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dimanche 14 janvier 2024

Requiem pour une apache - Gilles Marchand

 Par Daphné










Auteur : Gilles Marchand
Titre : Requiem pour une apache
Genre : roman
Langue d’origine : français
nombre de pages : 384
Éditeur : Aux forges de Vulcain
Date d'édition : 2022

Résumé de l'éditeur:

Jolene n'est pas la plus belle, pas la plus fine non plus. Et pas forcément la plus sympa. Mais lorsqu'elle arrive dans cet hôtel, elle est bien accueillie. Un hôtel ? Plutôt une pension qui aurait ouvert ses portes aux rebuts de la société : un couple d'anciens taulards qui n'a de cesse de ruminer ses exploits, un ancien catcheur qui n'a plus toute sa tête, une jeune homme simplet, une VRP qui pense que les encyclopédies sauveront le monde et un chanteur qui a glissé sur la voie savonneuse de la ringardisation. Ce petit monde vivait des jours tranquilles jusqu'à ce que Jolene arrive. En quelques mois à peine, l'hôtel devient le centre de l'attention et le quartier général d'une révolte poétique, à l'issue incertaine.

Mon avis:

Je n'ai pas été très assidue sur ce blog en 2023 : je crois n'avoir pas chroniqué la moitié des livres que j'ai lu. Et je ne les chroniquerais sans doute jamais étant donné le retard accumulé! En revanche, je vais essayer de ne pas du totu prendre de retard dans mes lectures de 2024 et de ne plus "laisser passer" aucune de mes lectures. Histoire de me motiver pour cela, je commence l'année par un auteur que j'aime beaucoup. Quoi de mieux qu'un coup de coeur comme première lecture de l'année?

Cela faisait longtemps que j'avais envie de lire ce livre d'autant plus que j'en avais entendu le début il y a deux ans -en direct!- lu par l'auteur lui-même. Un Père-Noël bien attentionné l'a déposé au pied de mon sapin e tje l'ai littéralement dévoré!

Comment décrire ce livre qui navigue entre la fable et la lutte politique et sociale, ce livre auquel les personnages, tous un peu cabossés par la vie, nous entraîne dans une histoire au souffle véritable, une histoire où se mêlent de manière très habile imaginaire et réalité, une histoire de poing levé? Un poing levé, oui, celui de Jolène et, derrière elle, ceux qui ne veulent plus se laisser marcher sur les pieds mais qui, jusque là, n'osaient pas se rebeller, ceux qui sont en marge, ceux qu'on ignore, qu'on rejette ou dont on se moque, un peu ou beaucoup parce qu'ils n'entrent pas tout à fait dans le moule. Jolène fait partie de ces personnes-là et le jour où elle osera enfin dire non, le jour où montera en elle une révolte qu'elle a toujours fait taire, elle se retrouvera, sans vraiment le vouloir et sans même vraiment comprendre pourquoi, à la tête de toute cette troupe d'anti héros qui, à ses côtés, oseront à leur tout lever le poing. 

Le style de Gilles Marchand, un peu décalé, a un côté très fantaisiste mais aussi très réaliste car sous leurs allures de conte, ses livres abordent toujours des sujets importants, des sujets qui me touchent. Toute son originalité réside dans cette écriture un peu décalée et cela fait tout le charme des ses livres dont la plupart ont été pour moid e grands coups de coeur! Celui-ci ne fait pas exception!

