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mardi 6 décembre 2016

La valse des arbres et du ciel - Jean-Michel Guenassia

Par Ariane



Auteur : Jean-Michel Guenassia

Titre : La valse des arbres et du ciel

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Albin Michel

Nombre de pages : 304p

Date de parution : août 2016

Présentation de l’éditeur :

Auvers-sur-Oise, été  1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies.
Jean-Michel Guenassia  nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours.
Et si le docteur Gachet n’avait pas été l’ami fidèle des impressionnistes mais plutôt un opportuniste cupide et vaniteux ? Et si sa fille avait été une personne trop passionnée et trop amoureuse ? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? Et si une partie de ses toiles exposées à Orsay étaient des faux ?…
Autant de questions passionnantes que Jean-Michel Guenassia  aborde au regard des plus récentes découvertes sur la vie de l’artiste. Il trouve des réponses insoupçonnées, qu’il nous transmet avec la puissance romanesque et la vérité documentaire qu’on lui connaît depuis Le Club des incorrigibles optimistes.



Mon avis :

En cette rentrée littéraire, plusieurs romans traitent de l’art et des artistes. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, aussi ces romans m’attirent-ils particulièrement. J’ai commencé par New York, esquisses nocturnes que j’ai trouvé très bien écrit, mais l’art moderne et urbain ne me touche pas du tout. Je suis bien plus sensible aux œuvres de Monet (sujet d’un autre nouveau roman que j’ai bien l’intention de lire) ou de Van Gogh dont il est ici question.

Jean-Michel Guenassia revient sur les derniers mois de vie de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise, pendant lesquels il a été en contact étroit avec le docteur Gachet. Guenassia imagine une histoire d’amour intense entre l’artiste et Marguerite, la fille du médecin. Marguerite est une jeune fille intelligente, passionnée de peinture et qui rêve d’un autre avenir que d’être simplement épouse et mère. La découverte de la peinture de Van Gogh la bouleverse, elle est conquise autant par l’homme que par son œuvre. L’histoire d’amour qui naît entre eux semble toutefois à sens unique, la peinture étant la priorité de l’artiste. 
Marguerite Gachet dans son jardin (1890)

Se basant sur certains témoignages remettant en cause la thèse officielle du suicide de Van Gogh, Guenassia revisite totalement l'histoire. L’amourette de Vincent et Marguerite est séduisante. Alors bien sûr, les personnages imaginés par Guenassia sont bien différents de ceux dont ils sont inspirés, mais ce sont de beaux personnages, c’est une belle histoire d’amour et c’est un vibrant hommage à  l’œuvre exceptionnelle de Van Gogh. A cet homme qui a connu la misère, dont le talent n’a pas été reconnu de son vivant et qui a souffert de troubles mentaux, Guenassia offre l’amour et l’espoir. 
Les champs aux corbeaux (1890)


Je n’avais pas encore eu l’occasion de lire Guenassia, et ce malgré l’avalanche de billets plus que positifs consacrés à son précédent roman, Le club des incorrigibles optimistes (il faut dire que pour une raison qui m'échappee, les titres à rallonge me rebutent) et ce roman est une excellente découverte. 




Extrait :

« Je me suis souvent demandé comment Vincent voyait le monde. Chaque jour de ma vie, je me suis interrogée : qui avait-il de si particulier dans ses yeux, de si extraordinaire dans son regard, pour qu'il peigne de cette façon ? Je n'ai pas la réponse. »


Les avis d'Eva, Laure,

mardi 23 février 2016

Someone - Alice McDermott

Par Ariane

Auteur : Alice McDermott
Titre : Someone
Genre : roman
Langue d’origine : anglais (Etats-Unis)
Traducteur : Cécile Artaud
Editeur : Table ronde
Nombre de pages : 272p
Date de parution : août 2015

Présentation de l'éditeur :
Brooklyn, années 30, quartier irlandais. Marie vit avec ses parents, immigrés avant sa naissance, et son grand frère Gabe dans un minuscule appartement bien astiqué. Son père boit trop mais il aime sa fille tendrement. Sa mère a la rudesse des femmes qui tiennent le foyer. Tandis que Gabe se destine dès le plus jeune âge à la prêtrise, Marie traîne sur les trottoirs de New York avec ses copines, colportant les cancans du bloc d'immeubles, assistant aux bonheurs et aux tragédies d'une quartier populaire. Viendront le temps des premiers émois, puis du premier emploi, chez le croque-mort du quartier, le débonnaire M. Fagin. Un jour, elle rencontre Tommie, GI détruit par la guerre qui vient de s'achever, employé d'une brasserie de bière et ancien paroissien de Gabe. Tommie est ce qu'on appelle «un gars bien». Ensemble, ils vont élever quatre enfants qui connaîtront l'ascension sociale américaine.

