mardi 5 décembre 2023

Chez Scarlette - Hervé Bellec

 Par Daphné









Auteur  : Hervé Bellec

Titre : Chez Scarlette
Genre : roman

Langue d’origine : français
Date d'édition : 2023
Nombre de pages : 416

Editeur : Pocket

Résumé de l'éditeur :

Nous sommes en novembre, miz du en breton, le mois noir, dans une île bretonne à une heure du continent. Scarlette, la patronne du bar de la Falaise, vit là, tout simplement parce qu’elle y est née, et son bistrot en est l’épicentre. Solange, la Parisienne, est venue y trouver refuge pour fuir un passé trop encombrant et un avenir trop douloureux. Phanie, la jeune policière, aussi, peut-être pour tout remettre en question. Marina, l’énigmatique médecin de l’île, soulage les peines de chacun comme elle peut. Morgane, la fille de Scarlette, se morfond, loin de son île, à Nantes où elle fait ses études et veut rentrer quoi qu’il en coûte.
La tempête gronde, les falaises s’effondrent, les digues cèdent, les arbres se couchent et les grandes marées menacent de submerger l’île, comme au temps d’une antique légende. L’île est maintenant totalement isolée. Mais les femmes s’entraident, se soutiennent, chantent et dansent autour du vieux juke-box en buvant du champagne comme pour narguer le mauvais sort. Pierrot la Lanterne, gardien de phare à la retraite, et Baptiste le trompettiste restent en retrait et les observent, tantôt amusés, tantôt fascinés.
Sur une île au large de la Bretagne, cinq destinées de femmes malmenées par les tempêtes d’automne vont se croiser au fil de la plume nostalgique, cocasse, drôle et désenchantée à la fois de l’écrivain breton, Prix de la ville de Vannes 2020.

Mon avis:

J'ai commencé ce livre avec enthousiasme : la Bretagne, une île, une histoire de femmes... plusieurs ingrédients étaient ici réunis pour me plaire. Sans compter que les critiques que j'avais pu en lire étaient plutôt favorables. 

Mais pour être franche, ce livre m'a laissé un sentiment en demi teinte. Il est bien écrit, le cadre m'attirait, la découverte des personnages aussi. Mais j'avoue m'être un peu ennuyée. Le rythme est lent, ce qui n'est pas pour me déplaire dans certaines romans. Je trouve même souvent un certain charme à la lenteur dans bon nombre de livres. Dans un monde toujours si rapide et stressant, prendre son temps au fil des pages pour raconter une histoire me paraît souvent être une bonne initiative. Mais cette fois, non, ce rythme ne m' a pas tellement convenu. On sent bien que le but de l'histoire n'est pas d'enchaîner action sur action mais tout simplement de décrire des vies, de s'y attarder, de les observer. Mais tout de même, un minimum d'action aurait peut-être été la bienvenue... 

Si j'ai aimé les descriptions de l'île, j'ai cependant passé toute ma lecture à attendre l'élément qui déclencherait réellement l'histoire... mais j'ai attendu jusqu'à la dernière page. Un livre dont j'ai aimé l'écriture mais qui m'a laissé un goût d'inachevé.

Extrait :

"La légende arthurienne affirmait que Morgane était une fée née de la mer, une sorte de sirène tantôt maléfique, tantôt bienveillante, une magicienne ensorceleeuse initiée par le mage Merlin, capable du pire comme du meilleur. Elle était reine de l'île d'Avalon et possédait le pouvoir de transformer, une fois consommée l'œuvre de chair, ses amants en bouc ou en lézard. Morgane imagina son compagnon d'une nuit se réveillant métamorphosé en gros lézard et ne put s'empêcher de ricaner bêtement sous le drap."


lundi 20 novembre 2023

Pourvu que mes mains s'en souviennent - Quentin Ebrard

 Par Daphné










Auteur  : Quentin Ebrard

Titre : Pourvu que mes mains s'en souviennent
Genre : roman

Langue d’origine : français
Date d'édition : 2023
Nombre de pages : 192

Editeur : Belfond

Résumé de l'éditeur:

