samedi 28 mai 2022

Saint Jacques - Bénédicte Belpois

Par Ariane


Auteur : Bénédicte Belpois

Titre : Saint Jacques

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 160p

Date de parution : avril 2021

 

Mon avis :

Une nouvelle belle lecture avec les 68 premières fois !

Paloma hérite de sa mère une maison dans les Cévennes. Un héritage inattendu, car les relations entre la mère et la fille ont toujours été tendues. D’autant plus inattendu que ni Paloma ni sa sœur ne connaissent l’existence de cette maison. Après avoir visité la maison, Paloma décide sur un coup de tête de s’installer dans cette grande bâtisse abandonnée depuis des années. Un nouveau départ, des rencontres et peut-être les réponses aux questions qu’elle se pose depuis toujours.

Il y a là tous les ingrédients d’un roman feel-good. Tout ce que je déteste. Mais l’écriture alerte et poétique de Bénédicte Belpois, les jolis passages consacrés à la campagne cévenole, l’exploration des relations mère-fille, offrent un beau moment de lecture.

Un charmant roman teinté de mélancolie et qui fait un bien fou.

 

Extrait :

« Quelques dieux anciens avaient abandonné des rocs à même le sol, négligemment. La pluie et le vent les avaient fécondés, de saillants ils étaient devenus ronds et doux et ils attendaient neuf siècles de gel pour mettre au monde leurs enfants de pierre. »

« On ne perçoit pas consciemment comment certaines personnes vous manquent avant de les connaitre, on devine juste, une fois qu'on les a rencontrés, qu'on ne pourra plus jamais vivre sans elles. »

« Je pourrais dire que la maison a pris la parole en premier, qu'elle m'a raconté, ce matin-là, sa solitude insupportable, ses petits maux et ses grandes douleurs. Je l'ai écoutée gémir, subjuguée, interdite. »

vendredi 27 mai 2022

Un jour par la forêt - Marie Sizun

 Par Daphné










Résumé de l'éditeur :

Qu’est-ce qui pousse Sabine, petite élève de 5e, solitaire et rêveuse, à ne pas se rendre en classe, ce matin de printemps ?
Pourquoi décide-t-elle ce jour-là de faire l’école buissonnière, et d’aller à la découverte d’un Paris qu’elle ne connaît pas très bien et qui l’a toujours fascinée ?
Ce n’est pas seulement pour échapper au rendez-vous que la prof de français, excédée par son désintérêt, a fixé à sa mère. La fuite de Sabine parle de honte et d’incompréhension.
Honte de sa mère, qu’elle sent ne pas correspondre à l’image qu’on se fait d’une mère attentive, soucieuse de la scolarité de son enfant ; mais aussi honte de son milieu social où la culture reste un mot opaque, presque hostile.
La petite prend soudain conscience que ce monde du lycée lui est fermé, comme il l’a été aux siens. Mais, au cours de sa journée vagabonde, bien des choses vont changer pour elle.
Le hasard d’une rencontre lui fera découvrir le trésor qu’elle porte en elle et qui ne demande qu’à être révélé.
Sous les auspices de Victor Hugo, et plus largement de la poésie, Marie Sizun nous donne à voir la métamorphose d’une petite fille que tout condamnait à l’échec scolaire mais qu’un regard différent révèle à elle-même.

Mon avis :

Sabine, onze ans, est en classe de 5ème où elle accumule des notes de plus en plus désastreuses. Issue d'un milieu populaire et scolarisée dans un collège "bourgeois", elle se heurte à l'incompréhension et à la dureté de sa prof de français qui veut convoquer sa mère. Or, cette convocation, sabine n'en veut pas. Elle a honte, honte de sa maman qui se laisse aller et qui ne travaille pas dans le même milieu que les autres parents d'élèves. Alors, le jour de la convocation, Sabine décide de faire l'école buissonnière et fait en chemin une rencontre qui changera beaucoup de choses pour elle.

