mardi 14 mars 2023

Les hamacs de carton - Colin Niel

Par Ariane

Auteur : Colin Niel

Titre : Les hamacs de carton

Genre : roman policier

Langue d’origine : français

Editeur : Editions du Rouergue

Nombre de pages : 288p

Date de parution : mars 2012

 

Mon avis :

S'il y a un auteur que je retiens particulièrement de ma participation au prix des lectrices de Elle, c'est Colin Niel. J'avais alors eu un coup de cœur pour son roman Entre fauves. Après cela, j’ai enchaîné avec son roman précédent, Seules les bêtes, que j’ai beaucoup aimé, et récemment j'ai eu un énorme coup de cœur pour son dernier roman Darwyne. Cette fois, je me suis plongée avec grand plaisir dans sa série guyanaise.

Dans ce premier tome, le capitaine André Anato et son équipe enquêtent sur la mort suspecte d'une femme et de ses deux enfants dans un petit village sur les rives du Maroni. Le capitaine, Ndjuka d'origine, a tout à découvrir de la Guyane que ses parents ont quittée avant sa naissance. C'est après leur mort soudaine qu’André a demandé sa mutation. L’occasion de partir à la recherche de ses origines, à la rencontre de la famille qu’il ne connaît pas et d'en apprendre plus sur la culture Ndjuka.

Une fois encore j'ai vraiment beaucoup aimé lire Colin Niel. Je me suis laissée embarquer dans l’enquête criminelle, bien menée et avec la dose nécessaire de rebondissements et de fausses pistes pour capter le lecteur.

Mais l'intérêt du roman va au-delà de ça. C’est tout d’abord une immersion, culturelle et sociale, dans un territoire mal connu des métropolitains. En même temps qu’Anato en quête de ses origines, nous découvrons les coutumes des Noirs Marrons et la réalité de communautés qui se heurtent aux exigences de l’administration française. Immersion aussi au cœur de la forêt amazonienne, fascinante et magnifique.

Anato, plus métro que guyanais donc, est un homme charismatique et intelligent, un bel homme qui joue de son charme pour multiplier les conquêtes d’une nuit, incapable de s’attacher durablement et torturé par la mort accidentelle de ses parents. A ses côtés, les lieutenants Vacaresse et Girbal, décrits par leur supérieur, l’un comme un tatou, qui fouine sans cesse et ne lâche jamais sa piste, l’autre comme un colibri, s’agitant sans cesse. Vacaresse (que je m’obstinais à appeler Veracrasse… merci Harry Potter !), installé en Guyane depuis plus de dix ans, ne s’est jamais vraiment habitué à ce pays. Contrairement à son collègue, il n’est pas du tout attiré par la forêt et vit sa petite vie comme il la vivrait dans un pavillon de province. C’est pourtant un personnage particulièrement attachant, par son dévouement professionnel, mais surtout par sa bonne volonté et ses bonnes intentions. Girbal de son côté, ne semble pas particulièrement investi dans son travail et sa vie privée interfère avec son métier.

J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture, premier opus donc de la série guyanaise de Colin Niel, un premier tome introductif qui nous permet de faire connaissance avec les personnages et le territoire.

 

Extrait :

« A cette heure matinale, le fleuve dévoilait une ambiance singulière. La canopée de la rive surinamienne baignait dans une brume laiteuse, agrippée comme un paresseux aux feuillages. Des bruits de moteurs provenaient de tous côtés. Le chant rauque des singes hurleurs raisonnait dans le lointain. Le Maroni, tel un animal aux innombrables organes, s'éveillait lentement. »

« Anato comprit surtout que par le terme hamac, l’homme parlait de ces dossiers suspendus, alignés à la verticale dans le placard, qui devaient faire partie du quotidien de Véronique Morhange. Il ne connaissait pas l’expression, mais trouva la métaphore pertinente. Il imaginait tous ces étrangers, Surinamiens, Haïtiens, Brésiliens, Dominicains, suspendus dans leurs hamacs de carton, hibernant patiemment dans l’attente des papiers qui leur donneraient enfin une existence officielle sur le territoire français. »

lundi 13 mars 2023

Barbe-Bleue - Amélie Nothomb

 Par Daphné

 








