mardi 23 janvier 2018

Le prédicateur - Camille Läckberg

Par Ariane



Auteur : Camilla Lackberg

Titre : Le prédicateur

Genre : roman policier

Langue d’origine : suédois

Editeur : Actes sud

Nombre de pages : 384p

Date de parution : mars 2009

Présentation de l’éditeur :

Dans les rochers proches de Fjällbacka, le petit port touristique suédois dont il était question dans La Princesse des glaces, on découvre le cadavre d'une femme. L'affaire se complique quand apparaissent, plus profond au même endroit, deux squelettes de femmes...
L'inspecteur Patrik Hedström est chargé de l'enquête en cette période estivale où l'incident pourrait faire fuir les touristes et qui, canicule oblige, rend difficiles les dernières semaines de grossesse d'Erica Falck, sa compagne.
Lentement, le tableau se précise : les squelettes sont certainement ceux de deux jeunes femmes disparues vingt-quatre ans plus tôt. Revient ainsi en lumière la famille Hult, dont le patriarche, Ephraïm, magnétisait les foules accompagné de ses deux petits garçons, Gabriel et Johannes, dotés de pouvoirs de guérisseurs. Depuis cette époque et un étrange suicide, la famille est divisée en deux branches qui se haïssent.
Alors que Patrick assemble les morceaux du puzzle, on apprend que Jenny, une adolescente en vacances dans un camping, a disparu. La liste s'allonge...
Une nouvelle fois, Camilla Läckberg excelle à tisser son intrigue, manipulant son lecteur avec jubilation, entre informations finement distillées et plaisir de nous perdre en compagnie de ses personnages dans une atmosphère provinciale lourde de secrets.



Mon avis :

Après avoir récemment découvert le couple formé par Erica et Patrick, je les ai retrouvés avec plaisir pour cette nouvelle enquête.

Alors qu’il espère profiter de quelques jours de congés avec sa compagne Erica, Patrick est appelé pour élucider un meurtre. Le corps d’une jeune femme a été retrouvé et à côté d’elle deux squelettes. Y a-t-il un tueur en série à Fjallbacka ? Tout semble tourner autour de la famille Hult, dont les deux branches se vouent une haine farouche depuis une vingtaine d’années.

J’ai apprécié l’enquête menée par Patrick et son équipe, les pistes se multiplient, le suspense est présent et l’intrigue est bien construite. Bref, tout ce qu’on attend d’une enquête policière ! Patrick s’affirme comme un enquêteur de talent et un meneur d’hommes. On découvre un peu plus les personnalités des autres membres de l’équipe : le jeune Martin semble prometteur, Gosta se révèle plus profond qu’il n’y semblait, Ernst dévoile de plus en plus sa personnalité lamentable.

A quelques semaines de l’accouchement, Erica ne participe pas à l’enquête aux côtés de Patrick comme ce fut le cas dans le précédent roman. Leur duo fonctionnait bien et même si cela se comprend, j’aurai préféré une plus grande implication de sa part. D’ailleurs, je trouve que cette grossesse arrive un peu tôt dans la relation des personnages.

Ne pouvant aider Patrick, Erica mériterait de se reposer et de se préparer tranquillement à accueillir leur bébé. Las, lorsque l’on possède une charmante maison dans une station balnéaire recherchée, les pique-assiette ne tardent pas à pointer leur nez. Et la pauvre doit donc supporter des cousins ou amis éloignés qui profitent sans scrupules de la situation. Y a-t-il vraiment des gens comme ça ? Qui non seulement s’incrustent chez les autres, mais en plus s’attendent à être servis et nourris aux frais de leur hôte et traitent en plus leur hôtesse enceinte comme une serveuse ?

Dans le premier roman, j’avais été touchée par la sœur d’Erica, cette jeune mère confrontée à la violence de son conjoint. Mais cette fois-ci, je n’ai pas compris la plupart de ses choix qui m’ont semblé frôler l’irrationnel par moments.

Une assez bonne lecture qui m’a donné envie de poursuivre la série. J’ai même déjà réservé le tome 3 à la bibliothèque !



