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lundi 29 août 2022

Em - Kim Thuy

 Par Daphné








Autrice : Kim Thuy

Titre : Em

Genre : roman

Langue d’origine : français (Quebec)

Editeur : Liana Levi

Nombre de pages : 160

Date de parution :  2021

Résumé de l'éditeur :

Au Vietnam, le mot em sert à dire sa tendresse, sa délicate attention pour l’autre, plus jeune ou plus âgé. Dans un square de Saigon, sous un banc, un bébé a été abandonné. Louis, orphelin métis, de quelques années son aîné, le couche dans une grande boîte en carton. Il l’appelle Em Hong, « petite sœur » Hong. Louis prendra soin d’elle jusqu’à ce qu’ils soient séparés, lors de l’opération Babylift, au printemps 1975, qui évacue peu avant la chute de la ville les orphelins de guerre et enfants nés de GI’s. Sans le savoir, ils auront des vies parallèles, celles d’enfants américains adoptés. Ils ignorent ce que leur existence doit à la multitude de destins brutalisés avant eux dans le long conflit vietnamien. Em, c’est le fil qui relie les ouvriers des plantations de caoutchouc en Indochine aux femmes des premiers salons de manucure en Amérique du Nord. Ce sont les liens d’amour et de haine entre les vies brisées de la « guerre américaine ».
Dans ce roman, Kim Thúy noue des histoires vraies, pleines d’images fortes, méconnues ou aussi célèbres que la photo prise à My Lai. Sa prose lyrique et sobre nous embarque dans une traversée bouleversante de l’Histoire.


Mon avis :

Voici un livre court, 160 pages à peine et pourtant tellement de choses sont dites à travers ces 160 pages. C'est un livre qui dit l'horreur de la guerre, qui dit l'exploitation, les massacres, l'empoisonnement des populations aux herbicides défoliants, le déracinement... C'est aussi un livre qui dit l'espoir, le sauvetage des enfants et tous ces gens mobilisés autour d'eux dans l'unique but de les sauver et de leur offrir un avenir, un livre qui dit l'amour et la résilience. Oui, il dit tout cela, ce livre, en seulement 160 pages. 

Il dit tout cela d'une écriture parfois marquées de touches de poésie, une écriture qui survole seulement les évènements, ne s'attardant réellement sur aucun d'entre eux et qui pourtant les rend on ne peut plus marquants, on en peut plus réels aux yeux du lecteur. C'est un livre décousu, un fil dont l'autrice dit elle-même qu'elle a cherché à en tisser les fils sans y parvenir, un livre dont la construction ressemble à un château de sable rongé par la marée : on n'en a que quelques grains avant qu'une vague ne vienne l'effacer à demi. Un livre dont il est difficile de comprendre la trame et pourtant, on y parvient, peu à peu, on y découvre tant et pourtant si peu. 

Une chose est sûre : l'émotion est là. Une émotion qui m'a saisie devant la narration de tant d'horreurs, la narration de l'indescriptible, l'émotion devant tant de violences et de douleur mais aussi l'émotion devant ces mains tendues vers les autres, cet enfant s'occupant tendrement d'un bébé croisant son chemin, cet amour qui côtoie les choses les plus affreuses, et qui pourtant est là, bien là. 

Un livre court, un livre décousu, un livre très rude pourtant parfois teinté de douceur, un livre percutant, de ceux qu'on n'oublie pas. 

Extrait :

« Le mot « em » existe en premier lieu pour désigner le petit frère ou la petite sœur dans une famille ; ou le plus jeune, ou la plus jeune, de deux ami(e)s ; ou la femme dans un couple.J’aime croire que le mot « em » est l’homonyme du verbe « aimer » en français, à l’impératif : aime. Aime. Aimons. Aimez »


vendredi 26 novembre 2021

Entre toutes les mères - Ashley Audrain

 Par Daphné









Auteur : Ashley Audrain

Titre : Entre toutes les mères

Genre : roman

Langue d’origine : anglais (Canada)

Traductrice : Julia Kerninion

Nombre de pages : 400

Date de parution : 2021

Editeur : JC Lattès

Résumé de l'éditeur :

Blythe Connor n’a qu’une seule idée en tête : ne pas reproduire ce qu’elle a vécu. Lorsque sa fille, Violet, naît, elle sait qu’elle lui donnera tout l’amour qu’elle mérite. Tout l’amour dont sa propre mère l’a privée. Mais les nouveau-nés ne se révèlent pas forcément être le fantasme qu’on s’est imaginé. Violet est un bébé agité, qui ne sourit jamais. Très vite, Blythe se demande ce qui ne va pas. Ce qu’elle fait mal. Si le problème, c’est sa fille. Ou elle.
Puisque Violet se comporte différemment avec son père, ce dernier met les doutes de sa femme sur le compte de l’épuisement. Sûrement parce qu’il ne peut imaginer ce qu’elle a vécu enfant. Peut-être parce que personne ne peut l’imaginer.
Dans ce premier roman aussi addictif que troublant, Ashley Audrain sonde les affres de la maternité et les hérédités blessées.

