mardi 19 juillet 2016

Serena - Ron Rash

Par Ariane



Auteur : Ron Rash

Titre : Serena

Genre : roman

Langue d’origine : anglais (américain)

Traducteur : Béatrice Vierne

Editeur : Le livre de poche

Nombre de pages : 528p

Date de parution :

Présentation de l’éditeur :

Années 1930, Smoky Mountains. George Pemberton, riche exploitant forestier, et sa femme Serena forment un couple de prédateurs mégalos, déterminés à couper tous les arbres à portée de main pour accroître leur fortune. Mais le projet d'aménagement d'un parc national, pour lequel l'État convoite leurs terres, menace leurs ambitions. Pemberton s'emploie à soudoyer banquiers et politiciens. Sans états d'âme, Serena a d'autres arguments : le fusil, le couteau, le poison, et un homme de main dévoué… Après Un pied au paradis, Ron Rash nous propose un drame élisabéthain sur fond de Dépression et de capitalisme sans foi ni foi. La nature, hostile et menacée, s’y mesure âprement aux pires recoins de l’âme humaine.



Mon avis :

Bien que fervente admiratrice de l’œuvre de Ron Rash, j’abordais ce roman avec une certaine inquiétude. Car sur les autres blogs, il n’a pas vraiment séduit. Mais bien décidée à lire l’intégralité de l’œuvre de l’auteur (en tout cas ce qui a été publié en français), je me suis lancée. Et à la différence des autres bloggeuses j’ai eu un énorme coup de cœur !

Ron Rash situe ce roman dans les années 30, juste après la Grande Dépression, dans l’état de Caroline du nord. Dans le décor majestueux des Smoky Mountains, George Pemberton et sa femme Serena, dirigent une main de fer. George Pemberton est un homme intelligent, homme d’affaire avisé et ambitieux. C’est un personnage intéressant, car si l’homme semble au départ dur et sans scrupules, on découvre au fil du récit une personnalité bien moins marquée. Surtout en comparaison de sa femme !

Serena est un superbe personnage littéraire. Semblable à la nature de l’aigle qui l’accompagne souvent elle est fascinante et magnifique, mais aussi implacable et cruelle. Serena est une femme forte et indépendante, aux antipodes de ce que la plupart des hommes attendent d’une épouse dans les années 30. Loin de se cantonner à un rôle de femme au foyer, Serena s’implique dans la gestion quotidienne de l’exploitation, faisant preuve d’un sens des affaires plus affûté que celui de son époux. Serena est prête à tout pour parvenir à ses fins. Elle a décidé de terminer coûte que coûte l’exploitation de leurs terres malgré le projet de création d’un parc national et tandis que son mari se contente de graisser la patte de quelques politiques, Serena n’hésitera pas à aller jusqu’au meurtre. Elle fait preuve d’une froide détermination, faisant exterminer un par un tous ceux qui osent se mettre en travers de sa route. Ce n’est pas vraiment l’appât du gain qui la motive, mais le sentiment d’être au-dessus des autres et le désir de vouloir dominer. Serena est plus proche de l’animal que de la femme, dure, pure et sauvage. Un prédateur comme l'aigle qui l'accompagne, les serpents à sonnettes omniprésents dans la région ou le puma que son mari traque.

De nombreux autres personnages magnifiques sont présents dans l’œuvre : le shérif MacDowell bien décidé à ne pas laisser les Pemberton détruire ses montagnes ni leurs crimes restés impunis ; Galloway le méchant par excellence, aussi laid que méchant, âme damnée et dévouée de Serena ; l’équipe de Snipes sur laquelle je reviendrai un peu plus tard. Et bien sûr Rachel, jeune fille tombée enceinte des œuvres de Pemberton avant sa rencontre avec Serena.

Le récit se déroule dans les années 30, dans un climat économique particulièrement éprouvé. La pauvreté et le chômage se font durement sentir, et malgré les conditions de travail difficiles et dangereuses qu’offrent les Pemberton, de nombreux hommes sont prêts à tout pour avoir une chance de nourrir leurs familles. Ils sont des dizaines à attendre dans le camp, qu’un accident libère un poste. Pendant ce temps-là, les Pemberton et leurs associés font des profits grandissants. La critique d’un système qui broie les uns tout en engraissant les autres est plus que jamais d’actualité.

