lundi 24 octobre 2016

Nujeen, l'incroyable périple - Nujeen Mustafa

Par Daphné













Auteur : Nujeen Mustafa
Titre : Nujeen l'incroyable périple
Genre : tépoignage
Langue d’origine : anglais
Traductrice : Fabienne GondrandEditeur : Harper Collins
Nombre de pages : 280
Date de parution : 2016


Résumé de l'éditeur :



A 16 ans, elle a fui la Syrie ravagée par la guerre, en fauteuil roulant. 

Le témoignage exceptionnel et poignant d'une jeune fille qui a choisi la voie de l'espoir.

En 2015, Fergal Keane, journaliste à la BBC, repère dans la foule des migrants une adolescente en fauteuil roulant. Ému et admiratif devant tant de cran, il recueille son témoignage. Aussitôt, les médias et les réseaux sociaux s'enflamment.
Avec la collaboration de Christina Lamb, Nujeen raconte comment elle a trouvé le courage de s'engager dans ce dangereux périple de 6 000 kilomètres, depuis la Syrie jusqu'à l'Allemagne en passant par la Grèce et la Hongrie.

Un récit porté par l'incroyable détermination de Nujeen et le principe auquel elle n'a pas dérogé : ne jamais être une victime. 

Mon avis :

A l'âge de seize ans, Najeen a tout laissé derrière elle : une partie de sa famille, sa ville, son pays...Elle a fui la Syrie avec sa sœur Nasrine, fui la guerre et fui tout ce qui faisait sa vie.

Avec des mots simples, elle nous raconte sa vie avant la guerre, sa vie de petite fille en fauteuil roulant vivant au cinquième étage d'un étage sans ascenseur. Elle nous raconte son handicap et tout l'amour dont sa famille l'entoure. Puis elle nous parle de l'après, des débuts du conflit, de la guerre civile, des combats, de l'exil, de son arrivée en Allemagne... 

Najeen fait partie de ceux dont les médias nous parlent tant, ceux dont les souffrances divisent les opinions, ceux que l'on nomme les migrants. Comme elle le dit si bien, elle n'est pas qu'un nombre parmi d'autre, décompté par les médias. Elle est une personne qui possède sa propre histoire, sa propre vie. Parfois un peu capricieuse, vivant par procuration à travers la télévision et particulièrement cultivée, elle nous parle avec simplicité des ravages de son pays et de leurs conséquences sur la vie de ses habitants. a travers son témoignage, on frémit devant les horreurs marquant le monde. On ne peut aussi qu’être admiratif devant le courage et la solidarité de certains (je pense entre autres à la sœur de Najeen qui a poussé le fauteuil roulant de cette dernière sur tant de kilomètres!).

Le récit est poignant, les faits évoqués horriblement tristes et pourtant, Najeen ne perd à aucun moment son optimisme et sa volonté. C'est avec émotion que j'ai lu ce témoignage, si dur et tellement important pour comprendre ce que vivent des milliers de gens à travers le monde. Malgré toutes les horreurs qui s'abattent sur son pays, ne se départissant à nul moment de son sourire, c'est une belle leçon d'humanité que Najeen nous offre là. 


Extrait :

"Je peux vous parler de Staline et d'Hitler, mais d'aucune de leurs victimes. Est-ce que ce sera la même chose avec Assad dans cinquante ans ? Sans doute. Les gens sauront tout de lui mais rien des bonnes gens de la Syrie. Nous ne sommes que des nombres, Nasrine, Bland, moi et tous les autres, tandis que le tyran entrera dans l'Histoire. Cette pensée est effrayante."


samedi 22 octobre 2016

Un paquebot dans les arbres - Valentine Goby

Par Ariane


Auteur : Valentine Goby

Titre : Un paquebot dans les arbres

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Actes sud

Nombre de pages : 272p

Date de parution : août 2016

Présentation de l’éditeur :

Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le cœur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.
Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l’entraînant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine.
À l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 –, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres.



Mon avis :

Je garde un souvenir fort de Kinderzimmer, ma précédente lecture de Valentine Goby. Aussi avais-je vraiment envie de découvrir ce nouveau roman dont le sujet me tentait.

