Affichage des articles dont le libellé est littérature américaine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est littérature américaine. Afficher tous les articles

lundi 1 avril 2024

Racines - Haley Alex

 Par Daphné








Auteur :Haley Alex
Titre : Racines 

Genre : roman
Langue d’origine : anglais 
TRaductrice : Maud Sissung
Editeur : J'ai lu
Nombre de pages : 750
Date de parution :2000

Résumé de l'éditeur:

" Sous la lune et les étoiles, seul avec son fils, Omoro procéda au dernier rite de l'imposition du nom. Il marcha jusqu'aux confins du village, et là, élevant le petit en lui tournant le visage vers le ciel, il murmura tout doucement : " Regarde, cela seul est plus grand que toi ". Alors qu'il ramassait du bois pour en faire un tambour, le fier Kinté, fils d'Omoro, est capturé par des toubabs qui l'envoient récolter le coton de l'autre côté de l'Océan, en Virginie. Le destin de sa race est scellé : ses descendants seront esclaves de père en fils, humiliés, battus, vendus au plus offrant, séparés de ceux qu'ils aiment. En faisant revivre son aïeul et sa lignée sur sept générations, l'auteur retrace l'histoire terrible, déchirante et véridique de ses ancêtres africains. Une immense saga.

Mon avis:

L'auteur nous conte ici l'histoire de son ancêtre, Kunta Kinté, dont il a entendu parler depuis tout petit et dont il est parvenu à remonter la trace. Né en Gambie, en 1767, Kunta est le premier-né de sa famille. Il grandit dans son village selon les traditions de son peuple mais sa vie prendra un tournant différent - et tragique- le jour où il sera enlevé et emmené en Amérique où il deviendra esclave. 

Débutant en premier jour de la vie de Kunta jusqu'à la génération de l'auteur, ce livre ne nous épargne rien. On suit d'abord les premiers pas de Kunta, son enfance, la manière dont il grandit au sein de son village et de sa famille, puis l'horreur : l'arrachement aux siens, à sa terre, les détails insoutenables de la traversée en bateau, la mise en esclavage, les tentatives de fuite... Entre Kunta et l'auteur, il y a plusieurs générations, celles qui naîtront et mourront esclaves, celles qui connaîtront la liberté. Et il y a la tradition orale, qui permettra à l'auteur de retrouver les traces de son ancêtre, de connaître son histoire et de l'écrire. Car Kunta a voulu transmettre son histoire, ne pas oublier d'où il venait. Et ce qu'il a transmis à sa fille, Kizzy, cette dernière l'a transmis à son tour.  Ne pas oublier. Tel est sans doute l'un des messages les plus forts de ce livre. Ne pas oublier ce qui est arrivé à Kunta, et à tant d'autres. Ne pas oublier la cruauté, l'horreur, le cri qui se perpétue de génération en génération, ce cri poussé par tant de personnes.

Non, ce livre ne nous épargne rien, C'est un livre douloureux et indispensable, un livre où l'on voit cependant poindre l'espoir. Un livre à lire absolument pour ne pas oublier.

Extrait :

"Les fouets claquèrent pour les pousser vers un endroit où se trouvaient déjà une dizaine d'hommes enchaînés sur lesquels on déversait des seaux d'eau de mer remontés par-dessus le bordage. Et puis, malgré leurs cris, les hommes furent frottés par les toubabs avec des brosses à long manche. Kounta se mit lui aussi à hurler sous le flot d'eau salée qui pénétrait comme du feu dans les sanglantes zébrures du fouet et dans la marque au creux de ses épaules. Mais lorsqu'on se mit à le frotter à la brosse, en insistant bien, pour décoller les plaques d'ordure, la douleur devint intolérable, car les durs brins pénétraient dans les sillons sanglants du fouet, arrachaient la peau, fouillaient la chair à vif. A leurs pieds, l'eau moussait rose. Puis on les repoussa jusqu'au milieu du pont, où ils s'effondrèrent, pressés les uns contre les autres."

vendredi 13 octobre 2023

Chasseur, cueilleur, parent - Michaellen Doucleff

 Par Daphné









Résumé de l'éditeur:

