samedi 18 juillet 2015

Faber le destructeur - Tristan Garcia

Par Daphné














Auteur : Tristan Garcia
Titre : Faber le destructeur
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 478
Date de parution : 2013

Résumé de l'éditeur:


«Je ne me rappelle plus clairement notre fuite dans la cour vide du collège. Une lumière blanche aveuglante, à la manière d'un projecteur directement venu du ciel, nous a suivis un instant. Puis Faber a fait le mur derrière les toilettes. Le temps d'enjamber le parapet en ciment, de me râper les genoux contre la pierre crayeuse et le mortier, et nous revoilà en train de galoper dans la ruelle, juste derrière le collège Octave-Joly. Jamais nous n'y sommes retournés. 

Nous avons repris nos esprits. Lorsque le Grand-Cours familier s'est ouvert devant nous, les voitures bourdonnantes du petit matin ont entamé leur ronde routinière sur le boulevard. En s'étirant, Madeleine a ouvert les yeux : "Qu'est-ce qui s'est passé?" 

Faber m'a adressé un clin d'œil. 

Il a indiqué le vieux bâtiment dans notre dos : "On lui a dit adieu." 
"Ah." Madeleine a bâillé. "À qui?" 
"L'enfance, évidemment."»


Mon avis:


Histoire de d'amitié, histoire de violence, histoire de rêves, histoire de désillusion, histoire de trahison: "Faber", c'est tout cela à la fois. 

Enfants, Faber, Madeleine et Basile sont inséparables. Depuis que Faber, à l'école primaire, a défendu Madeleine et Basile contre les moqueries d'autres élèves, ces deux là ne jurent plus que par lui. ensemble, ils vivront leur enfance, puis leur adolescence, unis comme les doigts de la main. Parvenus à l'âge adulte, cependant, leur chemin se séparera.

Ce roman à trois voix nous est conté sur plusieurs années. Nous suivons les personnages durant plusieurs années et assistons ainsi à la dégradation puis à la  chute de leur amitié.

Faber, personnage central autour duquel est construit ce récit est quelqu'un de très énigmatique. Dés l'enfance, on sent que l'on a affaire à quelqu'un hors du commun. Mais qui est il exactement? Un enfant doté d'une remarquable intelligence  ou le diable en personne?  Ou simplement l'incarnation de la désillusion de la jeunesse? Que les chapitre soient narrés de son point de vue, de celui de Basile ou de celui de Madeleine, la même question se pose: qui est réellement Faber? Comment a t-il pu avoir une telle influence sur se deux camarades dont la vie, bien que leur chemin se soient séparés, continuent à tourner autour de lui ? Comment ce personnage si charismatique a t-il pu se retrouver dans l'état pitoyable où le découvre Madeleine au début du livre? 

Toutes ces questions, je me les suis posé, et c'est avec impatience que j'ai attendu la fin du livre afin de pouvoir y répondre. J'ai suivi avec intérêt l'évolution des trois personnages, m'attachant à eux, éprouvant envers Faber la même fascination que Basile et Madeleine. La désillusion m'a paru poignante. Tant de rêves, tant d'espoir de changer les choses pour en arriver à si peu au bout du compte. Quelle cruauté dans cette désillusion si propre au glissement vers l'âge adulte. Faber refuse l'acceptation et cela le poussera à la destruction.

Je me suis donc retrouvée totalement prise dans cette histoire. Et puis, est arrivée la fin...et là...et bien je n'ai toujours pas compris pourquoi l'auteur avait fait le choix d'une telle fin. Étrange, déroutante, pessimiste. Si j'ai aimé la construction de ce roman, l’ambiguïté du personnage de Faber, l'amitié à la fois salvatrice et étouffante qui unit les trois personnages, je n'ai pas tellement apprécié cette fin. Mettant un terme à tout espoir, elle m'a laissé un goût plutôt amer...




Extrait:


"Nous étions des enfants de la classe moyenne d’un pays moyen d’Occident, deux générations après une guerre gagnée, une génération après une révolution ratée. Nous n’étions ni pauvres ni riches, nous ne regrettions pas l’aristocratie, nous ne rêvions d’aucune utopie et la démocratie nous était devenue égale. Nos parents avaient travaillé, mais jamais ailleurs que dans des bureaux, des écoles, des postes, des hôpitaux, des administrations. Nos pères ne portaient ni blouse ni cravate, nos mères ni tablier ni tailleur. 

Nous avions été éduqués et formés par les livres, les films, les chansons — par la promesse de devenir des individus. Je crois que nous étions en droit d’attendre une vie différente. Nous avons fait des études — un peu, suffisamment, trop —, nous avons appris à respecter l’art et les artistes, à aimer entreprendre pour créer du neuf, mais aussi à rêver, à nous promener, à apprécier le temps libre, à croire que nous pourrions tous devenir des génies, méprisant la bêtise, détestant comme il se doit la dictature et l’ordre établi. Mais pour gagner de quoi vivre comme tout le monde, une fois adultes, nous avons compris qu’il ne serait jamais question que de prendre la file et de travailler. A ce moment-là, c’était la crise économique et on ne trouvait plus d’emploi, ou bien c’était du travail au rabais. Nous avons souffert la société comme une promesse deux fois déçue. Certains s’y sont faits, d’autres ne sont jamais parvenus à le supporter. Il y a eu en eux une guerre contre tout l’univers qui leur avait laissé entr’apercevoir la vraie vie, la possibilité d’être quelqu’un et qui avait sonné, après l’adolescence, la fin de la récréation des classes moyennes. "



Lu dans le cadre du challenge Petit Bac 2015, catégorie prénom



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