vendredi 25 octobre 2019

Parfums - Philippe Claudel

Par Daphné














Auteur : Philippe Claudel
Titre : Parfums
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Le livre de poche

Résumé de l'éditeur :

« En dressant l'inventaire des parfums qui nous émeuvent – ce que j'ai fait pour moi, ce que chacun peut faire pour lui-même –, on voyage librement dans une vie. Le bagage est léger. On respire et on se laisse aller. Le temps n'existe plus : car c'est aussi cela la magie des parfums que de nous retirer du courant qui nous emporte, et nous donner l'illusion que nous sommes toujours ce que nous avons été, ou que nous fûmes ce que nous nous apprêtons à être. Alors la tête nous tourne délicieusement.

Mon avis :

Décrire les parfums est quelque chose qui m'a toujours "arrêté" dans mes écrits. Je saurais parfaitement identifier telle odeur, la ramener à un contexte précis. Il y a des odeurs qui évoquent pour nous quelque chose de spécial, un souvenir, une personne, un lieu... il y a  des odeurs qu'on n'oublie pas et qui, lorsqu'elles viennent titiller nos narines s'accompagne d'un parfum de nostalgie. Quand j'écris et que je veux décrire une odeur, même une odeur que je connais très bien, les mots ne me viennent pas spontanément et il faut toujours que j'y réfléchisse. Aussi étais-je très curieuse de lire ce livre et de découvrir comment s'y prenait l'auteur pour transporter son lecteur dans le monde des odeurs. 

En prenant ce livre sur les rayons de la bibliothèque, j'avais en tête le livre bien connu de Patrick Süskind, Le parfum. Je pense que c'est un peu ce type de descriptions que je m'attendais à retrouver. En réalité, il n'en ai rien, ces deux livres n'ayant rien d'autre en commun que leurs titres.

Plus qu'une odeur, L'auteur nous livre ici des ambiances, des souvenirs particuliers, tous liés, comme le titre du livre l'indique, à un parfum particulier. A la manière de la madeleine de Proust, il égrène ainsi des souvenirs, le temps de quelques pages, liées à l'odeur d'un gymnase, d'une enfant endormie, d'une cave ou de la terre. Chagrins, bonheurs ou questionnements selon les odeurs et les événements qui y sont rattachés, ce livre est donc dédié aux souvenirs. Nul doute que certains chapitres sauront éveiller également un souvenir bien précis chez le lecteur. Qui, en effet, ne fait pas le lien entre une odeur bien précise et un pan de sa mémoire ?

Plus qu'olfactif cependant, ce livre m'a davantage semblé visuel, teinté d'une douce nostalgie, d'un petit tour dans le passé. Ce n'est pas ce à quoi je m'attendais mais j'ai cependant pris plaisir à découvrir ces courts chapitres dont le fil rouge (les odeurs bien sûr car sinon, à part être des souvenirs, ces chapitres n'ont rien à voie les uns avec les autres) m'a plu par son originalité. 

Extrait :

"Chaque lettre a une odeur,chaque verbe,un parfum. Chaque mot diffuse dans la mémoire un lieu et ses effluves.Et le texte qui peu à peu se tisse ,aux hasards conjugués de l'alphabet et de la remembrance ,devient alors le fleuve merveilleux ,mille fois ramifiė et odorant,de notre vie rêvée, de notre vie vécue, de notre vie à venir,qui tour à tour nous emporte et nous dévoile."

lundi 21 octobre 2019

Une petite guerre parfaite - Elvira Dones

Par Daphné













Auteur : Elvira Dones
Titre : Une pettie guerre parfaite
 Genre : roman
Editeur: Metaillé
 Langue d’origine : italien
Traductrice : Leïla Pailhes
Nombre de pages: 176

Résumé de l'éditeur :

