Affichage des articles dont le libellé est rentrée littéraire 2021. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rentrée littéraire 2021. Afficher tous les articles

samedi 29 octobre 2022

Le voyant d'Etampes - Abel Quentin

Par Ariane


Auteur : Abel Quentin

Titre : Le voyant d’Etampes

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : éditions de l’Observatoire

Nombre de pages : 384p

Date de parution : août 2021

 

Mon avis :

Petit à petit je rattrape mon retard et il était temps que je parle de ce roman, sélectionné pour les 68 premières fois, avant d’en reparler dans mon bilan.

Après une carrière universitaire sans éclat, Jean Roscoff, retraité désabusé et porté sur la bouteille, se lance dans l’écriture d’un livre sur Robert Willow, poète et communiste américain. Roscoff prend un plaisir fou dans l’écriture de ce livre sur ce personnage dont le parcours et l’ouvrent le passionnent depuis des années. Rien ne laissait présager le tsunami qui se déclenche rapidement après la parution du livre. La polémique enfle, on en parle, on en débat, à la radio, à la télévision, dans les journaux. Les politiques s’emparent de la question. Les réseaux sociaux se déchaînent… Car si Roscoff a mis en avant l’engagement politique de Willow et son œuvre poétique, il a oublié un petit détail : Willow est noir. Roscoff est accusé de racisme, d’appropriation culturelle, harcelé sur les réseaux sociaux, insulté de toutes parts, défendu par le Front National. Un comble pour lui ancien militant à SOS racisme, qui a connu la marche des beurs et les valeurs de la génération Mitterrand.

Roscoff est un looser magnifique, on s’attache à ce pauvre vieux, qui veut bien faire mais semble constamment se prendre les pieds dans le tapis. Il ne comprend pas le monde qui l’entoure, n’en maîtrise pas les codes et semble aggraver la situation chaque fois qu’il ouvre la bouche…

Abel Quentin aborde ici, sous le couvert de cette histoire caustique, qui fait sourire autant qu’elle effraie, le choc des générations et l’émergence d’une pensée nouvelle qui remet en cause les certitudes des générations précédentes. Roscoff, sans nier la couleur de peau de Willow, n’en a pas parlé, car pour lui le racisme, c’est avant tout de désigner quelqu’un par sa couleur de peau. Dans sa vision universaliste, il s’intéresse à l’homme Robert Willow, au communiste, au poète. Mais ce faisant, ne relit-il pas son histoire à travers son propre regard d’homme blanc privilégié ?

On se régale à la lecture des malheurs de Jean Roscoff, mais on s’interroge en même temps sur cette culture émergente. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la plume d’Abel Quentin, avocat dans le civil, ne manque pas de verve. Pas une seconde d’ennui pour moi, jusqu’à la révélation finale, clin d’œil cynique qui nous prouve, une fois de plus, que ce pauvre Roscoff passe toujours à côté de ce qui est important…

mardi 19 juillet 2022

Le parfum des cendres

Par Ariane


Auteur : Marie Mangez

Titre : Le parfum des cendres

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Finitude

Nombre de pages : 240p

Date de parution : août 2021

 

Mon avis :

Encore une fois, les 68 premières fois m’entraînent vers des découvertes littéraires inattendues !

Sylvain est thanatopracteur, un vrai taiseux qui ne vit que pour son travail. A se demander ce qui a pu pousser ce solitaire à accepter la demande d’Alice… La jeune femme, bavarde et pleine d’entrain, étudie la thanatopraxie et va l’observer pendant quelques mois. Quelques mois pendant lesquels ces deux-là vont s’apprivoiser, se dévoiler et peut-être panser quelques blessures.