Mon avis :

Je ne m'attendais pas, mais alors pas du tout, à ce genre de lecture quand j'ai ouvert ce livre. Et si je m'y étais attendue, je ne l'aurais sans doute jamais lu. Non qu'il ne m'ai pas plu. Au contraire, il est remarquablement bien écrit et je l'ai dévoré d'une traite. Mais... que c'est dur! Je pensais au départ lire l'histoire d'une jeune mère en dépression post partum et sur la part de transgénérationnel qu'il existe dans la maternité, à savoir si l'on reproduit forcément ce qu'ont vécus nos mères quand on le devient à son tour. La question du transgénérationnel se pose effectivement dans cette histoire... mais ce livre va bien plus loin que ça.

Blythe pensait être une bonne mère, bien meilleure que ne l'a été sa mère et sa grand-mère avant elle. Pourtant, à la naissance de sa fille Violet, elle se rend compte qu'elle est bien loin de ce qu'elle imaginait. Alors que son mari, Fox, vit avec Violet une relation fusionnelle, Blythe, elle, a du mal à créer un lien avec sa fille. Elle ne sent pas mère et a l'impression que Violet la rejette, impression qui s'amplifiera au fil du temps. Ce n'est pas seulement de la relation mère/fille que nous parle l'autrice mais d'un véritable combat. Un combat entre une mère et sa fille, et ce dés les premiers instants. 

Je ne veux pas trop en dire sur le contenu de l'histoire mais il est tout simplement glaçant. Dérangeant. Cauchemardesque. Ce n'est pas seulement une question de lien mais de haine, de désarroi, de culpabilité, de souffrance. On bascule peu à peu dans la noirceur, la cruauté, la manipulation. L'enfance n'a plus rien d'innocent, l'amour maternel plus rien d'inconditionnel. On se demande qui de l'enfant ou de la mère est le plus monstrueux, on frémit devant cette histoire si complexe, si rude, si angoissante aussi.  Si le livre se lit facilement au niveau de l'écriture, il est très dur au niveau psychologique : âme sensible, s'abstenir...

Extrait :

"Tu allais être un père merveilleux. Et moi, je serais la merveilleuse mère de ton enfant.
Rétrospectivement, je suis fascinée par ma confiance d’alors. Je n’avais plus l’impression d’être la fille de ma mère. Seulement celle d’être ta femme. Il y avait des années que je faisais semblant d’être parfaite, parfaite pour toi. Je voulais te rendre heureux. Je voulais être n’importe qui d’autre que la mère qui m’avait portée. Et donc je voulais un bébé, aussi."

samedi 17 avril 2021

Indice des feux - Antoine Desjardins

Par Ariane

Auteur : Antoine Desjardins

Titre : Indice des feux

Genre : nouvelles

Langue d’origine : français (Québec)

Editeur : La peuplade

Nombre de pages : 360p

Date de parution : janvier 2021

 

Mon avis :

Singulier parmi la sélection des 68 premières fois, ce recueil de nouvelles du québécois Antoine Desjardins, évoque la crise écologique qui couve depuis des décennies et dont les premiers feux éclatent régulièrement.

Chaque nouvelle met en scène un personnage, narrateur de son histoire, à un moment déterminant de son existence. Faire face à sa propre mort ou à celle d’être aimés, grandir ou devenir père, voir s’éloigner un frère ou surmonter la fin d’un mariage. Tranches de vie ordinaires, mais pleines d’émotions, racontées avec sensibilité mais sans sensiblerie. Là réside le talent d’un auteur de nouvelles : offrir une histoire marquante et des personnages forts en quelques pages.

Ces histoires de vie sont l’occasion d’évoquer les maux qui rongent notre monde : des animaux meurent à cause de la pollution, de la déforestation, de la diminution de leurs habitats, le réchauffement climatique provoque des catastrophes naturelles … Et là, on sent le sent un frisson glacé courir le long de l’échine. Car dans le monde qui se dessine, ce qui est ordinaire aujourd’hui pourrait tout aussi bien ne plus être… Quelles vies pourraient exister dans un monde où les océans et le ciel resteraient vides et silencieux, la forêt étouffée sous le béton, les arbres moribonds ?

Mais l’espoir est là… à travers l’enfant qui va naître, à travers le frère qui choisit une autre voie, à travers cet homme qui essaie de sauver un arbre, à travers cette femme qui offre un refuge aux oiseaux. Les feux sont là, mais il reste possible d’agir pour empêcher l’incendie d’éclater et de tout dévaster.

