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jeudi 23 mai 2024

Circé - Madeline Miller

 Par Daphné










Auteur : Madeline Miller
Titre :Circé

Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : pocke
Nombre de pages : 576
Date de parution :2019

Résumé de l'éditeur :

Helios, dieu du soleil, a une fille : Circé. Elle ne possède ni les pouvoirs exceptionnels de son père, ni le charme envoûtant de sa mère mais elle se découvre pourtant un don : la sorcellerie, les poisons et la capacité à transformer ses ennemis en créatures monstrueuses. Peu à peu, même les dieux la redoutent.
Son père lui ordonne de s'exiler sur une île déserte sur laquelle elle développe des rites occultes et croise tous les personnages importants de la mythologie : le minotaure, Icare, Medée et Ulysse....
Mais cette existence de femme indépendante et dangereuse inquiète les dieux et effraie les hommes. Pour sauver ce qu'elle a de plus cher à ses yeux, Circé doit choisir entre ces deux mondes : les dieux dont elle descend, les mortels qu'elle a appris à aimer.

Mon avis :

J'ai toujours aimé la mythologie mais cela faisait un moment que je n'avais rien lu la concernant. Qu'à cela ne tienne, je n'ai pas tardé à dévorer ce livre là sitôt qu'une de mes amies me l'a mis entre les mains!

Circé la sorcière, Circé la magicienne, est une figure mythologique plutôt connue mais dont, finalement, on parle assez peu.  L'autrice ici, fait de sa vie un roman, nous contant son histoire, sa vie, ses ressentis. Elle nous dépeint tut d'abord l'enfance de Circé, fille du soleil et d'une nymphe. Enfant considérée comme moins jolie que ses frères et sœurs et moquée à cause de sa voix d'humaine, elle n'a ni la pouvoirs de son père ni le charme de sa mère et se sent peu à sa place parmi les dieux. Très vite attirée par le monde des mortels, elle se découvre, en portant secours à l'un d'eux, des pouvoirs insoupçonnés qu'elle développera en se retrouvant exilée, seule sur une île. 

On fait donc connaissance de l'enfant, puis de la jeune fille, de la femme, de la mère, de l'amante, de la sorcière que fut Circé. Résolument féministe avant l'heure, Circé est bien plus que la terne et discrète petite nymphe à qui les dieux ont d'abord cru avoir affaire. Non, Circé est bien plus que ça. Si elle ne possède pas de pouvoirs divins lui tombant du ciel sans effort, elle a en elle une magie puissante, une magie qu'il lui faudra développer par elle-même. Toute sa vie, elle se battra pour obtenir ce qu'elle souhaite.

Ce n'est pas l'action qui fait toute la force de ce livre. Non, en près de 600 pages, de l'action, il y en a finalement très peu. Et portant, on ne s'ennuie pas. Est-ce la manière dont l'autrice met en scène la sorcellerie, instrument de révolte et d'épanouissement? Est-ce la manière si approfondie dont elle nous décrit Circé, son caractère, sa psychologie, son évolution ? Est ce la manière dont entrent en scène différentes figures mythologiques toutes vue à travers le regard de Circé? Est ce la manière dont elle dépeint le monde impitoyable des dieux et celui, si fragile, des mortels ? Est-ce son talent de conteuse, qui nous fait ressentir chaque sentiment de Circé, qui nous donne l'impression de nous trouver nous aussi, entourés de lions, sur l'île déserte? Je ne saurai dire exactement ce qui m'a le plus plu dans ce livre mais il est certain qu'une fois en main, je n'ai plus pu le lâcher. Sans doute Circé m'a t-elle jeté un sort à moi aussi!

Extrait :

"Laissez-moi vous expliquer ce que la sorcellerie n'est pas : ce n'est pas un pouvoir divin, qui vient en un clin d’œil, d'une simple pensée. Elle nécessite d'agir, de manipuler, de planifier, rechercher, fouiller, sécher, couper et moudre, bouillir, parler et chanter. Et même après toutes ces étapes elle peut échouer, ce qui n'arrive pas aux dieux. Si mes herbes ne sont pas suffisamment fraîches, si mon attention diminue, si ma volonté est faible, les drogues deviennent vertes et rance entre mes mains."


vendredi 16 février 2024

Huit battements d'aile - Laura Trompette

 Par Daphné








Auteur : Laura Trompette
Titre : Huit battements d'aile

Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Charleston
Nombre de pages : 320
Date de parution :2022

Résumé de l'éditeur :

Huit femmes. Huit destins. Une journée.

Elles sont huit Parmi elles, une conductrice de poids lourd sur les routes de France, la porte parole de la Maison Blanche, une prisonnière en Chine ou encore une orpheline en Inde. À priori, tout les sépare Et pourtant, en l'espace de 24 heures, ce 24 avril 2020 où le monde semble s'être mis à l'arrêt, leurs destins vont se rejoindre et leurs vies irrémédiablement se lie

Mon avis:

Huit battements d'ailes, ce sont huit voix. Huit voix féminines, venues de plusieurs endroits dans le monde, dont les histoires, le temps d'une journée, se rejoignent. En pleine cris de covid, chacune d'entre elles a une manière très différente de vivre le confinement. Ce n'est pas un livre sur le confinement bien qu' il soit bel et bien présent, en toile de fond. Non, c'est un livre qui aborde de nombreux thèmes :  la violence conjugale, la maltraitance des animaux, l'inceste, la solitude, la résilience, la solidarité, l'abandon... 