Le cœur battant de La Roche-Guyon c’est le Balto. Odile et Paul Blanc tiennent ce café avec passion. Un couple travailleur, qui ne compte pas ses heures. La vie est douce et facile alors pour le couple et ses trois enfants. Annie l’aînée, une jolie fille est la préférée du père, qui la fait danser les soirs de bal, Mathilde est « le p’tit gars » de son père, une fillette en adoration devant son père et Jacques, le petit dernier. Tous les samedis soirs l’harmonica de Paulot fait danser et chanter dans le café. C’est le temps de l’insouciance et du bonheur. Mais vient le temps du malheur quand Paulot est diagnostiqué tuberculeux. Avec la maladie c’est la pauvreté qui fait son apparition, car les Blanc en tant que commerçants ne bénéficient pas de la Sécurité Sociale et qu’ils n’ont pas un sou d’avance. Paulot et Odile, malade elle aussi, sont envoyés au sanatorium, Mathilde et Jacques sont en famille d’accueil et Annie l’aînée, jeune mariée vit loin des siens. Mathilde va dès lors porter sa famille à bout de bras, se sacrifiant pour le bien de tous, subissant sans se plaindre la misère, la faim, la peur.

C’est une histoire d’amour que celle de ce roman. L’amour d’une jeune fille pour ses parents et son jeune frère. Mathilde est très touchante dans son dévouement à sa famille. C’est encore une enfant mais elle devient celle sur qui tout le monde compte. Sa sœur aînée s’en remet à elle et poursuit tranquillement son chemin, avec ses parents les rôles s’inversent, son frère pense qu’elle pourra tout résoudre. Alors Mathilde accepte le rôle que sa famille lui confie renonçant à sa vie, à ses rêves. Un très joli personnage.

Les autres membres de la famille Blanc sont parfois agaçants en regard des sacrifices consentis par Mathilde. Aucun d’eux ne semble voir ce qu’elle subit. Odile n’a d’yeux que pour son époux, Paulot ne voit que lui-même, Annie vit dans l’insouciance sa vie de jeune mariée et Jacques n’est qu’un enfant.

Révoltant le comportement des amis d’hier. La crainte de la contagion prend le pas sur l’amitié et la solidarité. La maladie et le malheur personne n’en veut alors tous tournent le dos.

Au-delà du récit, j’ai apprécié le contexte de la France des 30 Glorieuses et découvrir le traitement réservé aux malades, traités comme des pestiférés. la maladie et le malheur n'ont plus leur place dans cette époque d'espoir et de confiance en l'avenir. L’écriture de Valentine Goby est très agréable, elle porte le lecteur.

J’ai aimé et été touchée par le récit de l’histoire de la famille Blanc mais je ne pense pas en conserver un souvenir aussi fort que de Kinderzimmer.



Extraits :

« Parce que, contrairement à la mièvre métaphore bucolique d’un romancier que Mathilde lira un jour, la tuberculose n’a pas la grâce, la fragilité, la délicatesse du nénuphar, nulle fleur d’eau ne pousse dans le poumon de Paulot comme celui de Chloé chez Boris Vian. »

« Quand il penche la tête, les coudes sur la table pour jouer une mélopée triste; que, donnant à entendre sa solitude, il déborde son périmètre étroit, enveloppe dans son souffle sa femme, ses enfants; qu'il déploie note à note un territoire à partager entre eux hors la misère, la maladie, le chagrin, qui ont fait de la maison une île et ne suffisent plus à les tenir cimentés entre eux - ils deviennent des îles les uns pour les autres; quand Paulot souffle dans le Hohner, donc, et que la musique les atteint, chacun, Mathilde sait que leurs cœurs battent encore ensemble. »

D'autres avis chez Clara, Enna, MimiAifelle, LaureEva,

http://ennalit.canalblog.com/archives/2016/01/01/33098969.html

vendredi 21 octobre 2016

Les enfants d'Alexandrie - Françoise Chandernagor

Par Daphné















Auteur : Françoise Chandernagor
Titre : Les enfants d'Alexandrie
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 390
Date de parution : 2011

Résumé de l'éditeur :


« En ce temps-là, le monde était jeune, et Alexandrie, la plus belle ville du monde. Au ras des flots, la Très-Brillante éblouissait par sa blancheur. Blanches, les terrasses de pierre tendre, les colonnes d'albâtre, les avenues pavées de marbre, et blanc, le grand Phare... Alexandrie : joyau d'un empire qu'Antoine et Cléopâtre vont entraîner dans leur chute.»
 Des amours de l'Imperator et de la reine d'Egypte étaient nés trois enfants : Séléné et Alexandre, des jumeaux fille et garçon, brun et blond, et le petit Ptolémée. Princes éphémères, qui grandissaient dans la pourpre et l'encens du Quartier-Royal auprès de leur demi-frère, l'enfant-pharaon né de César. Tous si jeunes encore, si fragiles, quand la tourmente s'abattit sur eux. Quatre enfants au destin tragique.Séléné, l'unique rescapée, n'oubliera jamais l'anéantissement de son royaume, de sa dynastie, de ses dieux. Prisonnière en terre étrangère, elle vivra désormais pour venger ses frères et faire survivre dans le monde des vainqueurs la lignée des vaincus...

