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mardi 13 février 2018

Le courage qu'il faut aux rivières - Emmanuelle Favier

Par Ariane



Auteur : Emmanuelle Favier
Titre : Le courage qu’il faut aux rivières
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 217p
Date de parution : août 2017



Présentation de l’éditeur :
Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l’arrivée d’Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité et au péril du désir.


Mon avis :
Je me souviens d’un documentaire il y a quelques années, dont je serais bien en peine de retrouver le titre, grâce auquel j’avais découvert avec surprise cette tradition des « vierges jurées ». Alors bien sûr, ce roman ne pouvait que m’intriguer.
Manushe vit la vie ordinaire d’un homme dans son petit village natal. Mais Manushe n’est pas un homme ordinaire, elle est une femme mais a juré de renoncer à sa vie de femme et de mener une vie d’homme pour échapper à un mariage non désiré. Tout est remis en question lorsqu’un étranger arrive au village.
L’écriture est belle, il s’en dégage beaucoup de poésie, de force et de douceur à la fois. 
En revanche j’ai trouvé que l’histoire manquait de consistance et que les personnages restaient insaisissables. J’ai donc eu beaucoup de mal à entrer dans cette histoire et à m’intéresser aux destins hors normes de Manushe et Adrian. 
C’est donc une déception, mais la plume de l’auteur m’a plu et je n’hésiterai pas à la relire si l’occasion se présente.


Extrait :
« Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l’arrivée d’Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité et au péril du désir. »


« Alors Adrian regardant le lynx vit tout autre chose. Dans la robe tachetée où jouaient les ombres, dans les yeux soulignés de blanc, dans la collerette de barbe douce et féminine il vit un salut, une promesse, une exhortation même, qui était aussi un avertissement. Il vit une image de sa solitude et la possibilité d’en faire une liberté. »


« Considérant le chemin qui l'avait menée au bord de ce lac, elle repensait aux rivières qui pour former l'étendue continuaient de braver la roche, le gel et la sécheresse, et dont le courage lui ferait à jamais défaut. » 

D'autres avis chez Noukette, Nicole, 

samedi 20 janvier 2018

La salle de bal - Anna Hope

Par Ariane



Auteur : Anna Hope

Titre : La salle de bal

Genre : roman

Langue d’origine : anglais

Traducteur : Elodie Leplat

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 400p

Date de parution : août 2017


Présentation de l’éditeur :

Lors de l’hiver 1911, l’asile d’aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l’enfance. Si elle espère d’abord être rapidement libérée, elle finit par s’habituer à la routine de l'institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l’intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. Ella y retrouvera John, un «mélancolique irlandais». Tous deux danseront, toujours plus fébriles et plus épris.
À la tête de l’orchestre, le docteur Fuller observe ses patients valser. Séduit par l’eugénisme et par le projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit, Fuller a de grands projets pour guérir les malades. Projets qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour Ella et John.



Mon avis :

Comme tout le monde j’ai découvert Anna Hope avec son premier roman, Le chagrin des vivants, qui explorait les traumatismes de la Grande Guerre à travers les portraits de trois femmes. Ayant eu un coup de cœur pour ce roman, j'attendais avec curiosité le nouveau roman de l'auteur.

Cette fois-ci, elle s’intéresse au traitement de la maladie mentale au début du 20ème siècle et notamment au débat eugéniste. A nouveau elle organise son intrigue autour de trois personnages principaux, dont les récits se succèdent et se complètent parfois. Cette construction donne un certain rythme au récit et permet surtout de s’attacher à plusieurs personnages. Quoique j’ai eu du mal à m’attacher à Ella. Si les premiers chapitres consacrés à son arrivée à l’asile et à sa crise de folie à la filature sont vraiment intéressants, j’ai finalement trouvé ce personnage assez fade. Entre John et Ella naît une jolie histoire d’amour, un amour tendre et pudique tout autant que passionné et fou. Et c’est dans la fameuse salle de bal que naît cet amour, au rythme des danses hebdomadaires. Ensuite il y aura les mots, cachés et secrets, des mots qui ouvrent une fenêtre sur la liberté.

Le personnage le plus intéressant du trio est sans conteste, à mes yeux tout au moins, le docteur Fuller. Si au  départ, j’ai été assez touchée par ce jeune médecin enthousiaste, passionné de musique, persuadé que celle-ci ainsi que la danse peuvent guérir les aliénés, ce personnage devient de plus en plus terrifiant au fur et à mesure que ses propres zones d’ombre se révèlent.