Le temps d'une journée, on rencontre donc une femme enfermée dans son appartement avec son mari violent, sa voisine qui l'entend crier et ne sait comment lui venir en aide, une petite fille orpheline dont le meilleur ami sera prochainement adopté par une riche famille, une chauffeuse de poids lourds venant en aide à une passagère clandestine, la porte-parole de la maison blanche prête à tout pour arriver à ses fins, une ourse prisonnnière dont on extrait la bile pour fabriquer des médicaments, une vieille femme qui tente de maîtriser les réseaux sociaux pour communiquer avec sa famille et qui chante avec sa petite voisine de balcon à balcon, une chanteuse célèbre qui s'apprête à révéler dans l'une de ses chansons son plus terrible secret, une jeune infirmière qui se bat pour le droit des femmes... Chacune vient d'un pays différent, a une culture différente, une histoire différente. Si l'une est absolument abjecte, la plupart sont touchantes, certaines tout particulièrement. 

C'est un livre engagé, sur celles qui se battent, sur celles aussi qui ne peuvent se battre, un livre où la solidarité prend tout son sens. 

Extrait :

"Il y a des gens que l’on connaît très bien et auxquels on ne dit jamais rien de profond. Il y a ceux que l’on croise furtivement et avec lesquels on retire l’armure sans crier gare. L’éphémère autorise parfois plus que la permanence."

dimanche 14 janvier 2024

Requiem pour une apache - Gilles Marchand

 Par Daphné










Auteur : Gilles Marchand
Titre : Requiem pour une apache
Genre : roman
Langue d’origine : français
nombre de pages : 384
Éditeur : Aux forges de Vulcain
Date d'édition : 2022

Résumé de l'éditeur:

Jolene n'est pas la plus belle, pas la plus fine non plus. Et pas forcément la plus sympa. Mais lorsqu'elle arrive dans cet hôtel, elle est bien accueillie. Un hôtel ? Plutôt une pension qui aurait ouvert ses portes aux rebuts de la société : un couple d'anciens taulards qui n'a de cesse de ruminer ses exploits, un ancien catcheur qui n'a plus toute sa tête, une jeune homme simplet, une VRP qui pense que les encyclopédies sauveront le monde et un chanteur qui a glissé sur la voie savonneuse de la ringardisation. Ce petit monde vivait des jours tranquilles jusqu'à ce que Jolene arrive. En quelques mois à peine, l'hôtel devient le centre de l'attention et le quartier général d'une révolte poétique, à l'issue incertaine.

Mon avis:

Je n'ai pas été très assidue sur ce blog en 2023 : je crois n'avoir pas chroniqué la moitié des livres que j'ai lu. Et je ne les chroniquerais sans doute jamais étant donné le retard accumulé! En revanche, je vais essayer de ne pas du totu prendre de retard dans mes lectures de 2024 et de ne plus "laisser passer" aucune de mes lectures. Histoire de me motiver pour cela, je commence l'année par un auteur que j'aime beaucoup. Quoi de mieux qu'un coup de coeur comme première lecture de l'année?

Cela faisait longtemps que j'avais envie de lire ce livre d'autant plus que j'en avais entendu le début il y a deux ans -en direct!- lu par l'auteur lui-même. Un Père-Noël bien attentionné l'a déposé au pied de mon sapin e tje l'ai littéralement dévoré!

Comment décrire ce livre qui navigue entre la fable et la lutte politique et sociale, ce livre auquel les personnages, tous un peu cabossés par la vie, nous entraîne dans une histoire au souffle véritable, une histoire où se mêlent de manière très habile imaginaire et réalité, une histoire de poing levé? Un poing levé, oui, celui de Jolène et, derrière elle, ceux qui ne veulent plus se laisser marcher sur les pieds mais qui, jusque là, n'osaient pas se rebeller, ceux qui sont en marge, ceux qu'on ignore, qu'on rejette ou dont on se moque, un peu ou beaucoup parce qu'ils n'entrent pas tout à fait dans le moule. Jolène fait partie de ces personnes-là et le jour où elle osera enfin dire non, le jour où montera en elle une révolte qu'elle a toujours fait taire, elle se retrouvera, sans vraiment le vouloir et sans même vraiment comprendre pourquoi, à la tête de toute cette troupe d'anti héros qui, à ses côtés, oseront à leur tout lever le poing. 

Le style de Gilles Marchand, un peu décalé, a un côté très fantaisiste mais aussi très réaliste car sous leurs allures de conte, ses livres abordent toujours des sujets importants, des sujets qui me touchent. Toute son originalité réside dans cette écriture un peu décalée et cela fait tout le charme des ses livres dont la plupart ont été pour moid e grands coups de coeur! Celui-ci ne fait pas exception!

Extrait :

"On pourra te confisquer ton argent, ta montre, ta maison, ton travail. Même ta virginité et ton honneur peuvent être volés. Personne ne pourra jamais te voler reprendre les livres que tu as déjà lus. C'est pour ça que l'on fait croire aux pauvres et aux miséreux que la culture n'est pas faite pour eux : parce que l'on sait que s'ils parviennent à l'acquérir, jamais on ne pourra la leur reprendre."


mardi 5 décembre 2023

Chez Scarlette - Hervé Bellec

 Par Daphné









Auteur  : Hervé Bellec

Titre : Chez Scarlette
Genre : roman

Langue d’origine : français
Date d'édition : 2023
Nombre de pages : 416

Editeur : Pocket

Résumé de l'éditeur :