Extrait :

"On pourra te confisquer ton argent, ta montre, ta maison, ton travail. Même ta virginité et ton honneur peuvent être volés. Personne ne pourra jamais te voler reprendre les livres que tu as déjà lus. C'est pour ça que l'on fait croire aux pauvres et aux miséreux que la culture n'est pas faite pour eux : parce que l'on sait que s'ils parviennent à l'acquérir, jamais on ne pourra la leur reprendre."


lundi 28 août 2023

L'attente du soir - Tatiana Arfel

 Par Daphné








Auteur :Tatiana Arfel

Titre :L'attente du soir

Genre : roman

Langue d’origine :français

Editeur :José Corti

Nombre de pages :352

Date de parution :  2009


Résumé de l'éditeur:

 Ils sont trois à parler à tour de rôle, trois marginaux en bord de monde.
Il y a d'abord Giacomo, vieux clown blanc, dresseur de caniches rusés et compositeur de symphonies parfumées. Il court, aussi vite qu'il le peut, sur ses jambes usées pour échapper à son grand diable noir, le Sort, fauteur de troubles, de morts et de mélancolie.
Il y a la femme grise sans nom, de celles qu'on ne remarque jamais, remisée dans son appartement vide. Elle parle en ligne et en carrés, et récite des tables de multiplications en comptant les fissures au plafond pour éloigner l'angoisse.
Et puis il y a le môme, l'enfant sauvage qui s'élève seul, sur un coin de terrain vague abandonné aux ordures. Le môme lutte et survit. Il reste debout. Il apprendra les couleurs et la peinture avant les mots, pour dire ce qu'il voit du monde.
Seuls, ces trois-là n'avancent plus. Ils tournent en rond dans leur souffrance, clos à eux-mêmes. Comment vivre ? En poussant les parois de notre cachot, en créant, en peignant, en écrivant, en élargissant chaque jour notre chemin intérieur, en le semant d'odeurs, de formes, de mots. Et, finalement, en acceptant la rencontre nécessaire avec l'autre, celui qui est de ma famille, celui qui, embarqué avec moi sur l'esquif ballotté par les vents, est mon frère.
On ne cueille pas les coquelicots, si on veut les garder vivants. On les regarde frémir avec ces vents, dispenser leur rouge de velours, s'ouvrir et se fermer comme des cours de soie. Giacomo, la femme grise, le môme, que d'autres ont voulu arracher à eux-mêmes, trouveront chacun dans les deux autres la terre riche, solide et lumineuse, qui leur donnera la force de continuer.

Mon avis:

Il y a des livres comme ça, qui vous happent du début à la fin, des livres où tant l'écriture que l'histoire et les personnages vous accrochent le cœur. Il y a  des livres auxquels on s'attache, qu'on ne parvient pas à lâcher avant d'en avoir lu la dernière ligne, des livres que l'on voudrait recommencer sitôt qu'on les a fini. L'attente du soir, pour moi, fait partie de ces livres-là. 

On y rencontre trois personnages, en marge de la société, trois personnages très différents et tous aussi touchants les uns que les autres, qui, en principe n'aurait jamais dû avoir de lien ente eux. Il y a Giacomo,  le clown blanc, poursuivi par le Sort, qui aime voir fleurir les sourires des enfants sous le chapiteau de son cirque. Il y a Mademoiselle B., qui, faute d'avoir été regardée par ses parents, par son entourage, a appris à se rendre invisible. Et il y a le Môme, enfant abandonné sur un terrain vague qui voit le monde à travers les couleurs et qui, s'il lui manque les mots, s'exprime par la peinture. Trois personnages hors norme, trois personnages solitaires et malheureux qui pourtant, s'accrochent à la vie. 

 Il y en a de la souffrance dans ce livre, il y en a de la solitude. Et pourtant, c'est un livre empreint d'une grande beauté, un livre qui fait appel aux sens, un livre plein de poésie où des touches de lumière viennent percer la noirceur. 

Je pourrais en parler pendant longtemps mais comme je ne veux pas trop en dire, je m'arrête là. 

Un grand, grand coup de cœur!