Voici un livre exactement comme je les aime, tout en sensibilité, tout en délicatesse. L'histoire de cette enfant en plein décrochage scolaire qui ne possède pas les codes propres aux élèves de son collège, qui se sent abandonnée pas son père, qui a honte de sa mère, l'histoire de cette petite Sabine m'a beaucoup touchée. Il suffira pour elle d'une journée, une journée qui changera tout, lui ouvrira les portes à la poésie, aux pouvoirs des mots mais aussi à ceux que peuvent avoir certaines rencontres. Une journée pour reprendre confiance en elle, pour se découvrir elle-même. 

C'est un livre doux, subtil, où l'on chemine aux côtés de Sabine mais également de Victor Hugo et autres grands poètes. Un peu utopique sans doute mais qu'importe car c'est un bien beau livre.

Extrait :

"Elle voudrait savoir composer des chansons comme celle-là. Dire des choses comme ça. De ces choses secrètes qu'elle a en elle. Peut-être qu'un jour elle pourra. Peut-être aussi qu'elle fera des poèmes. Pas du genre de ceux qu'aime la prof. D'autres poèmes. ça doit bien exister, des poèmes comme ça, qui disent ce qui la rend doucement triste à l'intérieur et en même temps heureuse ? Des poèmes avec des mots comme des images ? Ce sont les mots qui font les images. Les simples mots. Les mots tout nus. Plus ils sont seuls, plus les mots sont magiques, pense la petite.

mardi 24 mai 2022

Furies - Julie Ruocco

Par Ariane


Auteur : Julie Ruocco

Titre : Furies

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Actes Sud

Nombre de pages :288p

Date de parution : août 2021

 

Mon avis :

Cette sélection des 68 premières fois me bouscule. Il y a le livre que j’avais hâte de lire et qui n’aura en fait suscité que peu d’intérêt (j’en parlerai la prochaine fois) et celui que je n’avais pas du tout envie de lire et qu’en fait j’ai beaucoup aimé !

Bérénice est archéologue. Mais après la mort de son père, révoltée par la destruction des Bouddhas de Bamiyan par les talibans, la jeune femme a délaissé les chantiers de fouille pour le trafic d’antiquités. Alors qu’elle reçoit un paquet contenant des bijoux antiques extraits de la cité de Palmyre, une voiture piégée explose. Elle s’en sort sans dommages, mais doit quitter le pays au plus vite avec son butin. D’autant plus, qu’une femme dans un camp de prisonniers lui a confié une petite fille. Bien décidée à sauver la fillette, Bérénice fait la rencontre d’Assim, un pompier syrien qui a aussi été contraint de fuir son pays.

Julie Ruocco nous raconte l’histoire de trois personnages liés par le destin. Bérénice et Assim sont imparfaits, tellement humains. Et cette petite fille qui ne parle pas et dont on ne connait pas le nom. Muette et anonyme comme les milliers d’enfants, de femmes et d’hommes assassinés par le régime syrien.

Mais c’est aussi l’histoire d’un peuple, d’une terre, en grande souffrance. Lors du printemps arabe, les Syriens se révoltent. La répression a été brutale et le pays bascule dans la guerre civile. Les passages consacrés à Assim, les scènes auxquelles il a assisté ou juste ce qu’il nous laisse comprendre, sont absolument terribles. Il m’a parfois fallu faire des pauses tant l’émotion était forte. Colère, peur, tristesse, révolte, … Et honte. Honte, face à l’inaction de la communauté internationale. J’ai lu ce roman peu après le début de la guerre en Ukraine, alors forcément, les émotions étaient exacerbées. La honte et la colère aussi. La solidarité s’est organisée pour aider autant que possible les Ukrainiens, pourquoi tant d’indifférence face aux souffrances identiques que connaissent les Syriens ?

Et il y a les furies… ces femmes qui ont pris les armes, qui se battent pour la liberté, pour leur peuple, pour l’avenir. Je ne suis qu’admiration devant leur force et leur courage.

