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vendredi 23 juin 2023

La soeur que j'ai toujours voulu - Andrea Abreu

 Par Daphné


 






Autrice :  Andrea Abreu

Titre :La soeur que j'ai toujours voulu

Genre : roman 

Langue d’origine :espagnol

traductrice : Margot Nguyen Beraud

Editeur :l'Observatoire

Nombre de pages :160

Date d'édition :2022

Résumé de l'éditeur:

 Dans un hameau perdu des îles Canaries, vivent deux jeunes filles : la narratrice, gamine livrée à elle-même alors que ses parents travaillent jour et nuit au service des touristes, et sa meilleure amie, Isora. Entre les héroïnes, perdure depuis l'enfance une amitié fusionnelle et dévorante. Alors qu'arrive le temps des premiers émois, le duo entre en adolescence comme on entre en rébellion. Ce sera elles deux contre le reste du monde. C'est ainsi, elles partagent tout, pour le meilleur et pour le pire... mais le pire n'est jamais loin pour cette jeunesse démunie et oisive. L'île, terre riche de contrastes, devient le théâtre d'une tragédie cruelle, alors que les plages ensoleillées déversent toujours plus de touristes et que le poids des nuages sur les versants volcaniques menace les petits villages décatis abritant la population - le luxe le plus indécent côtoie la misère nue ; la terre de légendes hantée par les sorcières rencontre la décadence de la modernité. Andrea Abreu brosse le portrait impitoyable d'une génération et d'un pays privés d'horizon, portée par une plume âpre, cruelle, virtuose.

Mon avis:

Voilà un livre que j'avais hâte de lire... mais qui ne m'a pas plu du tout! Il m'a souvent fait penser à Qui sème le ventlivre que j'ai lu il y a quelques mois et que je n'avait pas aimé non plus. Si l'un se passe aux Pays-Bas et l'autre aux Canaries, on y retrouve le même genre d'atmosphère plutôt glauque et trop crue à mon goût. 

Ici, c'est 'amitié de deux pré adolescentes qui est mise à l'honneur. Livrées à elle-même, elles passent leur été à s'ennuyer, traînant ici et là en inventant des jeux de leur cru. L'une est la meneuse, l’autre la "suiveuse" et elle sont depuis toujours inséparables, engluées dans une amitié aussi fusionnelle que toxique. Désœuvrées, elles errent dans le village et s'éveillent à la sexualité. Sexualité qui tient une grande place dans leur vie, au même titre que la nourriture dont elles ont à seulement dix ans une image assez particulière. Elles n'ont ni filtre ni pudeur et cela donne à leur histoire un côté violent, cru, malsain. 

Oui, malsain, c'est sans doute le mot qui me vient en premier lieu à l'esprit pour décrire ce livre. On est bien loin de l'innocence et il en résulte un livre sombre et oppressant. Le langage, cru et vulgaire, de la narratrice a vite eu raison de moi, l'absence d'espoir et de lumière également. Non, décidément, bien trop sombre et dérangeant à mon goût. Ce n'est pas du tout le genre de livre que j'ai envie de lire en ce moment.

 

Extrait :

“Pasque si y avait bien une chose que je savais, c'était qu'Isora et moi on était faites comme sont faites les choses qui naissent pour vivre et mourir ensemble”.

samedi 29 mai 2021

La face nord du coeur - Dolores Redondo

Par Ariane

Auteur : Dolores Redondo

Titre : La face nord du cœur

Genre : roman policier

Langue d’origine : espagnol

Traductrice : Anne Plantagenet

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 688p

Date de parution : novembre 2020

 

Mon avis :

Avec ce roman policier de Dolores Redondo, je termine avec regret mes lectures du prix des lectrices de Elle… Par la même occasion de découvre une autrice espagnole, bien installée dans le paysage de la littérature noire.

Amaia Salazar, inspectrice de la police espagnole, participe à une formation au siège du FBI en compagnie d’autres policiers européens. Son profil intéresse fortement l’agent Dupree qui décide de l’intégrer à son équipe sur les traces d’un tueur en série qui frappe des familles pendant des catastrophes climatiques. Alors que l’ouragan Katrina approche de la Nouvelles Orléans, il ne fait aucun doute que le tueur va frapper de nouveau…

Et je dois dire que Dolores Redondo nous offre une enquête riche en rebondissements, passionnante et portée par des personnages intéressants. Mais loin de se contenter d’une énième enquête policière tortueuse, l’autrice nous offre un récit riche et protéiforme. Car une seconde enquête vient se mêler progressivement à la première, le passé des deux protagonistes principaux rejoignant les évènements en cours, les croyances et légendes prennent corps tandis que la Nouvelle Orléans et ses habitants subissent de plein fouet la colère de la nature.

