vendredi 19 juillet 2019

Libre comme Robinson - Luc Delisse

Par Daphné















Auteur : Luc Delisse
Titre : Libre comme Robinson
Genre : essai
Langue d’origine : français
Editeur : la fosse aux ours
Date d'édition :2019
Nombre de pages : 202

Résumé de l'éditeur :

Le monde est en train de changer radicalement. Nos mœurs, notre langue, notre espace, notre vécu, nos machines, subissent des transformations inouïes. L'effet le plus insidieux de ce grand bouleversement est la réduction croissante de la liberté individuelle. Il suffit d'ouvrir les yeux pour le constater, autour de nous, et même en nous.
Tout n'est pas joué pour autant. Une part de notre avenir et de notre destin dépend de nos choix. À condition de ne pas se payer de mots et d'agir là où nous avons une vraie marge de manœuvre : dans nos vies privées. 

Ce livre impertinent fait l'état des lieux et propose une série de solutions à la portée de chacun, tant en matière de logement, de famille, de relations amoureuses, de vie professionnelle et sociale, que de gestion de son temps, de son argent, de son réseau et de sa conscience.
Le souvenir de Robinson, aménageant son île pour résister aux périls qui l'entourent, fournit un modèle mythique à cette réinvention du quotidien.


Mon avis :

Merci d'abord à Babelio et aux éditions Les Impressions Nouvelles pour m'avoir envoyé ce livre.

L'auteur nous raconte ici sa conception de la liberté et la manière dont il la vit. Dans un monde où les gens vivent maintenant l’œil rivé sur leur smartphone et où le mode de consommation détruit tout, il nous livre une série de réflexions sur la vie, sa manière de voir les choses et de se libérer des incohérences de nos manières de vivre. Le tout est dit sans prendre de gants, livré tel quel avec son lot de critiques. 

Même si pour la plupart des choses, je suis d'accord avec l'auteur et que j'aurais moi aussi ce désir de vivre autrement, de me sentir plus libre et de vivre réellement en accord avec moi-même, je n'ai pu m’empêcher de "tilter" sur certains éléments : le mot imbéciles par exemple qui désigne des gens ne semblant pas se rendre compte du danger qui les entourent et ne partageant pas ce désir de liberté et cet œil critique sur la société. Il est évident que certains comportements son exaspérants (et malheureusement courant dans notre société) et qu'on se demande parfois si les gens font exprès d'ignorer certaines choses ou s'ils n'en n'ont réellement pas conscience.  De là à les traiter d'imbéciles ? Est-ce par le jugement que l'on peut changer les choses ? 


Par ailleurs, je ne suis pas d'accord avec tout ce qui est écrit dans ce livre, certaines choses m'ayant un peu troublée et ne pouvant m'empêcher de me dire que la vie telle que la conçoit l'auteur n'est pas accessible à tous malgré ce qu'il en dit. 

Cependant, j'ai beaucoup apprécié ce livre qui ne peut que nous faire réfléchir et nous pousser à agir sur certains aspects de la société dans laquelle on vit. Qu'est ce donc que la liberté au juste ? Il est certain que chacun en a sa propre conception mais si on y réfléchit, si l'on accepter de regarder le monde dans lequel on vit sans œillère, sans doute nous rejoindrions nous tous sur au moins  une bonne partie de cette conception. Accepter d'enlever ses œillères, de regarder le monde mais aussi nos propres agissements, ce que l'on cautionne sans vraiment le vouloir n'est pas chose facile mais accepter de le faire nous permet effectivement de gagner quelques pas sur cette liberté que tout le monde au fond souhaiterait vivre.

De réflexion en réflexion, ce livre est une sorte d'état des lieux sur notre société, une manière de réinventer le monde en réfléchissant à ce qui nous emprisonne. Un certain nombre de thèmes sont abordés ici tel que l'impact des nouvelles technologies, le matérialisme, l'épuisement des ressources, la dépossession de soi-même, l'appauvrissement de la langue... 

Un livre très intéressant sous bien des aspects. A découvrir et à méditer!