Extrait :

"Il regarde la lumière naître peu à peu sur le deuxième tapis. C'est encore une autre couleur. C'est la couleur que prend la grande lumière ronde du ciel le soir. C'est une couleur qui fait aboyer de contentement quand on la regarde, comme le vert, mais pas pareil. Cette couleur-ci n'étanche pas la soif. On dirait qu'elle tire à elle le jour qu'elle brille plus que les autres. Elle est enveloppante et fait chaud à la peau, mais pas autant que le rouge. Le môme a du mal à s'en tirer sans comparer aux couleurs connues. Il essaie de se concentrer. Cette couleur fait quelque chose à son cœur, mais pas mal. Elle le gonfle, presque trop pour sa poitrine maigre, elle le fait respirer fort et plus loin que le terrain vague gris marron. Cette couleur donne autre chose que ce qui existe. Le môme découvre en même temps le jaune et l'espoir. L'espoir, c'est un mot piège et il ne l'aurait jamais employé. Moi qui survis au môme, moi qui l'abrite dans mon corps d'homme, je peux expliquer l'espoir. On peut manger des herbes et sucer des cailloux, on peut faire les poubelles et dormir sur la terre sale. On tient le coup, le corps tient le coup pour nous. Mais quand on fait tout ça, le cœur devient aussi gris marron que le carré de boue sur lequel on s'allonge. Quand le jaune est là, il dit qu'autre chose est possible."






samedi 26 août 2023

Zéphyr, Alabama - Robert McCammon

Par Ariane

 


Auteur : Robert McCammon

Titre : Zéphyr, Alabama

Genre : roman

Langue d’origine : anglais (Etats-Unis)

Traducteur : Stéphane Carn

Editeur : Monsieur Toussaint Louverture

Nombre de pages : 608p

Date de parution : février 2022

 

Mon avis :

Cet été je suis partie pour Zéphyr, Alabama. Ce voyage littéraire dans une petite ville américaine au cœur des années 60 m’a enchantée.

Zéphyr, c’est la petite ville américaine telle qu’on l’imagine, celle que l’on a pu voir à travers tant de films et de séries. A Zéphyr, la vie s’écoule tranquillement. Il y a le cinéma, le terrain de baseball, l’école et l’église, le magasin général, le cabinet du médecin et celui du vétérinaire, la mairie, le diner. A Zéphyr, les mamans font la cuisine et prennent soin de leur maison, pendant que les papas travaillent à l’extérieur. Il y a le barbier, le laitier, le shérif, l’homme à tout faire. Et bien sûr il y a le quartier noir, séparé du quartier blanc.

C’est à travers le regard de Cory, un garçon de douze ans, que nous découvrons Zéphyr. Il nous raconte les quelques mois suivant un événement qui va bouleverser sa vie et celui de nombreux habitants. Un matin, le garçon accompagne son père sur sa tournée de livraison. Alors qu’ils longent le lac à la sortie de la ville, une voiture se précipite devant eux et tombe dans le lac. Voyant que le conducteur ne parvient pas à sortir du véhicule, le père de Cory plonge. Il découvre un homme menotté au volant, le visage tuméfié au point d’en être méconnaissable et une corde de piano autour du cou. La violence de ce crime hante le père de Cory, d’autant plus que le coupable ne peut être qu’un habitant de Zéphyr. Qui parmi ces gens qu’il pensait si bien connaître, est capable d’un geste si odieux ? Cory est un enfant à l’esprit vif et à l’imagination fertile, incapable lui aussi d’oublier l’homme du lac, il va mener l’enquête.

Pourtant n’allez pas croire qu’il s’agit d’un roman policier. S’il y a un mystère à résoudre, cela ne constitue qu’un aspect de l’histoire que nous raconte Cory. Le jeune narrateur nous raconte tous les événements, petits et grands, de sa vie d’enfant aux portes de l’adolescence. Ses jeux avec sa bande de copains, la gamine étrange qui a le béguin pour lui, les gamins qui les brutalisent, les histoires qu’il imagine pour ses copains, l’ennui des heures de classe, son amour pour son chien. Et bien sûr, il nous raconte Zéphyr et ses habitants. La petite ville si tranquille vit de nombreux bouleversements. Les jeunes dansent au son des Beach Boys, l’installation d’un supermarché modifie les habitudes et les habitants du quartier noir demandent le droit d’accéder à la piscine réservée aux blancs.