On ne sait pas bien ce qu’il se passe dans ce château cerné par des champs de tournesol, dans cette étrange colonie de vacances. Certains pensionnaires sont là de leur plein gré, d’autres ont été arrachés à leur famille. On tâtonne dans le noir aux côtés de Louise, la narratrice. Ici et là, on entend parler de mauvais traitements, certains sont abrutis par les médicaments, d’autres disparaissent du jour au lendemain. Perdue, Louise n’a qu’une obsession : sauver sa peau. Prête à tout, elle décide de s’échapper grâce à un projet aussi fou que secret. Avec l’aide de deux de ses camarades, Juliette, l’armoire à glace qui passe sa vie à pleurnicher, et Simon, le bricoleur amoureux d’elle, Louise va tout risquer pour quitter cet enfer… À moins que tout cela ne soit qu’une vue de l’esprit. Un premier roman hors des sentiers battus, qui cache une révélation complètement inattendue.

Mon avis :

Louise, enfermée dans un étrange château fait des fugues à répétition.  Voilà un roman qui repose presque tout entier sur la "vérité", la chute de l'histoire que l'on ne découvre qu'à la fin... sauf que cette fin m'a paru évidente dés le début. Mais peut-être est-ce uniquement à cause du travail que je fais que cela m'a semblé d'emblée une évidence et sans doute est-ce pour cette même raison que toute l'histoire, du coup, m'a paru invraisemblable. 

Malgré ce "bémol", j'ai passé tout de même un moment de lecture agréable en compagnie de Louise, personnage haut en couleur, auquel on s'attache très vite. La plume de l'auteur est fluide, le rythme rapide, cela se lit très vite et on ne s'ennuie pas. 

Il est difficile de parler de ce livre sans en dévoiler le "mystère", aussi n'en parlerais-je pas beaucoup, mais même si j'ai très rapidement deviné celui-ci, je dois reconnaître que le thème principal est abordé d'une manière très originale, ce qui fait tout le charme de ce roman!

Extrait :

"Ici, j'oublie tout, absolument tout. La date du jour. Mes envies et mes rêves. Le visage de mes parents s'efface, celui de mes amis aussi."



lundi 6 novembre 2023

Funambule - Frédéric Surgan

 Par Daphné








Auteur :Frédéric Surgan

Titre : Funambule
Genre : roman

Langue d’origine : français
Date d'édition : 2023
Nombre de pages : 330

Editeur : 5 Sens Editions

Résumé de l'éditeur :

Lisette a fui la France dès la fin 1945 pour s’installer en Louisiane avec l’espoir d’y entamer une nouvelle vie, emportant avec elle un lourd secret. Ses deux fils, Lanny et Roly, ont grandi là, comme à l’écart, entre les méandres du bayou Teche et le lac Fausse Pointe. Quand, au printemps 1959, Lisette disparaît dans des circonstances troubles, Roly s’engage sur une route de plus en plus inquiétante pour découvrir ce qui est arrivé à sa mère et que justice soit faite, au grand dam de Lanny, pour qui la quête de son frère devient une forme de cauchemar dans lequel il redoute de basculer. Il semble bien cependant que Lisette ne soit pas la seule à avoir fait le voyage en Louisiane au lendemain de la guerre...

Mon avis :

Merci tout d'abord aux 5 Sens Editions et à Babelio pour l'envoi de ce roman.

Je dois avouer que j'ai dû m'accrocher pour parvenir à "entrer" dans ce livre. L'histoire m'intéressait mais j'ai eu du mal avec l'écriture, une écriture un peu trop "brouillonne" et au style un peu trop familier pour moi. Pendant un bon moment, je n'ai pas vraiment compris où voulait en venir l'auteur au juste car il me semblait que l'on se perdait un peu dans les disgressions. Ce n'est qu'au bout d'une centaine de pages que j'ai vraiment réussi à me faire à cette écriture et à véritablement entrer dans l'histoire. Une histoire sombre, où pointe certes parfois un certain humour, mais où la noirceur l'emporte bel et bien. 

