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lundi 21 août 2023

La sorcière de Limbricht - Susan Smit

 Par Daphné


 







Autrice :Susan Smit

Titre : La sorcière de Limbricht
Genre : roman

Langue d’origine : néerlandais
traductrice :Marie Hooghe
Date d'édition: 2023
Nombre de pages : 320

Editeur :Charleston


Résumé de l'éditeur :

 « Aujourd’hui, le 10 juillet 1674, par ordre du bailli et des échevins de Limbricht, vous êtes arrêtée pour suspicion de sorcellerie ou magie noire. »Enfermée sans plus d’explications, Entgen Luijten ne peut compter que sur elle-même : elle n’a plus de famille et sait que personne ne se lamente sur son sort. Parce qu’elle préfère se rendre au bois qu’à l’église, parce qu’elle connaît le pouvoir des plantes qui soignent, parce qu’elle est un peu trop libre, elle a toujours fait jaser dans son village reculé de la campagne...

Mon avis:

Voici un livre que j'ai beaucoup aimé. Inspiré de faits historiques réels, ce livre nous parle d'une femme comme les autres, accusée de sorcellerie en 1674. Une femme comme les autres mais une femme un peu trop libre, un peu trop franche, une femme qui dérange. Et quand une femme dérange, la faire accuser de sorcellerie est un excellent moyen de la faire taire. 

En attente de son procès, elle se remémore, sa vie, son histoire, le moindre des petits faits qui l'a amené à la  situation dans laquelle elle se trouve. sorcière. Sorcière pour avoir suffisamment de caractère pour s'affirmer, sorcière pour avoir la connaissance des plantes et de la nature, sorcière pour avoir été un peu plus libre que la plupart des femmes. Arrestation, attente, torture, Entgen Luijten nous raconte ce qu'elle subit mais ne perd jamais de vue la beauté qu'il y a dans le monde. 

Ce livre est, on le sent, le fruit d'une grande connaissance et une grande documentation sur les femmes ayant été poursuivies, jugées, condamnées pour sorcellerie. Car être présumée coupable, c'était déjà, presque à coup sûr être condamnée et cela, Entgen en a conscience mais à aucun moment elle ne trahira ce qu'elle est et refusera tout aveu, preuve d'une grande force intérieure...

Un livre très intéressant d'un point de vue historique, porté par une plume qui se lit avec plaisir. Un livre qui révolte et qui attriste mais dont l'histoire a malheureusement été celle de tant de femmes...

Extrait  

"L'être humain croit vite que tout tourne autour de lui, que les étoiles et les planètes ont quelque chose de spécial à lui dire. Selon moi, c'est là un blasphème."

lundi 19 décembre 2022

Qui sème le vent - Marieke Lucas Rijneveld

 Par Daphné

 








Autrice : Marieke Lucas Rijneveld

Titre :Qui sème le vent

Genre : roman 

Langue d’origine :néerlandais

traductrice :Daniel Cumin

Editeur :Buchet Chastel

Nombre de pages :352

Date d'édition : 2022

Résumé de l'éditeur :

 À dix ans, la narratrice de Qui sème le vent vit en rase campagne aux Pays-Bas. Les repas de famille, les travaux de la ferme, les heures passées à observer les crapauds, tout devient par la grâce de son regard un fascinant terrain d’apprentissage. Mais quelques jours avant Noël, après avoir lancé un funeste présage à son grand frère parti patiner sur le lac, son monde va être brusquement bouleversé, tout comme celui de sa famille.
Au fil d’un texte poignant, la voix de la fillette, bouleversante de justesse, dit la violence d’une enfance vécue dans un monde de non-dits.
Véritable best-seller aux Pays-Bas et dans toute l’Europe, le premier roman de Marieke Lucas Rijneveld livre un portrait sauvage et beau d’une enfance brutalement flétrie par le deuil.

Mon avis:

Ce livre est apparemment un best seller et, en lisant les premières pages, j'ai réellement pensé que j’allais partager l'engouement qu'il suscite... sauf que mon enthousiasme est vite retombé. En réalité, je n’ai pas, mais alors pas du tout aimé. 

Un livre raconté par un enfant a souvent quelque chose de frais, d'émouvant aussi. Nulle fraîcheur ici cependant : ce livre est sombre, très sombre, du début à la fin. Quand à l'émotion, elle est bel et bien présente : en perdant son frère, la petite narratrice et sa famille sombrent dans le chagrin et le sentiment de perte, de deuil impossible à faire,  est très bien retranscrit. On ressent cette tristesse tout au long du livre. L'émotion est là, oui, mais il y a aussi autre chose, un côté malsain, étouffant. 