 

Extrait :

« S'accrocher à la vie. Parle-moi d'un beau cliché. Parle-moi d'une belle calice de niaiserie. Comment dire ? On s'accroche pas à la vie ? On la laisserait aller, si on avait le choix, mais c'est pas comme ça que ça marche. C'est elle qui s'accroche, avec ses ongles de dix pouces de long ben plantés dans nos corps cancéreux sans défense. »

 

« Il faut prendre soin, mon homme. Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître. »

 

« - Penses... Penses-tu que ça...Que ça se peut encore... un enfant... Un enfant, dans ce monde-là ? »

 


 

mardi 12 mai 2020

Captive - Margaret Atwood

Par Ariane

Auteur : Margaret Atwood
Titre : Captive
Genre : roman
Langue d’origine : anglais
Traductrice : Michèle Albaret-Maatsch
Editeur : 10 :18
Nombre de pages : 613p
Date de parution : octobre 2017

Présentation de l’éditeur :
1873. Grace Marks, seize ans, est condamnée à la réclusion à perpétuité pour le double meurtre de son jeune employeur et de sa gouvernante. Victime sous emprise ou monstre en jupons ? Face à l'échec des rapports psychiatriques, le Docteur Jordan s'empare du dossier, bien décidé à la sortir de son amnésie. Mais pourquoi lui cache-t-elle les troublants rêves qui hantent ses nuits ? Inspiré d'un sanglant fait divers qui a bouleversé le Canada du XIXe siècle, Margaret Atwood nous offre un roman baroque où le mensonge et la vérité se jouent sans fin du lecteur. Captive est aujourd'hui adapté en série TV.

Mon avis :
Comme la plupart des lecteurs probablement, c’est avec La servante écarlate, roman déconcertant et terrifiant, que j’ai découvert Margaret Atwood. Pour découvrir un peu plus l’œuvre de l’autrice canadienne, j’ai choisi ce titre, lui aussi adapté en série TV.
A seulement 16 ans, Grace Marks a été condamnée à perpétuité pour le meurtre de son employeur (la gouvernante et maîtresse a elle aussi été assassinée mais il n’y a pas eu de procès pour ce crime, les assassins ayant déjà été condamnés). Une quinzaine d’années plus tard, le docteur Jordan, jeune aliéniste qui s’intéresse particulièrement aux pertes de mémoire, est engagé par le comité de soutien de Grace. S’ensuivent alors plusieurs rencontres au cours desquelles Grace raconte au docteur Jordan, de son enfance en Irlande jusqu’aux meurtres.
Ainsi, Margaret Atwood met à nouveau une femme au cœur de son intrigue. Une femme prisonnière des règles d’une société, qui ne peut maîtriser son destin parce que femme, parce que pauvre. Mais le procédé est ici inverse. Dans La servante écarlate nous étions embarqués dans un futur proche aux côtés de personnages imaginaires. Cette fois-ci, Margaret Atwood nous plonge dans le passé et s’empare d’un fait divers réel. Grace Marks a donc réellement existé et son histoire est réelle. Partant de là, Margaret Atwood a bâti son intrigue et imaginé la vie de Grace sur la base des informations éparses dont elle disposait. Et le récit qu’elle nous propose est passionnant, on s’attache vite à Grace même si… souvent on doute. Qui est-elle réellement ? Est-elle une innocente victime des circonstances ? Une manipulatrice sans scrupules ? Une folle ? Les avis divergent et Margaret Atwood laisse planer le doute sur son personnage, quoiqu’elle nous propose une explication (un peu facile je dois dire).  
Les interactions avec le docteur Jordan ne sont que le prétexte pour nous raconter cette biographie romancée, aussi ai-je trouvé peu d’intérêt aux échanges entre les deux personnages. D’autant plus que, si le personnage de Grace est relativement intéressant car ambigu, le docteur Jordan est totalement insignifiant ! Pas la peine de chercher à cerner ce personnage, il n’y a rien à cerner ! Et je ne comprends pas pourquoi Margaret Atwood a choisi d’encombrer son récit avec les anecdotes sur les coucheries du docteur ou les lettres de sa mère ?
En nous racontant l’histoire de Grace, Margaret Atwood nous parle d’abord de la condition des femmes et des domestiques au début du 19ème siècle. Cet aspect de l’histoire est intéressant. On y aborde également les débuts tâtonnants de la médecine mentale et les débats de l’époque. Enfin, elle évoque l’influence de la presse sur l’opinion publique, les journalistes s’étant emparés de ce crime sensationnel, produisant des articles biaisés, influencés, voire carrément inventés.
Ainsi donc, l’histoire de Grace telle que nous la raconte Margaret Atwood est intéressante, elle amène son lot d’interrogations, mais les longues et inutiles parties consacrées au docteur Jordan viennent alourdir et ralentir le récit.

Extrait :
« Il n'y a rien de plus décourageant que quand on vous donne un espoir, puis qu'on vous le reprend, c'est presque pire que de ne pas avoir eu d'espoir au départ. »