Présentée sous la forme d'un thriller psychologique, on y découvre deux frères. Deux frères rivaux dont la mère a disparu dans des conditions plus que douteuses. L'un d'eux va mener l'enquête et découvrir, par une petite plongée dans l'Histoire,  ce qui est véritablement arrivé à sa mère et surtout pourquoi cela lui est arrivé. 

Ce n'est pas  le genre d'enquête qu'on est habitué à lire. L'approche est plutôt originale, le déroulement de l'histoire est très bien mené et la fin surprend assurément. Une fois passée le mont de "grand flou" des premiers chapitres, on se laisse emporter par l'histoire. Si je n'avais pas reçu ce livre par le biais de Babelio, je ne l'aurais sans doute pas lu jusqu'au bout ce qui en définitive aurait été dommage car j'ai finalement passé un bon moment de lecture.



vendredi 13 octobre 2023

Chasseur, cueilleur, parent - Michaellen Doucleff

 Par Daphné









Résumé de l'éditeur:

 Épuisée, gagnée par la dépression, Michaeleen ne sait plus comment gérer Rosy, sa fille de 3 ans. Crises de rage, demandes incessantes, pleurnicheries… Elle rencontre des difficultés que tous les parents connaissent. Tous ? Peut-être pas.
Habituée aux reportages dans les coins reculés, elle décide d’aller vivre avec Rosy en immersion dans trois des plus vénérables communautés du monde : les Mayas, les Inuits et les Hadza. Elle découvre des enfants responsables, autonomes, participant volontairement aux tâches ménagères, et ce sans cri ni conflit. Une parentalité aux antipodes de celle qu’elle pratique, sans aucune des luttes de pouvoir qui jonchent son quotidien avec Rosy. Et si les Occidentaux avaient tout faux en termes d’éducation ?

Mon avis :

Voici un livre qui me laisse un sentiment assez partagé. A force de le voir partout, j'avais très envie de le lire mais je ne m'attendais pas du tout à ça. J'ai commencé sa lecture en pensant avoir à faire à un livre anthropologique sur les différentes manière dont les parents se comportent avec leurs enfants à travers le monde. 

Alors certes, c'est bien une bonne partie du thème de ce livre. A travers le voyage d'une mère, il nous entraîne dans diverses cultures où l'on découvre le quotidien des familles, où l'on se rend bien compte que certaines "pratiques" occidentales envers les enfants sont assez étonnantes. Pas étonnantes de manière positive mais étonnantes par leur manque de logique si tant est qu'on y réfléchit quelques instants. Et pourtant, les parents occidentaux y sont tant habitués que cela leur paraît évident. On découvre à travers ce livre à quel point les cultures dites ancestrales sont éloignées de ces pratiques et à quel point leur manière de voir et d'accompagner leurs enfants dans la vie peut être différente des "pratiques" occidentales. J'ai beaucoup aimé cette partie du livre qui nous fait réfléchir sur notre société, sur tout ce qui nous est inculqué en matière de parentalité, sur la manière de percevoir l'enfant. Regarder comment les choses se passent ailleurs, y réfléchir, s'en inspirer parfois est, anthropologiquement parlant, particulièrement intéressant. Au fond, la plupart des observations relevées par ce livre tombent sous le sens. J'ai donc beaucoup aimé cette partie là du livre.