Trop souvent, bien trop souvent, l'autrice insiste sur la cruauté des enfants, leur sexualité naissante qui prend des allures de plus en plus incestueuses et perverses. L'ambiance se fait de plus en plus pesante, c'est glauque, rude, âpre, pessimiste. Les "jeux" sexuels des enfants, la constipation de la petite fille, la cruauté envers les animaux reviennent encore et encore, de manière de plus en plus insoutenables. C'est bien trop cru, bien trop dérangeant. Non, décidément, je n'ai pas aimé ce livre même si je dois lui reconnaître de grandes qualités d'écriture.

Extrait:  

 "Personne ne connaît mon cœur. Il est retranché derrière parka, épiderme et côtes. Dans le ventre de maman, mon cœur a été important pendant neuf mois, mais depuis qu'il en est sorti, plus personne ne se soucie de savoir s'il bat au bon rythme, personne ne prend peur quand il s'arrête quelques secondes ou quand il bat la chamade sous le coup d'une peur ou d'une tension."

samedi 14 janvier 2017

Cher Monsieur M - Herman Koch

Par Ariane



Auteur : Herman Koch

Titre : Cher Monsieur M

Genre : roman

Langue d’origine : néerlandais

Traducteur : Isabelle Rosselin

Editeur : Belfond

Nombre de pages : 430p

Date de parution : mai 2016

Présentation de l’éditeur :

Herman a un passe-temps : il écrit des lettres. Pas n'importe lesquelles, des lettres de menace à son voisin, monsieur M., auteur de best-sellers internationaux.
Des lettres qu'il n'envoie pas mais dans lesquelles il fait part de sa fascination mêlée de dégoût pour ce romancier, gloire passée des librairies, vieux beau fortuné, à l'épouse trop jeune, trop belle.
Ce cher monsieur M. avec lequel Herman joue les gentils voisins, en attendant son heure.
Car Herman le sait, le succès de monsieur M. est bâti sur un mensonge. La vérité, lui seul la connaît. Et aujourd'hui, il est bien décidé à se venger.



Mon avis :

Dans les années 70 un professeur disparaît après avoir rendu visite sur leur lieu de vacances à deux de ses élèves, une jeune fille avec qui il a eu une liaison et son nouveau petit ami. Faute de preuve de leur implication dans la disparition de l’enseignant, les deux jeunes gens sont laissés libres. C’est à partir de ce fait divers, que M. écrivain, a écrit son plus grand succès. Une quarantaine d’années plus tard, le voisin de M. s’adresse à lui dans des lettres qu’il ne lui envoie pas et commence à jouer un drôle de jeu avec le vieil écrivain.

J’aime bien le principe du roman à tiroirs, et en l’occurrence il y avait moyen de mêler plusieurs histoires : le roman de M. et sa version de l’histoire, les souvenirs d’Herman sur ce qui s’est vraiment passé, les lettres anonymes et l’attitude ambigüe d’Herman envers M. et sa famille. C’est à cela que je m’attendais, mais ce n’est pas tout à fait ainsi qu’Herman Koch a construit son intrigue. Déjà, s’il le roman de M. est mentionné, il n’est jamais cité et l’on en sait assez peu sur la version présentée par l’écrivain, si ce n’est qu’Herman la rejette. Et il y a beaucoup trop de digressions et longueurs sur M., sa femme, ses collègues écrivains et son passé qui n’apportent pas grand-chose.

Par ailleurs, les intentions d’Herman ne sont pas claires du tout. Les lettres et son comportement laissent supposer qu’il représente une menace pour l’écrivain, mais sans que l’on sache ce qu’il veut faire. Et étant donné la fin en queue de poisson, je n’ai toujours pas de réponse à cette question.

Bref, j’ai trouvé que l’histoire manquait de clarté, qu’il manquait le rythme et la tension nécessaire à ce genre d’intrigue et que les personnages manquaient de souffle.



Extrait :

« Les profs sont dans l’ensemble des ratés. Ratatinés et frustrés. On ne résiste que quelques années, en tenant des discours creux sur l’idéalisme et la transmission du savoir aux générations futures, mais en définitive, une intelligence frustrée à ce point se ronge totalement de l’intérieur. Les professeurs ne font pas de vieux os. Ce n’est pas une question de savoir faire régner l’ordre ou non. Jour après jour, ils se tiennent devant une classe dont les élèves ont une intelligence aussi médiocre que la leur. Ils pourraient en principe continuer pendant des années. Mais chaque année, ils sont confrontés à quelques éléments dans le lot qui sont plus intelligents qu’eux. Ils ne peuvent pas le supporter. »


mardi 27 septembre 2016

Quatuor - Anna Enquist

Par Ariane



Auteur : Anna Enquist

Titre : Quatuor

Genre : roman

Langue d’origine : Néerlandais

Traducteur : Emmanuelle Tardif

Editeur : Actes sud

Nombre de pages : 304p

Date de parution : février 2016

Présentation de l’éditeur :

