieux. Le propos de Pamela Druckerman est on ne peut plus important, puisqu’il traite de façon très particulière de la maternité et de l’éducation “à la française”. Nous pensons tout savoir sur ces sujets et nous découvrons en la lisant que nos évidences ne sont pas les siennes, que nos priorités et nos façons de faire et de dire sont loin d’être identiques à celles qu’elle connaît aux États-Unis. Au-delà de la mère et de son enfant, ce sont certaines caractéristiques de notre société qu’elle met en lumière et dont nous n’avons pas totalement conscience. Rien de plus passionnant que cette découverte de nous-mêmes et de ce qui nous distingue de nos sœurs d’outre-Atlantique. » Élisabeth Badinter « Fascinant, drôle, ce livre est un correctif des idées reçues sur l’éducation des enfants. » 


Mon avis :

Ayant un faible pour les livres comparant les manières de considérer la maternité et l'enfance dans les différents pays, cela faisait un moment que j'avais repéré ce livre. Je m'attendais plus ou moins à un livre ressemblant à Comment les eskimos gardent leurs bébés au chaud, c'est à dire à un sujet traité certes de manière humoristique mais qui m'apprendrait cependant beaucoup de choses. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce livre m'a laissé une impression très étrange. 

On découvre là une mère américaine résidant à Paris qui observe et analyse la manière dont les mères françaises agissent avec leurs enfants et établis un comparatif entre l'éducation "à la française" et "à l'américaine". Elle trouve visiblement de nombreux avantages à cette éducation dite française, essayant alors de l'appliquer sur ses propres enfants et d'en faire une certaine éloge à travers ce livre. 

Ainsi, il semblerait que la mère française soit particulièrement élégante, prennent soin d'elles, aient des enfants qui dorment bien, mangent de tout et savent attendre en toutes circonstances, vivent une grossesse et un accouchement très médicalisés ce qui leur convient tout à fait, ne font pas particulièrement attention à ce qu'elles mangent durant la grossesse, accordent beaucoup d'importance à la séparation entre elles et leurs bébés, n'allaitent généralement pas ou très peu et font preuve d'une autorité naturelle qui réussit très bien à leurs enfants. 

Si je regarde un peu autour de moi, je constate qu'en effet, certains de ces points sont plutôt vrais mais en tant que maman, je me demande alors vraiment de quelle planète je viens avec mes jeans et mes baskets, mon refus de la péridurale, mes allaitements "longs", les nuits agitées de ma deuxième fille, mes enfants sortis parfois hurlantes d'un terrain de jeux ou prenant leur chaise au restaurant pour un trampoline, mon éviction systématique de tout aliment "interdit" durant la grossesse et j'en passe... Visiblement, je suis loin de la mère typique française!

Certaines choses m'ont donc particulièrement interpellée et je me suis sentie assez mal à l'aise devant la "méthode" dont nous parle l'auteur à propos du sommeil du bébé, méthode qu'elle semble trouver formidable mais qui me fait quelque peu grimacer. 

Le chapitre "Bébé au sein" m'a lui aussi fait sursauter, l'auteur laissant sous-entendre que les mères américaines en font trop vis à vis de l'allaitement considéré comme très important et qu'après tout, les enfants français étant globalement en meilleure santé que les enfants américains (lesquels sont davantage allaités), l'allaitement n'aurait donc pas une si grande importance que cela. Pour ma part, je crois franchement que si les enfants américains sont en moins bonne santé que les enfants français, c'est tout simplement en grande partie à cause de l'alimentation qu'ils ont dés qu'ils mangent "solide"... 

L'auteur dit avoir été très stressée par l'idée que l'on puisse donner contre son gré un biberon à son bébé dans les maternités. Elle dit ensuite avoir dépassé cette peur et accepté de confier son bébé à la pouponnière afin de ne pas s'infliger cette "souffrance et et ce sacrifice personnel qui lui semblent de l'ordre des choses". Est-ce vraiment une souffrance voire une "torture" comme elle le dit plus loin de garder son bébé avec soi à la maternité? C'est une réalité dans les maternités françaises : l'allaitement est souvent "tué dans l’œuf" à cause de cette histoire de biberon donné à l'insu ou contre la volonté des mamans. Le fait de minimiser cela comme le fait l'auteur m'a donc plutôt ennuyée. Il est fort dommage qu'elle conclue le passage consacré à allaitement par "Le lait industriel est sans doute moins bon pour les bébés mais, grâce à lui, les mamans françaises passent sans doute des meilleurs mois bien plus détendus avec leur enfant". Voilà une conclusion qui ne va guère faire remonter la cote d'un allaitement déjà bien en berne en France...Cela dit, avant même de lire ce chapitre, je me doutais qu'il ne me plairait pas et ceci dés que j'ai vu que la préface avait été écrite par Elisabeth Badinter, auteur dont les propos sur l'allaitement me font bondir!

