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samedi 29 mai 2021

La face nord du coeur - Dolores Redondo

Par Ariane

Auteur : Dolores Redondo

Titre : La face nord du cœur

Genre : roman policier

Langue d’origine : espagnol

Traductrice : Anne Plantagenet

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 688p

Date de parution : novembre 2020

 

Mon avis :

Avec ce roman policier de Dolores Redondo, je termine avec regret mes lectures du prix des lectrices de Elle… Par la même occasion de découvre une autrice espagnole, bien installée dans le paysage de la littérature noire.

Amaia Salazar, inspectrice de la police espagnole, participe à une formation au siège du FBI en compagnie d’autres policiers européens. Son profil intéresse fortement l’agent Dupree qui décide de l’intégrer à son équipe sur les traces d’un tueur en série qui frappe des familles pendant des catastrophes climatiques. Alors que l’ouragan Katrina approche de la Nouvelles Orléans, il ne fait aucun doute que le tueur va frapper de nouveau…

Et je dois dire que Dolores Redondo nous offre une enquête riche en rebondissements, passionnante et portée par des personnages intéressants. Mais loin de se contenter d’une énième enquête policière tortueuse, l’autrice nous offre un récit riche et protéiforme. Car une seconde enquête vient se mêler progressivement à la première, le passé des deux protagonistes principaux rejoignant les évènements en cours, les croyances et légendes prennent corps tandis que la Nouvelle Orléans et ses habitants subissent de plein fouet la colère de la nature.

Alors apparemment le coup de cœur était assuré, mais… un grain de sable a tout fait capoter. Car à un point du récit l’autrice m’a perdue. Je n’ai pas du tout adhéré à la tournure que prenait la seconde intrigue et cela a impacté la suite de ma lecture.

Malgré ce bémol, j’ai beaucoup aimé cette dernière lecture qui est apparemment le préquel d’une trilogie que j’espère découvrir rapidement.

 

Extraits :

« Pourquoi sont-ils prêts à mourir? Vous ne vous rendez pas compte, ce sont peut-être des maisons de merde, mais c'est tout ce qu'ils ont réussi à avoir dans leur vie. »

« Parce que je crois à la foi, à la force des croyances des autres. Au nom de ces croyances, on a bâti et détruit des empires »

 



 

mardi 25 mai 2021

A la folie - Joy Sorman

Par Ariane

Auteur : Joy Sorman

Titre : A la folie

Genre : document

Langue d’origine : français

Editeur : Flammarion

Nombre de pages : 288p

Date de parution : février 2021

 

Mon avis :

Ils s’appellent Maria, Franck, Adrienne, Barnabé, Robert, Jessica, Youcef, Sarah… Ils sont fous, aide-soignante, médecin ou infirmier. Pendant un an, Joy Sorman est partie à leur rencontre. Une immersion sans intervention, anthropologue d’un milieu fermé, effrayant et mystérieux pour la plupart des gens.

Une année d’observation qu’elle restitue en de courts portraits dans lesquels elle raconte les parcours de vie, le quotidien de l’hôpital, retranscrit les propos de ses interlocuteurs. Cette enquête et l’ouvrage qui en ressort sont l’occasion de mettre en avant les difficultés particulières de cet univers. La déshumanisation croissante de la relation soignant-soigné par des procédures toujours plus rigides et informatisées, le manque de moyens, de personnel, de réponse adaptée.

Au-delà de ces réflexions circonstancielles, Joy Sorman s’interroge plus généralement sur la folie, la place des fous dans la société, le rôle de l’hôpital psychiatrique. L’hôpital psychiatrique est un établissement particulier, à la fois lieu de soin et lieu d’enfermement. Affaires personnelles confisquées à leur arrivée, promenades sous surveillance et à heures fixes, sorties autorisées ou refusées, punitions (thérapeutiques ou non)… Quelle différence entre les malades mentaux et les prisonniers ? Peu assurément…

Malgré cela, Joy Sorman nous présente un lieu bruissant d’humanité, dans ce qu’elle peut connaître de plus beau (amitié, solidarité, joie) ou de pire (colère, violence, humiliation), et ce qu’elle nous dévoile n’est que le portrait de notre société.

J’ai passé un excellent moment en compagnie de Joy Sorman, des patients et du personnel du pavillon 4B. Le regard bienveillant de l’autrice, empathique mais sans complaisance, son écriture fluide et respectueuse des propos de ses interlocuteurs, m’ont aidée à me sentir bien aux côtés de ces inconnus, ceux dont on a l’habitude de détourner le regard. C’était passionnant.

 

Extraits :

« Certains disent de Franck et de tous les autres qu’ils perdent le réel, qu’ils perdent le contact, quand c’est l’inverse. Il y a plutôt excès de réel, ils en crèvent de ce réel trop proche, trop grand, qui leur colle aux basques et au cerveau. »

« On internera plus volontiers un homme qui hurle dans la rue et brise un Abribus à coups de barre de fer que celui qui parle à voix basse aux arbres, même si ce dernier souffre peut-être davantage. »

« Bien sûr celui qui est hospitalisé d’office est toujours reconnu malade, sinon c’est en garde à vue qu’on le conduirait ; il n’en reste pas moins qu’il est privé de liberté et de tout recours préalable, il ne saurait appeler un avocat pour se défendre car il n’est pas accusé, il ne saurait nier car in ne lui reproche rien, il ne saurait compter les jours qu’il lui reste à tirer car aucune sentence n’a été prononcée – le juge fixe une peine, convertie en durée de détention, quand le psychiatre ne peut jamais prévoir le temps qu’il faudra pour guérir. J’entre ici pour un mois ou pour un an ? »

« En entretien, la psychiatre lui reproche de fuir la réalité et Pauline, avec aplomb, sans hésiter : vous avez vu la gueule de la réalité docteur, ça donne pas envie. »

 


 

samedi 22 mai 2021

Requiem pour la jeune amie - Gilles Leroy

Par Ariane


Auteur : Gilles Leroy

Titre : Requiem pour la jeune amie

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 224p

Date de parution : février 2021

 

Mon avis :

A 20 ans, on tombe en amitié comme on tombe en amour. C’est absolu, intense. C’est l’histoire des deux amis de ce roman. Un coup de foudre amical. Une relation de complicité, on se comprend, on se raconte. Trente ans après, le narrateur se souvient de la jeune amie. Cette personnalité solaire et atypique, disparue, fauchée brutalement « violée, tuée ». Comment concilier la violence et l’horreur de ces mots avec l’image de l’amie radieuse, joyeuse, vivante ? Comment ne pas réduire une vie à ses derniers instants ?

Raconter l’histoire de cette amitié, de leur rencontre à la séparation, c’est faire revivre la jeune amie, c’est retrouver l’exubérance et l’enthousiasme de la jeunesse. Revenir à l’époque lointaine des 20 ans, les journées à repeindre des appartements pour se faire un peu d’argent et les nuits à arpenter les rues parisiennes. Mais c’est aussi la tristesse, la sidération, le deuil impossible. Contraste absolu. La vie folle ravagée, balayée par un crime atroce. La perte de la jeune amie, c’est la fin de la jeunesse pour l’auteur, la fin de l’insouciance.

Un joli hommage, porté par une langue subtile et empreinte d’émotions.