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mardi 15 septembre 2020

Faiseurs d'histoires - Dina Nayeri

Par Ariane


Autrice : Dina Nayeri

Titre : Faiseurs d’histoires

Genre : document

Langue d’origine : anglais

Traductreice : Claire-Marie Clévy

Editeur : Presses de la cit

Nombre de pages : 376p

Date de parution : septembre 2020

Mon avis :

Dina Nayeri a fui l’Iran avec sa mère et son petit frère quand elle était enfant. Après avoir grandi et construit sa vie entre les Etats-Unis et l’Angleterre, elle revient sur ses souvenirs d’exil et part à la rencontre d’autres réfugiés, certains déjà installés, d’autres en attente parfois depuis des années.

Les histoires qu’elle nous raconte, la sienne et celles de ceux qu’elle a rencontrés, interpellent le lecteur occidental. En réalité, nous ne savons pas grand-chose de ceux qui viennent nous demander l’asile, présentés comme des victimes par certains, comme des profiteurs par d’autres. Dina Nayeri redonne une voix à ceux qui en ont été privés et à travers Kaweh, Kambiz, Taraa,… ce sont des milliers d’autres voix, d’autres visages, d’autres histoires. Ceux dont elles nous raconte l'histoire incarnent une multitude, mais leurs histoires individuelles, uniques et terribles, bousculent et réveillent le lecteur. Tout aussi terrible que le quotidien tragique dans un pays en ruine, sous le joug d'un tyran, que le parcours du combattant pour fuir et sauver sa vie, est le chemin de croix qui attend le réfugié sommé de prouver la véracité de son histoire, de savoir raconter, convaincre, en butte à mille et une tracasseries administratives, la vie dans un camp de réfugiés où il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre, une vie mise entre parenthèses.

Quant à son histoire personnelle, Dina Nayeri se livre à une véritable introspection, se confrontant à ses souvenirs et à ses sentiments. Cette partie pourrait presque se lire comme un roman, avec ses rebondissements, ses personnages attachants, ses moments drôles ou tragiques.

Le résultat est un document passionnant et bouleversant, qui ne manque de soulever des interrogations et de bousculer nos préjugés.




samedi 18 juillet 2020

Un pays à l'aube - Dennis Lehane

Par Ariane


Auteur : Dennis Lehane

Titre : Un pays à l’aube

Genre : roman

Langue d’origine : anglai (Etats-Unis)

Editeur : rivages

Nombre de pages : 755p

Mon avis :

A un certain moment j’ai beaucoup lu Dennis Lehane (Kenzie &Gennaro, Shutter Island, Mystic River…). J’aimais l’univers, le style de l’auteur. Puis d’autres envies sont arrivées et je l’ai mis de côté. Mais un récent article de Violette m’a donné envie de le retrouver. Alors merci Violette !

A travers deux personnages principaux, Dennis Lehane nous raconte une année d’histoire américaine.

Danny Coughlin est un flic. Il aime son métier malgré les conditions de vie difficiles des agents de la ville de Boston : sous-payés, mal considérés, obligés de travailler dans des locaux insalubres et en plus ils doivent payer de leur poche leur uniforme ! Même si le quotidien de Danny est semblable à celui de ses collègues, il est mieux loti qu’eux. Son père est un  haut gradé de la police, son parrain un lieutenant respecté, son avenir est donc tout tracé. Mais Danny est de ceux qui veulent faire leur chemin seuls et il s’implique de plus en plus dans les mouvements syndicaux.

Luther Laurence est noir, qu’importe qu’il soit un habile artisan, un excellent joueur de base-ball ou qu’il ait du cœur, sa couleur de peau passe avant tout dans l’Amérique du début du siècle. Luther Laurence a vécu de mauvais moments et a été obligé de fuir la ville alors que sa femme est enceinte. Arrivé à Boston, il entre au service de la famille Coughlin et s’engage, par hasard plus que par choix, auprès de la branche bostonienne de l’association nationale pour la promotion des gens de couleur (NAACP).