Mars 1999, Kosovo. Les bombes pleuvent sur Pristina, la ville est encerclée par les Serbes, personne ne bouge. Trois jeunes femmes se retrouvent coincées dans un appartement, à attendre. Les jours sont occupés par la peur, par l’ennui. Plus d’électricité, plus d’eau, plus de téléphone. Parfois elles tentent une sortie pour aller téléphoner à l’autre bout de la ville. Ou pour acheter du pain. Activités à haut risque. À la télévision, la propagande bat son plein. On ne capte plus les chaînes étrangères. Dans les rues les milices ont carte blanche. On observe la ville derrière des couvertures. On veut vivre, on veut mourir, on veut tout plutôt que cette crise de nerfs perpétuelle, avec la peur qui ne lâche jamais prise. À l’étranger, les exilés kosovars se retrouvent isolés au milieu de gens insouciants et futiles, dans le monde de l’abondance et des crèmes antirides. Ils regardent la guerre à la télé, une guerre propre et sans bavures où les villes sont toujours vues d’en haut. Elle est vraiment parfaite, cette "petite guerre", une guerre-modèle, sans morts ni blessés, qu’on mène depuis le ciel à coups de délicates frappes chirurgicales. Dans un style sobre et intense, Elvira Dones donne la version des assiégés, qui écoutent tomber les bombes envoyées par leurs sauveurs.

Mon avis :

En entrant dans la médiathèque, je m'étais dit qu'étant donné mon état d'esprit en ce moment, j'allais emprunter des livres légers, si possible prêtant à sourire... et je suis ressortie avec ce livre... c'est manqué pour la légèreté étant donné que cette lecture m'a tout simplement glacé le cœur...

Dans ce roman choral, nous suivons, le temps de quelques jours, la vie de plusieurs personnages pris dans la "petite guerre" du Kosovo en 1999. Enfermées dans un appartement à écouter pleuvoir les bombes, exilés qui regardent à la télévision les nouvelles de leur pays, enfants qui découvrent l'horreur après une rafle... Attente et angoisse pour certains, véritable cauchemar pour d'autres, les personnage de ce livre, tous plus ou moins en lien les uns avec les autres, connaîtront chacun un destin différent mais tous seront marqués à jamais par cette "petite guerre parfaite", de trois mois à peine au cour de laquelle tant de personnes perdront la vie.

Certains passages de ce livre sont tout simplement insoutenables, décrits avec des mots si simples que l'on voudrait pouvoir suspendre cette lecture sans le pouvoir, refermer d'un coup les pages de ce livres en se disant que si seulement ce geste permettait de supprimer toutes ces horreurs et cette violence, tout serait tellement plus simple... mais on ne le fait pas et on continue de lire, ne serait-ce que pour se souvenir de tous ceux qui ont vécus cela et tout ceux qui, dans des pays et un contexte différent le vivent encore aujourd'hui. 

A côté de ces passages si durs, on en trouve aussi d'autres plus doux où certains personnages s'accrochent à l'espoir de retrouver leurs proches dont ils n'ont aucune nouvelle. On en trouve d'autres également portés par un véritable sentiment d'abandon. Et on le lit d’une seule traite, ce livre si terrible, si éprouvant, écrit à partir de témoignages, on le lit d'une seule traite, oui, et on en ressort le cœur au bord des lèvres et on ne l'oublie pas...


Extrait :

"Je ne t'ai pas embrassé donc nous ne nous sommes pas quittés donc rien de grave ne peut arriver."

samedi 19 octobre 2019

Un père sans enfant - Denis Rossano

Par Ariane


Auteur : Denis Rossano

Titre : Un père sans enfant

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Allary

Nombre de pages : 368p

Date de parution : août 2019

Présentation de l’éditeur :
Le père est Douglas Sirk, metteur en scène de théâtre dans les années 20 et réalisateur apprécié de Goebbels dans les années 30. Marié à une juive, il doit fuir l’Allemagne pour les États-Unis où, grâce à ses mélodrames, il conquiert Hollywood.
L’enfant est Klaus Detlef Sierck, le fils que Douglas a eu avec sa première femme, une actrice ratée devenue une nazie fanatique.
Quand ils divorcent en 1928, elle lui interdit de voir son fils de quatre ans dont elle fera un enfant star du cinéma sous le Troisième Reich.