Nous sommes en novembre, miz du en breton, le mois noir, dans une île bretonne à une heure du continent. Scarlette, la patronne du bar de la Falaise, vit là, tout simplement parce qu’elle y est née, et son bistrot en est l’épicentre. Solange, la Parisienne, est venue y trouver refuge pour fuir un passé trop encombrant et un avenir trop douloureux. Phanie, la jeune policière, aussi, peut-être pour tout remettre en question. Marina, l’énigmatique médecin de l’île, soulage les peines de chacun comme elle peut. Morgane, la fille de Scarlette, se morfond, loin de son île, à Nantes où elle fait ses études et veut rentrer quoi qu’il en coûte.
La tempête gronde, les falaises s’effondrent, les digues cèdent, les arbres se couchent et les grandes marées menacent de submerger l’île, comme au temps d’une antique légende. L’île est maintenant totalement isolée. Mais les femmes s’entraident, se soutiennent, chantent et dansent autour du vieux juke-box en buvant du champagne comme pour narguer le mauvais sort. Pierrot la Lanterne, gardien de phare à la retraite, et Baptiste le trompettiste restent en retrait et les observent, tantôt amusés, tantôt fascinés.
Sur une île au large de la Bretagne, cinq destinées de femmes malmenées par les tempêtes d’automne vont se croiser au fil de la plume nostalgique, cocasse, drôle et désenchantée à la fois de l’écrivain breton, Prix de la ville de Vannes 2020.

Mon avis:

J'ai commencé ce livre avec enthousiasme : la Bretagne, une île, une histoire de femmes... plusieurs ingrédients étaient ici réunis pour me plaire. Sans compter que les critiques que j'avais pu en lire étaient plutôt favorables. 

Mais pour être franche, ce livre m'a laissé un sentiment en demi teinte. Il est bien écrit, le cadre m'attirait, la découverte des personnages aussi. Mais j'avoue m'être un peu ennuyée. Le rythme est lent, ce qui n'est pas pour me déplaire dans certaines romans. Je trouve même souvent un certain charme à la lenteur dans bon nombre de livres. Dans un monde toujours si rapide et stressant, prendre son temps au fil des pages pour raconter une histoire me paraît souvent être une bonne initiative. Mais cette fois, non, ce rythme ne m' a pas tellement convenu. On sent bien que le but de l'histoire n'est pas d'enchaîner action sur action mais tout simplement de décrire des vies, de s'y attarder, de les observer. Mais tout de même, un minimum d'action aurait peut-être été la bienvenue... 

Si j'ai aimé les descriptions de l'île, j'ai cependant passé toute ma lecture à attendre l'élément qui déclencherait réellement l'histoire... mais j'ai attendu jusqu'à la dernière page. Un livre dont j'ai aimé l'écriture mais qui m'a laissé un goût d'inachevé.

Extrait :

"La légende arthurienne affirmait que Morgane était une fée née de la mer, une sorte de sirène tantôt maléfique, tantôt bienveillante, une magicienne ensorceleeuse initiée par le mage Merlin, capable du pire comme du meilleur. Elle était reine de l'île d'Avalon et possédait le pouvoir de transformer, une fois consommée l'œuvre de chair, ses amants en bouc ou en lézard. Morgane imagina son compagnon d'une nuit se réveillant métamorphosé en gros lézard et ne put s'empêcher de ricaner bêtement sous le drap."


lundi 20 novembre 2023

Pourvu que mes mains s'en souviennent - Quentin Ebrard

 Par Daphné










Auteur  : Quentin Ebrard

Titre : Pourvu que mes mains s'en souviennent
Genre : roman

Langue d’origine : français
Date d'édition : 2023
Nombre de pages : 192

Editeur : Belfond

Résumé de l'éditeur:

On ne sait pas bien ce qu’il se passe dans ce château cerné par des champs de tournesol, dans cette étrange colonie de vacances. Certains pensionnaires sont là de leur plein gré, d’autres ont été arrachés à leur famille. On tâtonne dans le noir aux côtés de Louise, la narratrice. Ici et là, on entend parler de mauvais traitements, certains sont abrutis par les médicaments, d’autres disparaissent du jour au lendemain. Perdue, Louise n’a qu’une obsession : sauver sa peau. Prête à tout, elle décide de s’échapper grâce à un projet aussi fou que secret. Avec l’aide de deux de ses camarades, Juliette, l’armoire à glace qui passe sa vie à pleurnicher, et Simon, le bricoleur amoureux d’elle, Louise va tout risquer pour quitter cet enfer… À moins que tout cela ne soit qu’une vue de l’esprit. Un premier roman hors des sentiers battus, qui cache une révélation complètement inattendue.

Mon avis :

Louise, enfermée dans un étrange château fait des fugues à répétition.  Voilà un roman qui repose presque tout entier sur la "vérité", la chute de l'histoire que l'on ne découvre qu'à la fin... sauf que cette fin m'a paru évidente dés le début. Mais peut-être est-ce uniquement à cause du travail que je fais que cela m'a semblé d'emblée une évidence et sans doute est-ce pour cette même raison que toute l'histoire, du coup, m'a paru invraisemblable. 

Malgré ce "bémol", j'ai passé tout de même un moment de lecture agréable en compagnie de Louise, personnage haut en couleur, auquel on s'attache très vite. La plume de l'auteur est fluide, le rythme rapide, cela se lit très vite et on ne s'ennuie pas. 

Il est difficile de parler de ce livre sans en dévoiler le "mystère", aussi n'en parlerais-je pas beaucoup, mais même si j'ai très rapidement deviné celui-ci, je dois reconnaître que le thème principal est abordé d'une manière très originale, ce qui fait tout le charme de ce roman!