Mon avis :


Si tout le monde connaît le nom de Cléopâtre, peu de gens ont connaissance de l'existence de ses enfants. Je n'en avais, pour ma part, jamais entendu parler. Or, Cléopâtre a effectivement eu des enfants : un avec César et trois avec Marc-Antoine. C'est leur histoire qui nous est ici contée, à travers le regard de la petite Séléné, seule fille de la fratrie. 

Ces enfants grandissent, en toute innocence au cœur des fratricides et des guerres politiques. Jusqu'à la chute de Marc-Antoine, leur monde se résume à des jeux au sein du palais sous l’œil attentif de leurs nourrices, et, de temps à autres, de leurs parents. La défaite de leurs parents face à Octave mettra fin à leur enfance.

L'auteur nous décrit ici la vie de ces enfants royaux, oubliés de l'Histoire, et du concours de circonstances qui conduiront Marc-Antoine et Cléopâtre à leur fin. Elle mêle ici faits historiques et romance de manière particulièrement réussie. En effet, si la trame historique est réelle, de nombreux détails concernant le vie des petits princes ne le sont pas. Mi-fiction mi-réalité, ce mélange ne choque pas et nous est conté d'une manière ne laissant place aux doutes. En effet, des interventions de l'auteur, semblant vouloir justifier ses écrits, coupent parfois court au récit. Si ces interventions peuvent surprendre et même déranger le lecteur interrompu dans son histoire, elles se révèlent cependant utiles à la compréhension des faits historiques. Les éléments du récit sont ainsi approfondis et l'auteur ne cache pas que plusieurs détails lui ont échappés dans sa recherche. Elle explique ses choix de récit, ce qu'elle invente, ce qu'elle suppose et ce qu'elle sait. Il en résulte une trame très bien construite.

J'ai beaucoup appris à travers ce livre et ai pris plaisir à découvrir la ville d’Alexandrie si bien décrite, l'Egypte, les coutumes et la culture de l'époque. Le regard de Séléné m'a transportée dans cette époque lointaine mais dont on a tant à apprendre. 


Extrait :

"Dans cette déchirure l’éclat d’un casque. Les enfants ne comprennent pas les ordres, la langue du soldat, mais ils comprennent le casque, les armes, le sang. C’est un langage universel."

jeudi 20 octobre 2016

Les petites filles rêvent de chevaux - Cécile-Marie Hadrien

Par Roxane

Titre :Les petites filles rêvent de chevaux
Auteur : Cécile-Marie Hadrien
Langue publication : Français
Éditeur : Paul&Mike
Nombre de pages : 143p
date publication : octobre 2016

Présentation de l'éditeur :
Chronique autobiographique en trompe-l’œil d’une rupture sentimentale, « Les petites filles rêvent de chevaux » dresse le portrait d’une femme moderne dans tous ses paradoxes et ses rêveries. Cécile-Marie Hadrien nous entraîne avec délicatesse et humour dans ce récit qui remonte le cours de l’existence, depuis l’adolescence et ses premiers émois amoureux jusqu’à l’âge adulte, à l’ombre de cette sœur adulée et encombrante. 

Mon avis :
Tout d'abord, je remercie les éditions Paul&Mike et Babelio de me l'avoir envoyé grâce à l'opération masse critique. Je n'avais pas du tout entendu parler de ce livre, et encore moins de son auteur. Je ne savais pas du tout où ce livre allait me mener, j'y suis rentrée sans rien connaître. Et ça fait du bien de n'avoir aucun a priori en tête.
Ce roman m'a fait penser à une série de photomatons de Léti au milieu de ses cartons qui repense à son passé. C'est un petit livre doudou, d'une tendresse et d'une sincérité rares. Ses souvenirs, ses réflexions, son humour, ses faiblesses, sa force touchent le lecteur, l'ensemble est très intéressant et intelligent.
J'ai adoré l'écriture de l’auteur qui est juste sublime, elle retransmet une infinité d'émotions. Elle n'en fait pas des tonnes, elle est simple et c'est ce qui lui permet d'être aussi agréable.
La famille de l’héroïne est... comment dire ? Atypique. Un père anti-conformiste et artiste qui fait des poupée en légo. Une mère coincée, organisée qui prône le retour aux traditions. Une sœur encombrante qui c'est construit une vie « parfaite » grande maison à crédit, enfants turbulents, boulot prenant, mari négligé. Forcément quand tout ce beau monde est réunit ça fait des étincelles. Il est difficile de se faire une place entre eux.