Alors apparemment le coup de cœur était assuré, mais… un grain de sable a tout fait capoter. Car à un point du récit l’autrice m’a perdue. Je n’ai pas du tout adhéré à la tournure que prenait la seconde intrigue et cela a impacté la suite de ma lecture.

Malgré ce bémol, j’ai beaucoup aimé cette dernière lecture qui est apparemment le préquel d’une trilogie que j’espère découvrir rapidement.

 

Extraits :

« Pourquoi sont-ils prêts à mourir? Vous ne vous rendez pas compte, ce sont peut-être des maisons de merde, mais c'est tout ce qu'ils ont réussi à avoir dans leur vie. »

« Parce que je crois à la foi, à la force des croyances des autres. Au nom de ces croyances, on a bâti et détruit des empires »

 



 

samedi 21 septembre 2019

Le monarque des ombres - Javier Cercas

Par Ariane


Auteur : Javier Cercas
Titre : Le monarque des ombres
Genre : roman
Langue d’origine : espagnol
Traductrice : Aleksandar GRUJICIC, Karine LOUESDON
Editeur : Actes sud
Nombre de pages : 320p
Date de parution : août 2018

Présentation de l’éditeur :
Un jeune homme pur et courageux, mort au combat pour une cause mauvaise (la lutte du franquisme contre la République espagnole), peut-il devenir, quoique s’en défende l’auteur, le héros du livre qu’il doit écrire ? Manuel Mena a dix-neuf ans quand il est mortellement atteint, en 1938, en pleine bataille, sur les rives de l’Èbre. Le vaillant sous-lieutenant, par son sacrifice, fera désormais figure de martyr au sein de la famille maternelle de Cercas et dans le village d’Estrémadure où il a grandi. La mémoire familiale honore et transmet son souvenir alors que surviennent des temps plus démocratiques, où la gloire et la honte changent de camp. Demeure cette parenté profondément encombrante, dans la conscience de l’écrivain : ce tout jeune aïeul phalangiste dont la fin est digne de celle d’Achille, chantée par Homère – mais Achille dans l’Odyssée se lamentera de n’être plus que le “monarque des ombres” et enviera Ulysse d’avoir sagement regagné ses pénates.
Que fut vraiment la vie de Manuel Mena, quelles furent ses convictions, ses illusions, comment en rendre compte, retrouver des témoins, interroger ce destin et cette époque en toute probité, les raconter sans franchir la frontière qui sépare la vérité de la fiction ?

Mon avis :
Dans ma longue liste de romans à lire, figure Le livre que je ne voulais pas écrire de Erwan Larher, qui m’a été conseillé par mon libraire peu après sa sortie. Je ne l’ai toujours pas lu, mais le titre aurait pu être celui de ce livre Javier Cercas.
Avant de cevenir écrivain, Cercas se disait qu’il devrait un jour écrire l’histoire de Manuel Mena. Mais devenu écrivain, il lui est devenu inimaginable de le faire. Il aura rejeté cette idée des années, avant de s’intéresser à Manuel Mena, de partir sur ses traces, tout en continuant à dire qu’il n’écrirait jamais sur lui. Manuel Mena était le grand-oncle de Javier Cercas, franquiste et phalangiste, mort en 1938 à l’âge de 19 ans, bien des années avant la naissance de celui qui décidera finalement d’écrire son histoire.
Ni un roman, ni une biographie, c’est le récit d’une enquête que nous raconte Cecas, tout en parlant de la mémoire familiale, des blessures mal cicatrisées de la guerre civile et de ses interrogations personnelles. Récit intime donc, dans lequel Cercas, homme de gauche, raconte sa honte du passé familial et notamment de cet encombrant ancêtre, Achille familial, mort de la belle mort des héros «kalòs thánatos ». A travers les souvenirs épars des rares personnes encore en vie à avoir connu l’oncle Manuel (un cousin, quelques voisines, la propre mère de Cercas) et à l’aide des documents historiques, Cercas nous dresse un portrait, ou plutôt une esquisse, du jeune homme. Manuel Mena demeure une ombre, un anonyme parmi les milliers de victimes de cette guerre. Ce n’est plus l’Achille de l’Illiade, mais celui de l’Odyssée, le monarque des ombres.
J’ai été surprise d’aimer autant ce livre. Je craignais de m’ennuyer, ce ne fut pas le cas (même si les passages consacrés aux mouvements de troupes et aux combats m’ont parus un peu longuets).