Marie Mangez aborde dans ce roman, deux thèmes passionnants et riches de significations : la mort et les sens. La mort, on la rencontre souvent en littérature. Des personnages meurent ou tuent ou subissent la perte d’un être aimé. Mais on parle rarement de ceux qui travaillent avec les morts (il y a bien Le reste de leur vie de Jean-Paul Didierlaurent, noté mais pas encore lu, ou le magnifique L’embaumeur d’Isabelle Duquesnoy… Avez-vous d’autres titres en tête ?). Quel métier étrange et fascinant que celui de thanatopracteur… Sylvain colle tout à fait avec ce que l’on pourrait imaginer. Il est solitaire, silencieux et mal à l’aise avec les vivants. Mais avec les morts, il laisse parler sa sensibilité et leur rend leur personnalité. Doux réconfort pour ceux qui les pleurent.

S’il sait si bien les comprendre, c’est qu’il possède un don. Sylvain est un nez. Pour lui chaque personne, chaque lieu, chaque objet, est une odeur ou une combinaison d’odeurs. L’odorat est un sens bien mystérieux, immatériel. Une simple odeur peut faire ressurgir des souvenirs, apaiser ou exciter. Impossible de ne pas penser au Parfum de Süskind. Mais Sylvain n'a rien d'un Grenouille. C'est tout un monde de beauté, de douceur et d'humanité qui se cache sous sa carapace. Les passages consacrés aux odeurs, aux morts dont Sylvain s’occupe, sont particulièrement beaux.

Il y a dans cette histoire tous les ingrédients d’un feel-good : des personnages attachants que tout oppose, des secrets et des blessures, des scènes amusantes, attendrissantes ou bouleversantes… Je n’aime pas dire du mal des livres, mais effectivement il fait du bien.  

Au-delà de ces aspects, ce roman nous interroge sur les éléments profonds qui sous-tendent nos choix. Qu’est-ce qui nous pousse à choisir un métier, une spécialité, un sujet de recherche ? Qu’est-ce que nos choix disent de nous ?

Je suis particulièrement sensible aux odeurs, Le parfum est l’un de mes romans préférés et le sujet de mon mémoire de recherche de master en ethnologie portait sur les rites funéraires… Alors forcément, ce roman était pour moi !

vendredi 26 novembre 2021

Pleine terre - Corinne Royer

Par Ariane

Auteur : Corinne Royer

Titre : Pleine terre

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Actes sud

Nombre de pages : 336p

Date de parution : août 2021

 

Mon avis :

S’inspirant d’un fait divers, Corinne Royer nous raconte l’histoire d’un paysan étranglé par un système qui n’en finit plus de se mordre de la queue…

Jacques Bonhomme est paysan, comme son père avant lui, et son grand-père avant lui et tous ses ancêtres. La ferme des Combettes et son troupeau de vaches laitières se transmet de générations en générations. Jacques Bonhomme est fier de ce qu’il fait, il aime ses bêtes, le travail de la terre et milite pour une agriculture à échelle humaine. Mais il n’en peut plus des bureaucrates qui exigent toujours plus de procédures et de paperasses. Il sombre, dans la colère et l’abattement, jusqu’à l’humiliation ultime de se voir traité comme un criminel lors d’un énième contrôle administratif. Alors Jacques Bonhomme s’enfuit, débute alors une cavale qui durera neuf jours.

Pendant les neuf jours de sa cavale, nous sommes aux côtés de Jacques réfugié en pleine nature, les souvenirs remontent, ceux de la jeunesse enthousiaste et ceux des dernières années de tourmente. Jacques Bonhomme, le colosse, a été brisé par une administration qui ne connaît pas le travail de la terre et ne pense qu’en terme de chiffres, une administration qui pousse les agriculteurs à la surproduction, à l’élevage intensif qui fait souffrir les hommes, les bêtes et la terre, pour répondre aux besoins toujours croissants des consommateurs, une administration qui impose des démarches administratives de plus en plus lourdes et complexes et totalement incompatibles avec la réalité du quotidien des agriculteurs. Une administration déshumanisée qui broie les hommes autant que les bêtes, les uns réduits au statut d’esclaves, les autres à celui de produit de consommation. Alors la souffrance… Celle des hommes comme celle des bêtes.

C’est un roman coup de poing autant que coup de gueule, un cri de colère pour un monde à l’agonie. Et quel monde après cela ?