 Épuisée, gagnée par la dépression, Michaeleen ne sait plus comment gérer Rosy, sa fille de 3 ans. Crises de rage, demandes incessantes, pleurnicheries… Elle rencontre des difficultés que tous les parents connaissent. Tous ? Peut-être pas.
Habituée aux reportages dans les coins reculés, elle décide d’aller vivre avec Rosy en immersion dans trois des plus vénérables communautés du monde : les Mayas, les Inuits et les Hadza. Elle découvre des enfants responsables, autonomes, participant volontairement aux tâches ménagères, et ce sans cri ni conflit. Une parentalité aux antipodes de celle qu’elle pratique, sans aucune des luttes de pouvoir qui jonchent son quotidien avec Rosy. Et si les Occidentaux avaient tout faux en termes d’éducation ?

Mon avis :

Voici un livre qui me laisse un sentiment assez partagé. A force de le voir partout, j'avais très envie de le lire mais je ne m'attendais pas du tout à ça. J'ai commencé sa lecture en pensant avoir à faire à un livre anthropologique sur les différentes manière dont les parents se comportent avec leurs enfants à travers le monde. 

Alors certes, c'est bien une bonne partie du thème de ce livre. A travers le voyage d'une mère, il nous entraîne dans diverses cultures où l'on découvre le quotidien des familles, où l'on se rend bien compte que certaines "pratiques" occidentales envers les enfants sont assez étonnantes. Pas étonnantes de manière positive mais étonnantes par leur manque de logique si tant est qu'on y réfléchit quelques instants. Et pourtant, les parents occidentaux y sont tant habitués que cela leur paraît évident. On découvre à travers ce livre à quel point les cultures dites ancestrales sont éloignées de ces pratiques et à quel point leur manière de voir et d'accompagner leurs enfants dans la vie peut être différente des "pratiques" occidentales. J'ai beaucoup aimé cette partie du livre qui nous fait réfléchir sur notre société, sur tout ce qui nous est inculqué en matière de parentalité, sur la manière de percevoir l'enfant. Regarder comment les choses se passent ailleurs, y réfléchir, s'en inspirer parfois est, anthropologiquement parlant, particulièrement intéressant. Au fond, la plupart des observations relevées par ce livre tombent sous le sens. J'ai donc beaucoup aimé cette partie là du livre.

 En revanche, je ne m'attendais pas tellement à lire un manuel de conseils sur "comment rendre votre enfant exactement conforme à vos attentes" : car c'est aussi l'impression que m'a laissé ce livre et cela m'a de nombreuses fois mise assez mal à l'aise. Cette impression que l'autrice voulait formater sa fille à ses attentes. Elle utilise d'ailleurs très souvent l'expression "modeler le comportement", ce qui pour tout dire, m'interpelle.  Vouloir "modeler" l'enfant ne revient-il pas à le manipuler de manière à ce qu'il soit tel qu'on voudrait qu'il soit, à gommer les traits de sa personnalité propre et à ne pas l'accepter tel qu'il est ? Je ne sais pas quel est le terme utilisé dans la version originale alors peut-être est simplement la traduction qui m'a interpellée mais cette expressions ans cesse répétée m'a vraiment mise mal à l'aise. De même que les phrases du style : de mon "ennemie", elle est devenue l'une de mes personnes préférées au monde. Cette phrase fait référence à la fille de l'autrice et n'a pas été sans me faire tiquer. Même si le mot "ennemie" est entre guillemet, le fait qu'il s'adresse à une enfant, son enfant, de trois ans me parait un peu inquiétant. De même que le fait que l'enfant en question ne faisait donc pas partie des "personnes préférées" de l'autrice avant qu'elle ne "réussisse à modeler son comportement". Il est vrai que la petite Rosy, la fille de l'autrice nous est décrite comme une enfant assez terrible... d'où la question : mais comment peut on en arriver là avec une enfant aussi jeune? Car le tableau qui nous est dépeint dans les premières pages concernant la fillette, peut en effet paraître assez terrifiant... mais au fond, l'enfant est elle vraiment "terrible" ou est ce la mère qui est étouffante, très étouffante même,  si on en croit le fait  qu'elle lance  à son lecteur le défi de rester au moins 5 minutes sans chercher à occuper son enfant ? Je ne cherche pas du tout à juger la mère qu'est l'autrice du livre, surtout qu'on voit bien qu'elle fait ce qu'elle pense être bon (et dans la majorité des cas, c'est bien là où le bât blesse) et on sent vraiment sa volonté d'améliorer les choses avec sa fille. Mais tout de même, nombre de ses propos m'ont paru assez étranges...

