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samedi 17 décembre 2022

Les vertueux - Yasmina Khadra

Par Ariane


Auteur : Yasmina Khadra

Titre : Les vertueux

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Mialet Barraud

Nombre de pages : 544p

Date de parution : août 2022

 

Mon avis :

Je garde un bon souvenir de mes précédentes lectures de Yasmina Khadra (notamment La nuit du Raïs) et j’étais très contente de le retrouver avec un nouveau roman.

Yacine est un jeune paysan algérien qui se voit proposer par le Caïd de sa région, un marché qu’il ne peut pas vraiment refuser : partir en France combattre les boches à la place de son fils atteint d’une maladie cardiaque. En échange, Yacine recevra des terres à son retour. Le choix est vite fait, d’autant plus qu’en cas de refus, Yacine sera tué et sa famille déshonorée et expulsée du village… C’est ainsi que Yacine rejoint les tirailleurs algériens et part combattre en France. A son retour, il s’attend à la récompense promise, mais le Caïd a menti. Yacine est désormais en fuite et entame une Odyssée qui le ramènera peut-être enfin auprès des siens.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture au véritable souffle romanesque. Il y a un peu de Candide dans l’histoire de Yacine, personnage innocent et naïf, qui subit une succession de malheurs aussi navrants que cocasses. Le roman a des aspects de conte philosophique et moral. Mais c’est aussi une fresque historique intéressante sur l’Algérie dans l’entre-deux guerres. Je me suis particulièrement intéressée aux parties consacrées aux RTA et à la première guerre mondiale. Et bien sûr quel plaisir de lire l’écriture, fluide et alerte de Yasmina Khadra.

Toutefois, plusieurs semaines après ma lecture, je dois reconnaître qu’il ne m’en reste pas grand-chose… C’est dommage, car malgré le plaisir, ça n’aura pas été une lecture marquante. De plus, je trouve que l’ensemble reste assez classique. Et si j’ai beaucoup aimé les premières parties, mon intérêt a été moindre ensuite et je n’ai pas été vraiment convaincue par la fin.

Malgré ces quelques bémols, j’ai bien aimé cette lecture et je vous conseille ce roman notamment pour le plaisir de lire Yasmina Khadra.

 

Extrait :

« Encore une chose qu'il faut que tu saches : l'existence est une belle vacherie. Chacun y a droit à son lot de soucis. Le pauvre parce qu'il manque de tout, le riche parce qu'aucune fortune ne lui suffit. »

« Et il n'y a rien de pire que la guerre. Rien n'est tout à fait fini avec la guerre, rien n'est vaincu, rien n'est conjuré ou vengé, rien n'est vraiment sauvé. Lorsque les canons se tairont et que les charniers repousseront les prés, la guerre sera toujours là, dans la tête, dans la chair, dans l'air du temps faussement apaisé, collée à la peau, meurtrissant les mémoires, noyautant chacune de nos pensées, entière, pleine, totale, aussi indécrottable qu'une seconde nature. »

« Les hommes vrais ont la larme facile parce qu'ils ont l'âme près du cœur. Quant à ceux qui serrent les dents pour refouler leurs sanglots, ceux-là ne font que mordre ce qu'ils devraient embrasser. »

« Là-bas, dans mon douar, le monde était si petit que j'aurais pu le contenir dans le creux de ma main. Je ne risquais pas de me perdre. Toutes les questions étaient réglées. On ne se les posait pas, puisqu'on avait la réponse : on ne rattrape pas la comète. Chacun assumait son malheur et attendait du ciel autre chose qu'un obus. Mais ici, au milieu de l'immense gâchis défigurant la plaine, j'étais complètement perdu. »

« Quelle misère ! A croire que le diable protège mieux ses suppôts que le bon Dieu ses saints, que les prières ne portent pas plus loin qu'un jet de crachat, que le sort, en croupier sourd, aveugle et muet, n'en fait qu'à sa tête, qu'il lance la boule et se moque éperdument de savoir sur quelle case elle va s'arrêter. »

lundi 9 août 2021

J'aurais voulu être un escargot - Souad Labbize

 Par Daphné








Résumé de l'éditeur :

«Mon pays est une prison où le quartier des femmes est délimité par de hauts murs et gardés par des pères et frères jaloux. La porte y est ouverte, mais si tu tentes l'aventure hors de ces murs, hyènes et charognards se battront pour une parcelle de ta peau» Partir ou rester à Tounjaz ? Comment vit une fillette dans l'espace étroit de liberté que lui laissent les hauts murs d'une maison fermée sur elle-même et l'éducation étouffante de la société qui subit l'assaut de l'intégrisme religieux ? Devenir soi-même, découvrir le monde extérieur et sa propre intimité, résister aux désirs des hommes qui étouffent l'enfant. La narratrice se fraye un chemin solitaire pour devenir femme dans la chaleur éclatante d'un pays où l'enfermement, le parfum de jasmin et le goût des montécaos se mêlent en une douceur terrifiante. Pour la fillette enfermée dans les hauts murs de la tradition et en quête de son identité et de sa liberté, il faudra faire des choix. Faut-il partir, comme lalla Noubia qui s'est révoltée contre les coutumes injustes de sa tribu, s'arracher aux douceurs et aux goûts doux de l'enfance pour assumer sa féminité et son indépendance ?