Le père ne reverra jamais son fils, sauf à l’écran.
Au soir de sa vie, dans les années 80, Douglas Sirk s’entretient avec Denis Rossano, un jeune étudiant en cinéma. Le réalisateur fait revivre Berlin, la propagande, son second mariage, l’exil, les grands studios après-guerre, mais ne dit rien ou presque sur Klaus. Toute la vie, toute l’œuvre de cet homme furent pourtant la quête désespérée de son fils adoré.
Pour mettre des mots sur cette histoire que Douglas Sirk n’a jamais racontée, Denis Rossano mène l’enquête, jusqu’à découvrir ce que le cinéaste lui-même ignorait.



Mon avis :

Avant tout, je remercie Babelio et les éditions Allary qui m’ont permis de découvrir un livre vers lequel je ne me serai pas spontanément tournée.

En 1981, Denis Rossano est étudiant en cinéma et voue une admiration particulière à l’œuvre du cinéaste Detlef Sierk, plus connu sous le nom de Douglas Sirk. Il a l’opportunité de le rencontrer et de l’interroger sur sa carrière. Mais il cherche aussi à en savoir plus sur Klaus, le fils de Sirk, enfant star du cinéma nazi.

Je le confesse volontiers, je ne connais absolument pas Douglas Sirk ni un bon nombre des acteurs, actrices et réalisateurs dont il est fait mention. Pourtant, cela n’a absolument pas été un problème, la narration de Denis Rossano est fluide, jamais ennuyeuse. Il navigue entre le récit (ses entretiens avec Sirk), la biographie (sa reconstitution de la vie de Sirk) et le roman (la vie qu’il imagine à Klaus en parallèle de celle de son père).

J’ai donc ainsi découvert le cinéaste Detlef Sierk, devenu Douglas Sirk lors de sa fuite aux Etats-Unis. Bien qu’admirateur du travail du cinéaste et ami de l’homme, Denis Rossano nous présente un portrait en demi-teinte de Sirk. S’il met en avant la sensibilité de l’homme et de l’artiste, il ne nie pas ses compromissions avec le régime nazi, car Sierk avant de fuir aux Etats-Unis en 1938 a réalisé certains des plus grands succès du cinéma allemand de l’époque. Au travers de l’histoire personnelle de Sirk, c’est toute une époque que nous raconte Rossano. Il nous parle des succès et des stars de l’époque, de l’emprise de plus en plus prégnante du régime nazi sur l’art en général et le cinéma en particulier.

Mais le cœur du livre, c’est Klaus, le fils caché, perdu. Denis Rossano imagine l’histoire de cet enfant qui grandit sans voir son père, un petit garçon à qui l’on répète qu’il est le « parfait petit allemand », embrigadé dès son plus jeune âge dans l’idéologie nazie, enfant star du cinéma de propagande, mort à 20 ans à peine sur le front russe. Denis Rossano réussit à donner vie à cet enfant, un personnage de roman, un fantôme, mais ô combien attachant.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire l’histoire de ce père et de son fils, mais aussi à découvrir le milieu du cinéma allemand sous le régime nazi.



