Affichage des articles dont le libellé est road trip. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est road trip. Afficher tous les articles

samedi 18 juillet 2020

Un pays à l'aube - Dennis Lehane

Par Ariane


Auteur : Dennis Lehane

Titre : Un pays à l’aube

Genre : roman

Langue d’origine : anglai (Etats-Unis)

Editeur : rivages

Nombre de pages : 755p

Mon avis :

A un certain moment j’ai beaucoup lu Dennis Lehane (Kenzie &Gennaro, Shutter Island, Mystic River…). J’aimais l’univers, le style de l’auteur. Puis d’autres envies sont arrivées et je l’ai mis de côté. Mais un récent article de Violette m’a donné envie de le retrouver. Alors merci Violette !

A travers deux personnages principaux, Dennis Lehane nous raconte une année d’histoire américaine.

Danny Coughlin est un flic. Il aime son métier malgré les conditions de vie difficiles des agents de la ville de Boston : sous-payés, mal considérés, obligés de travailler dans des locaux insalubres et en plus ils doivent payer de leur poche leur uniforme ! Même si le quotidien de Danny est semblable à celui de ses collègues, il est mieux loti qu’eux. Son père est un  haut gradé de la police, son parrain un lieutenant respecté, son avenir est donc tout tracé. Mais Danny est de ceux qui veulent faire leur chemin seuls et il s’implique de plus en plus dans les mouvements syndicaux.

Luther Laurence est noir, qu’importe qu’il soit un habile artisan, un excellent joueur de base-ball ou qu’il ait du cœur, sa couleur de peau passe avant tout dans l’Amérique du début du siècle. Luther Laurence a vécu de mauvais moments et a été obligé de fuir la ville alors que sa femme est enceinte. Arrivé à Boston, il entre au service de la famille Coughlin et s’engage, par hasard plus que par choix, auprès de la branche bostonienne de l’association nationale pour la promotion des gens de couleur (NAACP).

Ainsi donc, il est question d’une épidémie qui fait des ravages obligeant les gens à porter un masque, de violences raciales, du malaise des policiers, de conflits sociaux,… Plus d’actualité c’est impossible ! Le lendemain du meeting polémique de Trump à Tulsa, ville où des émeutes raciales firent plusieurs centaines de morts en 1921 dans le quartier afro-américain de Greenwood, je lisais les chapitres où Luther Laurence s’installait pour un nouveau départ à… Greenwood !

Hormis ces coïncidences surprenantes entre ce qui s’est passé en 1919 et ce qui se passe actuellement, je me suis passionnée pour cette histoire. Déjà parce que Lehane sait raconter une histoire, il sait donner vie à ses personnages, il sait créer une ambiance. Alors forcément, on embarque et les pages de ce  petit pavé de 700 et quelques pages défilent sans qu’on s’en rende compte.

Alors, certes il y a quelques longueurs et je ne me suis pas vraiment intéressée aux courts chapitres consacrés à Babe Ruth, célèbre joueur de base-ball, servant de fil rouge à l’histoire, mais j’ai lu ce roman de Dennis Lehane avec beaucoup de plaisir. Plaisir qui se renouvellera sans doute rapidement puisqu’apparemment c’est le premier d’une trilogie (les suivants mettant en scène Joe, le plus jeune frère de Danny Coughlin) !



Extrait :

« La langue des hommes se met à fourcher dès leur naissance. Il en a toujours été ainsi. L’oiseau ne peut  pas mentir. Le lion est un chasseur, certes redoutable mais fidèle à sa nature. L’arbre et la pierre sont authentiques eux aussi ; ce sont juste un arbre et une pierre. Rien de plus, rien de moins. O l’homme, la seule créature douée de parole, utilise ce cadeau magnifique pour trahir la vérité, pour se trahir, pour trahir la nature et Dieu. »



samedi 24 novembre 2018

Helena - Jérémy Fél

Par Ariane


Auteur : Jérémy Fél
Titre : Helena
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Rivagesp
Nombre de pages : 800p
Date de parution : août 2018

Présentation de l’éditeur :
Kansas, un été plus chaud qu’à l’ordinaire.
Une décapotable rouge fonce sur l’Interstate. Du sang coule dans un abattoir désaffecté. Une présence terrifiante sort de l’ombre. Des adolescents veulent changer de vie. Des hurlements s’échappent d’une cave. Des rêves de gloire naissent, d’autres se brisent.
La jeune Hayley se prépare pour un tournoi de golf en hommage à sa mère trop tôt disparue.
Norma, seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs, essaie tant bien que mal de maintenir l’équilibre familial.
Quant à Tommy, dix-sept ans, il ne parvient à atténuer sa propre souffrance qu’en l’infligeant à d’autres…
Tous trois se retrouvent piégés, chacun à sa manière, dans un engrenage infernal d’où ils tenteront par tous les moyens de s’extirper. Quitte à risquer le pire.
Et il y a Helena… 

