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samedi 10 octobre 2020

Erika Sattler - Hervé Bel

Par Ariane



Auteur : Hervé Bel
Titre : Erika Sattler
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Stock
Nombre de pages : 342p
Date de parution : août 2020

Mon avis :
Erika est jeune, belle, blonde. Erika est allemande, nazie. En Pologne elle travaille comme secrétaire dans une usine d’armement. Mais les troupes russes approchent et les allemands doivent fuir. Pendant les quelques jours que va durer son périple, nous suivons Erika sur les route polonaises. Elle va rencontrer des gens qui vont lui tendre la main, des SS impressionnés par sa ferveur, des soldats touchés par son apparente fragilité. 
Mais elle n'est pas fragile Erika. C'est un roc, ou plutôt un iceberg.  Disons le tout de suite, rares sont les personnages aussi détestables qu’Erika. Jouant sans vergogne de sa beauté, méprisante envers tous ceux qu’elle juge inférieurs ou faibles, convaincue d’appartenir à une race supérieure, cruelle et manipulatrice, elle n’a de respect que pour les SS et Hitler. 
Dans les romans mettant sur cette période,  on rencontre souvent des hommes nazis, des combattants ou des politiques, mais rarement des femmes. En choisissant de raconter l’histoire d’une femme nazie, Hervé Bel parle de « la banalité du mal » (pour reprendre l’expression d’Hannah Arendt cité dans la quatrième de couverture), de la ferveur du sentiment national-socialiste chez les gens du peuple, de l'engouement pour cette vision d'un Reich de mille ans, une folie collective. Le résultat est glaçant, d'autant plus qu'à aucun moment, Erika ne doute.
Autour d’Erika gravitent plusieurs personnages, qui eux aussi vont incarner un visage du peuple allemand. Il y a Paul, son mari, pas vraiment convaincu par le nazisme, ni par aucun autre parti d’ailleurs, mais qui s’engage dans la SS pour lui plaire, sans succès. Il y a Helmut, le beau-frère, opposant déclaré au régime, mort dans un camp de prisonnier, un personnage fantomatique, il n'est pas réellement présent dans le livre, comme finalement tous ces résistants allemands qu'on oublie trop souvent. Albert, le petit garçon qu'Erika rencontre pendant sa fuite, pour lequel elle éprouve une certaine affection, autant qu'elle en est capable, mais qu'elle va aussi utiliser pour attirer la pitié et se donner une chance supplémentaire de s'en sortir. Albert, c'est l'innocence bafouée, brisée, méprisée par la guerre. Mais Albert c'est aussi l'avenir de l'Allemagne.
C’est un roman dur, intense, dérangeant. Une plongée dans les ténèbres, impression renforcée par le fait que je l’ai lu juste après Les déracinés de Catherine Bardon. 

mardi 29 septembre 2020

La colline des potences - Dorothy M. Johnson

 Par Ariane



Auteur : Dorothy Johnson

Titre : La colline des potences

Genre : nouvelles

Langue d’origine : anglais (Etats-Unis)

Traductrice :Lily Sztajn

Editeur : Gallmeister

Nombre de pages : 288p

Date de parution : juin 2016

 

Mon avis :

Le mois américain m’a incitée à sortir de ma PAL ce recueil de nouvelles qui y patientait depuis des années. Avec ces nouvelles me voici partie à la rencontre d’un genre que je connais peu et que je ne cherche pas. Mais Dorothy Johnson délaisse les clichés du genre qui m’auraient probablement rebutée. Ce ne sont pas tant des histoires de far west qu’elle nous raconte, mais les histoires d’hommes et de femmes au far west. Quelques pages, mais des histoires justes et profondes, des personnages attachants et fouillés. Mieux encore, l’autrice est parvenue à donner une tonalité propre à chacune de ces histoires rendant chacune d’entre elle unique et particulière dans le recueil.