Extrait :

"Ici, j'oublie tout, absolument tout. La date du jour. Mes envies et mes rêves. Le visage de mes parents s'efface, celui de mes amis aussi."



lundi 6 novembre 2023

Funambule - Frédéric Surgan

 Par Daphné








Auteur :Frédéric Surgan

Titre : Funambule
Genre : roman

Langue d’origine : français
Date d'édition : 2023
Nombre de pages : 330

Editeur : 5 Sens Editions

Résumé de l'éditeur :

Lisette a fui la France dès la fin 1945 pour s’installer en Louisiane avec l’espoir d’y entamer une nouvelle vie, emportant avec elle un lourd secret. Ses deux fils, Lanny et Roly, ont grandi là, comme à l’écart, entre les méandres du bayou Teche et le lac Fausse Pointe. Quand, au printemps 1959, Lisette disparaît dans des circonstances troubles, Roly s’engage sur une route de plus en plus inquiétante pour découvrir ce qui est arrivé à sa mère et que justice soit faite, au grand dam de Lanny, pour qui la quête de son frère devient une forme de cauchemar dans lequel il redoute de basculer. Il semble bien cependant que Lisette ne soit pas la seule à avoir fait le voyage en Louisiane au lendemain de la guerre...

Mon avis :

Merci tout d'abord aux 5 Sens Editions et à Babelio pour l'envoi de ce roman.

Je dois avouer que j'ai dû m'accrocher pour parvenir à "entrer" dans ce livre. L'histoire m'intéressait mais j'ai eu du mal avec l'écriture, une écriture un peu trop "brouillonne" et au style un peu trop familier pour moi. Pendant un bon moment, je n'ai pas vraiment compris où voulait en venir l'auteur au juste car il me semblait que l'on se perdait un peu dans les disgressions. Ce n'est qu'au bout d'une centaine de pages que j'ai vraiment réussi à me faire à cette écriture et à véritablement entrer dans l'histoire. Une histoire sombre, où pointe certes parfois un certain humour, mais où la noirceur l'emporte bel et bien. 

Présentée sous la forme d'un thriller psychologique, on y découvre deux frères. Deux frères rivaux dont la mère a disparu dans des conditions plus que douteuses. L'un d'eux va mener l'enquête et découvrir, par une petite plongée dans l'Histoire,  ce qui est véritablement arrivé à sa mère et surtout pourquoi cela lui est arrivé. 

Ce n'est pas  le genre d'enquête qu'on est habitué à lire. L'approche est plutôt originale, le déroulement de l'histoire est très bien mené et la fin surprend assurément. Une fois passée le mont de "grand flou" des premiers chapitres, on se laisse emporter par l'histoire. Si je n'avais pas reçu ce livre par le biais de Babelio, je ne l'aurais sans doute pas lu jusqu'au bout ce qui en définitive aurait été dommage car j'ai finalement passé un bon moment de lecture.



lundi 28 août 2023

L'attente du soir - Tatiana Arfel

 Par Daphné








Auteur :Tatiana Arfel

Titre :L'attente du soir

Genre : roman

Langue d’origine :français

Editeur :José Corti

Nombre de pages :352

Date de parution :  2009


Résumé de l'éditeur:

 Ils sont trois à parler à tour de rôle, trois marginaux en bord de monde.
Il y a d'abord Giacomo, vieux clown blanc, dresseur de caniches rusés et compositeur de symphonies parfumées. Il court, aussi vite qu'il le peut, sur ses jambes usées pour échapper à son grand diable noir, le Sort, fauteur de troubles, de morts et de mélancolie.
Il y a la femme grise sans nom, de celles qu'on ne remarque jamais, remisée dans son appartement vide. Elle parle en ligne et en carrés, et récite des tables de multiplications en comptant les fissures au plafond pour éloigner l'angoisse.
Et puis il y a le môme, l'enfant sauvage qui s'élève seul, sur un coin de terrain vague abandonné aux ordures. Le môme lutte et survit. Il reste debout. Il apprendra les couleurs et la peinture avant les mots, pour dire ce qu'il voit du monde.
Seuls, ces trois-là n'avancent plus. Ils tournent en rond dans leur souffrance, clos à eux-mêmes. Comment vivre ? En poussant les parois de notre cachot, en créant, en peignant, en écrivant, en élargissant chaque jour notre chemin intérieur, en le semant d'odeurs, de formes, de mots. Et, finalement, en acceptant la rencontre nécessaire avec l'autre, celui qui est de ma famille, celui qui, embarqué avec moi sur l'esquif ballotté par les vents, est mon frère.
On ne cueille pas les coquelicots, si on veut les garder vivants. On les regarde frémir avec ces vents, dispenser leur rouge de velours, s'ouvrir et se fermer comme des cours de soie. Giacomo, la femme grise, le môme, que d'autres ont voulu arracher à eux-mêmes, trouveront chacun dans les deux autres la terre riche, solide et lumineuse, qui leur donnera la force de continuer.

Mon avis:

Il y a des livres comme ça, qui vous happent du début à la fin, des livres où tant l'écriture que l'histoire et les personnages vous accrochent le cœur. Il y a  des livres auxquels on s'attache, qu'on ne parvient pas à lâcher avant d'en avoir lu la dernière ligne, des livres que l'on voudrait recommencer sitôt qu'on les a fini. L'attente du soir, pour moi, fait partie de ces livres-là. 

On y rencontre trois personnages, en marge de la société, trois personnages très différents et tous aussi touchants les uns que les autres, qui, en principe n'aurait jamais dû avoir de lien ente eux. Il y a Giacomo,  le clown blanc, poursuivi par le Sort, qui aime voir fleurir les sourires des enfants sous le chapiteau de son cirque. Il y a Mademoiselle B., qui, faute d'avoir été regardée par ses parents, par son entourage, a appris à se rendre invisible. Et il y a le Môme, enfant abandonné sur un terrain vague qui voit le monde à travers les couleurs et qui, s'il lui manque les mots, s'exprime par la peinture. Trois personnages hors norme, trois personnages solitaires et malheureux qui pourtant, s'accrochent à la vie. 