Mon avis :

J'aime les personnages comme Marie l'héroïne de ce roman. Marie est une femme ordinaire au destin lui aussi ordinaire. Mais l'ordinaire recèle toujours une partie d'extraordinaire. Et c'est à travers ses souvenirs que nous découvrons sa vie.

Dans les années , Marie grandit dans le quartier de Brooklyn entourée d'un père aimant mais qui boit trop, d'une mère occupée par les tâches ménagères et d' un grand frère qui se destine très tôt à la prêtrise. J'ai particulièrement apprécié cette partie du roman, la description de la famille de Marie mais plus encore de la vie quotidienne de ce quartier habité en majorité par des immigrants irlandais.

Nous suivons toujours les pas de Marie, l'adolescence, le premier amour, l'entrée dans la vie professionnelle, le mariage, la maternité, la vieillesse... Nous l'accompagnons dans toutes les étapes de sa vie au fur et à mesure qu'elle nous en raconte les moments marquants.

Marie est un personnage attachant. Le genre de personnage auquel on peut facilement s'identifier, le genre de personnage réaliste qu'on s'attend presque à croiser au coin de la rue.

Alice McDermott nous offre la fresque d'une vie ordinaire avec en toile de fond le quartier qui se transforme, le monde qui change. J'ai beaucoup apprécié l'écrite subtile de l'auteur.


Extrait :

« Debout, à une extrémité de a table, mon frère s'était lancé dans un grand discours, pendant que ma mère remplissait les assiettes. Nous étions assises toutes les deux, la tête levée vers lui. C'était là le langage des hommes timides, me dis-je, des hommes trop seuls avec leurs lectures et leurs idées - sur la politique, la guerre, les pays lointains, les tyrans. Des hommes qui préféraient enfouir la tête là-dedans plutôt que de voir le simple chagrin d'amour d'une femme. »

L'avis de Clara, Mimi,

vendredi 12 février 2016

Patte de velours, oeil de lynx - Maria Ernestam

Par Ariane



Auteur : Maria Ernestam

Titre : Patte de velours, œil de lynx

Genre : roman

Langue d’origine : suédois

Traducteur : Esther Sermage

Editeur : Gaïa

Nombre de pages : 120p

Date de parution : octobre 2015

Présentation de l’éditeur :

Êtes-vous sûr de bien connaître vos voisins ?

Sara et Björn quittent la vie citadine pour s’installer à la campagne dans la maison qu’ils viennent de rénover. Un paradis d’espace et de liberté pour eux comme pour leur chat. Le couple d’en face, uniques voisins, leur réserve un accueil des plus cordial, Thermos de café et brioches maison. Ils n’ont qu’un seul défaut, leur propre chat, un animal belliqueux qui défend son territoire toutes griffes dehors. Tel chat, tel maître ? Les cicatrices du passé et la fragilité des êtres révèlent parfois de bien sombres desseins. Au fond du jardin ou derrière les rideaux tirés, une guerre des nerfs s’engage. Délicieusement cruel.

Un conseil : Ne sortez jamais sans votre sécateur.



Mon avis :

« L’enfer, c’est les autres » disait Sartre. Sara et Björn, les personnages de ce court toman, approuveraient sans doute. Ils viennent de quitter la ville et d’acheter la maison de leurs rêves à la campagne. Une jolie maison dans un cadre charmant, des voisins sympathiques. Tout semble idyllique. Si ce n’était le chat desdits voisins qui terrorise la chatte du jeune couple. De l’animosité entre les deux animaux, naîtra une hostilité entre les deux couples, ou plutôt entre les deux femmes. Et le rêve de virer au cauchemar.

Malheureusement, je n’ai pas vraiment accroché avec le traitement de la situation. Il s’agit d’un roman très court (moins de cent pages de texte) et les évènements s’enchaînent trop rapidement pour que l’on y croie ou pour que l’on s’attache aux personnages. Les relations entre les deux couples passent trop rapidement de la cordialité à la haine, la montée en tension n’est pas crédible. Je n’ai pas non plus apprécié la révélation du passé de la voisine (quel intérêt ?) pas plus que la fin, ces éléments me rappelant les téléfilms de l’après-midi devant lesquels somnolait ma grand-mère.

C’est dommage car j’aimais bien l’idée de départ. J’ai également aimé le ton de l’auteur, mordant et vif, très agréable à lire.

Dommage, la rencontre fut manquée.