Au fil des chapitres, nous découvrons que l'auteur trouve beaucoup de choses extrêmement positives dans l'éducation française qu’elle tente alors souvent d'impliquer à ses propres enfants. Si comme je l'ai dit plus haut, je n'adhère pas forcément à ce qui semble tant lui plaire en France, certains points de comparaison entre la France et l'Amérique m'ont laissée sans voix et franchement inquiété pour les petits américains. Pourtant, loin de moi l'envie de juger les parents américains, au départ, en ouvrant ce livre, je voulait juste en apprendre davantage sur les différences culturelles de la maternité. Mais comment ne pas rester perplexe devant l'auteur s'étonnant du fait que les petits français ne mangent pas des bonbons aux fruits mais de vrais fruits ? Si je connais bien sûr les problèmes de l’alimentation aux Etats-Unis, c'est à la lecture de ce livre que j'en ai véritablement pris conscience. 

Il semble exister tout un monde entre la manière de voir l'enfant aux Etats-Unis et en France. Si l'auteur semble valoriser l' "éducation à la française", je ne me suis pas toujours retrouvée dans la description de celle-ci, ayant un peu l'impression d’être une extra-terrestre dans la vision française de l'éducation. Ce que l'on valorise en France n'est pas forcément ce en quoi je crois...Et si certaines choses m'ont paru très étranges dans la manière dont nous est décrite " l'éducation à l'américaine", j'y ai également trouvé des points plutôt positifs, notamment à propos de l'épanouissement et l'estime de soi de l'enfant. 

Je ne pensais pas que la lecture de ce livre soulèverait chez moi autant de questions et c'est avec une impression plutôt étrange que je l'ai refermé...

Extrait :

"Jamais l'on ne m'avait dit que l'éducation était un des fleurons de la culture française, comme la mode ou le fromage. Personne ne visite Paris pour s'imprégner de la position française sur l'autorité parentale et la gestion de la culpabilité. Bien au contraire : les mères américaines que je connais à Paris sont horrifiées par ces Françaises qui allaitent si peu et qui laissent leurs petits de trois ans se promener avec une tétine à la bouche.

Alors comment se fait-il que personne ne parle de tous ces bébés français qui font leur nuit à deux ou trois mois ? Et pourquoi ne dit-on pas que les enfants français n'ont pas besoin d'être l'objet de l'attention constante des adultes et qu'ils sont apparemment capables d'entendre le mot "non" sans faire une crise de larmes ?

Cela ne fait la une d'aucun journal. Pourtant, il me semble de plus en plus évident que les parents français parviennent en douceur à des résultats qui créent une atmosphère familiale radicalement différente."







lundi 8 mai 2017

Des bébés et des hommes, Tradition et modernité des soins aux tout-petits - Catherine Rollet et Marie- France Morel

Par Daphné















Auteur : Catherine Rollet et Marie-France Morel
 Titre : Des bébés etd es hommes
 Genre : anthropologie
 Langue d’origine : Français
 Editeur : Albin Michel
 Nombre de pages : 363
 Date de parution : 2000



Résumé de l'éditeur :

Où qu'il naisse, un bébé a besoin d'être nourri, lavé, porté, aimé. En étudiant les manières d'accoucher, d'allaiter, de bercer, d'habiller, de guider les premiers pas et de soigner les tout-petits au cours des siècles et dans le monde entier, Catherine Rollet et Marie-France Morel mettent en résonance les apports de l'histoire et de l'anthropologie. Il n'y a pas une, mais mille manières d'élever un bébé. Les plus lointaines ne sont pas forcément les moins bonnes, et les bébés des pays développés les plus heureux du monde. A l'ère du tout-médical, les pratiques d'autrefois et d'ailleurs peuvent éclairer les mères, les pères et les professionnels de la petite enfance. Elles devraient avant tout leur donner à réfléchir et à inventer.