Mais Zéphyr nous réserve encore des surprises. Cory nous a prévenus dès le début. Zéphyr est une ville magique : une dame aux pouvoirs magiques veille sur les habitants, un monstre vit dans l’eau de la rivière, une voiture fantôme roule pour l’éternité, un mystérieux cerf blanc vit dans la forêt. Le fantastique se mêle au réel, tant et si bien qu’on ne sait ce qui est vrai ou ce qui a été imaginé par Cory.

J’ai lu avec plaisir chaque page de ce gros pavé, je suis passée par toute une gamme d’émotions et j’ai refermé le livre avec nostalgie. Un grand plaisir de lecture que je ne peux que conseiller !

 

 

 

mercredi 5 juillet 2023

Mercredi, c'est le jour des petits - Mon arbre - Marianne Dubuc

 Par Daphné

 








Autrice : Mariane Dubuc
Titre : Mon arbre
Editeur :Casterman


Résumé :

 Un album tout en carton, ludique et printanier, pour susciter la curiosité des tout-petits et leur donner envie d'observer la nature dans ses moindres recoins.

Mon avis :

Mais qu'il est joli, ce livre! Mon fils l'aime beaucoup, et moi aussi!

On y découvre là un arbre et tous ses habitants... car mine de rien, cet arbre, il abrite beaucoup de monde! Au fil des pages, des petits lutins et des fourmis nous emmènent à la rencontre d'un écureuil, d'une taupe, d'un hibou, d'un cerf-volant pris entre les branches... 

Si le petit lecteur est attentif, il découvrira à chaque page un indice concernant le thème de la page suivante.  Les rabats donnent un côté amusant à l'histoire, offrant de nombreuses surprises à l'enfant. Pour ne rien gâcher, les illustrations sont très jolies, toutes douces et printanières. Un livre ludique, joli, qui stimule l'apprentissage du vocabulaire, la découverte de la nature et le sens de l'observation : que demander de plus ? Pour nous, en tout cas, ce livre a une place de choix dans la bibliothèque de mon bout de chou!


 

mercredi 10 mai 2023

Mercredi, c'est le jour ds petits - L'imagier des couleurs de la nature - Pascale Estellon

 Par Daphné

 








Auteur : Pascale Estellon

Titre: L'imagier des couleurs de la nature

Genre :imagier

Langue d’origine :français

Editeur :Des grandes personnes

Nombre de pages : 44

Date de parution : 2020

Résumé :

Rouge comme… une coccinelle, des cerises, du rubis…
Orange comme… un papillon, des abricots, de la cornaline…
Jaune comme… un poussin, une fleur de courgette, des pépites d’or…
Bleu comme… une libellule, des myosotis, du lapis-lazuli…
Vert comme… une sauterelle, une prune, une émeraude…
Noir comme… un merle, des mûres, une obsidienne…
Blanc comme… une colombe, du muguet, des galets…

 Mon avis :

Avec trois enfants, j'ai vu défiler entre leurs mains un certain nombre d'imagiers. Mais celui-ci est de loin  mon préféré, le plus beau que j'ai vu jusqu'à présent. Comme son nom l'indique, c'est un imagier qui fait découvrir les couleurs mais pas seulement les plus classiques. Non, ici, on découvre aussi les nuances. Rouge de Chine ou magenta, jaune chartreuse, vert acacia, bleu de Prusse ou de cobalt...une magnifique palette de couleurs qui nous régale les yeux. 

Les images ne sont pas en reste : on découvre là des animaux, des minéraux, des fleurs, dessinés de manière très réalistes et avec beaucoup de finesse. Mon fils de deux ans n'est pas le seul à aimer cet album et à y découvrir des choses : mes filles et moi y prenons aussi beaucoup de plaisir et devons bien avouer que non, nous ne connaissions pas toutes les nuances et tous les éléments naturels représentés ici. 

Un imagier qui émerveillera toute la famille et pas seulement les plus petits : à avoir sur ses étagères et à regarder encore et encore. Ici, on ne s'en lasse pas!