Mais le véritable intérêt réside dans le thème principal du roman : le traitement des aliénés. Ou plutôt de ceux qui sont considérés comme tels. Car les raisons ayant conduit à l’internement de certains de ces soi-disant aliénés sont surprenantes. A Sharston, les patients semblent relativement bien traités (en tout cas la plupart du temps), en comparaison de ce qui se passait à l’époque dans de nombreux asiles. Ils sont bien nourris, ont des distractions, des visites, du travail. Mais il n’y a pas de traitement, ni de suivi. J’ai été particulièrement surprise d’apprendre la part prise par Winston Churchill dans le débat concernant l’amélioration de la race par la stérilisation.

Les critiques sur ce roman étant très enthousiastes mes attentes étaient assez élevées, et j'ai effectivement passé un bon moment avec ce roman même si je ne suis pas totalement conquise.



Extrait :

« Lors de leur rencontre suivante, ils continuèrent à se mouvoir en silence, sans presque se regarder, mais c'était un homme différent avec lequel elle dansait, désormais. Quelqu’un dont l'intérieur, elle le savait, se déployait sur des kilomètres, même si son extérieur était aussi fermé et barricadé qu'avant. »

mardi 9 janvier 2018

L'embaumeur ou l'odieuse confession de Victor Renard - Isabelle Duquesnoy

Par Ariane





Auteur : Isabelle Duquesnoy

Titre : L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : éditions de la Martinière

Nombre de pages : 528p

Date de parution : août 2017

Présentation de l’éditeur :

« Pute borgnesse ! »
Victor Renard n’eut jamais de chance avec les femmes. À commencer par sa mère, l’épouvantable Pâqueline, qui lui reprochait d’être venu au monde en étranglant son frère jumeau de son cordon ombilical. Puis ce fut Angélique, la prostituée, qui se moquait des déclarations enflammées de Victor et de sa difformité, comme de sa « demi-molle ».
Victor échappe pourtant à sa condition misérable : il devient embaumeur. Avec les cadavres, au moins, le voilà reconnu. Et en ces temps troublés, quelle meilleure situation ? Les morts, après la Révolution, ne manquent pas dans Paris…
Mais le sort le rattrape et l’épingle, comme le papillon sur l’étaloir. Face à ses juges et à la menace de la guillotine, Victor révèle tout : ses penchants amoureux, les pratiques millénaires de la médecine des morts, le commerce des organes et les secrets de sa fortune.
Où l’on découvrira que certains tableaux de nos musées sont peints avec le sang des rois de France…



Mon avis :

Devant ses juges, Victor Renard fait le récit de sa triste et pitoyable vie. Fils non désiré et encore moins aimé, il subit les brimades de son père et plus encore de sa mère. S’il eut la chance d’être débarrassé assez tôt de son père, il n’en fut pas de même de sa mère. Entré en apprentissage auprès d’un maître embaumeur, Renard appris les ficelles du métier et ses secrets. Mais il y aura aussi la réussite, la richesse, l’amour… avant la chute.

Autant le dire tout de suite : s’il est vrai qu’il existe des parallèles entre ce roman et Le parfum,  les différences sont tout de même notables. Pour commencer, Victor Renard n’a pas l’envergure d’un Jean-Baptiste Grenouille. Il suscite un apitoiement méprisant chez le lecteur qui se demande avant toute chose ce qui a conduit cet homme plutôt pitoyable devant la justice. L’odieux Grenouille, lui, suscite une fascination horrifiée, on le déteste et on l’adore à la fois. Renard ne manque pas d’intérêt pourtant. C’est un personnage complexe et attachant, naïf et sentimental, gentil et généreux, mais en même temps lâche et sournois.

Si le personnage de Victor est intéressant, alors que dire de sa mère ? Ô l’odieuse bonne femme ! Sournoise, cupide et manipulatrice, elle est aussi bête que méchante, et tout aussi laide. Magnifique !

J’ai suivi avec passion l’histoire de Victor Renard, j’ai frémi pour lui face aux cruautés de Pâqueline, je l’ai suivi dans les rues grouillantes de Paris, assisté aux embaumements, attendu avec impatience de savoir ce qui l’a mené devant le tribunal, multiplié les hypothèses au fur et à mesure du déroulement de sa confession.

Isabelle Duquesnoy nous entraîne dans un Paris fangeux et populaire, dans ses rues, à côté du petit peuple qui se débrouille avant tout pour survivre et assiste, un peu éberlué, aux événements qui vont changer le destin de la France. Et elle nous dévoile les dessous peu ragoûtants de certains tableaux !

C’est drôle, intelligent, passionnant, surprenant… une pépite quoi !



Extrait :

« Je sais que ma condamnation est décidée, le récit des circonstances de mon forfait n’est, à vos oreilles, qu’un divertissement puisque vous en connaissez la fin ; vos gens m’ont surpris en flagrant délit. L’histoire de ma vie, ce sentier qui m’a conduit à commettre ma faute, ne servira qu’à persuader les foules de ma monstruosité. De quoi vous combler, vous divertir, car les affaires comme les miennes se raréfient. »

 L'avis de Nicole, Keisha