Auteur : Amélie Nothomb
Titre :Barbe-Bleue
 Genre : roman
Langue d'origine: français
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 180
Date de parution :2012

Résumé de l'éditeur :

 Saturnine, à la recherche d’un appartement, trouve une colocation dans un luxueux hôtel particulier parisien. Mais il lui faut vivre avec le propriétaire et obéir à ses conditions : ne jamais entrer dans la pièce interdite, partager le dîner du maître des lieux, et devenir sa confidente, au péril de sa vie. Car on attribue à ce mystérieux aristocrate espagnol la disparition des huit colocataires précédentes…

Mon avis :

Je me souviens, au lycée, avoir étudié Stupeur et tremblements, livre bien connu d'Amélie Nothomb et d'avoir ensuite dévoré plusieurs de ses livres. Mais cela fait des années que je n'avais plus ouvert un livre de cette autrice. J'aimais bien son côté décalé, son ironie toujours mordante, ces personnages plus qu'originaux. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en ouvrant un de ses livres après tant d'années : déception ou pas? Eh bien... oui et non! Pas de doute, ce livre, c'est bien de l'Amélie Nothomb : si on me l'avait donné en me cachant le nom de son auteur, je l'aurais très vite deviné! 

 

L'autrice revisite ici à sa manière le conte de Barbe-Bleue et c'est plutôt réussi. Essentiellement composé de dialogues entre les deux protagonistes, ce conte moderne nous entraîne dans une histoire rythmée aux répliques tour à tour sarcastiques et philosophiques. Bien que Barbe Bleue soit un classique mille fois revisité, l'originalité est là, tant dans les personnages que dans l'histoire.

 

C'est donc avec plaisir que j'ai découvert ce livre mais je n'ai cependant pas retrouvé l'engouement que j'ai pu avoir pour les livres d'Amélie Nothomb il y a plusieurs années de cela. Est-ce parce que mes goûts littéraires ont changé ou retrouverais je le même enthousiasme avec un autre livre? Pour le savoir, il faudrait sans doute en découvrir de nouveaux... ce que je vais essayer de faire dans les prochains mois!

Extrait :

 "La couleur, qu’est-ce que c’est ? Une sensation produite par les radiations de la lumière. On peut vivre sans : certains daltoniens ne perçoivent que le noir et le blanc et ne sont pas moins bien informés que les autres. En revanche, ils sont privés d’une volupté fondamentale. La couleur n’est pas le symbole du plaisir, c’est le plaisir ultime. C’est tellement vrai qu’en japonais, « couleur » peut être synonyme d’« amour ».

 

mardi 7 mars 2023

L'instant - Amy Liprot

Par Ariane


Auteur : Amy Liptrot

Titre : L’instant

Genre : roman

Langue d’origine : anglais

Editeur : Phébus

Nombre de pages : 224

Date de parution : février 2023

 

Mon avis :

Dans son premier livre, L'écart, Amy Liptrot racontait son combat contre l’alcool. C’est en revenant sur son île natale dans les Orcades, que la jeune femme avait repris contact avec elle-même, avait réussi à se reconstruire au contact de la nature, loin du rythme effréné de Londres. Deux ans plus tard, elle décide de partir pour Berlin avec l’espoir de vivre une histoire d’amour. Son nouveau roman raconte cette année berlinoise.

J’avais eu beaucoup de mal à accrocher avec L’écart au début de ma lecture. Mais au final, je m’étais prise dans le récit, en grande partie grâce à l’immersion dans ces magnifiques îles écossaises que Amy Liptrot nous faisait partager. J’ai eu beaucoup plus de mal à me sentir à l’aise dans les rues de Berlin que sur les chemins des Orcades. Je me suis peu intéressée aux démêlés amoureux de la narratrice, en revanche, l’aspect naturaliste du récit m’a beaucoup intéressée. Au cœur même de la ville, la vie sauvage se cache, il faut savoir où regarder. Amy est à l’affut de toutes ces traces, se plaît à des observations ornithologiques, part à la recherche des ratons laveurs. Quel plaisir d’imaginer cette vie sauvage tout près de nous !  