Extrait :

« Il n'était pas plus grand que ses adversaires, non, mais il avait le combat dans le sang. Ses gènes portaient les traces de générations de chats sauvages qui, ayant échappé au fléau du dorlotage, s'étaient battus pour leur survie et leur nourriture. Il n'éprouvait que du mépris envers ses congénères qui recherchaient la chaleur du foyer et les caresses de leur maître dès qu'ils sentaient poindre l'orage. Ces poltrons méritaient d'être refoulés à coups de griffe à l'intérieur de leurs maisons douillettes et de passer le restant de leur vie à pleurnicher devant une fenêtre close. »





Lu dans le cadre du challenge Petit bac (catégorie animal) et Tour du monde (Suède)

mardi 5 janvier 2016

D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds - Jon Kalman Stefansson

Par Ariane


Auteur : Jon Kalman Stefansson

Titre : D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds

Genre : roman

Langue d’origine : islandais

Traducteur : Eric Boury

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 442p

Date de parution : août 2015

Présentation de l’éditeur :

«Elle est plus belle que tout ce qu’il a pu voir et rêver jusque-là, à cet instant, il ne se souvient de rien qui puisse soutenir la comparaison, sans doute devrait-il couper court à tout ça, faire preuve d’un peu de courage et de virilité, pourtant il ne fait rien, comme s’il se débattait avec un ennemi plus grand que lui, plus fort aussi, c’est insupportable, il serre à nouveau les poings, récitant inconsciemment son poème d’amour. Elle s’en rend compte et lui dit, si je dénoue mes cheveux, alors tu sauras que je suis nue sous ma robe, alors tu sauras que je t'aime.»
Ari regarde le diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le célèbre capitaine et armateur Oddur, alors que son avion entame sa descente vers l’aéroport de Keflavík. Son père lui a fait parvenir un colis plein de souvenirs qui le poussent à quitter sa maison d'édition danoise pour rentrer en Islande. Mais s’il ne le sait pas encore, c’est vers sa mémoire qu’Ari se dirige, la mémoire de ses grands-parents et de leur vie de pêcheurs du Norðfjörður, de son enfance à Keflavík, dans cette ville «qui n’existe pas», et vers le souvenir de sa mère décédée.
Jón Kalman Stefánsson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d’histoire islandaise. Lorsque Ari atterrit, il foule la terre de ses ancêtres mais aussi de ses propres enfants, une terre que Stefánsson peuple de personnages merveilleux, de figures marquées par le sel marin autant que par la lyre. Ari l’ancien poète bien sûr, mais aussi sa grand-mère Margrét, que certains déclareront démente au moment où d’autres céderont devant ses cheveux dénoués. Et c’est précisément à ce croisement de la folie et de l’érotisme que la plume de Jón Kalman Stefánsson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté.



Mon avis :

Finir l’année sur un coup de cœur, que demander de mieux ? J’avais adoré Entre ciel et terre et j’ai donc repéré le nouveau roman de Stefansson lors de sa parution. Je l’ai sélectionné dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire Price Minister et j’ai eu la chance de le recevoir. J’ai un peu tardé à en commencer la lecture mais une fois ouvert il a été impossible de le lâcher.

Jon Kalman Stefansson entremêle trois époques, trois histoires dans la petite ville de Keflavik. Dans les années 20, Oddur et Margret qui se connaissent depuis l’enfance s’aiment et se marient, dans les années 80 leur petit-fils Ari revient vivre à Keflavik avec son père et sa belle-mère, à l’époque actuelle Ari revient une nouvelle fois à Keflavik retrouver son père mourant.

A travers ces trois histoires, avec ces personnages principaux et tous ceux qu’ils croisent, Stefansson évoque le temps qui passe et la nostalgie qui en découle, les rêves de jeunesse qui s’éloignent et disparaissent devant les réalités de l’existence, les questions existentielles sur la vie, l’amour, la mort,… Mais aussi des sujets beaucoup plus terre à terre touchant à la situation économique et politique de l’Islande.

Tout le récit est empreint d’une tristesse nostalgique touchante. Et comme dans son précédent j’ai été totalement captivée par l’écriture de Jon Kalman Stefansson. Quelle beauté ! Chaque phrase se savoure et même le quotidien le plus trivial est magnifié par ces mots emplis de beauté et de poésie. Car ce n’est pas une Islande de carte postale que nous découvrons ici. Mais une Islande âpre et rude, une nature hostile que l’homme doit affronter pour survivre, une mer qui est à la fois amie et ennemie. Pourtant, il révèle plus qu’aucun autre la beauté sauvage de son pays et fait éprouver à son lecteur la nostalgie d’un monde perdu où l’homme vivait par et pour la mer.  

Cela a été un grand plaisir de lecture et désormais je n’attendrais pas si longtemps pour continuer à découvrir l’œuvre de Jon Kalman Stefansson.



Extrait :

« Il regarde son père à travers le mur de silence qui les sépare, brusquement envahi par le désir irrépressible de dire tout haut le prénom de cette femme, celle qui, âgée d’à peine trente ans, a laissé derrière elle un enfant, un monde, un univers de possibles, de livres non lus, des chansons qu’elle n’a pas chantées, des villes qu’elle n’a pas vues. Ce prénom repose sur le bout de sa langue, à la fois léger comme une plume et d’une lourdeur de plomb, il voudrait tant le cracher à la figure de son père comme un châtiment, une exhortation, un pont, une larme, un poing, un désespoir. »

Lu dans le cadre du challenge Un pavé par mois et Petit bac (catégorie ponctuation)
 

L'avis de Jérôme