mardi 5 janvier 2016

D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds - Jon Kalman Stefansson

Par Ariane


Auteur : Jon Kalman Stefansson

Titre : D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds

Genre : roman

Langue d’origine : islandais

Traducteur : Eric Boury

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 442p

Date de parution : août 2015

Présentation de l’éditeur :

«Elle est plus belle que tout ce qu’il a pu voir et rêver jusque-là, à cet instant, il ne se souvient de rien qui puisse soutenir la comparaison, sans doute devrait-il couper court à tout ça, faire preuve d’un peu de courage et de virilité, pourtant il ne fait rien, comme s’il se débattait avec un ennemi plus grand que lui, plus fort aussi, c’est insupportable, il serre à nouveau les poings, récitant inconsciemment son poème d’amour. Elle s’en rend compte et lui dit, si je dénoue mes cheveux, alors tu sauras que je suis nue sous ma robe, alors tu sauras que je t'aime.»
Ari regarde le diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le célèbre capitaine et armateur Oddur, alors que son avion entame sa descente vers l’aéroport de Keflavík. Son père lui a fait parvenir un colis plein de souvenirs qui le poussent à quitter sa maison d'édition danoise pour rentrer en Islande. Mais s’il ne le sait pas encore, c’est vers sa mémoire qu’Ari se dirige, la mémoire de ses grands-parents et de leur vie de pêcheurs du Norðfjörður, de son enfance à Keflavík, dans cette ville «qui n’existe pas», et vers le souvenir de sa mère décédée.
Jón Kalman Stefánsson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d’histoire islandaise. Lorsque Ari atterrit, il foule la terre de ses ancêtres mais aussi de ses propres enfants, une terre que Stefánsson peuple de personnages merveilleux, de figures marquées par le sel marin autant que par la lyre. Ari l’ancien poète bien sûr, mais aussi sa grand-mère Margrét, que certains déclareront démente au moment où d’autres céderont devant ses cheveux dénoués. Et c’est précisément à ce croisement de la folie et de l’érotisme que la plume de Jón Kalman Stefánsson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté.



Mon avis :

Finir l’année sur un coup de cœur, que demander de mieux ? J’avais adoré Entre ciel et terre et j’ai donc repéré le nouveau roman de Stefansson lors de sa parution. Je l’ai sélectionné dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire Price Minister et j’ai eu la chance de le recevoir. J’ai un peu tardé à en commencer la lecture mais une fois ouvert il a été impossible de le lâcher.

Jon Kalman Stefansson entremêle trois époques, trois histoires dans la petite ville de Keflavik. Dans les années 20, Oddur et Margret qui se connaissent depuis l’enfance s’aiment et se marient, dans les années 80 leur petit-fils Ari revient vivre à Keflavik avec son père et sa belle-mère, à l’époque actuelle Ari revient une nouvelle fois à Keflavik retrouver son père mourant.

A travers ces trois histoires, avec ces personnages principaux et tous ceux qu’ils croisent, Stefansson évoque le temps qui passe et la nostalgie qui en découle, les rêves de jeunesse qui s’éloignent et disparaissent devant les réalités de l’existence, les questions existentielles sur la vie, l’amour, la mort,… Mais aussi des sujets beaucoup plus terre à terre touchant à la situation économique et politique de l’Islande.

Tout le récit est empreint d’une tristesse nostalgique touchante. Et comme dans son précédent j’ai été totalement captivée par l’écriture de Jon Kalman Stefansson. Quelle beauté ! Chaque phrase se savoure et même le quotidien le plus trivial est magnifié par ces mots emplis de beauté et de poésie. Car ce n’est pas une Islande de carte postale que nous découvrons ici. Mais une Islande âpre et rude, une nature hostile que l’homme doit affronter pour survivre, une mer qui est à la fois amie et ennemie. Pourtant, il révèle plus qu’aucun autre la beauté sauvage de son pays et fait éprouver à son lecteur la nostalgie d’un monde perdu où l’homme vivait par et pour la mer.  

Cela a été un grand plaisir de lecture et désormais je n’attendrais pas si longtemps pour continuer à découvrir l’œuvre de Jon Kalman Stefansson.



Extrait :

« Il regarde son père à travers le mur de silence qui les sépare, brusquement envahi par le désir irrépressible de dire tout haut le prénom de cette femme, celle qui, âgée d’à peine trente ans, a laissé derrière elle un enfant, un monde, un univers de possibles, de livres non lus, des chansons qu’elle n’a pas chantées, des villes qu’elle n’a pas vues. Ce prénom repose sur le bout de sa langue, à la fois léger comme une plume et d’une lourdeur de plomb, il voudrait tant le cracher à la figure de son père comme un châtiment, une exhortation, un pont, une larme, un poing, un désespoir. »

Lu dans le cadre du challenge Un pavé par mois et Petit bac (catégorie ponctuation)
 

L'avis de Jérôme

8 commentaires:

  1. Quel écrivain ! J'adore son style, son univers, la profondeur de son propos. Je suis un fan basolu !

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    1. J'ai de la chance il me reste encore plusieurs de ses romans à découvrir.
      Ariane

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  2. Un avis contraire et j'ai plutôt été déçue alors qu'il faisait partie des premiers livres de cette rentrée que je voulais lire.

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  3. Un livre que j'ai très envie de découvrir!
    Daphné

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  4. Un auteur qui est sur ma LAL depuis un bout de temps ; je finirai bien par y arriver ...

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