vendredi 19 mai 2017

Un paquebot dans les arbres - Valentine Goby

Par Daphné





















Auteur : Valentine Goby
Titre : Un paquebot dans les arbres
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Actes sud
Nombre de pages : 272
Date de parution : 2016

Présentation de l’éditeur :

Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le cœur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.
Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l’entraînant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine.
À l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 –, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres.


Mon avis :

Depuis la lecture  - très dure mais tellement prenante - de Kinderzimmer, j'avais envie de lire un autre livre de Valentine Goby. 

Dans les années 50, Mathilde vit avec son frère, sa sœur et ses parents. Admirant et aimant son père malgré le fait que celui ci affiche une préférence pour sa sœur, elle n'a de cesse d'essayer à tout prix de conquérir le cœur de ce père adoré. Alors que son enfance et la vie de la famille se déroule dans les rires et les danses, tout s'écroule le jour où le père de Mathilde tombe malade. Nous sommes dans les années 50, la tuberculose se soigne de mieux en mieux mais les gens continuent d'en avoir peur et elle continue de tuer les gens qui ne bénéficient pas de la sécurité sociale et n'ont pas les moyens de se soigner. A la malade s'ajoute alors l'exclusion et la pauvreté. Mathilde, en grandissant, cherchera à tout prix à venir en aide à sa famille. 

S’inspirant d'un véritable histoire, Valentine Goby dresse avec finesse et respect l’histoire d'une famille où la survie ne tient qu'à un fil et qui enchaîne tour à tour les événements malheureux dus à la maladie. Elle nous fait passer de l’insouciance et du bonheur familial à la déchéance avec une écriture franche et directe qui correspond tout à fait à la personnalité de Mathilde, le personnage principal. Mathilde qui va se battre avec un amour indéfectible pour ses parents et son petit frère, Mathilde à la fois si forte et si fragile qui pousse un cri de révolte contre  l'injustice et l'exclusion. 

Avec beaucoup d'émotion et de détails précis qui montrent à quel point elle s'est documentée sur le sujet, Valentine Goby nous offre là une histoire triste mais belle, belle par son amour, belle par son émotion, par l'hommage rendu à tous les exclus de la société quelle que soit l'époque et le contexte. Un texte profond qui rend leur vie et leur histoire à ceux dont on parle si peu.



Extrait :

"Ça lui fera monter les larmes, Mathilde, à l'automne prochain, l'automne de ses dix-huit ans, quand elle recevra sa première fiche de paie avec ces mots inscrits à la plume, Sécurité sociale, tandis que son père crachera ses bacilles, ruiné. Elle bénéficiaire dès le premier salaire et son père jamais depuis trente-trois ans qu'il trime et depuis quinze ans que la Sécurité sociale existe, commerçant, puis pleurétique, puis vendeur de frites à cause de la maladie qui l'empêche de faire cafetier, la maladie cause la ruine qui prive de soins, aggravant la maladie ; ni pour lui, la Sécurité sociale, ni pour Odile, commerçante, épicière, vendeuse ambulante, éleveuse de souris, professions indépendantes ils disent, débrouille-toi comme tu peux, le rêve c'est pour les salariés. À l'automne prochain, Mathilde lira le montant inscrit dans la petite case sur sa fiche de paie, le chiffre qui aurait changé leur vie, la grande conquête du Conseil national de la Résistance comme elle l'apprendra un jour. Elle apprendra aussi à dater le miracle des Trente glorieuses et la révolution antibiotique, découvrant qu'ils étaient en plein dedans les Blanc, à Limay, à La Roche, en pleine gloire sans le savoir."


2 commentaires:

  1. Récemment encore un enfant est mort de la tuberculose (je ne sais plus dans quelle région)

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  2. Je voudrais vraiment le lire un jour.

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