Extrait :

« Comme de bien entendu, personne n'avait rien vu. Des gens qui en général notaient quand le voisin lâchait un pet chez lui devenaient sourds et aveugles quand la police demandait quelque chose. »


« Qu'elle ait pu simplement disparaître comme ça lui paraissait inconcevable. A l'époque, il aurait trouvé normal que le soleil cesse de briller, que le ciel lui tombe sur la tête. Mais rien ne s'était passé. La vie avait continué comme d'habitude à l'extérieur de leur demeure endeuillée. Les gens riaient, vivaient et travaillaient. Mais Mona n'était plus là. »


« Comme toujours, les hommes s’assemblaient autour du barbecue pour mettre en avant leur côté viril tandis que les filles discutaient de leur côté. Erica n’avait jamais compris ce phénomène. Des hommes qui en temps normal affirmaient ignorer totalement comment on fait cuire un morceau de viande dans une poêle devenaient des virtuoses accomplis quand il s’agissait de cuire à point une viande sur un barbecue. On pouvait à la rigueur confier les légumes et les sauces aux femmes, et elles faisaient aussi l’affaire pour apporter des bières. »


lundi 22 janvier 2018

Voici venir les rêveurs -Iimbolo Mbue

Par Daphné















Auteur : Voici venir les rêveurs
Titre : Imbolo Mbue
Genre : roman
Langue d’origine : anglais (Cameroun)
Traductrice : Sarah Tardy
nombre de pages : 499
Éditeur :Pocket
Date d'édition : 2016

Résumé de l'éditeur :

Ils ont traversé l'Atlantique pour vivre leur rêve, le vrai, l'américain. Originaire du Cameroun, Jende Jonga sait que le sort de sa famille repose sur l'obtention d'un visa de travail. Des études pour sa femme, Neni, un avenir pour son fils, Liomi... Après plusieurs petits boulots clandestins, Jende croit enfin tenir sa chance : un job de chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier de Manhattan. Mais nous sommes en 2007, et la crise des subprimes réserve, à tous, un réveil brutal... Choc des cultures et quête du bonheur : le rêve que l'on poursuit n'est pas toujours celui qu'on croit...

Mon avis :

Quelques jours après Noël, j'ai eu la surprise de trouver dans ma boîte aux lettres un colis que je n'attendais pas du tout : un swap surprise de la part de ma co-blogueuse, Ariane! Et dans ce colis, se trouvait Voici venir les rêveurs : merci Ariane, à la fois pour la surprise et pour avoir si bien choisi ce livre!

Jende et sa famille ont enfin ce qu'ils attendaient depuis longtemps : une vie en Amérique, loin de leur Cameroun natal. La vie dont ils ont toujours eu envie mais une vie clandestine car ils tentent d'obtenir la green-card qui leur permettra enfin d'accéder totalement à leur rêve américain.   Après avoir enchaîné plusieurs petits boulots, Jende est embauché comme chauffeur auprès du riche M.Edwards. Les deux hommes n'ont rien en commun et ont des vies radicalement opposées mais malgré tout, un lien se formera entre leurs deux familles.

Avec Jende et sa famille, nous plongeons dans les chimères du rêve américain, dans les difficultés d'obtention des papiers, dans la différence entre les cultures. Jende et sa femme Neni sont persuadés qu'une vie meilleure les attend en Amérique. Ils veulent y rester coûte que coûte mais leur Eldorado leur apportera t-il ce qu'ils désirent réellement? Au fond suffit-il d'être riche et américain pour être heureux? La vie de Clark Edwards et sa famille nous en fait douter. 

J'ai aimé suivre les histoires de ces deux familles si différentes l'une de l'autre et suivre l'histoire de Jende, ses espoirs et ses désillusions. J'ai aimé cette réflexion sur la société américaine, la place accordée dans ce pays à ceux qui se battent pour y vivre, la crise économique, le choc des cultures, l’attachement aux racines mais le désir toutefois de se faire une place dans le pays tant convoité. Il y a un certain humour dans ce livre mais également beaucoup d'émotions et les personnages sont attachants, présentés avec leurs qualités et leurs défauts, leurs rêves et leurs déceptions. 