Ainsi donc, il est question d’une épidémie qui fait des ravages obligeant les gens à porter un masque, de violences raciales, du malaise des policiers, de conflits sociaux,… Plus d’actualité c’est impossible ! Le lendemain du meeting polémique de Trump à Tulsa, ville où des émeutes raciales firent plusieurs centaines de morts en 1921 dans le quartier afro-américain de Greenwood, je lisais les chapitres où Luther Laurence s’installait pour un nouveau départ à… Greenwood !

Hormis ces coïncidences surprenantes entre ce qui s’est passé en 1919 et ce qui se passe actuellement, je me suis passionnée pour cette histoire. Déjà parce que Lehane sait raconter une histoire, il sait donner vie à ses personnages, il sait créer une ambiance. Alors forcément, on embarque et les pages de ce  petit pavé de 700 et quelques pages défilent sans qu’on s’en rende compte.

Alors, certes il y a quelques longueurs et je ne me suis pas vraiment intéressée aux courts chapitres consacrés à Babe Ruth, célèbre joueur de base-ball, servant de fil rouge à l’histoire, mais j’ai lu ce roman de Dennis Lehane avec beaucoup de plaisir. Plaisir qui se renouvellera sans doute rapidement puisqu’apparemment c’est le premier d’une trilogie (les suivants mettant en scène Joe, le plus jeune frère de Danny Coughlin) !



Extrait :

« La langue des hommes se met à fourcher dès leur naissance. Il en a toujours été ainsi. L’oiseau ne peut  pas mentir. Le lion est un chasseur, certes redoutable mais fidèle à sa nature. L’arbre et la pierre sont authentiques eux aussi ; ce sont juste un arbre et une pierre. Rien de plus, rien de moins. O l’homme, la seule créature douée de parole, utilise ce cadeau magnifique pour trahir la vérité, pour se trahir, pour trahir la nature et Dieu. »



vendredi 10 juillet 2020

Contes carnivores - Bernard Quiriny

Par Ariane


Auteur : Bernard Quiriny

Titre : Contes carnivores

Genre : nouvelles

Langue d’origine : français

Editeur : éditions du Seuil

Nombre de pages : 252p

Date de parution : mars 2008

Mon avis :

Parmi la longue liste d’auteurs dont j’ai souvent croisé le nom sans avoir eu l’occasion de les découvrir, Bernard Quiriny figure en bonne place. Je me suis lancée après une récente chronique de Keisha sur ce recueil de nouvelles. N’étant donc pas familière de l’auteur, je me demande si ces nouvelles étranges et déroutantes sont représentatives de son œuvre. Pourtant, en général je ne suis pas une grande adepte du genre. Mais la singularité des histoires imaginées par Bernard Quiriny, portées par une écriture vive et imagée, m’ont largement conquise. J’ai parfois pensé à Poe ou à Vian, pas les références les lus honteuses !

Ainsi on rencontre une jeune femme pelée comme une orange, un homme qui entend tout ce que les autres disent de lui, un évêque qui a plusieurs corps, une société de secrète d’amoureux des marées noires, une tribu au langage incompréhensible, un séducteur qui mélange ses conquêtes, un célèbre artiste qui ne peint que sur des œufs dont l’un est très particulier, un botaniste qui voue une passion féroce à une dangereuse plante carnivore,… et toujours le fameux Pierre Gould.

C’est étrange, original, sarcastique, poétique et macabre. Oui tout ça à la fois ! Alors forcément, on en redemande.



Extrait :

« Pierre Gould écrivit un roman intitulé" Histoire d'un dormeur" qui était selon lui le lipogramme le plus contraignant du monde : il s'était interdit toutes les lettres de l'alphabet, sauf le z. Cela donnait : "Zzzzz, zzzz,zzzz" et ainsi de suite sur trois cents pages »



« Un puissant parfum d'orange envahit la pièce. Parfois, elle avait un geignement langoureux ; je pense qu'elle prenait plaisir à cette mise à nu et que la sensation de sa seconde peau se décollant de la première la transportait. »