 

 

 

lundi 20 mars 2023

Le goûter du lion - Ito Ogawa

 Par Daphné

 


 

 

 

 

 

 

 

Auteur : Ito Ogawa

Titre : Le goûter du lion

Genre : roman

Langue d’origine : japonais

Traductrice : Déborah Pierret-Watanabe

Editeur : éditions Picquier

Nombre de pages : 272

Date de parution :  2022

Résumé  de l'éditeur :

 Ce qui fait de ce livre grave et pudique un roman solaire, c’est d’abord le lieu : l’île aux citrons dans la mer intérieure du Japon, qu’il faut gagner en bateau ; et encore, l’image magnifique de l’union de la mer, du ciel et de la lumière : la mer scintillante, illuminée par un incroyable sourire, surplombée par la Maison du Lion, ce lieu de paix où Shizuku a choisi de venir pour vivre pleinement ses derniers jours en attendant la mort.
Avec elle, nous ferons la connaissance des pensionnaires – ses camarades, ses alliés et pour tout dire, sa nouvelle famille – ainsi que de la chienne Rokka qui s’attache à elle pour son plus grand bonheur. En leur compagnie, il y aura aussi les goûters du dimanche où grandit peu à peu son amour de la vie quand on la savoure en même temps qu’un dessert d’enfance, une vie qui aurait le goût de la fleur de tofu, d’une tarte aux pommes ou des mochis-pivoines.
Avec la délicatesse d’écriture que nous lui connaissons dans ses précédents romans, Ogawa Ito entraîne peu à peu Shizuku sur un chemin de poésie dont la mélodie possède la voix grave et conciliante d’un violoncelle ; un chemin apaisé comme pour dire la gratitude d’exister.


Mon avis :

Shizuku a à peine plus de trente ans et se sait déjà condamnée. Elle choisit de passer les derniers jours de  sa vie dans la Maison du Lion ,  un lieu qui accueille les personnes en fin de vie tout en essayant de leur apporter le plus de sérénité possible. 

 J'ai un peu hésité avant d'ouvrir ce livre : un roman sur la fin de vie, je m'attendais à quelque chose de triste et je n'avais pas vraiment envie de lecture triste. Je l'ai ouvert quand même et je ne l'ai pas regretté. Ce n'est pas un livre triste, pas vraiment, bien qu'il parle des derniers instants d'une vie qui s'éteint. Bien qu'il soit teinté d'une douce mélancolie, ce livre est surtout lumineux, plein de tendresse et de philosophie. C'est un livre serein, qui nous rappelle avec subtilité ce que sont les petits moments qui font une vie : ces petits moments éphémères, plein de douceur, ceux que l'on pourrait laisser passer sans y penser alors qu'ils ont tant d'importance. 

Tous les sens sont mis en éveil dans ce livre, avec une petite mention spéciale pour celui du goût car ce roman a une côté culinaire qui n'est pas sans éveiller la gourmandise de son lecteur. Les repas, les goûters sont si bien décrits qu'il nous en mette l'eau à la bouche et l'on se surprend à se demander, comme les pensionnaires de la maison du lion, quels sont les goûter qui ont marqués notre vie, quelle est la madeleine de Proust que nous aimerions déguster à nouveau avant de quitter ce monde.

A travers l'histoire de Shizuku, c'est une livre plein de délicatesse  et d e sagesse que nous offre l'autrice. Bien que ce roman touche à la mort, il est en réalité une véritable ode à la vie.

Extrait :

"La vie est semblable à une bougie. Elle ne peut allumer ou souffler sa flamme elle-même. Et une fois la flamme allumée, il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre qu'elle se consume et disparaisse, en laissant la nature suivre son cours. Mais il arrive parfois qu'elle s'éteigne, soufflée par une force supérieure, comme cela a été le cas pour vos parents biologiques.
Vivre, c'est être la lumière de quelqu'un d'autre.
User sa propre vie en offrant sa lumière à l'autre. Et de cette façon, s'éclairer l'un l'autre."