Un livre fort à la réflexion subtile que j'ai beaucoup aimé. 

Extrait :

"Les gens refusent d'ouvrir les yeux et de voir la vérité parce qu'ils préfèrent rester dans l'illusion. Du moment qu'on les abreuve des mensonges qu'ils veulent entendre, ils sont contents. La Vérité ne leur importe pas"


samedi 20 janvier 2018

La salle de bal - Anna Hope

Par Ariane



Auteur : Anna Hope

Titre : La salle de bal

Genre : roman

Langue d’origine : anglais

Traducteur : Elodie Leplat

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 400p

Date de parution : août 2017


Présentation de l’éditeur :

Lors de l’hiver 1911, l’asile d’aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l’enfance. Si elle espère d’abord être rapidement libérée, elle finit par s’habituer à la routine de l'institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l’intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. Ella y retrouvera John, un «mélancolique irlandais». Tous deux danseront, toujours plus fébriles et plus épris.
À la tête de l’orchestre, le docteur Fuller observe ses patients valser. Séduit par l’eugénisme et par le projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit, Fuller a de grands projets pour guérir les malades. Projets qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour Ella et John.



Mon avis :

Comme tout le monde j’ai découvert Anna Hope avec son premier roman, Le chagrin des vivants, qui explorait les traumatismes de la Grande Guerre à travers les portraits de trois femmes. Ayant eu un coup de cœur pour ce roman, j'attendais avec curiosité le nouveau roman de l'auteur.

Cette fois-ci, elle s’intéresse au traitement de la maladie mentale au début du 20ème siècle et notamment au débat eugéniste. A nouveau elle organise son intrigue autour de trois personnages principaux, dont les récits se succèdent et se complètent parfois. Cette construction donne un certain rythme au récit et permet surtout de s’attacher à plusieurs personnages. Quoique j’ai eu du mal à m’attacher à Ella. Si les premiers chapitres consacrés à son arrivée à l’asile et à sa crise de folie à la filature sont vraiment intéressants, j’ai finalement trouvé ce personnage assez fade. Entre John et Ella naît une jolie histoire d’amour, un amour tendre et pudique tout autant que passionné et fou. Et c’est dans la fameuse salle de bal que naît cet amour, au rythme des danses hebdomadaires. Ensuite il y aura les mots, cachés et secrets, des mots qui ouvrent une fenêtre sur la liberté.

Le personnage le plus intéressant du trio est sans conteste, à mes yeux tout au moins, le docteur Fuller. Si au  départ, j’ai été assez touchée par ce jeune médecin enthousiaste, passionné de musique, persuadé que celle-ci ainsi que la danse peuvent guérir les aliénés, ce personnage devient de plus en plus terrifiant au fur et à mesure que ses propres zones d’ombre se révèlent.

Mais le véritable intérêt réside dans le thème principal du roman : le traitement des aliénés. Ou plutôt de ceux qui sont considérés comme tels. Car les raisons ayant conduit à l’internement de certains de ces soi-disant aliénés sont surprenantes. A Sharston, les patients semblent relativement bien traités (en tout cas la plupart du temps), en comparaison de ce qui se passait à l’époque dans de nombreux asiles. Ils sont bien nourris, ont des distractions, des visites, du travail. Mais il n’y a pas de traitement, ni de suivi. J’ai été particulièrement surprise d’apprendre la part prise par Winston Churchill dans le débat concernant l’amélioration de la race par la stérilisation.

Les critiques sur ce roman étant très enthousiastes mes attentes étaient assez élevées, et j'ai effectivement passé un bon moment avec ce roman même si je ne suis pas totalement conquise.