Mon avis :
Le premier roman de Jérémy Fél avait profondément marqué les esprits, et il était attendu au tournant pour son deuxième roman. Comme beaucoup de lecteurs, j’en attendais beaucoup et je n’ai pas été déçue.
La scène d’ouverture pose tout de suite le décor en nous présentant Tommy, un adolescent qui prend plaisir à torturer à mort un chien. Forcément à partir de là, on se doute qu’on ne va pas avoir à faire à un conte de fées. Nous rencontrons ensuite Hayley, issue d’une famille aisée, la jeune fille vit une peine de cœur et se prépare à participer à une compétition de golf. Puis c’est Norma qui fait son entrée, alors qu’elle fait du shopping avec sa fille qui s’apprête à  participer à un concours de mini-miss.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jérémy Fél va bousculer ces trois personnages, leur infligeant des blessures dont ils sauront ou pas se relever. Il va nous dévoiler leurs failles, leurs blessures, montrer ce qui se cache sous l’apparente banalité d’un adolescent perturbé, d’une mère de famille ou d’une jeune fille riche. Qui sont les victimes ? Qui sont les bourreaux ? Difficile de trancher tant les personnages passent alternativement de l’un à l’autre statut. Et ces personnages tout à tour nous révulsent ou nous touchent, on se prend à les aimer ou à les détester.
Les liens avec le précédent roman sont nombreux, le principal étant bien sûr que la maison où se déroule la majeure de l’histoire est bâtie sur l’ancienne propriété des Greer assassinés par leur fils Daryl. Et comme dans Les loups à leur porte, l’ambiance est pesante, étouffante, glauque. Le malaise est omniprésent, pernicieux. On flirte avec le surnaturel, et les créatures terrifiantes qui hantent les cauchemars des personnages ne sont-elles qu’un effet de la drogue ou une réminiscence de souvenirs oubliés ? Ou peut-être sont-elles autre chose ? Jérémy Fél ne nous apporte pas de réponses claires à certaines de ces questions et l’on peut se demander si un prochain roman ne nous ramènera pas sur ces terres du Kansas.
Tommy, Hayley, Norma, mais aussi Graham, Cindy, Amber ou Tessa. Et Helena alors ? Qui est-elle ? Cette question taraude le lecteur et la réponse n’est livrée que quelques pages avant la fin. Une réponse inattendue, déboussolante, presque révoltante après tout ce que l’on vient de lire. Un coup de maître.
L’écriture est très rythmée, cinématographique et entraînante. On ne se laisse pas séduire par la beauté des mots, mais on est happé par l’ambiance, l’histoire et les personnages. C’est totalement addictif !
Un roman dont on ne sort pas indemne et qui ne se fera pas facilement oublier.

Extrait :
«Il ferma les yeux et savoura le silence si particulier qui régnait entre les murs du vieil abattoir, pour un temps à l'abri de la fureur du monde, seulement concentré sur celle qui, confinée dans son propre corps, en jaillirait un jour et le laisserait enfin en paix. »

« Tommy savait que la créature vivait quelque part au-dehors, attendant patiemment le moment où elle pourrait définitivement lui voler son âme. Et qu’elle ne repartirait qu’en l’ayant piétinée, digérée. »




mardi 21 novembre 2017

Les fantômes du vieux pays - Nathan Hill

Par Ariane



Auteur : Nathan Hill

Titre : Les fantômes du vieux pays

Genre : roman

Langue d’origine : anglais (américain)

Traducteur : Mathilde Bach

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 720p

Date de parution : août 2017

Présentation de l’éditeur :

Scandale aux États-Unis : le gouverneur Packer, candidat à la présidentielle, a été agressé en public. Son assaillante est une femme d'âge mûr : Faye Andresen-Anderson. Les médias s’emparent de son histoire et la surnomment Calamity Packer. Seul Samuel Anderson, professeur d’anglais à l’Université de Chicago, passe à côté du fait divers, tout occupé qu’il est à jouer en ligne au Monde d'Elfscape. Pourtant, Calamity Packer n’est autre que sa mère, qui l’a abandonné à l’âge de onze ans. Et voilà que l’éditeur de Samuel, qui lui avait versé une avance rondelette pour un roman qu’il n’a jamais écrit, menace de le poursuivre en justice. En désespoir de cause, le jeune homme lui propose un nouveau projet : un livre révélation sur sa mère qui la réduira en miettes. Samuel ne sait presque rien d’elle ; il se lance donc dans la reconstitution minutieuse de sa vie, qui dévoilera bien des surprises et réveillera son lot de fantômes.
Des émeutes de Chicago en 1968 au New York post-11-Septembre en passant par la Norvège des années quarante et le Midwest des années soixante, Nathan Hill s’empare de l’Amérique d’aujourd’hui et de ses démons et compose avec beaucoup d’humour une fresque aussi ambitieuse que captivante.