 " Du côté où nous nous trouvons, c'est une sortie. Mais de l'autre côté, c'est une entrée. C'est pourquoi je dis que la vie et la mort, en un sens, c'est un peu la même chose. Nous ne faisons que tourner en rond, en changeant simplement d'apparence. C'est un cycle qui ne connaît ni début ni fin."

lundi 23 janvier 2023

Changer l'eau des fleurs - Valérie Perrin

 Par Daphné

 








Auteur :Valérie Perrin

Titre :Changer l'eau des fleurs

Genre : roman

Langue d’origine :français

Editeur :Le livre de poche

Nombre de pages :672

 Date de parution :2019


Résumé de l'éditeur :

Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se réchauffer dans sa loge où rires et larmes se mélangent au café qu’elle leur offre. Son quotidien est rythmé par leurs confidences. Un jour, parce qu’un homme et une femme ont décidé de reposer ensemble dans son carré de terre, tout bascule. Des liens qui unissent vivants et morts sont exhumés, et certaines âmes que l’on croyait noires, se révèlent lumineuses.
Après l’émotion et le succès des Oubliés du dimanche, Valérie Perrin nous fait partager l’histoire intense d’une femme qui, malgré les épreuves, croit obstinément au bonheur. Avec ce talent si rare de rendre l’ordinaire exceptionnel, Valérie Perrin crée autour de cette fée du quotidien un monde plein de poésie et d’humanit
é. Une hymne au merveilleux des choses simples.

Mon avis:

 Voici un livre qui traînait sur mes étagères depuis quelques temps déjà et que je n'ai lu que parce que je n'avais pas d'autres livres sous la main... car en toute honnêteté, j'étais quasiment sûre que je n'allais pas en aimer la lecture... Eh bien, voici la preuve qu'un livre mérite toujours d'être ouvert telle que soit l'image qu'on s'en fait : j'ai vraiment aimé!

Violette est gardienne de cimetière. Un cimetière dont elle connaît chaque recoin, chaque tombe. Un cimetière où elle voit passer beaucoup de monde, morts ou vivants. Un cimetière où elle côtoie chaque jour la mort, le deuil, le chagrin mais aussi où elle apprend la vie, le goût des choses simples, où elle apprend à lire dans le cœur et dans les histoires des gens. Si la vie ne l'a pas épargné, elle reste malgré tout un personnage extraordinaire, de ces personnages des livres que j'aime rencontrer au fil des pages. 

Un personnage plein de fraîcheur, d'empathie, de courage  et d'humanité, qui se relève malgré les coups durs, très durs que lui font la vie. Il y aurait beaucoup à dire sur Violette tant ce personnage m'a plu. Son personnage mais aussi les réflexions qui, à travers elle, jalonnent ce livre. Réflexions sur la mort, réflexions sur la vie. 

Autour de Violette naviguent plusieurs autres personnages, très différents les uns des autres mais qui ont tous en commun le fait d'avoir été cabossés par la vie. J'ai aimé ces personnages, leurs histoires. J'ai aimé ce livre, oui qui sous une apparente simplicité nous dit tant de choses. 

Changer l'eau des fleurs est un mélange d'humour (sombre ou léger!), d'émotions, de simplicité, de poésie, de philosophie. C'est un beau livre, oui. J'ai particulièrement aimé toutes les citations au début de chaque chapitre, tirées de chansons, de poèmes, de proverbes, de livres ou de films. Des citation sur la mort, ces citations qui interpellent et qui rythment la lecture du livre. 

Et voilà, j'étais presque sûre de ne pas aimer ce livre et je dois maintenant me freiner pour ne pas en dire trop tant je pourrais à présent en parler... C'est un livre qui se passe dans un cimetière, où la mort est omniprésente et pourtant c'est un livre que je qualifierais de vivant, un livre qui mériterait sans doute uns deuxième lecture, un livre qui fait du bien. Un coup de cœur!