C'est pourtant ce que Léti est obligée de faire. Il faut dire qu'elle aussi est particulière, elle est graphiste, déteste les engagements qui lui donnent le sentiment d'être prisonnière, elle est phobique des taches administratives. Mais surtout elle est très attachante, et je me suis beaucoup identifiée à certains traits de son caractère.
Ce livre parle d'art, d'émancipation, de construction et déconstruction de soi. Mais aussi d'amour. Par contre ici on ne va pas parler d’amour gnangnan, culcul la praline. L’héroïne nous raconte ses principales histoires de cœur, donc pour chaque histoire on a un point de vue plus mature pour juger et analyser les événements. Parmi tous ces amoureux, l'un d'eux se détache, c'est Soli, l'océanographe, l'homme de la mer. Le dernier petit ami de Léti. Celui à qui l'on doit la situation dans laquelle se trouve Léti, c'est à dire dans son petit studio au milieu des cartons avec une bouteille de vin blanc.
Pour résumer, je vous conseille ce livre que j'ai vraiment aimé. J'espère vous avoir donné envie de le découvrir et qu'il vous plaira autant qu'à moi.

Citation :
« Et il me manque autre chose… Ah oui : de l'air, de l'espace, de l'amour. Seul l'air est gratuit. L'espace se paye cash. Pour l'amour, on reçoit l'addition quand c'est fini. Après le festin. La douloureuse. »

mercredi 19 octobre 2016

Mercredi, c'est le jour des petits : Rouge-gorge - Pierre Delye et Martine Bourre

Par Ariane


Auteur : Pierre Delye
Illustratrice : Martine Bourre
Titre : Rouge-gorge
Editeur : Didier Jeunesse

Présentation de l'éditeur :
Au tout début du monde, un petit oiseau prend en pitié les humains qui tentent de survivre tant bien que mal. Il va demander de l’aide au Soleil qui, en cadeau, place un de ses rayons dans le bec de l’oiseau. La gorge brûlée par le rayon ardent, celui-ci se dépêche de le déposer aux pieds des humains et donne ainsi naissance au premier feu du monde ! Un conte éclairant et tendre.

Mon avis : 
Comme le dit l'adage "on a toujours besoin d'un plus petit que ce soi". Au commencement du monde, un petit oiseau décide de venir en aide à des animaux laids et bien empotés. Pour cela le courageux petit oiseau n'hésite pas à voler jusqu'au plus haut du ciel et à revenir avec un rayon de soleil qu'il offre aux hommes. La gorge de l'oiseau brûlée par la chaleur du soleil est désormais d'un rouge ardent et lui vaudra de s'appeler Rouge-Gorge. 
Si l'on retrouve le style, l'humour et la poésie de Pierre Delye, j'ai moins aimé cet album que les autres de l'auteur mais il est au contraire le préféré de ma grande qui adore le petit oiseau. 
Les illustrations m'ont également moins séduite, non pas par leur style que j'apprécie toujours, mais par la tonalité des couleurs, plus monochrome. Par ailleurs, j'ai du mal à différencier le travail de Martine Bourre de celui de Cécile Hudrisier, car elles utilisent des techniques semblables. 
C'est tout de même une jolie histoire que mes filles apprécient écouter avant d'aller au lit. 

mardi 18 octobre 2016

Peindre, pêcher & laisser mourir - Peter Heller

Par Ariane




Auteur : Peter Heller

Titre : Peindre, pêcher & laisser mourir

Genre : roman

Langue d’origine : anglais (américain)

Traducteur : Céline Leroy

Editeur : Actes sud

Nombre de pages : 384p

Date de parution : octobre 2015

Présentation de l’éditeur :

Peintre en vogue, pêcheur ardent, philosophe artisanal, Jim Stegner tombe dans un engrenage fatal le jour où, témoin accidentel, il prend la défense d’une petite jument maltraitée. C’est qu’il est un poil sanguin, ce père orphelin, en quête d’une sérénité à jamais perdue avec sa fille violemment arrachée à la vie, son mariage pulvérisé, son rapport au monde passablement conflictuel. Pour ne rien arranger, l’homme est profondément allergique à l’injustice, et dangereusement réactif à la violence.
Pourtant, au large de la petite ville de Paonia, Colorado, concentré sur une discipline et une sobriété appliquées, c’est dans l’exercice de son art que le peintre tente de tout canaliser : la douleur, la colère, la peur même. Et voilà que, du jour au lendemain, son quotidien vire à la course poursuite permanente : Jim devient la proie mouvante – et la terreur numéro un – d’une bande de solides ordures qui ne plaisantent pas avec la vengeance.
Mélange explosif de virilité tendue et de lyrisme écolo, d’humour noir et de métaphysique maison, d’action haletante et de poésie contemplative, Peindre, pêcher et laisser mourir raconte avec maestria les dérapages incontrôlables de la vie, le pied sur l’accélérateur et l’œil sur la beauté des paysages.