Mon avis :

Ce premier roman rencontre un franc succès et cela ne m’étonne pas. Pour un premier roman, c’est réussi.

Samuel est écrivain et professeur de littérature dans une petite université. Ou plutôt c’est un écrivain raté, incapable d’écrire quoique ce soit depuis une nouvelle prometteuse et il tente d’enseigner la littérature à des étudiants qui s’en fichent royalement. Son poste à l’université est d’ailleurs menacé à cause d’une étudiante qu’il a accusée de tricherie et ses relations avec son éditeur sont tout aussi précaires. Le dos au mur il accepte alors d’écrire un livre sur sa mère qui l’a abandonné des années plus tôt et qui fait alors la une de l’actualité après avoir jeté des cailloux sur un gouverneur conservateur. Ce sera l'occasion pour lui d’en savoir plus sur sa mère.

A partir de l’histoire de Samuel et de sa mère, l’auteur dresse une fresque des Etats-Unis sur une quarantaine d’années.  C’est une fresque assez cynique, soulignant les illusions successives de chaque génération, les magouilles de la justice et de la politique, les mensonges des médias,… Une dénonciation d’un système visant de plus en plus à uniformiser la population tout en glorifiant l’individualisme. Une société où le virtuel prend le pas sur le réel. Une société où les artistes disparaissent au profit des starlettes.  

Les personnages secondaires (Pawne et Laura) s’ils ont leur place dans l’histoire de Samuel, voient leur histoire personnelle racontée en parallèle.  Ultra-connectés, ils ont perdu tout sens de la réalité. Leurs relations humaines ont presque totalement disparu, ne laissant que des relations virtuelles et désormais vides de sens. Ce sont des personnages pitoyables et effrayants, réalistes malheureusement.

Les personnages sont nombreux tout comme les sujets abordés : les violences policières, la pédophilie, les réseaux sociaux, les addictions, les multinationales, les médias, les mouvements contestataires des années 60, la drogue, le mariage, l’immigration, le féminisme, la guerre, l’écologie, la malbouffe… Et bien sûr les relations mère-fils, père-fils, l’amitié, l’amour, la mort. On pourrait craindre qu’une telle multitude de sujets donne un résultat brouillé et confus, mais ce n’est pas le cas. Au contraire, tout s’imbrique avec logique. Et le tout porte un regard désabusé sur notre société.

C’est un roman intéressant, bien écrit, ironique et intelligent auquel on pourrait toutefois reprocher quelques longueurs. Pour un premier roman, c’est prometteur (souhaitons à Nathan Hill un destin différent de celui de son héros).  



Extraits :

«Si facile de partir. Qu'est-ce qui retenait les gens dans leur orbite quotidienne? Rien, comprenait-il à présent, pour la première fois. Il n'y avait rien qui empêche qui que ce soit de décider, un jour, de disparaître. » 


« Il arrive qu'on soit tellement enfermé dans sa propre histoire qu'on ne voit pas le second rôle qu'on occupe dans celle des autres. »


« Elle en avait conclu que quatre-vingt pour cent des convictions que nous avons à vingt ans s'avèrent erronées. Le problème est qu'on ne sait pas à quoi correspondent les vingt pour cent restant avant un très long moment. »


« Avant, Samuel annotait leurs copies — au stylo rouge, même. Il leur enseignait des subtilités de langage, la différence et les usages de « ceci » et « cela », « quand » et « lorsque », « car » et « parce que ». Toutes ces choses. Jusqu'au jour où, alors qu'il faisait le plein à la station-service la plus proche du campus, en levant la tête vers l'enseigne lumineuse — qui annonçait : Le pl1 en – de 2, c facil ! — il s'était figé et avait pensé : À quoi bon ? »


« Aujourd’hui commander un hamburger, c’est affirmer un choix politique. »

D'autres avis chez Jérôme, Kathel, Jostein, Eva, Fleur, Papillon