 Il y en a de la souffrance dans ce livre, il y en a de la solitude. Et pourtant, c'est un livre empreint d'une grande beauté, un livre qui fait appel aux sens, un livre plein de poésie où des touches de lumière viennent percer la noirceur. 

Je pourrais en parler pendant longtemps mais comme je ne veux pas trop en dire, je m'arrête là. 

Un grand, grand coup de cœur!

Extrait :

"Il regarde la lumière naître peu à peu sur le deuxième tapis. C'est encore une autre couleur. C'est la couleur que prend la grande lumière ronde du ciel le soir. C'est une couleur qui fait aboyer de contentement quand on la regarde, comme le vert, mais pas pareil. Cette couleur-ci n'étanche pas la soif. On dirait qu'elle tire à elle le jour qu'elle brille plus que les autres. Elle est enveloppante et fait chaud à la peau, mais pas autant que le rouge. Le môme a du mal à s'en tirer sans comparer aux couleurs connues. Il essaie de se concentrer. Cette couleur fait quelque chose à son cœur, mais pas mal. Elle le gonfle, presque trop pour sa poitrine maigre, elle le fait respirer fort et plus loin que le terrain vague gris marron. Cette couleur donne autre chose que ce qui existe. Le môme découvre en même temps le jaune et l'espoir. L'espoir, c'est un mot piège et il ne l'aurait jamais employé. Moi qui survis au môme, moi qui l'abrite dans mon corps d'homme, je peux expliquer l'espoir. On peut manger des herbes et sucer des cailloux, on peut faire les poubelles et dormir sur la terre sale. On tient le coup, le corps tient le coup pour nous. Mais quand on fait tout ça, le cœur devient aussi gris marron que le carré de boue sur lequel on s'allonge. Quand le jaune est là, il dit qu'autre chose est possible."






vendredi 11 août 2023

Le rocher blanc - Anna Hope

 Par Daphné

 

 

Auteur : Anna Hope

Titre : Nos espérances
Genre : roman

Langue d’origine : anglais
traductrice : Elodie Leplat
Date d'édition: 2022
Nombre de pages : 336

Editeur : Gallimard

Résumé de l'éditeur:

Un lieu, quatre siècles, une odyssée audacieuse et irrésistible au cœur de l’histoire de la civilisation occidentale. Entre permanence de la nature, rêve et folie des hommes.

Comment une petite dizaine d'individus du monde entier se sont-ils retrouvés à l’intérieur d’un minibus aux confins du Mexique, sur des routes brinquebalantes et en compagnie d’un chaman ?
S’ils semblent tous captivés par ce rocher blanc auquel la tribu locale des Wixarikas attribue l’origine du monde, l’une d’entre eux, écrivaine, tente de prendre soin de sa fille, tout en réfléchissant à la course du monde et à l’écriture de son prochain roman. Autour de ce rocher se sont déroulées d’autres histoires qui pourraient bien l’influencer...
En remontant le fil du temps, Anna Hope décrit les rêves et la folie qui ont animé les hommes dans leur entreprise de conquête. Elle s’attache pour cela à quelques personnages, à leurs contradictions, et en s’appuyant sur l’intensité dramatique de chaque existence, compose un roman d’une puissance irrésistible.

Mon avis :

Ayant beaucoup aimé les précédents livres de l'autrice, je me suis pratiquement jetée sur  celui ci en le voyant!

Ce livre tourne autour d'un élément : un rocher, un rocher blanc, lieu sacré sur la côté mexicaine,  considéré comme l'origine du monde par la tribu indienne wixárika. Autour de ce rocher, ce sont quatre histoires, quatre époques, dont nous parle l'autrice. Plusieurs voix résonnent autour du Rocher Blanc. La voix d'une écrivaine en  2020, venue en pèlerinage avec son mari et sa fille. La voix du chanteur, en 1979, qui, en pleine crise existentielle, vient chercher des réponses à ses interrogations. La voix d'une jeune amérindienne en 1907, déportée avec sa sœur, loin des siens et de la vie qu'elle a toujours connue. Et pour finir, la voix d'un lieutenant à bord d'un navire, sombrant dans la folie, en 1775. 

Des voix bien distinctes, des histoires et des époques bien différentes mais gravitant toutes autour ce ce même lieu qu'est le rocher blanc. J'ai bien aimé cette idée de lieu en tant que fil rouge d'un roman. Il est vrai que si on y réfléchit, un lieu, quel qu'il soit, est gorgé de vie, gorgé d'histoires en tout genre. Que nous dirait une endroit s'il pouvait parler, lui qui a vu passer tant de choses, de menus détails comme de grands événements ? Ce rocher là, en tout cas, personnage à part entière du roman, immortel et ancré dans le passé comme dans l'avenir ou le présent, a vu bien des choses et ce sont là quatre histoires qu'il nous livre. Pour ma part, j'ai trouvé que toutes ne se valaient pas et que certaines parties du livre étaient donc bien plus intéressantes et émouvantes que d'autres. En dépit de ce côté un peu inégal, j'ai aimé ce livre même si ce n'est pas celui que j'ai préféré parmi ceux que j'ai pu lire de cette autrice. Il n'en  reste pas moins que j'apprécie toujours beaucoup sa plume et les messages qu'elle fait passer à travers ses livres.