Anna Enquist nous entraîne dans un avenir proche et dans une ville qui, jamais nommée, ressemble étrangement à Amsterdam. Un quatuor amateur réunit des amis à qui la pratique musicale offre un dérivatif bienvenu à une vie professionnelle ou personnelle difficile. Caroline (violoncelle) est médecin généraliste ; Jochem (alto) est luthier ; Heleen (deuxième violon) est infirmière ; Hugo (premier violon) dirige un centre culturel qui n’en a plus que le nom…
Et puis il y a Reinier, ancien soliste virtuose auprès de qui Caroline prend toujours des leçons, vieillard vivant reclus dans la terreur du monde qui l’entoure. Tandis que la musique de Mozart, Schubert ou Dvořák est une consolation pour les quatre amis, la ville alentour est le théâtre d’une affaire criminelle qui, de prime abord, ne semble pas les concerner.
Dans l’avenir proche esquissé par Anna Enquist, la culture est un luxe inutile, l’assurance maladie un privilège, et la vieillesse une disgrâce que l’on camoufle dans des institutions aux allures pénitentiaires. Un monde inhospitalier, inquiétant, et qui pourtant nous est familier. À la beauté du motif musical, la grande romancière néerlandaise ajoute ici des éléments nouveaux dans son œuvre : une critique politique et sociale aux accents visionnaires et une intrigue digne d’un thriller.



Mon avis :

Lors d’une flânerie en librairie je suis tombée sur ce roman qui m’a attirée d’abord pour la photo d’Amsterdam (une ville que j’aimerais beaucoup visiter) et par son titre (« parfait pour le petit bac » ! me suis-je dit). Le quatrième de couverture a encore plus aiguisé mon intérêt, il n’était donc plus possible de résister.

Caroline, Heleen, Jochem et Hugo forment un quatuor amical et musical. Ils se retrouvent régulièrement pour jouer les plus belles œuvres pour quatuor à cordes du répertoire classique. A ces quatre-là s’ajoute un autre personnage, Reinier, âgé de quatre-vingts ans cet ancien violoncelliste de renom vit désormais en quasi reclus, dans la crainte d’être emmené de force dans un centre gériatrique. Car c’est ce qui attend les vieux comme lui dans le futur proche que nous décrit Anna Enquist. Les personnes âgées considérées comme improductives et inutiles sont un fardeau pour la société et en tant que tel, mises à l’écart. Plus de solidarité familiale ou de voisinage, les plus âgés sont emmenés d’office dans des centres gériatriques dont ils ne ressortent plus. De même en va-t-il pour l’art et la culture.

Les personnages du roman apparaissent comme les vestiges d’un monde disparu. Ce sont des personnages profondément humains et touchants, confus et perdus devant le monde qui s’offre à eux. Le futur poche tels qu’il apparaît dans ce roman est effrayant et peut fait penser aux prémices d’une société aseptisée et déshumanisée que l’on retrouve dans de célèbres romans.

Outre ce sujet d’actualité, l’auteur aborde des thèmes profonds et universels qui la touchent personnellement : la musique et le deuil d’un enfant. L’impossible deuil auquel Jochem et Caroline doivent faire face touche profondément le lecteur. La tristesse de ceux qui ne sont plus parents est poignante, de même que leur colère et leur sentiment de culpabilité.

Heureusement que la beauté de la musique existe pour soutenir celui qui souffre, pour accompagner celui qui est confus, pour guider celui qui est perdu. La musique comme souffle d’espoir pour l’avenir, car ceux qui entendent jouer le quatuor sont touchés. La musique révèle les êtres et rappelle que l’humain existe, elle rapproche ceux qui n’avaient rien en commun.

J’ai été enchantée par cet aspect du roman qui en représente les trois quarts. Malheureusement il y a le quart restant. Une seule question : pourquoi ? Pourquoi d’un coup ce pseudo-thriller sans intérêt qui ne s’intègre pas du tout dans le récit et dans l’histoire des personnages ? Non là vraiment je ne comprends pas du tout. C’est dommage, sans cela c’était le coup de cœur assuré. Mais la fin a fait un bide total.



Extrait :

« La musique donne une forme au chagrin, une sonorité à l’absence, tout en offrant une sorte de consolation. »


http://ennalit.canalblog.com/archives/2016/01/01/33098969.htmlhttp://www.livraddict.com/forum/viewtopic.php?id=12135