Mon avis :

Voici un livre très particulier, un livre dans lequel j'ai d'abord eu beaucoup de mal à entrer, puis, qui, page après page, a su m'emporter. L'écriture est tout simplement sublime, au premier abord peut-être un peu difficile à lire, mais teintée de poésie et d'une grande délicatesse. Chaque odeur, chaque couleur, est retranscrite à la fois avec précision et émotion. 

Une écriture poétique, oui, mais aussi engagée. C'est ici une enfant qui s'exprime, observant tout autour d'elle, comprenant, à sa manière, la culture, la religion, les tabous, la manière dont son corps évolue, ce qu'elle sait que l'on attend d'elle, ce qu'elle-même souhaiterait attendre du monde dans lequel elle vit. 

C'est un livre particulier, oui,  un oscillement perpétuel entre violence et tendresse, mensonge et vérité, respect des traditions et désir de modernité, enfermement et désir de liberté... En chaque phrase de ce livre, raisonne les questionnements d'une enfant qui grandit, qui s'interroge, qui voit ce qu'elle ne devrait pas voir, qui se découvre et découvre ce qui l'entoure.

Si j'ai d'abord eu du mal à y entrer, je ne regrette pas du tout cette lecture et j'espère très vite découvrir d'autres livres de cette autrice.

Extrait :

"Je t'écris pour esquisser les contours d 'un aveu, je te laisse le soin d'apprécier, à sa juste valeur, cette tentative de transparence. Tu sauras évaluer la difficulté de l'exercice. Je viens te rappeler aux souvenirs incertains de l'enfance; mon histoire, toi seule la comprendrais. Ecoute moi, ceci est notre histoire si seulement tu n'étais pas partie, si seulement tu n'avais pas quitté Tounjaz. C'est ton histoire, toi aussi, même si tu n'es plus là.

Fallait pas partir."

jeudi 5 novembre 2015

La dernière nuit du Raïs - Yasmina Khadra

Par Ariane



Auteur : Yasmina Khadra

Titre : La dernière nuit du Raïs

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Julliard

Nombre de pages : 216p

Date de parution : août 2015

Présentation de l’éditeur :

« Longtemps j'ai cru incarner une nation et mettre les puissants de ce monde à genoux. J'étais la légende faite homme. Les idoles et les poètes me mangeaient dans la main. Aujourd'hui, je n'ai à léguer à mes héritiers que ce livre qui relate les dernières heures de ma fabuleuse existence. Lequel, du visionnaire tyrannique ou du Bédouin indomptable, l'Histoire retiendra-t-elle ? Pour moi, la question ne se pose même pas puisque l'on n'est que ce que les autres voudraient que l'on soit. » Avec cette plongée vertigineuse dans la tête d'un tyran sanguinaire et mégalomane, Yasmina Khadra dresse le portrait universel de tous les dictateurs déchus et dévoile les ressorts les plus secrets de la barbarie humaine.



Mon avis :

Dans ce roman, Yasmina Khadra a choisi d’évoquer la chute de Mouammar Khadafi. Au cours de cette nuit d’octobre 2011, la dernière de sa vie, le dictateur libyen est terré avec quelques fidèles dans une école de Syrte. Alors que la ville est encerclée et bombardée, Kadhafi se souvient de son parcours et s’interroge sur le pouvoir.

En choisissant de prendre la parole à la première personne, de nous livrer les pensées et les souvenirs de cet homme, Khadra dresse le portrait tout en nuances d’un homme. Il aurait été si facile d’en faire un monstre. Mais le choix de l’auteur de nous présenter cet homme sans jugements, sans fioritures et sans caricatures, dans toute sa mégalomanie et sa folie, en fait un roman passionnant.

C’est un roman hypnotique, au rythme tantôt haletant tantôt lent. L’écriture de Yasmina Khadra est d’une finesse magnifique, un véritable plaisir de lecteur ! Au point qu’il m’est arrivé de ne pouvoir imaginer ces mots si justes et si beaux dans la bouche ou l’esprit de Khadafi.

Une excellente découverte de cette rentrée littéraire. 