Extrait :
« Parce que nous ne sommes pas omniscients. Parce que nous ne savons pas tout. Quatre-vingts ans se sont écoulés depuis la guerre, et toi et moi on a dépassé la quarantaine, alors pour nous c’est du tout cuit, on sait que la cause pour laquelle Manuel Mena est mort n’était pas juste. Mais est-ce qu’il pouvait le savoir lui à l’époque, lui, un gamin sans aucun recul et qui, en plus, était à peine sorti de son village ? Tiens, et tant qu’on y est, la cause pour laquelle Achille est mort était-elle juste ou injuste ? A moi, elle me semble absolument injuste : la pauvre Hélène avait tout le droit du monde de fuir avec Pâris et de quitter Ménélas, qui d’ailleurs était un véritable enquiquineur en plus d’être un vieux fossile… Toi, tu crois quoi, que c’est un argument suffisant pour déclencher une guerre, et aussi horrible que celle de Troie par-dessus le marché ? Non, sérieusement :ne jugeons pas Achille selon que la cause de sa mort est juste ou injuste, jugeons-le à la noblesse de ses actes, la décence et le courage et la générosité avec lesquels il a agi. Ne faut-il pas en faire autant avec Manuel Mena ? »

Catégorie métier

vendredi 5 avril 2019

Le labyrinthe des esprits - Carlos Ruiz Zafon

Par Daphné













Auteur : Carlos Ruiz Zafon
Titre : Le labyrinthe des esprits
Genre : roman
Langue d’origine : espagnol
Traducteur : Marie Vila Casas
Éditeur : Acte sud
Nombre de pages  : 840
Date de parution : 2016

Résumé de l'éditeur :

Dans la Barcelone franquiste des années de plomb, la disparition d'un ministre déchaîne une cascade d'assassinats, de représailles et de mystères. Mais pour contrer la censure, la propagande et la terreur, la jeune Alicia Gris, tout droit sortie des entrailles de ce régime nauséabond, est habile à se jouer des miroirs et des masques. 
Son enquête l'amène à croiser la route du libraire Daniel Sempere. Il n'est plus ce petit garçon qui trouva un jour dans les travées du Cimetière des Livres oubliés l'ouvrage qui allait changer sa vie, mais un adulte au cœur empli de tristesse et de colère. Le silence qui entoure la mort de sa mère a ouvert dans son âme un abîme dont ni son épouse Bea, ni son jeune fils Juliàn, ni son fidèle compagnon Fermin ne parviennent à le tirer. 
En compagnie d'Alicia, tous les membres du clan Sempere affrontent la vérité sur l'histoire secrète de leur famille et, quel qu'en soit le prix à payer, voguent vers l'accomplissement de leur destin. Erudition, maîtrise et profondeur sont la marque de ce roman qui gronde de passions, d'intrigues et d'aventures. Un formidable hommage à la littérature.


Mon avis :

Carlos Ruiz Zafon est vraiment un auteur que j'apprécie. Un grand auteur ! Se perdre dans les pages du cimetière des livres oubliés, c'est entrer dans des intrigues complexes et envoûtantes, c'est entrer dans un monde empli de secrets, c'est osciller sans cesse entre l'ombre et la lumière, entre le côté historique, le côté réaliste et le côté fantastique. C'est plonger en plein cœur du mystère, c'est aimer les livres encore plus lorsqu'on referme celui-ci...

Ce livre est le dernier de la saga du cimetière des livres oubliés. Si les différents tomes peuvent se lire indépendamment les uns des autres, ce serait tout de même dommage d'en rester à un seul tome ! Car chacun d'eux est relié aux autres, que ce soit par les personnages même si on en croise des nouveaux à chaque fois, par les livres qui tiennent une place très importante dans leurs vies, par quelques détails qu'il est possible d'omettre mais qui ont leur importance. Ce live est comme la dernière pièce d'un puzzle... un puzzle fascinant !

Et que dire de l'écriture ? La plume de Carlos Ruiz Zafon est inimitable, à la fois sombre, douloureuse, belle et poétique, ne plume rythmée et imagée. C'est une plume qui m'emporte à chaque fois. Je n'ai d'ailleurs plus qu'une envie, c'est de me replonger dans les premiers livres de la saga, lus il y a longtemps déjà et pourtant jamais oubliés.

Extrait :

"Une histoire n’a ni début ni fin, seulement des portes d’entrée.
Une histoire est un labyrinthe sans fin de mots, d’images et de pensées réunis pour nous révéler la vérité invisible sur nous-mêmes. En définitive, une histoire est une conversation entre une personne qui raconte et une personne qui écoute. Or un narrateur ne peut conter que dans la mesure de ses capacités, et un lecteur ne lit que ce qui est déjà écrit dans son âme."


"Chaque livre, chaque tome que tu vois a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit et l'âme de ceux qui l'on lu, ont vécu et ont rêvé avec lui. Toutes les fois qu'un livre change de mains, toutes les fois que quelqu'un parcourt ses pages, son esprit grandit et devient plus fort."