Sans surprise j'ai beaucoup moins apprécié ce roman que le premier et je reste sur une impression mitigée. 

Je remercie Babelio et les éditions Phébus pour m'avoir permis de découvrir ce roman lors d'une opération masse critique. 

 

dimanche 5 mars 2023

Un passage vers le Nord - Anuk Arudpragasam

Par Ariane



Auteur : Anuk Arudpragasam

Titre : Un passage vers le Nord

Genre : roman

Langue d’origine : anglais (Sri Lanka)

Traductrice : Dominique Vitalyos

Editeur : Le bruit du monde

Nombre de pages : 320p

Date de parution : janvier 2023

 

Mon avis :

Je pense que c'est la première fois que je lis un roman qui se déroule au Sri Lanka et a fortiori écrit par un auteur sri lankais. Cela m'a tout de suite attirée quand j'ai fait mes repérages de des parutions de la rentrée littéraire de janvier et c'est grâce à la dernière opération masse critique organisée par Babelio que j'ai eu l'occasion de découvrir ce roman.

Krishan est un jeune sri-lankais qui est revenu vivre avec sa famille à Colombo après avoir étudié à New Delhi. Il travaille pour une ONG locale qui vient en aide à la population qui a souffert de la guerre civile qui ravagé le pays et vit dans la maison familiale avec sa mère et sa grand-mère. Rani, la dame de compagnie de sa grand-mère, est absente depuis quelques mois, lorsque Krishan apprend son décès soudain. Afin de rendre hommage à cette femme que toute la famille apréciait, Krishan décide de se rendre dans le nord du pays pour assister aux funérailles. Les quelques jours qui suivront cette annonce, sont l’occasion pour le jeune homme de se replonger dans ses souvenirs familiaux et amoureux.

C’est donc un roman introspectif, méditatif, philosophique même. Un roman qui se déroule lentement, mais qui pourtant est un véritable plaisir de lecture parce qu'il nous fait découvrir de ce pays, de sa population et de ses personnages. Plongé dans ses pensées, Krishan se dévoile, avec ses forces et ses faiblesses, ses émotions et ses regrets. Il évoque sa relation à sa grand-mère en fin de vie, à Rani qui portait en elle tant de blessures, à Anjum qu’il aimait et qui l’a quitté.

Cette lecture a aussi été l’occasion de découvrir un pays et un peuple dont j’ignorais tout. J'ai d’ailleurs été très étonnée par la vie que Krishan menait à New Delhi. On y suit une jeunesse éprise de liberté, y compris sentimentale et sexuelle. Mode de vie en totale contradiction avec l'image que je pouvais avoir de la société indienne et qui vient justement souligner les paradoxes d’une société tiraillée entre tradition et modernité.  

Je souligne également la beauté de l'écriture de l'auteur, élégante et subtile, très agréable à lire.  

Ce fut donc une très belle découverte pour laquelle je remercie les éditions le bruit du monde et Babelio.

 

Extrait :

« Il ne pouvait s'empêcher de penser, alors que le train se rapprochait de sa destination, qu'il n'avait parcouru aucune distance physique ce jour-là mais plutôt une vaste distance psychique à l'intérieur de lui, qu'il n'avait pas avancé du sud de l'île à son au nord, mais du sud de son esprit à ses propres étendues lointaines au nord »

« Ce ne sont peut-être pas seulement les images de beauté qui obscurcissent la vision au fil du temps, mais aussi les images de violence, ces moments de violence qui, pour certains, font tout autant partie de la vie que les moments de beauté, les deux types d'images apparaissant au moment où l'on s'y attendait et les deux ont continué à nous hanter par la suite, ce qui nous a tous deux marqués et marqués, limitant à quelle distance nous étions par la suite capables de voir »

lundi 27 février 2023

Naissance d'un pont - Maylis de Kerengal

 Par Daphné






Auteur :  Maylis de Kerengal
Titre :Naissance d'un pont
 Genre : roman
Langue d'origine: français
Editeur :Gallimard
Nombre de pages : 320
Date de parution : 2010

