vendredi 6 novembre 2015

Les prépondérants - Hédi Kaddour

Par Ariane



Grand prix de l’Académie française

Auteur : Hédi Kaddour

Titre : Les prépondérants

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 464p

Date de parution : août 2015

Présentation de l’éditeur :

Au printemps 1922, des Américains d’Hollywood viennent tourner un film à Nahbès, une petite ville du Maghreb. Ce choc de modernité avive les conflits entre notables traditionnels, colons français et jeunes nationalistes épris d’indépendance.
Raouf, Rania, Kathryn, Neil, Gabrielle, David, Ganthier et d’autres se trouvent alors pris dans les tourbillons d’un univers à plusieurs langues, plusieurs cultures, plusieurs pouvoirs. Certains d’entre eux font aussi le voyage vers Paris et Berlin, vers de vieux pays qui recommencent à se déchirer sous leurs yeux. Ils tentent tous d’inventer leur vie, s’adaptent ou se révoltent. Il leur arrive de s’aimer.
De la Californie à l’Europe en passant par l’Afrique du Nord, Les Prépondérants nous entraînent dans la grande agitation des années 1920. Les mondes entrent en collision, les êtres s’affrontent, se désirent, se pourchassent, changent. L’écriture alerte et précise d’Hédi Kaddour serre au plus près ces vies et ces destins



Mon avis :

« Voilà un roman qui a tout du Goncourt », me suis-je dit plusieurs fois pendant ma lecture. Car, en effet ce dernier roman de Kaddour est tout à fait le genre de roman que l’on imagine recevoir un prix littéraire. Il est passé de peu à côté du Goncourt, mais il a reçu il y a quelques jours, en binôme avec Boualem Sansal, le Grand Prix de l’Académie Française.

Dans ce roman, Hédi Kaddour confronte Américains, Français et Tunisiens dans le microcosme d’une petite ville tunisienne au début des années 20. Dans cette époque de bouleversements faisant suite à la Grande Guerre, le désir de modernité et d’émancipation des uns se heurte à la peur et au traditionalisme des autres. L’arrivée d’une équipe de tournage américaine

Les personnages d’Hédi Kaddour sont forts. Toute une galerie de personnages principaux autour desquels gravitent de nombreux personnages secondaires. Rania, jeune veuve tunisienne cultivée et indépendante, bénéficiant de la tendre complicité de son père mais sous la menace de la tutelle d’un frère ne supportant la forte personnalité de sa sœur, si peu conforme à ce que l’on attend d’une femme, Raouf, incarnation d’une jeunesse cultivée et moderne, éprise de liberté et d’émancipation. Kathryn, jeune actrice séduisante et son époux Neil, le réalisateur. Gabrielle, journaliste parisienne, femme moderne et libre. Ganthier, colon attaché au protectorat. Tous ces personnages se croisent et évoluent.

Hédi Kaddour reconstitue avec minutie une époque, les interrogations politiques et sociales des personnages qui se situent à la croisée des chemins. Tout au long de ce roman, j’ai ressenti cette dualité entre immobilisme et portée vers l’avant. Et cela se ressent également dans le destin des personnages. L’écriture de Hédi Kaddour est dense, il y a une certaine monotonie, mais sans ennui, les mots coulent avec fluidité.

Un tout petit détail m’a dérangée à la fin : j’ai trouvé les deux derniers paragraphes superflus. Dans ces paragraphes, l’auteur présente en quelques phrases ce que les personnages ont fait après et je n’en ai pas vu l’intérêt. Je trouvais que la dernière phrase du paragraphe précédant ceux-là faisait une excellente phrase de fin. Mais ce n’est là qu’un détail !



Extrait :

« Les Anglais ne sont plus shakespeariens depuis Dickens et ses romans, Dickens les a réconciliés avec la décence et l’humain, ils sont encore un peu salauds pour le principe, mais il n’y a qu’en Amérique que vous pourrez encore croiser Richard III, Lady Macbeth ou Falstaff, des gens qui ont la force de se jeter tête la première dans ce qu’ils dont, au prix de leur tête, ils appellent ça la liberté ; des Falstaff lanceurs d’acier, toujours prêts à en lancer au-dessus d’un fleuve, sous les trains, dans le ciment des gratte-ciel, sur les mers, et à partir de six heures du soir ils baignent dans l’alcool, frelaté ou pas, c’est l’heure où les femmes prennent le pouvoir parce qu’elles sont moins saoules que les hommes, et le lendemain elles divorcent de Falstaff pour épouser Shylock, ou le contraire ! Des shakespeariens qui passent leur temps à rendre fou Othello, ils racontent qu’ils se sont entre-tués pour le libérer et ils lui interdisent de s’asseoir à côté d’eux. »

Lu dans le cadre des challenges Un pavé par mois et Tour du monde (Tunisie)

 
  L'avis de Professeur Platypus,

12 commentaires:

  1. j'avais remarqué ce livre à LGL, et ce que tu en dis me plait beaucoup...hop, un nouveau roman sur ma liste!

    RépondreSupprimer
  2. Je n'ai pas encore lu l'auteur, à vrai dire, je ne sais pas par quoi commencer.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. N'ayant lu que celui-ci je ne peux pas vraiment te conseiller. Alors du coup, je te conseille de commencer avec Les prépondérants !
      Ariane

      Supprimer
  3. Je n l'ai pas encore mis sur ma LAL, un petit quelque chose m'arrête, peut-être les années 20... mais je ne dis pas que je ne le lirai pas un jour.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est en partie l'époque qui m'a attirée au contraire.
      Ariane

      Supprimer
  4. Je ne sais pas pourquoi, ce roman me bloque... il a reçu de bonnes critiques et pourtant, j'ai peur de m'ennuyer...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il est dense c'est vrai mais je ne me suis pas ennuyée une seconde.
      Ariane

      Supprimer
  5. Pourquoi pas, mais j'attendrai la sortie en poche.

    RépondreSupprimer
  6. J'ai prévu de lire prochainement ce livre. Ton billet renforce mon envie.

    RépondreSupprimer