Mon avis :

Quel livre passionnant! Les auteurs nous entraînent ici dans un véritable tour du monde des soins donnés aux bébés. On en apprend beaucoup sur les différentes pratiques concernant la grossesse et l'accouchement, l'allaitement, le recours aux nourrices, le sommeil, le portage, le rapport au corps, les attitudes adoptées en cas de maladie, les métiers de la petite enfance et les apprentissages de l'enfant. Nous découvrons alors un véritable panel de traditions à travers les différentes cultures mais aussi à travers les époques. Ainsi, nous pouvons lire à quel point la société occidentale a changé quand à sa manière de voir l'enfant et comprendre les raisons de tels changements. Il est surprenant de constater les nombreuses variations existant d'une culture à l'autre en ce qui concerne les bébés et la maternité. 

On apprend ainsi beaucoup sur les pratiques à propos du placenta, que ce soit en Afrique aujourd'hui ou en Europe il y a quelques décennies en arrières. On découvre également que les soins au cordon sont extrêmement variés selon les cultures et qu'il existe à travers le monde quatre grands types d'endroits où a lieu l'accouchement. La manière d'allaiter son bébé, les croyances à propos du sexe de l'enfant à naître ou les objets symboliques censés protéger le bébé sont également passés au peigne fin. Des berceuses aux vêtements, c'est un véritable travail de recherche qu'ont effectué ici les auteurs de ce livre. J'ai vraiment aimé apprendre autant d'éléments qui m'étaient inconnus jusque là et pouvoir approfondir mes connaissances dans d'autres domaines. 

Peut être serait il bon de s'inspirer parfois de certaines traditions que que les nôtres en ce qui concerne l'enfant? Il est très intéressante de constater que si certaines manières de faire, radicalement différentes de ce dont nous avons l'habitude, peuvent interpeller le parent que nous sommes, dans la plupart des cas, c'est avant tout le bien que l'on pense faire à l'enfant qui est mis en avant. On constate ainsi qu'il existe des centaines de manières différentes de voir et de s'occuper de son bébé. 

Un livre particulièrement intéressant qui m'a passionné du début à la fin. Il ne me manquait plus qu'un travail photographique accompagnant cet ouvrage pour que je le considère comme parfait!

Extrait :

" En Afrique, le nom a aussi une très grande efficacité symbolique; nommer un enfant, c'est le placer dans une catégorie donnée et se placer aussi comme parent : c'est dire quelque chose de l’être qu'on nomme et de celui qui nomme. Il n'est pas question de choisir un nom arbitraire, mais de reconnaître celui que l'enfant est amené à porter, de savoir qui il est ; avant de nommer le nouveau né, on doit savoir quel ancêtre décédé il vient remplacer. Ces sociétés vivent dans un monde où l'écoulement du temps est plus cyclique que linéaire : il faut déceler dans le présent ce qui reproduit le passé pour prévoir l'avenir."

vendredi 9 décembre 2016

Comment les eskimos gardent les bébés au chaud - Mei-Ling Hopgoog

Par Daphné















Auteur :  Mei-Ling Hopgoog
Titre : Comment les eskimos gardent les bébés au chaud
Genre : 
Langue d’origine : anglais (Etats-Unis)
Traducteur : Marine Bramly
Editeur : JC Lattes
Nombre de pages : 352
Date de parution : 2012


Résumé de l'éditeur :


Journaliste et jeune maman, Mei-Ling Hopgood s’est lancée dans un tour du monde des méthodes éducatives. Elle a interrogé des parents issus des cultures les plus diverses, des anthropologues, des éducateurs, et des experts en puériculture.
Ainsi, les Chinois sont les rois de l’apprentissage de la propreté. Chez eux, le pot, ça commence à 6 mois ! Quant aux Kenyans, ils portent leurs bébés sur le dos, sanglés dans des écharpes colorées. Les Tibétains, eux, chouchoutent les femmes enceintes et les encouragent à méditer le plus possible. Au Japon, les parents laissent leurs enfants jouer aux jeux de mains sans trouver ça vilain ! Toutes ces découvertes – et il y en a bien d’autres – , Mei-Ling Hopgood les a testées sur sa propre fille, dès la naissance.
Ce regard original sur l’éducation nous offre non seulement la possibilité d’expérimenter certaines de ces traditions mais nous prouve aussi qu’il y a mille et une façons d’être de bons parents. »

Mon avis :

Tout d'abord attirée par le titre de ce livre - auquel ne sera d'ailleurs pas donné de réponse!-, c'est avec beaucoup de plaisir que je suis partie pour un petit tour du monde éducatif avec cette lecture.