Extrait :

 "Une vie ne se refait jamais. Prenez une feuille de papier et déchirez-la, vous aurez beau recoller chaque morceau, il restera toujours les déchirures, les pliures et le scotch"

samedi 7 janvier 2023

Les raisins de la colère - John Steinbeck

Par Ariane


Auteur : John Steinbeck

Titre : les raisins de la colère

Genre : roman

Langue d’origine : anglais (Etats-Unis)

Traducteur : Marcel Duhamel

Editeur : Folio Gallimard

Nombre de pages : 640p

Date de parution : 2009 (1ère parution 1939)

 

Mon avis :

Il y a des livres qui m’intimident. Autour desquels je tourne pendant des années. Des livres qui sont de tels monuments littéraires, que je n’ose me lancer dans l’aventure. Parmi ces livres, il y a ce roman de John Steinbeck, considéré presque unanimement comme un chef d’œuvre, qui valut à son auteur le prix Pulitzer en 1940 et classé 10ème sur la liste des meilleurs romans de langue anglaise du XXème siècle, établie par la Modern Library. Ce n’est pas rien. Pourtant, John Steinbeck est un auteur particulièrement important pour moi. J’ai toujours aimé lire, mais c’est ma rencontre avec son roman Des souris et des hommes à l’adolescence qui m’a ouvert les portes de la littérature (je ne remercierai jamais assez l’enseignante de 4ème qui avait inscrit ce roman au programme des lectures imposées !).

Les éditions Gallimard ont récemment proposé une réédition du roman dans une nouvelle traduction. J’en ai feuilleté quelques pages à la librairie et après cela, je n’avais qu’une hâte, lire enfin ce roman ! Mais je l’ai lu dans la version poche (et donc dans l’ancienne traduction) qui patientait depuis des années dans ma PAL.

Dans les années 30, les répercussions de la crise économique conjuguées à une série de sécheresses et de tempêtes de poussière provoquées par la mécanisation de l’agriculture, poussent des milliers de métayers pauvres sur les routes. Ils prennent la direction de la Californie, à la recherche d’une vie meilleure.

Alors qu’il sort de prison, Tom Joad trouve sa famille sur le départ. Tous prennent place à bord d’un vieux camion transportant tout ce qu’ils ont pu emporter avec eux. Un long périple les attend, semé d’embuches, avant d’atteindre enfin leur destination finale et de tenter de trouver de quoi subvenir à leurs besoins.

Donc ça y est, je l’ai lu. Mais que dire maintenant ? Que dire qui n’ait pas déjà été dit ? Que dire qui soit à la hauteur de ce chef d’œuvre ? C’est une œuvre dramatique, bouleversante d’humanité, un cri de révolte et de désespoir, portée par une énergie universelle. Portée aussi par un personnage sublime. Man, le cœur de la famille, qui porte les siens à bout de bras, mue par une détermination sans faille à sauver ceux qu’elle aime. Un personnage solaire, puissant et profond. Evidemment, l’écriture de John Steinbeck est magnifique. Qu’il décrive les paysages ravagés de l’Oklahoma ou les terres fertiles de Californie, qu’il fasse parler ses personnages dans leur langage familier ou nous partage leurs pensées intimes, qu’il se livre à des réflexions philosophiques ou nous raconte une scène bouleversante. En parlant de scène bouleversante, la scène finale du roman est d’une beauté absolue !

Mais le roman a également une portée documentaire. L’histoire de la famille Joad est celle de milliers de fermiers américains et cet aspect est confirmé par la structure du livre. Les chapitres romanesques sont entrecoupés courts chapitres généraux consacrés aux aspects sociaux, économiques, historiques, …

Bref, je n’ai rien dit qui n’ai déjà été dit sur ce roman et il y a tant de choses que j’aurais pu dire encore... Comme des milliers d’autres lecteurs avant moi, je suis bouleversée par Les raisins de la colère.  