Extrait :

« Lors de leur rencontre suivante, ils continuèrent à se mouvoir en silence, sans presque se regarder, mais c'était un homme différent avec lequel elle dansait, désormais. Quelqu’un dont l'intérieur, elle le savait, se déployait sur des kilomètres, même si son extérieur était aussi fermé et barricadé qu'avant. »

vendredi 19 janvier 2018

Allez France! - Janine Boissard

Par Daphné
















Auteur : Janine Boissard
Titre : Allez, France!
Genre : roman
Langue d’origine : français
Éditeur : Robert Laffond


Résumé de l'éditeur :

«Je m'appelle France, j'ai neuf ans et je viens d'entrer en CM1.
Dans ma classe, il y a les trois sortes de familles : les vraies, les monoparentales et les recomposées. Depuis le divorce, j'habite juste avec maman, alors moi, c'est la monoparentale. J'aime pas.
J'ai deux grands-mères qui s'entendent moyen et un seul grand-père. Personne ne sait où est passé celui qui manque et ça me fait comme un trou au cœur.

Heureusement, il y a l'école, où Mme la Directrice a dit qu'on était tous frères. Mes meilleures copines, c'est Fatima et Maria, mais on rigole bien aussi avec Ali, Tibère, Romain, Baudouin, qui a une cravate, Ahmed et Israël. Sans compter notre maître, Hugo, hypercool.

Maintenant, je vais vous raconter pourquoi tout le monde dit qu'on est la pire classe de l'école...»


Mon avis :

J'avais déjà lu ce livre il y a quelques années et je me rappelais l'avoir bien aimé. France a neuf ans, des parents divorcés et plein de copains dans sa classe de CM1. avec fraîcheur, elle nous raconte son quotidien à l'école et à la maison, nous parle de ses camarades de classe qui ont chacun des caractères et des problèmes bien différents mais tous en commun le fait d'être solidaires les uns avec les autres, du surveillant de l'école devenu par la force des choses maître de la classe de CM1 et qui sait si bien comprendre ses élèves, de sa maman qui a du mal à joindre les deux bouts, n'a pas beaucoup de temps libre et reçoit parfois "des amis pour qui elle change les draps", de son papa qui a quitté sa maman pour Églantine, sa secrétaire,  qui a eu un autre enfant avec elle et à qui elle tente de ne pas trop en vouloir, de ses grand-parents paternels qui l’emmènent au cinéma et organisent pour elle des fêtes et des vacances, de sa grand-mère maternelle révoltée contre la vie, de son papy Fernando qu'elle ne connaît pas mais qu'elle aime s'imaginer. Elle nous parle de tous les tracas que peut rencontrer une petite fille de son âge, de ses joies, de ses angoisses. 

Petite fille vive et qui n'a pas la langue dans sa poche, France nous entraîne dans les réflexions et les raisonnements d'une fillette de neuf ans et nous fait voir le monde à hauteur d'enfant. Il y a de véritables pépites dans certaines de ses réflexions tour à tour drôles et touchantes. 


Un livre rafraîchissant qui n'est pas sans rappeler Le petit Nicolas où l'on se retrouve plongé dans la tête et le corps d'une petite fille qui malgré son jeune âge a beaucoup de choses à dire et mérite d’être écoutée. Un bon moment de lecture!



Extrait :

"Patatras ! Dès la première lecture à voix haute, Hugo a découvert qu'un quart de la classe était dyslexique. La dyslexie est la maladie de la lecture. Tu lis en charabia. Les fautes d'orthographe sont son effet secondaire. Là, tu écris en verlan sans faire exprès. Total, l'enfant tombe en échec scolaire, il se décourage de s'instruire et, si on n'y prend pas garde, il se retrouve en zone d'éducation prioritaire.
Pour bien fourrer dans nos têtes de bourricots que la dyslexie n'était pas une maladie honteuse, Hugo a affiché au mur la photo d'un vieux monsieur ébouriffé qui tire drôlement la langue. Il s'appelle Albert Einstein. Quand il avait notre âge, il était dyslexique et gaucher par-dessus le marché. Eh bien devinez, mauvaise troupe : il est devenu un grand savant connu du monde entier. C'est pour ça qu'il lui tire la langue."