Mon avis :

Art et grands espaces, tout était réuni dans ce roman pour me plaire. Et si ce n’est pas un coup de cœur, j’ai néanmoins passé un très bon moment en compagnie de Jim Stegner.

Jim, peintre à succès et pêcheur amateur, s’est récemment installé dans une petite ville du Colorado. Alcoolique repenti, hanté par le souvenir de sa fille assassinée, Jim n’aspire qu’à se consacrer pleinement à ses passions. Le jour où il est témoin d’une scène d’une violence inouïe commise sur une jument, Jim n’hésite pas à intervenir, déclenchant ainsi un engrenage de violences.

Que j’ai aimé le personnage de Jim qui par certains aspects m’a rappelé Walt Longmire : un amoureux des grands espaces, un homme d’empathie, sensible à l’art et à la beauté, toujours prêt à prendre la défense des plus faibles, cachant sa tendresse pour le monde sous une bougonnerie factice. Un cow-boy au cœur tendre. Mais Jim est un personnage torturé. Ancien alcoolique, l’envie d’alcool est toujours présente. Omniprésent aussi le fantôme de sa fille Alce. Jim est assailli des souvenirs tantôt joyeux de l’enfance, tantôt grinçants de l’adolescente et l’horreur de l’assassinat. Chez Jim, violence et colère affleurent sous la surface. Dans le passé cela lui avait déjà valu de nombreux ennuis, mais cette fois il est allé jusqu’au meurtre

Il y a une étrange dichotomie entre les portraits de Jim, le meurtrier et de Siminoe, la victime. Siminoe est une ordure, prêt à battre à mort une jument sans aucuns scrupules, braconnier, colérique et violent. Peut-on éprouver de la compassion pour un tel homme ? Pourtant au fur et à mesure du roman, on découvre le passé de cet homme et c’est par la bouche de son neveu que l’on découvre que même cet homme était capable de bonnes choses. Jim de son côté éprouve-t-il de la culpabilité pour avoir ôté la vie à un homme ? Pas vraiment, ce sont plutôt les conséquences de cet acte et la spirale de violence qui s’ensuit qui occupe ses pensées. La frontière est donc floue entre la victime et le coupable, entre le mal et le bien.

Étrangement, cette période de troubles et de violences, sera une période de rédemption et de résilience pour Jim. Le chemin émotionnel qu’il parcourt est émouvant. Et ce sont notamment les femmes qui vont l’aider dans cette quête de lui-même. Son amie Irmina et son modèle Sofia, présentes à ses côtés, rocs qui l’ancrent dans le présent, mais aussi les absentes, sa fille Alce et son ex-femme Christine, qui l’aident à avancer malgré les souvenirs douloureux.

Ce sont aussi l’art et la nature qui vont aider Jim. Tous ces événements et toutes ces émotions inspirent à l’artiste de nouvelles toiles, il est pris d’une folie créatrice et peint de façon presque obsessionnelle. Tout aussi obsessionnel est son besoin de pêcher. Par l’art il exorcise ses émotions, par la pêche il retrouve la sérénité.

Un joli moment de lecture et un auteur que j’ai envie de continuer à découvrir.



Extrait :

« Un bon tableau devrait faire ça. Inviter le regardeur à entrer en lui d’où qu’il se tienne, l’entraîner dans un voyage différent de celui qu’expérimentera son voisin. J’adorais ça, observer plusieurs personnes regarder un tableau au même moment. Parce que c’était la transformation qu’il provoquait : devant une œuvre de qualité un spectateur cesse de voir pour commencer à regarder, une action plus précise, une prise en chasse, une quête, comme on recherche le bateau d’un être aimé sur la ligne d’horizon, ou un élan entre les arbres. Devant un bon tableau, il cherche les indices de sa propre existence. »

L'avis de Jostein

http://ennalit.canalblog.com/archives/2016/01/01/33098969.html