Extrait :

« Dans l’obscurité d’une salle, il peut contempler son garçon, le regarder jouer à être quelqu’un d’autre, passer un moment avec lui. Le seul moyen d’être en sa compagnie. Il s’installe dans un fauteuil. Dans les premiers rangs : il veut être tout près, il veut avoir l’illusion de pouvoir toucher Klaus, il veut être envahi par son image. »



« Le monde dans lequel Klaus a grandi est recouvert par les décombres. L’histoire, la guerre, l’ignominie. Mais lui, l’enfant sur la pellicule, il a toujours et pour toujours douze ans. »


vendredi 18 octobre 2019

Les fées ont une histoire - Claudine Glot

Par Daphné















Auteur : Claudine Glot
Titre : Les fées ont une histoire
Genre : essai, document
Langue d’origine : français

Editeur : Ouest-France
Nombre de pages : 173
Date d'édition : 2014


Résumé de l'éditeur :

Selon les époques et les aléas de la société, elles s'effacent ou reviennent, toujours les mêmes et toujours différentes.
D'où viennent-elles ? Comment sont-elles nées ? Comment et pourquoi réapparaissent-elles ?
Féministes, libertaires, écologistes avant la lettre, que nous disent-elles, à chaque fois, des préoccupations des hommes, de leurs inquiétudes, de leurs espoirs ? Comment incarnent-elle l'éternel besoin chez l'homme de rester lié aux forces de l'imaginaire et aux rythmes de la nature ?
C'est à toutes ces questions que répond ce livre passionnant.
Il permettra à tous les rêveurs des outres-mondes, aux amoureux des secrets cachés derrière le voile du réel, de revenir à l'origine de nos rêves et de nos fantasmagories.

Mon avis :

Je connaissais déjà Claudine Glot pour quelques un de ses écrits sur les légendes arthuriennes mais cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un de ses livres. Celui-ci est tout simplement passionnant. 

L'auteure nous entraîne ici dans le monde de fées à travers les âges. Comment sont-elles représentées à travers les siècles ? Vues au travers des contes, de la mythologie grecque ou celtique, ou de l'époque romantique, les fées vont et reviennent, toujours changeantes, toujours fascinantes.  


Ce livre est divisé en plusieurs parties : le Moyen-Age au cours duquel apparaissent les premières fées, notamment dans les premiers romans. Ce n'est au'au XII ème siècle que le mot "fée" apparaît bien qu’auparavant, on ai pu trouver des récits parlant d'esprits de la nature qui peuvent s'en rapprocher. La fée apparaît dans cette transition entre les anciennes religions et le christianisme. On la retrouve bien sûr sous la forme de la célèbre Mélusine mais aussi de Viviane ou Morgane, figures féminines bien connues des légendes arthuriennes. Les fées médiévales semblent au premier abord très libres mais sont malgré tout soumises à une figure masculine. Elles seront ensuite diabolisées par l'église. Ainsi, Viviane, et surtout Morgane  deviennent souvent maléfiques et les romans arthuriens se recentrent sur la quête du Graal, modifiant ainsi le côté merveilleux des légendes.

La deuxième partie est centrée sur la Renaissance, période où les fées sont représentées non plus sous la forme de femmes ordinaires mais miniaturisées non seulement par la taille mais aussi par leurs pouvoirs. Shakespeare en particulier, les rend davantage amusantes que puissantes, les "dédiabolisant" ainsi aux yeux de l'église pour qui elles sont maintenant vues plus comme un jeu charmant que comme une menace. Plus tard, au XVIIIème siècle, elles réapparaîtront avec le classicisme. A la cour du Roi Soleil, les dames se serviront d'elles pour écrire des contes et revendiquer une liberté qui ne leur est pas accordée. Leurs contes seront oubliés au profit de ceux de Perrault et fortement dénigrés, les femmes n'étant "pas censé être faites pour écrire" selon l'opinion bourgeoise. 

La troisième partie concerne la fin du XVIIIème siècle, où les contes de fées les plus célèbre sont réécris, tels que celui de Mélusine et collectés, un par un, notamment par les frères Grimm. C'est aussi l'époque où Andersen écrit ses célèbres contes dont "La petite sirène" , inspiré de l'histoire de Mélusine ou du roman d'Ondine. Bien d'autres se lanceront par la suite dans la collecte des contes populaires, ressuscitant ainsi les fées d'antan. Les fées apparaîtront également dans les chants, les opéras et les ballets. Elles se feront aussi présentes dans de nombreuses peintures. 