 Une jeune maman américaine vivant à Buenos Aires se rend compte des différences entre les modes éducatifs du pays dans lequel elle vit et celui d'où elle vient. Loin de juger ces différences, elle décide alors de partir à la découverte des diverses méthodes d'éducation à travers le monde. Elle interroge ainsi des parents de différentes cultures, des anthropologues, des éducateurs... et nous fait part de ces différences. 

S'inspirant de certaines de ces différences dans l'éducation de a propre fille et s'appuyant sur ces nombreux témoignages, elle constate alors à quel point nous sommes, en tant que parent, imprégnés de notre culture et du territoire géographique sur lequel on vit et combien cette imprégnation rejaillit sur la manière dont nous considérons et élevons nos enfants.

L'auteur s'abstient là de tout conseil et de tout jugement. Elle observe, écoute, constate et décrit l'éducation à travers le monde en toute simplicité. Il en ressort un livre particulièrement intéressant.  Nous décrivant avec humour ses propres expériences, l'auteur  pousse le lecteur à réfléchir sur sa manière de voir les choses et sur la différence. 

J'ai vraiment aimé ce livre, me passionnant sur de multiples détails que je ne connaissais pas, découvrant des cultures dont j'ignorais quasiment tout, m'interrogeant sur nos certitudes occidentales, sur les nombreuses différences mais également similitudes qui existent entre les pays. Ce livre regorge d'anecdotes m'ayant paru tour à tour, étonnantes, amusantes, parfois un peu choquantes... et pourtant combien d'autres parents dans le monde seraient amusés, étonnés ou choqués par ma propre manière de penser et d'agir en ce qui concerne mes enfants!

Un livre qui fait du bien, qui donne à réfléchir et à vouloir en savoir davantage encore sur les relations parents/enfants à travers le monde!


Extrait :

"Ne confondez pas l'acquis et l'inné. La culture n'est pas la nature.
Le problème, poursuit il, c'est quand une culture prédominante comme la nôtre, habituée à lancer les tendances et les modes , se met à considérer ses particularités comme des généralités et en vient à les croire innées, biologiques et génétiques."

vendredi 13 novembre 2015

Un anthropologue en déroute - Nigel Barley

Par Daphné
















Titre : Un anthropologue en déroute 

Auteur : Nigel Barley 

Editeur : Payot 

Langue d'origine: anglais 

Traducteur: Marc Duchamps 

Date de publication : 1994

Nombre de pages: 261


Résumé de l'éditeur:

Pourquoi diable Nigel Barley s'est-il mis un jour en tête de devenir anthropologue ? Pour sa thèse il avait choisi les Anglo-Saxons mais, tout plan de carrière impliquant une mission d'étude, c'est finalement une modeste tribu montagnarde du Nord-Cameroun, les Dowayo, qui lui échoit.


Une sinécure ? Si l'on veut. Non que les Dowayo se montrent hostiles, mais insaisissables plutôt, et imprévisibles. Barley se voit transformé tour à tour en infirmier, banquier, chauffeur de taxi, exploité jusqu'à l'os par une tribu hilare. Il finira par comprendre que l'objet d'observation, en fait, c'est lui.


Mon avis:
C'est Ariane qui m'a fait découvrir ce livre lors d'un swap et je l'en remercie!

Voici un livre dans lequel j'ai d’abord eu du mal à entrer...puis du mal à refermer! 


Anthropologue n'ayant jamais étudié que de loin d'autres populations, Nigel Barley décide un jour - quelle drôle d'idée, lui signale t-on!- de se rendre  en Afrique, dans le nord du Cameroun pour y étudier la tribu des Dowayo.
Déboires administratifs, interrogations sur les conséquences de sa venue, choc culturel...c 'est avec un humour très "British"  que l'auteur nous raconte cette immersion dans une culture si différente de la sienne et autre que celle à laquelle il s'attendait. 

L'autodérision se heurte ici au sérieux de la discipline anthropologique. Au final, on se retrouve d'ailleurs davantage avec une étude sur la position de l'anthropologue que sur le peuple des Dowayo! 

J'ai souvent souri et passé un très bon moment avec ce livre!


Extrait:


"De remarquables universitaires, dont les noms figurent dans toutes les revues spécialisées, distillent des cours d’un ennui mortel, à tel point que les élèves prennent la porte et disparaissent telle la rosée du soleil africain. Mais, ajoute-t-il, la profession regorge d’adeptes inconditionnels du travail sur le terrain …qui, en définitive n’ont rien à dire d’intéressant dans le cadre d’une discipline universitaire. "