Il n'en reste pas moins que j'ai beaucoup aimé voyager à ses cotés auprès de différentes familles de différentes cultures. Une lecture en demi teinte, donc. Sans doute en retiendrais je surtout le côté anthropologique qui est, au départ, ce que je venais chercher avec cette lecture.


Extrait  

"Ces enfants ne sont pas des planètes solitaires. Ils appartiennent à un système solaire, décrivant des cercles les uns autour des autres, et sont stabilisés par la présence et la gravité d'autrui.
Ces liens s'expriment de deux manières : les responsabilités envers autrui et un filet de protection invisible."

samedi 26 août 2023

Zéphyr, Alabama - Robert McCammon

Par Ariane

 


Auteur : Robert McCammon

Titre : Zéphyr, Alabama

Genre : roman

Langue d’origine : anglais (Etats-Unis)

Traducteur : Stéphane Carn

Editeur : Monsieur Toussaint Louverture

Nombre de pages : 608p

Date de parution : février 2022

 

Mon avis :

Cet été je suis partie pour Zéphyr, Alabama. Ce voyage littéraire dans une petite ville américaine au cœur des années 60 m’a enchantée.

Zéphyr, c’est la petite ville américaine telle qu’on l’imagine, celle que l’on a pu voir à travers tant de films et de séries. A Zéphyr, la vie s’écoule tranquillement. Il y a le cinéma, le terrain de baseball, l’école et l’église, le magasin général, le cabinet du médecin et celui du vétérinaire, la mairie, le diner. A Zéphyr, les mamans font la cuisine et prennent soin de leur maison, pendant que les papas travaillent à l’extérieur. Il y a le barbier, le laitier, le shérif, l’homme à tout faire. Et bien sûr il y a le quartier noir, séparé du quartier blanc.

C’est à travers le regard de Cory, un garçon de douze ans, que nous découvrons Zéphyr. Il nous raconte les quelques mois suivant un événement qui va bouleverser sa vie et celui de nombreux habitants. Un matin, le garçon accompagne son père sur sa tournée de livraison. Alors qu’ils longent le lac à la sortie de la ville, une voiture se précipite devant eux et tombe dans le lac. Voyant que le conducteur ne parvient pas à sortir du véhicule, le père de Cory plonge. Il découvre un homme menotté au volant, le visage tuméfié au point d’en être méconnaissable et une corde de piano autour du cou. La violence de ce crime hante le père de Cory, d’autant plus que le coupable ne peut être qu’un habitant de Zéphyr. Qui parmi ces gens qu’il pensait si bien connaître, est capable d’un geste si odieux ? Cory est un enfant à l’esprit vif et à l’imagination fertile, incapable lui aussi d’oublier l’homme du lac, il va mener l’enquête.

Pourtant n’allez pas croire qu’il s’agit d’un roman policier. S’il y a un mystère à résoudre, cela ne constitue qu’un aspect de l’histoire que nous raconte Cory. Le jeune narrateur nous raconte tous les événements, petits et grands, de sa vie d’enfant aux portes de l’adolescence. Ses jeux avec sa bande de copains, la gamine étrange qui a le béguin pour lui, les gamins qui les brutalisent, les histoires qu’il imagine pour ses copains, l’ennui des heures de classe, son amour pour son chien. Et bien sûr, il nous raconte Zéphyr et ses habitants. La petite ville si tranquille vit de nombreux bouleversements. Les jeunes dansent au son des Beach Boys, l’installation d’un supermarché modifie les habitudes et les habitants du quartier noir demandent le droit d’accéder à la piscine réservée aux blancs.

Mais Zéphyr nous réserve encore des surprises. Cory nous a prévenus dès le début. Zéphyr est une ville magique : une dame aux pouvoirs magiques veille sur les habitants, un monstre vit dans l’eau de la rivière, une voiture fantôme roule pour l’éternité, un mystérieux cerf blanc vit dans la forêt. Le fantastique se mêle au réel, tant et si bien qu’on ne sait ce qui est vrai ou ce qui a été imaginé par Cory.