Au-delà de cette dénonciation d’un capitalisme outrancier, le plaidoyer pour la nature est vivace, comme toujours dans l’œuvre de Ron Rash. L’aigle de Serena tue de nombreux serpents mais cela cause un déséquilibre car les rats et autres rongeurs commencent à pulluler. L’exploitation des Pemberton déboise des pans entiers de forêts, détruisant la faune et la flore. Ils laissent derrière eux des versants à nu, dévastés, une eau polluée et un silence de mort. Un carnage. Un massacre.

La présentation faisait référence à un drame élisabéthain, j’ai aussi trouvé des accents de tragédie grecque dans ce roman. L’équipe de Snipes tenant le rôle du chœur antique. Régulièrement, ces hommes frustes réagissent sur les évènements et actions des protagonistes. Ils ne sont pas acteurs de l’histoire, mais observateurs et commentateurs. Ils représentent à la fois les ouvriers et les montagnards, mais aussi l’auteur et le lecteur. Leurs réflexions offrent parmi les plus beaux passages du roman, réflexions tantôt humoristiques tantôt philosophiques.

Ai-je besoin de revenir sur la qualité d’écriture de Ron Rash ? Car au-delà de son talent pour construire des personnages et une histoire passionnants, c’est un réel plaisir de le lire.

Un film a été adapté en 2014 par Susanne Bier, avec dans les rôles principaux Jennifer Lawrence et Bradley Cooper. Je reconnais que ce roman se prêtait particulièrement à une adaptation cinématographique, tous les éléments étant réunis pour donner un bon film (l’histoire, les personnages, le décor,…). Mais je suis très souvent sceptique devant les adaptations que je trouve rarement à la hauteur de l’œuvre originelle. Pour celle-ci je n’ai vu que la bande annonce et j’ai bien peur que le résultat soit une bluette sentimentale mettant avant tout l’accent sur la relation passionnelle de Pemberton et Serena que sur les éléments les plus passionnants du roman. Du peu que j’en ai vu, la Serena campée par Jennifer Lawrence m’a semblé une héroïne romantique à cent lieues de la femme du roman.

J’ai vraiment aimé ce roman, je l’ai même préféré aux autres romans de l’auteur. Je ne peux que le conseiller en espérant que votre ressenti soit le même que le mien. Il ne m’en reste désormais plus qu’un à lire et j’aurai lu tout ce qui a été traduit de l’auteur. J’espère donc que son dernier roman (paru en 2015) sera bientôt publié en France !



Extrait :

« Qu’est-ce qu’y peut être dur, ce monde où qu’on vit. Pas étonnant qu’un bébé, y pleure en arrivant sur la terre. Dès le premier jour, on traverse une vallée de larmes. »

D'autres avis : Eva, Clara, Papillon, Keisha, Aifelle, Cathulu

http://ennalit.canalblog.com/archives/2016/01/01/33098969.htmlhttps://deslivresdeslivres.wordpress.com/2014/06/05/challenge-1-pave-par-mois/comment-page-1/

8 commentaires:

  1. Je les ai tous l us aussi (y compris les nouvelles). Serena n'est pas mon préféré, mais c'est sûr que 'tragédie grecque' est une expression adaptée pour ces romans là.

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    1. J'ai trouvé que ça convenait parfaitement à ce roman.
      Ariane

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  2. Ah, je l'ai beaucoup aimé ! Tu ne trouveras mon avis que sur Babelio, où restent les vestiges de mon ancien blog. J'ai vu le film bien plus récemment, et l'adaptation m'a fait hausser les sourcils, ainsi que le maquillage et le brushing de Serena, pourtant présentée comme une sorte de sauvageonne...

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    1. Je vais lire ta critique sur babelio. Et tu confirmes mon impression que le côté lisse du personnage de Serena dans l'adaptation cinématographique, à milles lieues du personnage flamboyant de Ron Rash.
      Ariane

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  3. C'est le plus sombre de l'auteur, mais quel personnage ! j'avais aimé, quand j'y pense elle me fait encore froid dans le dos Séréna.

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  4. Toujours pas lu cet auteur, j'ai pourtant deux de ses titres dans ma pal (mais pas celui-ci).

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    1. J'espère que et auteur te plaira, pour moi c'est un incontournable.
      Ariane

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