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samedi 5 septembre 2020

L'autre moitié de soi - Britt Benett

Par Ariane


Auteur : Britt Benett
Titre : L’autre moitié de soi
Genre : roman
Langue d’origine : anglais (Etats-Unis)
Traductrice : Karine Lalechère
Editeur : Autrement
Nombre de pages : 480p
Date de parution : août 2020

Mon avis :
A Mallard en Louisiane, tous les habitants sont des afro-américains à la peau claire. Si claire qu’on peut facilement les prendre pour des blancs. Mais dans le Sud des Etats-Unis, la ségrégation est encore sévère lorsque les jumelles Vignes décident de s’enfuir de la maison. Une quinzaine d’années plus tard, Desiree revient à Mallard accompagnée de sa petite fille, une enfant à la peau si sombre qu’elle est immédiatement prise en grippe par les habitants de la ville. De Stella, elle ne sait rien, mis à part le fait qu’elle vit désormais la vie d’une blanche. Une vie de mensonge auprès d’un homme qui l’aime mais ne connaît pas son histoire ni ses origines, sans cesse terrifiée à l’idée de commettre une bévue, d’être découverte. Un carcan qui l’éloigne inexorablement de ceux qu’elle aime et surtout de sa fille.
A travers ce roman et ses personnages, Britt Benett explore la question large et épineuse de l’identité : identité sociale, familiale, sexuelle. Les personnages de ce roman sont en quête d’eux-mêmes, une quête qui parfois les éloigne et les enferme ou au contraire les rapproche et les libère. L’acceptation de soi passe aussi par l’acceptation de l’autre et cela se remarque à travers des duos très forts dans le roman (les jumelles, les cousines, mères et filles, amoureux,…).
J’ai beaucoup aimé cette lecture, à l’écriture limpide et entraînante, ces personnages forts et leur histoire hors normes. Une jolie découverte dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle. 


samedi 18 juillet 2020

Un pays à l'aube - Dennis Lehane

Par Ariane


Auteur : Dennis Lehane

Titre : Un pays à l’aube

Genre : roman

Langue d’origine : anglai (Etats-Unis)

Editeur : rivages

Nombre de pages : 755p

Mon avis :

A un certain moment j’ai beaucoup lu Dennis Lehane (Kenzie &Gennaro, Shutter Island, Mystic River…). J’aimais l’univers, le style de l’auteur. Puis d’autres envies sont arrivées et je l’ai mis de côté. Mais un récent article de Violette m’a donné envie de le retrouver. Alors merci Violette !

A travers deux personnages principaux, Dennis Lehane nous raconte une année d’histoire américaine.

Danny Coughlin est un flic. Il aime son métier malgré les conditions de vie difficiles des agents de la ville de Boston : sous-payés, mal considérés, obligés de travailler dans des locaux insalubres et en plus ils doivent payer de leur poche leur uniforme ! Même si le quotidien de Danny est semblable à celui de ses collègues, il est mieux loti qu’eux. Son père est un  haut gradé de la police, son parrain un lieutenant respecté, son avenir est donc tout tracé. Mais Danny est de ceux qui veulent faire leur chemin seuls et il s’implique de plus en plus dans les mouvements syndicaux.

Luther Laurence est noir, qu’importe qu’il soit un habile artisan, un excellent joueur de base-ball ou qu’il ait du cœur, sa couleur de peau passe avant tout dans l’Amérique du début du siècle. Luther Laurence a vécu de mauvais moments et a été obligé de fuir la ville alors que sa femme est enceinte. Arrivé à Boston, il entre au service de la famille Coughlin et s’engage, par hasard plus que par choix, auprès de la branche bostonienne de l’association nationale pour la promotion des gens de couleur (NAACP).

Ainsi donc, il est question d’une épidémie qui fait des ravages obligeant les gens à porter un masque, de violences raciales, du malaise des policiers, de conflits sociaux,… Plus d’actualité c’est impossible ! Le lendemain du meeting polémique de Trump à Tulsa, ville où des émeutes raciales firent plusieurs centaines de morts en 1921 dans le quartier afro-américain de Greenwood, je lisais les chapitres où Luther Laurence s’installait pour un nouveau départ à… Greenwood !

Hormis ces coïncidences surprenantes entre ce qui s’est passé en 1919 et ce qui se passe actuellement, je me suis passionnée pour cette histoire. Déjà parce que Lehane sait raconter une histoire, il sait donner vie à ses personnages, il sait créer une ambiance. Alors forcément, on embarque et les pages de ce  petit pavé de 700 et quelques pages défilent sans qu’on s’en rende compte.

Alors, certes il y a quelques longueurs et je ne me suis pas vraiment intéressée aux courts chapitres consacrés à Babe Ruth, célèbre joueur de base-ball, servant de fil rouge à l’histoire, mais j’ai lu ce roman de Dennis Lehane avec beaucoup de plaisir. Plaisir qui se renouvellera sans doute rapidement puisqu’apparemment c’est le premier d’une trilogie (les suivants mettant en scène Joe, le plus jeune frère de Danny Coughlin) !