Extrait :

« On raconte que je suis mégalomane.

C’est faux.

Je suis un être d’exception, la providence incarnée que les dieux envient et qui a su faire de sa cause une religion. »

D'autres avis chez Mimi, Jérôme, Professeur Platypus

samedi 30 mai 2015

Meursault, contre-enquête - Kamel Daoud

Par Ariane



Prix Goncourt du premier roman 2014

Prix François Mauriac 2014

Prix des cinq continents de la francophonie 2014

Auteur : Kamel Daoud

Titre : Meursault, contre-enquête

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Actes sud

Nombre de pages : 160p

Date de parution : mai 2014

Présentation de l’éditeur :

Il est le frère de “l’Arabe” tué par un certain Meursault dont le crime est relaté dans un célèbre roman du xxe siècle. Soixante-dix ans après les faits, Haroun, qui depuis l’enfance a vécu dans l’ombre et le souvenir de l’absent, ne se résigne pas à laisser celui-ci dans l’anonymat : il redonne un nom et une histoire à Moussa, mort par hasard sur une plage trop ensoleillée.
Haroun est un vieil homme tourmenté par la frustration. Soir après soir, dans un bar d’Oran, il rumine sa solitude, sa colère contre les hommes qui ont tant besoin d’un dieu, son désarroi face à un pays qui l’a déçu. Étranger parmi les siens, il voudrait mourir enfin…
Hommage en forme de contrepoint rendu à L’Étranger d’Albert Camus, Meursault, contre-enquête joue vertigineusement des doubles et des faux-semblants pour évoquer la question de l’identité. En appliquant cette réflexion à l’Algérie contemporaine, Kamel Daoud, connu pour ses articles polémiques, choisit cette fois la littérature pour traduire la complexité des héritages qui conditionnent le présent.



Mon avis :

Dans un bar d’Oran, un vieil homme, Haroun, adresse à son interlocuteur un long monologue. Il est le frère de « l’arabe » tué sur une plage d’Alger en 1942 par Meursault. Kamel Daoud offre une identité et une histoire à celui qui en a été privé. J’ai trouvé particulièrement intéressante cette approche.

Kamel Daoud s’amuse à brouiller les frontières entre fiction et réalité. Car ici ce n’est pas Camus qui a écrit le livre, mais Meursault lui-même qui raconte son histoire et son crime dans un livre intitulé L’Autre. Mes souvenirs de l’œuvre de Camus sont peu nombreux, mais cela m’a suffit à repérer certains parallèles entre le roman de Camus et celui de Daoud. La première phrase par exemple « Aujourd’hui, M’ma est toujours vivante. » résonne comme un écho à la célèbre phrase « Aujourd’hui, Maman est morte. » Des parallèles aussi entre le destin de Meursault et celui d’Haroun. C’est un jeu de miroirs qui peut amuser les connaisseurs de l’œuvre de Camus.

Kamel Daoud pose ici la question du poids du passé sur la vie d’un homme. Le meurtre de Moussa pose une marque indélébile sur la vie d’Haroun. Celui-ci portera le poids de la disparition de son frère, le poids du meurtre et de l’injustice. Mais à travers eux, s’incarnent les blessures causées par la colonisation.

Un unique petit regret : j’aurai aimé en savoir plus sur Moussa lui-même car le récit est centré sur Haroun le frère. Finalement, dans ce roman aussi Moussa n’est qu’un personnage secondaire, qui s’il a retrouvé son nom est toujours privé de parole.

Haroun est un personnage intéressant. Marqué par la mort de son frère, il devient lui aussi un assassin. Peut-être pour rétablir un certain équilibre, il tue un français. Haroun est un vieil homme qui observe aussi avec circonspection les changements survenus dans son pays. Les espoirs nés suite à la Libération se sont effondrés. Haroun semble se tenir à distance de tout ce qui l’entoure. Et aussi de ceux qui l’entourent. Finalement, c’est lui l’étranger.

Mais quelle belle écriture ! L’on ressent pleinement la colère larvée d’Haroun, la frustration, l’aigreur. Mais en même temps, Kamel Daoud parvient à y glisser une certaine légèreté, et même de la poésie.

J’ai lu l’œuvre de Camus au lycée mais je n’avais pas vraiment apprécié, mais Kamel Daoud m’a donné envie de redécouvrir cette œuvre. Un prix Goncourt du premier roman amplement mérité pour cette œuvre audacieuse.



Extrait :

« Il y a toujours un autre, mon vieux. En amour, en amitié, ou même dans un train, un autre, assis en face de vous et qui vous fixe, ou vous tourne le dos et creuse les perspectives de votre solitude. »


J'ai partagé cette lecture avec Jostein

Lu dans le cadre du challenge tour du monde