 En revanche, je ne m'attendais pas tellement à lire un manuel de conseils sur "comment rendre votre enfant exactement conforme à vos attentes" : car c'est aussi l'impression que m'a laissé ce livre et cela m'a de nombreuses fois mise assez mal à l'aise. Cette impression que l'autrice voulait formater sa fille à ses attentes. Elle utilise d'ailleurs très souvent l'expression "modeler le comportement", ce qui pour tout dire, m'interpelle.  Vouloir "modeler" l'enfant ne revient-il pas à le manipuler de manière à ce qu'il soit tel qu'on voudrait qu'il soit, à gommer les traits de sa personnalité propre et à ne pas l'accepter tel qu'il est ? Je ne sais pas quel est le terme utilisé dans la version originale alors peut-être est simplement la traduction qui m'a interpellée mais cette expressions ans cesse répétée m'a vraiment mise mal à l'aise. De même que les phrases du style : de mon "ennemie", elle est devenue l'une de mes personnes préférées au monde. Cette phrase fait référence à la fille de l'autrice et n'a pas été sans me faire tiquer. Même si le mot "ennemie" est entre guillemet, le fait qu'il s'adresse à une enfant, son enfant, de trois ans me parait un peu inquiétant. De même que le fait que l'enfant en question ne faisait donc pas partie des "personnes préférées" de l'autrice avant qu'elle ne "réussisse à modeler son comportement". Il est vrai que la petite Rosy, la fille de l'autrice nous est décrite comme une enfant assez terrible... d'où la question : mais comment peut on en arriver là avec une enfant aussi jeune? Car le tableau qui nous est dépeint dans les premières pages concernant la fillette, peut en effet paraître assez terrifiant... mais au fond, l'enfant est elle vraiment "terrible" ou est ce la mère qui est étouffante, très étouffante même,  si on en croit le fait  qu'elle lance  à son lecteur le défi de rester au moins 5 minutes sans chercher à occuper son enfant ? Je ne cherche pas du tout à juger la mère qu'est l'autrice du livre, surtout qu'on voit bien qu'elle fait ce qu'elle pense être bon (et dans la majorité des cas, c'est bien là où le bât blesse) et on sent vraiment sa volonté d'améliorer les choses avec sa fille. Mais tout de même, nombre de ses propos m'ont paru assez étranges...

Il n'en reste pas moins que j'ai beaucoup aimé voyager à ses cotés auprès de différentes familles de différentes cultures. Une lecture en demi teinte, donc. Sans doute en retiendrais je surtout le côté anthropologique qui est, au départ, ce que je venais chercher avec cette lecture.


Extrait  

"Ces enfants ne sont pas des planètes solitaires. Ils appartiennent à un système solaire, décrivant des cercles les uns autour des autres, et sont stabilisés par la présence et la gravité d'autrui.
Ces liens s'expriment de deux manières : les responsabilités envers autrui et un filet de protection invisible."

lundi 18 septembre 2023

Coeur du Sahel - Djaïli Amadou Amal

 Par Daphné








Autrice :Djaïli Amadou Amal

Titre : Coeur du Sahel
Genre : roman

Langue d’origine : français
Date d'édition:2022
Nombre de pages :364

Editeur : Emmanuelle Colas

Résumé de l’éditeur:

 Faydé vit dans les montagnes dans l’extrême-nord du Cameroun. Pour que sa mère, ses frères et sa sœur ne soient pas dans le besoin, son beau-père ayant disparu au cours d’une razzia de Boko Haram, la jeune adolescente décide de partir à Maroua, la ville la plus proche, où elle sera domestique. Comme ses comparses, elle devra se faire à sa nouvelle vie, citadine et difficile pour les filles. Mépris de classe, mauvais traitements, viols… Comment Faydé parviendra-t-elle à se frayer son chemin dans un environnement, où son destin semble tracé à l’avance ?

Mon avis :

Faydé a 15 ans et vit dans un petit village du Sahel dans des conditions très difficiles où les sécheresses se succèdent. Pour subvenir aux besoin  e sa mère et de ses frères et sœurs, elle décide de tenter sa "chance" en allant travailler en ville pour une riche famille. Elle y découvre une vie bien différente de la sienne, une vie où elle doit se rendre invisible aux yeux de ses patrons, où tout le travail accompli ne mérite qu'un pauvre salaire et bien peu de reconnaissance, où elle se retrouve confrontée au mépris, aux injures, où les hommes ont plein pouvoir sur elle. Faydé pourtant, tombe sur une "bonne "maison où elle découvre aussi certains avantages mais n'échappera pas au chagrin, au mépris, verra certaines de ses amies s'en sortir plutôt bien alors que d'autres connaîtront un destin cruel. 