Extrait :

« La langue des hommes se met à fourcher dès leur naissance. Il en a toujours été ainsi. L’oiseau ne peut  pas mentir. Le lion est un chasseur, certes redoutable mais fidèle à sa nature. L’arbre et la pierre sont authentiques eux aussi ; ce sont juste un arbre et une pierre. Rien de plus, rien de moins. O l’homme, la seule créature douée de parole, utilise ce cadeau magnifique pour trahir la vérité, pour se trahir, pour trahir la nature et Dieu. »



lundi 23 mars 2020

La fille qui brûle - Claire Messud

Par Daphné


Auteur : Claire Messud
Titre : La fille qui brûle
Genre : roman
Langue d’origine : anglais (Etats-Unis)
Traductrice :  France Camus-Pichon
Editeur : Gallimard
Nombre de pages: 256

Date d'édition : 2018

Résumé de l'éditeur :

Julia et Cassie se connaissent depuis toujours. Amies siamoises, copines jumelles, elles savent tout l'une de l'autre et se fraient ensemble leur chemin vers l'adolescence. L'été précédant leur entrée en cinquième, elles fuient leur petite ville de Royston, dans le Massachusetts, par le biais de l'imagination. Enfoui au milieu d'une forêt subsiste un ancien asile dans lequel elles s'inventent des vies dangereuses. Et puis le quotidien reprend son cours, elles ne sont plus dans la même classe, se font de nouveaux amis et s'éloignent peu à peu. Élève studieuse, Julia se prépare pour le concours d'éloquence tandis que Cassie entame de mauvaises fréquentations. Julia observe, impuissante, son amie de toujours lui échapper et se fondre dans la peau, à vif, de quelqu'un qu'elle ne reconnait pas. Jusqu'à ce que Cassie disparaisse.
Claire Messud brosse un tableau sombre et envoûtant de l'adolescence à l'ère des réseaux sociaux et dans lequel parents et enfants font l'apprentissage…


Mon avis :

Je ne sais pas à quoi je m’attendais au juste en ouvrant ce livre mais l'histoire m'a surprise. Pas déçue, non, juste surprise.

Julia et Cassie sont amies depuis leur premier jour de maternelle. De vraies amies, unies comme les cinq doigts de la main. Si leurs vies familiales sont assez éloignées l'uen de l’autre, leur amitié semble inébranlable. Mais l'entrée au collège va les séparer. 

Livre sur l'amitié, son aspect fusionnel, ses blessures et ses éloignements, sur l'adolescence et ses questionnements, La fille qui brûle est écrit avec une grande finesse. Il ne s'y passe, en somme, pas grand chose mais ce n'est pas cela qui compte. L'importance est donnée ici à la psychologie des personnages, aux liens que l'on croit éternels et qui, pourtant, se défont parfois sans heurt, sans raison particulière, du moins le croit-on. La période de l’adolescence où explosent les sentiments et tout ce que l'on croyait acquis jusque là, est aussi très finement observée. Sont abordés également les questions de la condition féminine et les relations familiales. 

Seul ici nous est dévoilé le point de vue de Julia. C'est à travers ses yeux que l'histoire nous est contée. On pourrait peut-être regretter de ne pas avoir, au moins un peu, le point de vue de Cassie. Cependant, c'est peut-être mieux ainsi car après tout, on en voit toujours les choses que sous un certain angle, son propre angle de vue, sans ignorer toutefois à quel point celui des autres peut être différent. Ne passe t-on pas sa vie à se questionner sur les manières si différentes ou si semblables dont peuvent être vécues par autrui tel ou tel événement ? Non, Cassie ne nous livrera d'elle que ce que Julia croit savoir ou sait véritablement et ce n'est pas plus mal.

Un livre intéressant pour son aspect psychologique. Je ne m'attendais peut-être pas à cela au départ mais j'ai aimé.

Extrait :

"Nous étions passées de l'autre côté du miroir, dans un monde d'amitié feinte où Cassie me faisait un grand sourire dès qu'elle m'apercevait - mais pas trop grand quand même, voyez-vous. Comme une parodie de son ancien sourire; moi aussi je souriais, même si j'avais l'impression de faire la grimace et savais que personne autour de nous n'était dupe, surtout pas Cassie."

lundi 24 février 2020

Notre famille - Akhil Sharma

Par Daphné














Auteur :  Akhil Sharma
Titre : Notre famille
Genre : roman 
Langue d’origine : anglais
Traductrice : Paule Guivarch
Éditeur : Editions de l'Olivier
Date de parution : 2015
Nombre de pages: 220

Résumé de l'éditeur :

Ajay n'a pas dix ans lorsque sa famille quitte l'Inde pour s'installer aux États-Unis. Lui et son grand frère Birju découvrent émerveillés ce pays étonnant, promesse d'un avenir radieux. Mais pour Birju, le destin va en décider autrement.
Dans l'ombre de son frère aîné, Ajay reste seul à porter les espoirs de ses parents. Adolescent rêveur réfugié dans la littérature, tiraillé entre deux cultures, il va devoir lutter pour trouver sa voie - sans jamais oublier les siens.


Mon avis :

Ajay et sa famille quittent l'Inde, portés par le rêve américain. Malheureusement, entre les difficultés à s'intégrer dans leur nouvelle vie et le drame familial qui viendra tout bouleverser, ce rêve ne sera pas celui qu'ils avaient imaginé. 

L'écriture très simple de ce livre contraste avec la dureté du sujet. Divisé en deux parties, il montre les difficultés à trouver sa place dans un nouveau pays puis celles de faire face au drame. C'est avant tout une grande sincérité qui émane de ce livre, probablement parce qu'il est en parti autobiographique. On ressent au travers d'Ajay une grande volonté de ne pas trahir les siens, de parler d'eux sans jugement, de simplement décrire leur vies, leur souffrance et les différentes manières dont ils réagissent face à cela. On voit à travers le regard d'Ajay combien peuvent être différentes les manières de vire et de gérer une même douleur selon les personnes. 

Un livre tout en simplicité et en émotion.

Extrait :

" Au milieu de cette cuisine, je compris soudain que nous ne rentrerions jamais en Inde, que nous resterions sans doute toujours en Amérique. Cette idée me troubla. Je me rendis compte qu'un jour, je serais différent de ce que j'étais actuellement. Je me sentis très seul."