Les fées reviennent donc encore et toujours, quelles que soient les époques, quelles que soient les formes et les pouvoirs qu'on leur attribue. La manière dont en parle l'auteure et dont elle nous montre le rôle qu'elles ont joué à travers les siècles est très intéressante. J'ai beaucoup aimé redécouvrir ainsi les contes d'une autre manière et voir la façon dont les fées ont pu être sans cesses réinventées selon les époques. Un livre qui vaut vraiment la peine d’être lu!

Extrait :

" Les fées parcourent les pages de nos livres aussi gracieusement que nos forêts les plus mystérieuses; elles traversent les rêves de nos nuits comme les miroirs des eaux et leurs reflets scintillent dans les espoirs de nos enfants."

mercredi 16 octobre 2019

Mercredi, c'est le jour des petits - Poussin et le porte-monnaie - Najoua Darwiche et Cécile Gambini

Par Daphné













Auteur : Najoua Darwiche
Illustrateur : Cécile Gambini
Titre : Poussin et le porte-monnaie
Editeur : Didier Jeunesse

Résumé :

Au voleur !
Poussin part à la poursuite de Grand Monsieur qui lui a volé son porte-monnaie !
Sur la route, il croise Renard qui décide de l’aider. Mais comme il est fatigué, ni une ni deux, Poussin le fait plonger dans son gosier. Puis c’est au tour du loup et
de Rivière... Car trois amis c’est au moins ce qu’il faut pour affronter Grand Monsieur, ses brebis, ses moutons et son feu !

Un conte-randonnée rythmé et savoureux, où les personnages avancent en cadence… mais chacun à son pas !  Avec cette histoire, Najoua Darwiche nous livre un joli message de solidarité, porté par les illustrations de Cécile Gambini. 



Mon avis :

J'aime beaucoup cette collection d'albums ("A petits petons"), qui présente des contes pour enfants de différents pays, le plus souvent sous forme de contes randonnées. 

Ce conte populaire français met en scène un petit poussin qui trouve un porte-monnaie... et se le fait aussitôt voler par un grand monsieur! Qu'à cela ne tienne : Poussin est petit mais il récupérera coûte que coûte son porte-monnaie. A petits, petits pas de poussin, il se lancera sur les chemins, rencontrant tour à tour le renard, le loup et la rivière qui se disent prêts à l'aider... mais l'aider en quoi puisque Petit Poussin, trop pressé ne leur explique rien? C'est fatigant de suivre un petit poussin pressé qui ne s'arrête pas pour donner de plus amples explications ! Alors, Renard, Loup et Rivière s'épuisent vite... cependant, ils seront là pour aider Petit Poussin lorsqu'il en aura besoin! 

Voici un conte rythmé où l'on se laisse entraîner par ce petit poussin révolté par tant d'injustice qui ne pense qu'à récupérer son bien. A petits, petits pas de poussin, nous suivons donc ce petit héros bien persévérant et ses compagnons de route qui sauront se montrer solidaires au bon moment! 

Les illustrations vives et colorées, vont tout à fait avec le texte, ce qui ajoute encore du charme à l'histoire. Comme tout conte randonnée, il est à lire à haute voix pour ajouter un peu de pep's et de drôlerie à l'histoire. Ma fille de cinq ans et demi apprécie beaucoup ce genre d'histoires qu'elle retient facilement par cœur et se plaît ensuite à le raconter. Nos duos de contes randonnées sont toujours l'occasion de passer un bon moment!




mardi 15 octobre 2019

Une bête au paradis - Cécile Coulon

Par Ariane



Auteur : Cécile Coulon
Titre : Une bête au paradis
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Iconoclaste
Nombre de pages : 352p
Date de parution : septembre 2019

Présentation de l’éditeur :
La vie d’Émilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, réussir. Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance.