 

Extrait :

« Les femmes observaient les hommes, guettaient leurs réactions, se demandant si cette fois ils allaient flancher. Et lorsque les hommes s'attroupaient, la peur s'effaçait de leurs visages pour faire place à la colère. Alors les femmes poussaient un soupir de soulagement, car elles savaient que tout irait bien. Les hommes n'avaient pas flanché ; tant que leur peur pouvait se muer en colère, ils ne flancheraient pas. »

« D'accord, s'écriaient les métayers, mais c'est notre terre. C'est nous qui l'avons mesurée, qui l'avons défrichée. Nous y sommes nés, nous nous y sommes fait tuer, nous y sommes morts. Quand même elle ne serait plus bonne à rien, elle est toujours à nous. C'est ça qui fait qu'elle est à nous... d'y être nés, d'y avoir travaillé, d'y être enterrés. C'est ça qui donne le droit de propriété, non pas un papier avec des chiffres dessus. »

« S'il a besoin d'un million d'arpents pour se sentir riche, à mon idée, c'est qu'il doit se sentir bougrement pauvre en dedans de lui, et s'il est pauvre en dedans, c'est pas avec un million d'arpents qu'il se sentira plus riche, et c'est p'têt' pour ça qu'il est déçu, c'est parce qu'il a beau faire, il n'arrive pas à se sentir plus riche...J'entends riche comme Madame Wilson, quand elle a donné sa tente pour Grand-Père qu'était en train de mourir. »

« Quelqu'un qui a un couple de chevaux et qui leur fait tirer la charrue ou la herse ou le rouleau, il ne lui viendrait pas à l'idée de les chasser et de les envoyer crever de faim parce qu'il n'a plus de travail pour eux.
Mais ça c'est des chevaux ; nous on est des hommes. »

« Je serai toujours là, partout, dans l'ombre. Partout où tu porteras les yeux. Partout où y aura une bagarre pour que les gens puissent avoir à manger, je serai là. Partout où il y aura un flic en train de passer un type à tabac, je serai là. Si c'est comme Casy le sentait, eh ben dans les cris des gens qui se mettent en colère parce qu'ils n'ont rien dans le ventre, je serai là, et dans les rires des mioches qui ont faim et qui savent que la soupe les attend, je serai là. Et quand les nôtres auront sur leurs tables ce qu'ils auront planté et récolté, quand ils habiteront dans les maisons qu'ils auront construites… eh ben, je serai là. Comprends-tu ? »

« Et quand un cheval a fini son travail et rentre dans son écurie il reste encore de la vie, de la vitalité. Il reste une respiration et une chaleur, des froissements de sabots dans la paille, des mâchoires broyant le foin, et les oreilles et les yeux sont vivants. Il y a la chaleur de la vie dans l’écurie, l’ardeur et l’odeur de la vie. Mais quand le moteur d’un tracteur cesse de tourner, il est aussi mort que le minerai dont il sort. La chaleur le quitte comme la chaleur animale quitte un cadavre. (…) Mais l’homme-machine qui conduit un tracteur mort sur une terre qu’il ne connait pas, qu’il n’aime pas, ne comprend que la chimie, et il méprise la terre et se méprise lui-même. »

« Le conducteur était assis sur son siège de fer et il était fier des lignes droites qu'il avait tracées sans que sa volonté fût intervenue, fier du tracteur qu'il ne possédait ni n'aimait, fier de cette puissance qu'il ne pouvait pas contrôler. Et quand cette récolte poussait et était moissonnée, nul homme n'avait écrasé entre ses paumes les mottes chaudes et n'en avait laissé couler la terre entre ses doigts. Personne n'avait touché la graine, ni imploré ardemment sa croissance. Les hommes mangeaient ce qu'ils n'avaient pas produit, rien ne les liait à leur pain. La terre accouchait avec les fers et mourrait peu à peu sous le fer; car elle n'était ni aimée, ni haïe, elle n'était l'objet ni de prières ni de malédictions. »