J’ai lu avec plaisir chaque page de ce gros pavé, je suis passée par toute une gamme d’émotions et j’ai refermé le livre avec nostalgie. Un grand plaisir de lecture que je ne peux que conseiller !

 

 

 

mercredi 26 avril 2023

Mercredi, c'est le jour des petits - Les royaumes de feu, tome 1 - Tui T. Sutherland

 Par Daphné








Auteur : Tui T. Sutherland

Titre :Les royaumes de feu, tome 1

Genre :roman jeunesse

Langue d’origine : anglais (américain)

Traductrice : Vanessa Rubio-Barreau

Editeur : Galliamrd

Nombre de pages : 400

Date de parution : 2015

Résumé de l'éditeur :

Une terrible guerre divise les royaumes du monde de Pyrrhia. Selon une mystérieuse prophétie, seuls cinq jeunes dragons nés lors de la Nuit-la-plus-Claire pourront mettre fin aux combats et apporter la paix. Mais les élus, Argil, Tsunami, Gloria, Comète et Sunny, rêvent de voler de leurs propres ailes plutôt que d'accomplir leur destin...

Mon avis:

 Ma fille de neuf ans a découvert il y a peu cette série de livres dont elle raffole. Elle voulait absolument que je les découvre à mon tour : c'est chose faite, du moins pour les deux premiers tomes (il y en a 15 en tout).

Une guerre, une prophétie, des clans de dragons tous différents, cinq dragonnets élevés loin des leurs dans le but de mettre fin à la guerre : avec tout cela, il y a de quoi faire! 

 Argil, Gloria, Sunny, Tsunami et Comète ne viennent pas du même environnement, ne font pas parti des mêmes peuples, n'ont pas les mêmes facultés. Sans doute ne se seraient-ils jamais connus si leurs œufs n'avaient pas été volés avant leur naissance et qu'ils n'avaient pas été réunis et élever loin des leurs, dans le but d'accomplir une prophétie et de mettre un terme à la guerre qui fait rage entre les dragons. Élevés loin de tout par des dragons fort peu sympathiques, ils se retrouvent un jour plongés dans un monde inconnu pour eux.

J'ai tout de suite compris l'engouement de ma fille pour ce livre : il y a du mystère, du fantastique, de l'amitié, de l'aventure : tout est réuni pour plaire aux enfants. La présentation des différentes espèces de dragons au début attise tout de suite la curiosité et on s'attache vite aux dragonnets qui, même s'ils font l'objet d'une prophétie prometteuse sont encore bien patauds et peu sûrs d'eux et restent infiniment plus sympathiques que les adultes qui croisent leur chemin!

Même si cette série de livres est destinées à des enfants, j'ai trouvé que l'écriture aurait pu être un peu plus travaillée. J'ai aussi "tilté" devant certains passages peut-être un peu violents pour les plus jeunes (mais c'est sans doute mon esprit un peu "bisounours" qui veut ça car ni ma fille ni sa meilleure amie n'ont semblé perturbée par ces passages!). En dehors de cela, j'ai passé un très bon moment avec les deux premiers tomes des Royaumes de feu :c'est assez addictif, on se laisse happer par l'histoire et le suspens est au rendez-vous! Sans doute lirais je la suite avec enthousiasme : en tout cas, c'est bien parti pour ma fille qui n'a maintenant plus qu'une envie : avancer dans la saga et la faire découvrir à sa grande sœur qui n'y a pas encore plongé le nez mais à qui cela plairait sans doute beaucoup aussi!

Extrait : 

"Quand la guerre aura durée vingt longues années,
Viendra le temps des dragonnets.
Quand la terre sera de sang et de larmes imbibée,
Viendra le temps des dragonnets.

De tous les œufs,
Celui des Ailes de Mer sera le plus bleu.
Au sommet de la montagne, très haut,
Celui des Ailes du Ciel sera le plus gros.
Quand aux Ailes de Nuit,
Ils viendront à vous sans bruit.
Dans la terre des Ailes de Boue, au fond,
Repose l’œuf couleur sang-de-dragon.
Enfin, caché, à l'abri des reine rivales,
Se trouve l’œuf des Ailes de Sable.