Mon avis :
Incontournable Cécile Coulon ! Elle l’est devenue pour moi depuis plusieurs romans qui ont tous été, ou pas loin, des coups de cœur. Il y a une sincérité qui me touche dans son écriture autant que dans ses personnages et leurs histoires, dans les thèmes qu’elle aborde.
Elle nous raconte cette fois l’histoire d’une ferme, Le Paradis. Blanche et Gabriel y grandissent après le décès brutal de leurs parents, Louis adolescent victime de la brutalité de son père y a aussi trouvé refuge et Emilienne porte à bout de bras tout ce petit monde. Les années passent, Blanche tombe amoureuse d’Alexandre au grand désespoir de Louis. Mais si Alexandre rêve de partir et de se construire un avenir ailleurs, Blanche est incapable de quitter sa terre.
Sous une apparente simplicité, Cécile Coulon imagine une histoire riche et complexe, digne d’une tragédie antique, comme c’était déjà le cas avec Trois saisons d’orages. Histoire d’amour, de jalousie et de vengeance, histoire de famille et de transmission, histoire de destins que l’on subit, que l’on accepte ou que l’on rejette, histoire de la terre que l’on possède ou que l’on garde,… il y a plus d’une histoire dans ce roman.
Et ces histoires sont portées par plusieurs personnages tout aussi riches et complexes. Deux personnages féminins déjà. Blanche, héroïne du roman, belle, sauvage et intransigeante. Emilienne, la gardienne, le roc sur lequel Gabriel, Blanche et Louis ont pu se reconstruire. Mais les personnages masculins sont tout aussi intéressants. Gabriel, touchant dans sa naïveté et sa fragilité d’orphelin. Alexandre, qui n’a rien et doit tout construire. Louis, l’adolescent battu qui façonné par Emilienne devient un homme solide, efficace et dévoué. Je crois que c’est le personnage qui m’a le plus émue. Cet homme si profondément attaché à cette terre qui ne sera jamais sienne, à cette famille à laquelle il n’appartiendra jamais, l’amoureux qui n’a aucune chance, « il occupait la place d’un animal domestique, intelligent et docile. »
Un coup de cœur une fois encore. Décidément elle m’épate Cécile Coulon !

Extrait :
« Aurore comprenait qu’elle ne soignerait pas Gabriel, qu’il y avait en lui un arbre noir depuis l’enfance, que la mort de ses parents avait arrosé de colère ; elle ne pouvait pas le tomber, cet arbre, seulement couper quelques branches quand elles devenaient trop encombrantes. Elle le rafraîchissait, le frictionnait de ses mots et de son sourire, elle le secouait pour que tombent de son âme des feuilles mortes et des fruits empoisonnés. »

« Il ne faisait pas partie de la famille. Il était employé, ici. On ne lui avait rien dit, parce qu'on attendait de lui ce qu'on attendait d'un commis de ferme. Nourrir les poules. Nettoyer la cour. Inspecter la grange. Trier les œufs. Traire les vaches. Il ne faisait pas partie de la famille, il faisait partie de la ferme. Louis avait oublié ce que c'était d'être du paysage sans être de la photo. »

« Emilienne soignait les blessures des enfants à la manière d'un chirurgien manquant de tout, elle faisait avec ce qu'elle avait, c'est-à-dire elle-même, ses vaches, ses poules et ses cochons, ses champs, sa cheminée, ses étangs. Sa troupe se rassemblait chaque soir et se disloquait chaque matin, sûre de son chef d'orchestre. Le corps d'Emilienne était celui d'une ogresse affamée, d'une rudesse et d'une solidité à toute épreuve, capable de douceur comme de violence, capable de caresses comme de gifles, et tous autour d'elles s'appuyaient sur ce corps pour rester debout. »

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