Extrait :

 "Elle s'approche du bord de l'eau, face à l'ouest, lieu des ancêtres. Lieu des morts. Lieu du rocher blanc. Lieu de Tatéi Haramara, la mère de tous. Et peut-être sont-ils tous là, dans cette lumière mouvante, ceux qui sont parti avant - le lieu des morts, peuplé par eux tous, attendant de recevoir son père, l'attendant elle, le moment venu, tous ces innombrables ancêtres qui se sont débrouillés comme ils pouvaient avec leurs problèmes et leurs dons, qui ont marchandé, travaillé, prié le soir et négocié avec les dieux pour la survie de leurs enfants."

lundi 12 juin 2023

La malédiction de l'anneau, le chant de la walkyrie - Edouard Brasey

 Par Daphné








Auteur :Edouard Brasey
Titre :La malédiction de l'anneau, le chant de la walkyrie
Genre :roam
Langue d’origine :français
Editeur:Belfond
Nombre de pages : 396
Date de parution :2008

Résumé de l'éditeur :

Odin le dieu suprême, a engendré sur terre la puissante lignée des rois du Frankenland, les seuls à pouvoir perpétuer l'étincelle divine qui sommeille au cœur des hommes. Mais Frigg, l'épouse d'Odin, frappe la reine du Frankenland de stérilité. Odin fait alors appel à Brunehilde, la Walkyrie chargée de recueillir le dernier souffle des guerriers valeureux pour les conduire au paradis du Walhalla, afin qu'elle apporte à la reine l'une des pommes d'éternelle jeunesse qui poussent dans le verger de Freya. Pour accomplir sa mission, Brunehilde doit abandonner son statut de déesse et de vierge guerrière. Devenue simple mortelle, elle chante les anciennes sagas mettant en scène les dieux et les héros, avant d'être, par amour, reine, épouse et mère. Mais la malédiction de l'anneau du Nibelung va bientôt entraîner le crépuscule des dieux... Anneaux magiques et épées invincibles, Walkyries et dragons, géants et nains, dieux et héros animés de passions ardentes... Dans la lignée de L'Anneau du Nibelung, de Richard Wagner, et du Seigneur des anneaux, de J.R.R. Tolkien, Les Chants de la Walkyrie sont le premier volume de La Malédiction de l'anneau, une saga foisonnante au souffle épique et héroïque, inspirée des anciennes mythologies et légendes nordiques

Mon avis:

De la mythologie nordique, une belle écriture, de l'aventure... eh bien, voilà, il n'en faut pas plus pour passer un excellent moment de lecture! Il faut dire que ce premier tome est prenant. S'inspirant de la mythologie et des légendes scandinaves, l'auteur réussit à à nous plonger dans les neuf mondes, et à nous présenter les dieux sous un nouvel éclairage, dieux  si puissant et pourtant soumis à un destin qu'ils ne peuvent contrôler. 

La psychologie des personnages principaux est particulièrement réussie. Tous sont en demi teinte, et, bien que l'on retrouve les personnages célèbres de la mythologie, l'auteur a su leur insuffler un tempérament, des caractéristiques, propres à sa seule imagination. On en déteste certains, on s'attache à d'autres mais au fond aucun d'entre eux n'est tout à fait bons ni tout à fait mauvais. 

On sent qu'il y a un très grand travail de recherche sous ce livre, les détails mythologiques étant très précis, et pourtant le tout est romancé d’une très belle manière, nous entraînant dans une véritable aventure. On sait dés le début que cela finira mal mais on ne résiste pas à l'envie d'espérer,t au moins un tout petit peu, trouver au fil des pages une touche d'optimisme qui n'aura pas lieu.  Et après tout, tant pis si cela finit mal car c'est prenant, envoûtant, même. L'auteur est un véritable conteur et parvient, d'une plume très imagée à nous décrire les mondes, la violence mais aussi parfois une certaine poésie.

Il ne me reste maintenant plus qu'à découvrir la suite, en espérant que le deuxième tome à la hauteur du premier car j'ai vraiment apprécié celui-ci!

Extrait :

“Mon nom est Brunehilde. Je suis une Walkyrie, née comme mes sœurs de la semence sacrée du dieu Odin et du ventre ombreux de Erda, la déesse Terre. Sur la roue éternelle du temps, j’ai été tour à tour fière déesse, guerrière farouche ou femme soumise aux bonheurs et aux tourments humains. J’ai connu les félicités et les béatitudes réservées aux divinités, j’ai connu l’enthousiasme et l’ivresse des combats, j’ai connu les vertiges de l’amour, les poisons de la trahison et la saveur amère de la vengeance, mais je n’ai pas connu la sérénité de la mort. Je suis une Walkyrie, et je suis immortelle."

 

vendredi 9 juin 2023

Sous un autre angle - Elise Hutin

 Par Daphné








Auteur : Elise Hutin
Titre : Sous un autre angle
Genre :nouvelles
Langue d’origine :français
Editeur: A la fabrique
Nombre de pages : 90
Date de parution :2020

Résumé de l'éditeur :

 « Pour comprendre ce qu'une personne vit, il est souvent proposé de se mettre dans sa peau, dans sa tête. Si cela vous semble absurde, peut-être trouverez-vous comme moi que l'écrit peut y aider…

Si vous le voulez bien, laissez-vous emporter par ces nouvelles qui vous feront vivre de l'intérieur des perceptions différentes.