Des trois reines, Flamme, Fièvre et Fournaise
Deux mourront et l'autre apprendra
Que si un destin plus haut elle veut bien accepter,
Au pouvoir des Ailes de Feu elle accédera

Cinq œufs écloront par la Nuit-la-plus-Claire,
Cinq dragons nés pour mettre fin à la guerre.
L'obscurité fera place à la lumière.
Voici venu le temps des dragonnets."

mardi 25 avril 2023

Miss Joséphine - Margaret Wilkerson Sexton

Par Ariane

Autrice : Margaret Wilkerson Sexton

Titre : Miss Joséphine

Genre : roman

Langue d’origine : anglais (Etats-Unis)

Traductrice : Laure Mistral

Editeur : Actes Sud

Nombre de pages : 336p

Date de parution : septembre 2022

 

Mon avis :

Parmi les parutions de la rentrée littéraire de septembre, ce roman est le premier que j’ai acheté. Me retrouver en Louisiane, à la Nouvelles-Orléans, lire une histoire forte et émouvante, ce programme me semblait idéal. Et pourtant, il aura patienté des mois avant que je ne me décide à le sortir de ma pile à lire… Allez y comprendre quelque chose !

En 1855, Joséphine est une enfant de 10 ans, esclave comme ses parents sur la propriété de maître Tom. Compagne de jeu de la fille de la famille, elle est le témoin de la colère qui couve chez les esclaves et de leurs rêves de liberté.

En 1924, Joséphine est une femme âgée, veuve, mère et grand-mère. Désormais libre et propriétaire d’une ferme et de terres, elle est la matriarche d’une petite communauté d’esclaves affranchis et de leurs descendants. Mais l’installation d’un couple de fermiers blancs à proximité vient bouleverser le quotidien, d’autant plus que Charlotte semble rechercher la compagnie de Joséphine.

En 2017, Ava, jeune mère divorcée et sans emploi accepte d’emménager chez sa grand-mère paternelle, une riche femme blanche qu’elle connaît peu, pour l’aider au quotidien, le temps de se refaire une santé financière. Elle n’emporte pas grand-chose avec elle, mais met en évidence le portrait de Joséphine, son aïeule.

Le récit alterne avec fluidité entre les époques, partant de 2017, pour remonter le temps en 1924 d’abord puis en 1955, pour revenir dans notre temps. Ce procédé donne un rythme au récit et permet de lier les personnages, de les ancrer dans une histoire commune. Car au cœur de ce récit, se trouve la question de la transmission, de la mémoire transgénérationnelle. Pour Ava et d’autres personnes de la communauté noire, le poids du passé est lourd sur leurs épaules. Ils portent encore le poids de l’esclavage et de la ségrégation, héritage dont il semble impossible de se défaire.

Dans ses relations avec sa grand-mère ou avec des mères d’élèves du collège de son fils, Ava ne peut se défaire d’une certaine méfiance. Et dans le passé, les relations entre communautés sont encore plus difficiles. Enfant, Joséphine a connu l’amitié fusionnelle avec une fillette blanche. Malgré cela, la différence était nette entre les fillettes, qui l’avaient elles-mêmes intériorisée et ne concevaient pas qu’il pouvait en être autrement. Et lorsque devenue une vieille femme, sa jeune voisine blanche semble rechercher son amitié, Joséphine reste circonspecte, consciente des barrières infranchissables qui existent entre elles.

Malgré tout l’intérêt du roman, la puissance émotionnelle du sujet et la qualité d’écriture de Margaret Wilkerson Sexton, je n’ai toutefois pas réussi à entrer totalement dans l’histoire et à m’attacher aux personnages, notamment à Ava que j’ai eu du mal à cerner. J’aurais voulu creuser un peu plus l’histoire de la jeune Joséphine qui m’intéressait beaucoup et encore plus celle de la Joséphine âgée qui m’a le plus intéressée. Je crois que j’aurais préféré une saga de 1000 pages ! Ce fut donc une lecture intéressante, mais je n’y ai pas trouvé ce que j’espérais y trouver.