Ce livre nous plonge en plein cœur du Sahel  où les conditions de vie des femmes ne nous sont pas épargnées. On y découvre que si être femme dans un village isolé et soumis à la sécheresse est terrible, être femme en ville n'est pas enviable non plus. Si nous sont décrites plus particulièrement les vie des domestiques et du mépris et de l'indifférence auxquelles elles sont soumises, on y rencontre aussi les femmes des concessions, filles ou co-épouses, qui, si elles ont l'avantage de la richesse, restent sous la domination masculine. 

 Ce livre est un cri de révolte, un cri d'espoir aussi car, oui, l'espoir y est bel et bien présent. C'est un livre on ne peut plus engagé, un livre qui défend l’éducation des filles, la place de la femme dans une société ô combien patriarcale. Faydé n'a pas une vie facile mais c'est un personnage lumineux auquel on ne peut que s'attacher. 

Me restent à découvrir les autres livres de cette autrice que j'ai maintenant très envie de lire!

 

Extrait  

 "Ouvre grandes tes oreilles et écoute bien ce qu’on te dit car on ne va pas le répéter. Ils sont les patrons et tu dois les respecter comme tels. Ne jamais t’asseoir à côté d’eux mais plutôt en retrait. S’ils sont sur un fauteuil, tu restes sur le tapis. S’ils sont sur une natte, tu t’installes sur le sable. Si tu remarques qu’ils ont des places préférées, même si c’est au pied d’un arbre, jamais, au grand jamais, tu ne dois t’approcher de cette place-là. Sauf, bien sûr, pour la nettoyer."

mercredi 13 septembre 2023

Mercredi, c'est le jour des petits - Premier jour d'école - Corinne Dreyfuss et Nathalie Choux

 Par Daphné









Autrice : Corinne Dreyfuss 

Illustratrice : Nathalie Choux 
Titre : Premier jour d'école
Editeur Acte Sud jeunesse

Résumé de l'éditeur :

Maman et enfant, le matin de ce jour si important, sont en route pour l'école. Avec plein de questions pour faire face à l'appréhension : « Dis, ça dure toujours ? » « Il faudra y aller tous les jours à cette école ? ». Et puis, Maman s'en va. C'est le temps des copains et de l'apprentissage, la découverte qu'on devient « un grand ».

Mon avis :

Cela me fait un drôle d'effet mais ça y est, mon petit dernier a franchi les portes de l'école. Nous avons donc emprunté à la médiathèque quelques livres sur le sujet... dont celui-ci. Ce n'est pas un livre qui décrit une journée d'école mais plutôt un livre sur les ressentis d'un enfant et de sa maman à propos de ce fameux premier jour. Un brin de mélancolie, des larmes, de la pluie... mais aussi des découvertes, tout cela rythmé par la ritournelle d'un petit oiseau qui suit l'enfant et sa maman au fil des pages. Voici un livre tout en délicatesse pour aborder les sentiments de ce premier jour. 

Mon fils aime beaucoup ce livre, dans lequel il se retrouve sans doute un peu !Et quand à moi,  je suis d'accord avec la maman et le petit garçon du livre : L'école... pourquoi c'est maintenant? on avait bien le temps! Une lecture douce et sensible qui change de celles qu'on peut trouver sur le thème de l'école.

 

 

lundi 28 août 2023

L'attente du soir - Tatiana Arfel

 Par Daphné








Auteur :Tatiana Arfel

Titre :L'attente du soir

Genre : roman

Langue d’origine :français

Editeur :José Corti

Nombre de pages :352

Date de parution :  2009


Résumé de l'éditeur:

 Ils sont trois à parler à tour de rôle, trois marginaux en bord de monde.
Il y a d'abord Giacomo, vieux clown blanc, dresseur de caniches rusés et compositeur de symphonies parfumées. Il court, aussi vite qu'il le peut, sur ses jambes usées pour échapper à son grand diable noir, le Sort, fauteur de troubles, de morts et de mélancolie.
Il y a la femme grise sans nom, de celles qu'on ne remarque jamais, remisée dans son appartement vide. Elle parle en ligne et en carrés, et récite des tables de multiplications en comptant les fissures au plafond pour éloigner l'angoisse.
Et puis il y a le môme, l'enfant sauvage qui s'élève seul, sur un coin de terrain vague abandonné aux ordures. Le môme lutte et survit. Il reste debout. Il apprendra les couleurs et la peinture avant les mots, pour dire ce qu'il voit du monde.
Seuls, ces trois-là n'avancent plus. Ils tournent en rond dans leur souffrance, clos à eux-mêmes. Comment vivre ? En poussant les parois de notre cachot, en créant, en peignant, en écrivant, en élargissant chaque jour notre chemin intérieur, en le semant d'odeurs, de formes, de mots. Et, finalement, en acceptant la rencontre nécessaire avec l'autre, celui qui est de ma famille, celui qui, embarqué avec moi sur l'esquif ballotté par les vents, est mon frère.
On ne cueille pas les coquelicots, si on veut les garder vivants. On les regarde frémir avec ces vents, dispenser leur rouge de velours, s'ouvrir et se fermer comme des cours de soie. Giacomo, la femme grise, le môme, que d'autres ont voulu arracher à eux-mêmes, trouveront chacun dans les deux autres la terre riche, solide et lumineuse, qui leur donnera la force de continuer.

Mon avis:

Il y a des livres comme ça, qui vous happent du début à la fin, des livres où tant l'écriture que l'histoire et les personnages vous accrochent le cœur. Il y a  des livres auxquels on s'attache, qu'on ne parvient pas à lâcher avant d'en avoir lu la dernière ligne, des livres que l'on voudrait recommencer sitôt qu'on les a fini. L'attente du soir, pour moi, fait partie de ces livres-là. 

On y rencontre trois personnages, en marge de la société, trois personnages très différents et tous aussi touchants les uns que les autres, qui, en principe n'aurait jamais dû avoir de lien ente eux. Il y a Giacomo,  le clown blanc, poursuivi par le Sort, qui aime voir fleurir les sourires des enfants sous le chapiteau de son cirque. Il y a Mademoiselle B., qui, faute d'avoir été regardée par ses parents, par son entourage, a appris à se rendre invisible. Et il y a le Môme, enfant abandonné sur un terrain vague qui voit le monde à travers les couleurs et qui, s'il lui manque les mots, s'exprime par la peinture. Trois personnages hors norme, trois personnages solitaires et malheureux qui pourtant, s'accrochent à la vie. 

 Il y en a de la souffrance dans ce livre, il y en a de la solitude. Et pourtant, c'est un livre empreint d'une grande beauté, un livre qui fait appel aux sens, un livre plein de poésie où des touches de lumière viennent percer la noirceur. 

Je pourrais en parler pendant longtemps mais comme je ne veux pas trop en dire, je m'arrête là. 

Un grand, grand coup de cœur!

Extrait :

"Il regarde la lumière naître peu à peu sur le deuxième tapis. C'est encore une autre couleur. C'est la couleur que prend la grande lumière ronde du ciel le soir. C'est une couleur qui fait aboyer de contentement quand on la regarde, comme le vert, mais pas pareil. Cette couleur-ci n'étanche pas la soif. On dirait qu'elle tire à elle le jour qu'elle brille plus que les autres. Elle est enveloppante et fait chaud à la peau, mais pas autant que le rouge. Le môme a du mal à s'en tirer sans comparer aux couleurs connues. Il essaie de se concentrer. Cette couleur fait quelque chose à son cœur, mais pas mal. Elle le gonfle, presque trop pour sa poitrine maigre, elle le fait respirer fort et plus loin que le terrain vague gris marron. Cette couleur donne autre chose que ce qui existe. Le môme découvre en même temps le jaune et l'espoir. L'espoir, c'est un mot piège et il ne l'aurait jamais employé. Moi qui survis au môme, moi qui l'abrite dans mon corps d'homme, je peux expliquer l'espoir. On peut manger des herbes et sucer des cailloux, on peut faire les poubelles et dormir sur la terre sale. On tient le coup, le corps tient le coup pour nous. Mais quand on fait tout ça, le cœur devient aussi gris marron que le carré de boue sur lequel on s'allonge. Quand le jaune est là, il dit qu'autre chose est possible."