Écrites à la première personne, ces feuilles puisent dans mes propres ressentis de personne autiste et s’inspirent ce que j’ai cru percevoir au fil des moments partagés avec les enfants et adultes autistes que s’accompagne. Elles vous aideront à mieux cerner les émotions, l'incompréhension, la frustration mais aussi les bonheurs qui nous sont donnés de vivre, à notre manière, parmi vous. »

Diagnostiquée tardivement multi-dys et autiste atypique, Elise Hutin est monitrice-éducatrice et a suivi de nombreuses formations sur l'autisme. Animatrice puis animatrice spécialisée handicap, elle a été auxiliaire de vie scolaire durant trois ans avant de commencer à travailler en tant qu'intervenante à domicile.

Mon avis :

Voilà un livre que je voulais lire depuis longtemps. C'est maintenant chose faite et je ne le regrette pas. Ses douze nouvelles toutes bien différentes les unes des autres ont cependant un point commun : l'autisme. 

Autisme qui nous est conté ici avec une grande délicatesse et une grande sensibilité. A travers ces nouvelles, c'est le point de vue de différentes personnes que nous avons ici. Toutes sont concernées par l'autisme mais toutes ont une manière de voir les choses, de comprendre et d'appréhender le monde de manière différente. 

A travers leur regard, leurs pensées, ils distillent tous dans le cœur du lecteur quelque chose de particulier, quelque chose de fort, permettant, peut-être, sûrement, à celui qui lit ces lignes de se mettre à leur place, de mieux les comprendre, d'entrer un peu dans leur monde. 

Il est beau ce livre et il nous prend au cœur avec ses phrases si justes et si touchantes. Un livre qui vaut la peine d’être lu, à la fois pour son écriture et pour ce qu'il raconte. Se mettre à la place de l'autre, surtout lorsqu'il est dit "différent", n'est pas toujours évident mais c'est quelque chose que l'autrice ici, avec pourtant peu de pages, permet de faire à son lecteur. A découvrir!


 


vendredi 12 mai 2023

Darwyne - Colin Niels


Par Daphné


 

 

 

 

 

 

 

 

Auteur : Colin Niel

Titre : Darwyne

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : éditions du Rouergue

Nombre de pages : 288

Date de parution :2022

 Résumé de l'éditeur

 Mathurine travaille à la protection de l’enfance. On lui confie un signalement concernant un garçon de dix ans, légèrement handicapé, Darwyne Massily. C’est à Bois Sec, un bidonville gagné sur la jungle infinie, que vivent Darwyne et sa mère Yolanda, une beauté qui collectionne les conquêtes. Malgré des apparences rassurantes, Mathurine a l’intuition que quelque chose ne tourne pas rond dans cette famille. Dans ce roman où s’exprime magistralement sa plume expressive, Colin Niel nous emporte vers l’Amazonie, territoire d’une puissance fantasmagorique qui n’a livré qu’une part infime de ses mystères. Darwyne, l’enfant contrefait qui ferait n’importe quoi pour que sa mère l’aime, s’y est trouvé un refuge contre le peuple des hommes. Ceux qui voudraient qu’il soit comme les autres.

Mon avis :

Et dire que j'ai failli laisser ce livre sur les étagères de la bibliothèque, ne le voyant qu'au dernier moment! Cela aurait été dommage car il m'a beaucoup plu.

Voici une histoire faite de liens : lien entre Mathurine, assistante sociale, et Darwyne, un enfant qui lui a été signalé. Lien entre Darwyne et sa mère, lien entre Darwyne et la forêt. Forêt tout aussi envoûtante que l'histoire, à la fois si belle et si menaçante, cette forêt qui est un personnage à part entière du livre. 

De cette forêt si présente, on découvre les secrets, on en entend les bruissements, on y ressent l'ambiance si particulière, si mystérieuse. en refermant ce livre, je n'ai eu qu'une envie, celle de me documenter davantage sur la faune et la flore que nous présente si bien l'auteur à travers le regard du petit Darwyne.  Qui est il d'ailleurs ce petit Darwyne, enfant qui vit entre deux mondes ?

Oui, il est beau, ce livre, aussi fascinant, aussi sombre que la forêt. C'est un livre qui nous happe, qui nous trouble, qui nous interroge, à la frontière des légendes et de la réalité, un livre où sont abordés de nombreux sujets et qui ne laisse pas indifférent. 

Oui, cela aurait été bien dommage de passer à côté sans le voir car tout dans ce livre, que ce soit les personnages, 'histoire, l'atmosphère qui se dégage au fil des pages, les descriptions, oui, absolument tout dans ce livre me donne bien envie de m'y plonger une deuxième fois.

 Extrait :

 "Les enfants, c’est comme les arbres, finalement, il ne faut pas les laisser pousser n’importe comment. "

 

vendredi 5 mai 2023

Le démon de la colline aux loups - Dimitri Rouchon-Borie

 Par Daphné


 






Auteur : Dimitri Rouchon-Borie

Titre :Le démon de la colline aux loups

Genre :roman

Langue d’origine :français

Editeur :Le Tripode

Nombre de pages : 192

Date de parution : 2002

Résumé de l'éditeur:

Un homme se retrouve en prison. Brutalisé dans sa mémoire et dans sa chair, il décide avant de mourir de nous livrer le récit de son destin.

Écrit dans un élan vertigineux, porté par une langue aussi fulgurante que bienveillante, Le Démon de la Colline aux Loups raconte un être, son enfance perdue, sa vie emplie de violence, de douleur et de rage, d’amour et de passion, de moments de lumière... Il dit sa solitude, immense, la condition humaine
.