Résumé de l'éditeur :

 "À l'aube du second jour, quand soudain les buildings de Coca montent, perpendiculaires à la surface du fleuve, c'est un autre homme qui sort des bois, c'est un homme hors de lui, c'est un meurtrier en puissance. Le soleil se lève, il ricoche contre les façades de verre et d'acier, irise les nappes d'hydrocarbures moirées arc-en-ciel qui auréolent les eaux, et les plaques de métal taillées en triangle qui festonnent le bordé de la pirogue, rutilant dans la lumière, dessinent une mâchoire ouverte."
Ce livre part d'une ambition à la fois simple et folle: raconter la construction d'un pont suspendu quelque part dans une Californie imaginaire à partir des destins croisés d'une dizaine d'hommes et femmes, tous employés du gigantesque chantier. Un roman-fleuve, « à l'américaine », qui brasse des sensations et des rêves, des paysages et des machines, des plans de carrière et des classes sociales, des corps de métiers et des corps tout court.

Mon avis :

 Voilà un livre dans lequel j'ai eu beaucoup de mal à entrer : il en a fallu e peu pour que j'abandonne ma lecture en cours de route! Je me suis finalement accrochée et... je ne le regrette pas!

Le thème peut paraître un peu étrange : la construction d'un pont, mais que peut on bien dire là dessus pendant plus de 300 pages? Et bien en fait, beaucoup de choses! Un certain nombre de personnages gravite autour de la construction de ce pont : ouvriers, chefs de chantiers, architectes, grutiers, militants, cuisiniers, coiffeurs et bien d'autres. Tous ont leur histoire, et ces histoires se croisent. Ils arrivent des quatre coins du monde pour travailler sur la construction de ce pont qui ne fait pas forcément l'unanimité.

Car construire un pont, cela implique beaucoup de choses. Dégâts irrémédiables sur l'environnement mais aussi sur les populations vivant aux alentours, conflits, appât du gain... C'est tout un fourmillement de personnages et de thèmes autour de ce pont. Ces thèmes cependant ne sont qu'effleurés, jamais approfondis, parfois juste suggérés et cela fait de c e livre un étrange "fourre-tout" : on voudrait se saisir d'un sujet, d'un personnage, mais en quelques pages, quelques lignes parfois, il nous échappe déjà et ce d'autant plus que la construction du livre (à l'image de celle du pont!) est bien compliquée : un style littéraire particulier qui demande un certain temps d'apprivoisement, un aspect technique qui prime souvent sur les personnages ou les sujets sur lesquels on aimerait davantage se pencher, des chapitres qui peuvent paraître complètement décousus... Ce n'est pas spécialement facile à lire mais le moins qu'on puisse dire, c'est que le sujet est maîtrisé! 

Un livre qui a bien failli me perdre en route mais qui m'a finalement appris de nombreuses choses. En toute honnêteté, ce n'est pas le genre de livres que je lirais touts les jours mais je suis tout de même contente de l'avoir lu car j'ai fini par me laisser prendre par l'histoire.

Extrait : 

"L’hiver dure, fourreau de verre. Le froid gaine la ville. Céruse les perspectives, précise les sons, détache les gestes, et le ciel prend dans tout cela une part exagérée. Sur le fleuve – décoloré albugineux comme le reste –, les hommes s’activent et le pont augmente. Auprès des énormes piles qui sont à présent comme les deux chevilles indestructibles de toute cette histoire, de longues digues de béton renforcent désormais les berges. On y décharge les métaux, acheminés par voie ferrée jusque sur la plate-forme Pontoverde puis transportés là sur des barges dotées de brise-glace.
C’est la phase deux du chantier, on bascule en hauteur, on colonise vers le ciel."