Mention particulière pour la force de « L’histoire de Charley » et l’humour de « Au réveil, j’étais un hors la loi ».

Dans la première, c’est grâce à quelques vieilles photographies qu’une femme découvre l’histoire de celle qui l’a élevée. Une histoire belle et émouvante.

La seconde nous raconte l’histoire d’un cow boy qui par un concours de circonstances se retrouve embarqué dans une bande de hors la loi et se demande bien comment se sortir de ce pétrin. Impossible de ne pas sourire devant les déconvenues de ce pauvre gars !

Une découverte bien sympathique au final.

 

Extraits :

« Je me suis endormi honnête et fauché. Je me suis réveillé hors-la loi et toujours fauché. Et incompris de tous. »

« La nuit avant mon départ, elle a pleuré dans mes bras parce qu’on allait être séparé tout l’hiver. Ça allait être un hiver atroce, long et sinistre. Il a duré quarante ans. »

« C'était effectivement un homme dangereux, un homme fier, un chef, un oiseau de proie dont l'armée, après plusieurs années de tentatives infructueuses, avait finalement rogné les ailes. »

 


 

samedi 12 septembre 2020

Monstres fabuleux - Alberto Manguel

Par Ariane


Auteur : Alberto Manguel

Titre : Monstres fabuleux

Genre : essai

Editeur : Actes Sud

Nombre de pages : 288p

Date de parution : février 2020

Mon avis :

Lectrices et lecteurs le savent bien, certains personnages nous marquent à vie et peuplent un petit coin de notre esprit. Qu’on les ai aimés ou détestés, ces personnages vivent en nous, ils nous ont forgés, accompagnés, guidés et instruits.

Alberto Manguel, que l’on pourrait qualifier de lecteur professionnel, consacre ce livre à ceux qu’il nomme ses amis littéraires. Personnages de contes ou de la pop culture, héros bibliques ou légendaires, figures littéraires de premier plan ou moins connues, Alberto Manguel dresse de chacun d’eux un portrait érudit, entre histoire de la littérature et autobiographie, mêlant réflexions philosophiques et littéraires.

Si certains de ces personnages sont très connus des lecteurs et du grand public (Dracula, Spiderman, Alice,…), d’autres le sont nettement moins (Qeeqeg, Casaubon, Wakefield). Il faut avoir une solide culture littéraire pour le suivre dans chacun de ces portraits et je reconnais humblement que ce n’est pas mon cas !

Et vous, qui sont vos amis littéraires ? 

Extrait :
"La biologie nous dit que nous descendons de créatures de chair et de sang mais nous avons la conscience intime d'être les fils et les filles de fantômes d'encre et de papier."

"L'expérience du monde - l'amour, la mort, l'amitié, la perte, la gratitude, la confusion, l'angoisse, la peur -, toutes ces choses et ayssi ma propre identité changeante, je les ai apprises des personnages imaginaires rencontrés au fil de mes lectures, bien plus que de mon visage indistinct dans le miroir ou de mon reflet dans les yeux d'autrui."

"Peut-être pourrait-on définir les pays grâce aux personnages les plus aimés de leurs livres d’enfant. On verrait l'Angleterre comme Alice, sans cesse confrontée à des règles sociales et à des préjugés absurdes, l'Italie comme un Pinocchio rebelle et joyeux, qui veut devenir un "vrai garçon", la Suisse comme Heidi la petite fille bien sage, le Canada comme Anne, la survivaliste intelligente et concernée des Pignons verts. Peut-être les Etats-Unis se verraient-ils reflétés par Dorothée, une héroïne qui finira par découvrir que la cité d'Emeraude doit sa merveilleuse couleur aux lunettes teintées de vert que ses citoyens sont obligés de porter, et que la magicien qui la gouverne n'est qu'un imposteur dont le succès réside dans le fait qu'il donne aux gens se qu'ils croient vouloir sous le coup de brèves crises émotionnelles."