On est d’accord, avec un tel sujet, ce n’est pas une lecture facile. C’est un livre qui bouscule, qui dérange, qui fait mal, qui prend aux tripes. Et pourtant il est beau et nécessaire. Depuis que je l’ai lu, je l’ai conseillé à une dizaine de personnes et en y repensant, l’émotion est toujours aussi intense. Incroyable quand même ce que certains écrivains arrivent à faire avec des mots…  

 

Extraits :

« Il se souvenait. Partout ça avait été une grande clameur. Une énergie foudroyante et contagieuse à la fois s'était emparée de tout le pays. Comme un feu qui prend dans une forêt que l'on a asséchée trop longtemps. Toutes les consciences s'étaient réveillées n même temps. Femmes et hommes avaient relevé la tête au son de la même musique. Un rythme imperceptible d'abord, comme un froissement d'ailes, un murmure d'enfant perdu dans la foule. Et puis, ça avait enflé comme une vague, claqué dans l'air comme un tambour. Pour la première fois, ils avaient osé se regarder et ils étaient sorties pour laver une vie d'injures et de crachats »

« De plus en plus souvent, la colère prenait le pas sur le désespoir. Comment un pays pouvait-il se transformer en charnier dans l’indifférence des nations ? La révolution n’avait-elle pas eu lieu ? Ne s’étaient-ils pas révélés dans toute leur force, dans tout leur courage ? Ils avaient appelé le monde et le monde n’avait pas répondu. »

« Sans justice et sans mémoire, nous nous condamnons éternellement à être tour à tour victime puis bourreau. »

« Nos camarades seront plus patients que les bourreaux et plus rapides que leur lame. Nous y arriverons, tu m’entends ? Parce que notre courage n’est pas celui des vainqueurs, il est celui des renaissances. »

samedi 21 mai 2022

La fille que ma mère imaginait - Isabelle Boissard

Par Ariane


Auteur : Isabelle Boissard

Titre : La fille que ma mère imaginait

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Les avrils

Nombre de pages : 224p

Date de parution : mai 2021

 

Mon avis :

Ma première lecture de la nouvelle édition des 68 premières fois !

Pour son installation dans un nouveau pays, Isabelle, femme d’expatrié, a reçu en cadeau un carnet en moleskine et un cours d’écriture à distance. Elle prend l’habitude de retranscrire ses réflexions sur la vie de femme expatriée, sur sa vie de femme, d’épouse, de mère. Et lorsqu’elle doit rentrer en France au chevet de sa mère, elle écrit encore, se plongeant dans ses souvenirs.

Isabelle porte un regard aiguisé et désabusé sur sa vie et le statut de femme d’expatrié en général. Son ton est souvent drôle, parfois acerbe et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a le sens de la formule. Dans le second temps du récit, le ton se fait plus intime, plus sensible, plus introspectif. Il y a beaucoup de sincérité dans ce récit, l’autrice a mis beaucoup d’elle-même, et je n’ai pas été surprise d’apprendre en faisant quelques recherches sur elle, qu’elle était réellement expatriée.

J’ai apprécié ma lecture, pourtant je suis restée à la lisière des émotions, sans jamais entrer en empathie avec la narratrice. Cela ne me surprend pas vraiment, je ne suis pas du tout adepte des autofictions.

 

Extrait :

« Il y a des morts, on se demande à quoi elles servent. À chaque fois que je vois des gens connus écrire sur leur père mort, ou des gens inconnus écrire sur leur père connu, c'est quasiment toujours pour évoquer un homme fort et formidable, qui a laissé une trace, des valeurs, des livres, une œuvre, une parole, un engagement. Il y a des morts, on se demande quoi en dire. Il y a des morts qui ne sont pas héroïques, des morts qui ne sont pas des héros. »

« Mange, prie, aime. Je ne sais pas pourquoi je pense à ce film pas vu, tiré du roman éponyme pas lu non plus. Une nana décide de tout plaquer pour partir seule à la découverte du monde et d’elle-même. Elle va en Italie manger, en Inde prier et en Indonésie aimer. J’ai passé, dans ma vie d’expatriée, quatre années en Italie. Je veux bien prier en Asie si c’est pour finir avec Javier Bardem sur une feuille de bananier à Bali. »

« À défaut d’un métier, j’ai un statut, celui de conjoint-suiveur. Depuis, je ne sais plus me définir autrement que comme conjointe-suiveuse. Conjoint en écriture inclusive, c’est moins flatteur. Conne jointe. »