Mon avis :

Âmes sensibles, s'abstenir : voici un livre d'une incroyable dureté, un livre sombre, violent, glaçant, bouleversant... mais un livre tellement bien écrit, un livre qui happe son lecteur de la première à la dernière page. Il n'y a pas d'espoir entre les lignes de ce roman, pas de moment lumineux, c'est une livre sans filtre, où l'horreur et la violence sont décrite avec une précision bouleversante. 

C'est l'histoire d'un homme dont l'enfance a été saccagée et à qui la vie adulte n'a plus rien de beau à offrir... sauf peut-être l’écriture.   Alors, il écrit, cet homme. Il écrit son enfance, son histoire, ses démons. Et peut-être, au fond, alors qu'il n'y a plus rien à espérer, cette écriture le sauvera-t-elle. Elle ne sauvera pas sa vie, non, car celle-ci est condamnée mais elle sauvera quelque chose d'autre et sans doute sera-t-elle son unique moment de gloire. Car à travers les mots qu'il jette sur le papier, ses mots qu'il confesse, il va avoir le choix de donner sa version, la version de sa vie, celle de son histoire, et de dire qu'en lui, la beauté que si peu de monde a su voir existe pourtant. 

 Le démon de la colline aux loups, c'est ce monstre sans pitié,  ce monstre qui s'est jeté sur Duke, le forçant à commettre le pire après avoir été lui-même si maltraité. Et ce monstre dévore le lecteur avec autant de noirceur qu'elle a su s’immiscer en Duke. 

 Oui, ce livre est un livre glauque, cruel,  oppressant, un livre à l'ambiance malsaine fait de haine, de douleur, de chagrin, d'incompréhension. Et pourtant, en dépit de tout cela, c'est un livre magistral, un livre qui vous emporte, un livre intense. Très intense. Un livre qu'on n'oublie pas.

 Extrait:

"La Colline aux Loups c'était déjà une prison bien pire que tout imaginez-vous sous l'eau depuis le jour de votre naissance à retenir votre respiration en attendant une bouffée d'air qui ne vient pas ma vie c'est ça."

mardi 18 avril 2023

Le petit roi - Mathieu Belezi

Par Ariane

Auteur : Mathieu Belezi

Titre : Le petit roi

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Le Tripode

Nombre de pages : 128p

Date de parution : mars 2023

 

Mon avis :

Après la lecture de son dernier roman, qui me laisse encore maintenant un souvenir ébloui et bouleversé, je m’étais promis de relire rapidement Mathieu Belezi. Je ne m’attendais pas à trouver un roman récemment paru, si peu de temps après le précédent. Mais il s’agit en fait de la réédition de son premier roman, paru en 1998.  

Alors que Mathieu ne désire rien d’autre que rester à ses côtés, sa mère l’abandonne pour une durée indéterminée aux bons soins de son Papé, paysan taiseux et bienveillant. Dans cette ferme isolée au cœur de la Provence, au rythme des saisons, l’enfant étouffe de rage, de solitude et de tristesse.

Empêtré dans les pensées du jeune Mathieu, le lecteur se confronte à sa douleur d’enfant blessé, abandonné, aux réminiscences des scènes violentes entre ses parents dont il fut le spectateur impuissant, à sa colère qui se déchaîne toujours plus violemment, et se retrouve ainsi partagé entre empathie pour cet enfant en souffrance et répulsion devant sa cruauté. Mieux vaut que le lecteur soit prévenu, Mathieu évacue sa colère et sa frustration par des actes de violence envers des animaux ou un jeune garçon de sa classe. Certaines scènes prennent aux tripes et sont difficilement soutenables.

Ce sombre récit d’enfance est illuminé par la beauté et la douceur de quelques scènes. Il suffit d’un chocolat chaud, d’un cadeau de Noël inattendu, d’un moment partagé avec son Papé, pour voir ressurgir l’enfant derrière la brute et nous faire ressentir avec plus d’acuité l’ampleur de sa douleur, que rien ne peut combler.

La couverture, douce et délicate, est un leurre pourtant en harmonie avec la beauté et la poésie de l’écriture de Mathieu Belezi. Comme Baudelaire, il se fait alchimiste et transforme la laideur en beauté et nous offre un récit aussi sombre que sublime.  

Apparemment les éditions Le Tripode entreprennent de rééditer toute l’œuvre de l’auteur. Je me réjouis de cette nouvelle et serais au rendez-vous pour le prochain !

 

Extrait :

« La saillie des os de ce vieux visage, qui n'a jamais été jeune et dans mes convictions enfantes doit survivre cent ans, la tendresse de ces yeux lavés, de ces mains qui tremblent, comblent jour après jour le vide laissé par ceux qui m'oublient. »

« Le soleil me tourne autour, découpe sur les labours une ombre qui n’est pas mienne, que je viens d’inventer pour le besoin de me faire du mal. Les corbeaux posent un œil méfiant sur mes hardes, sautent sur leurs pattes, croassent, déploient de lourdes ailes pour retomber mollement un peu plus loin. Noirs sans nuance, dans le miroir de ce jour que la terre et le ciel illuminent, ils sont l’expression d’une douleur que je ne peux pas nommer. »

« Et je lutte une heure durant contre moi-même, chassant ce que je ne veux pas voir et encore moins entendre, et qui pourtant m'assaille et me torture, les mains de mon père et celles de ma mère, leurs bouches qui se haïssent au-dessus de moi, leurs corps qui ne s'aiment plus, tout ça, et le reste qui n'est pas plus drôle , leurs façons de m'amadouer, de me couvrir de cadeaux pour que je choisisse mon camp, pour que je dise oui à l'un et non à l'autre, alors que leurs sales manies de me laisser seul au milieu de l'arène ont conduit mes pas mal assurés d'enfant à l'abîme. »