Extrait :

C'est un peu dommage mais impossible de remettre la main sur le livre au moment où je veux en recopier un extrait !  Je le retrouverai sans doute demain par hasard... mais pas d'extrait pour aujourd'hui, donc!

mardi 16 juillet 2019

La chambre des officiers - Marc Dugain

Par Ariane



Auteur : Marc Dugain

Titre : La chambre des officiers

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : JC Lattès

Nombre de pages : 172p

Date de parution : septembre 2001

Présentation de l’éditeur :

Dans les premiers jours de 1914, Adrien, jeune lieutenant du génie est fauché par un éclat d'obus. Défiguré, il est transporté au Val de Grâce où il passera le reste de la guerre dans la chambre des officiers. Au fil des amitiés qui s'y noueront, lui et ses camarades, malgré la privation brutale d'une part de leur identité, révèleront toute leur humanité.



Mon avis :

Il y a quelques années déjà, je lisais Avenue des géants, roman inspiré du parcours du tueur en série Ed Kemper. Marc Dugain y réussissait alors la prouesse de dresser un portrait à la fois émouvant et dérangeant de cet homme et décrivait parfaitement les paradoxes de la société américaine des années 70. Je m’étais alors promis de relire rapidement l’auteur, mais j’aurai finalement attendu quatre ans !

Les romans sur la première guerre nous racontent souvent la dureté de la vie dans les tranchées, l’âpreté des combats et l’amitié qui lie les frères d’armes. Pour Adrien, jeune ingénieur et officier, elle n’aura duré que quelques jours. A peine arrivé, il est blessé au cours d’une mission de reconnaissance, un éclat d’obus lui emportant le nez et une partie du visage. Malgré la gravité de ses blessures, Adrien survit et est transféré à l’hôpital du Val de Grâce dans une chambre réservée aux officiers blessés au visage. Premier arrivé dans cette grande chambre dépourvue de miroirs, il découvre petit à petit la gravité de ses blessures en observant celles des autres blessés qui le rejoignent. Sa guerre il la vivra à l’abri de ces murs, ses frères d’armes seront ses semblables et ses combats les multiples opérations pour tenter de reconstruire son visage.

Si le sujet, les personnages et le contexte de ce roman n’ont rien à voir avec Avenue des géants, les deux romans ont en commun la finesse psychologique des personnages, la justesse de l’écriture et le portrait réaliste d’une société en plein bouleversement. Adrien est un personnage attachant, surtout en ce qu’il incarne tous ces jeunes hommes dont le destin a été brisé par la guerre. Tous ces hommes partis confiants en une victoire rapide et facile comme on le leur avait promis, tous ces hommes fauchés, brisés, revenus handicapés de la guerre, rappels vivants aux yeux de tous des blessures de la guerre, acclamés autant que rejetés par la société.

Apparemment le grand-père de Marc Dugain était lui-même une gueule cassée. Cela explique peut-être la profonde empathie de l’homme pour ces hommes, la sincérité qui se dégage du texte. C’est un roman magnifique, qui ne vire jamais à la sensiblerie, bien au contraire. Et dire qu’il s’agissait d’un premier roman !

Après un tel roman, j’espère ne pas attendre quatre ans avant de relire l’auteur !



Extrait :

« Il n'y a finalement que les morts qui puissent nous envier. Et encore, j'en doute. »



«Les gens défigurés ont ceci de particulier qu'on les remarque, qu'on ne voit qu'eux, et que, dans le même temps, on ne les voit pas. »



« Car moi, le mutilé de la face, je ne vieillirai pas. La guerre m’a fait vieillir à vingt-quatre ans. »



« Ce qu'on avait imposé aux Allemands en cette belle journée de juin 1919 nous mettait à l'abri de la guerre pour toujours. »



« En ce genre d'occasion, notre petite communauté dégageait une joie de vivre qui surprenait ceux qui avaient toute leur bouche pour rire. Nous buvions, mangeons et fumions plus que de raison. Mais surtout, nous éprouvions ce sentiment d'extrême liberté qui est l'apanage de ceux qui sont débarrassés de leur image et qui ont retiré, du voisinage de la mort et de la cohabitation quotidienne avec la souffrance, cette distance avec ce qui rend l'homme si petit et si étriqué. »



« La guerre de 14, je ne l'ai pas connue. Je veux dire, la tranchée boueuse, l'humidité qui traverse les os, les gros rats noirs au pelage d'hiver qui se faufilent entre les détritus informes, les odeurs mélangées de tabac gris et d'excréments mal enterrés, avec, pour couvrir le tout, un ciel métallique uniforme qui se déverse à intervalles réguliers comme si Dieu n'en finissait plus de s'acharner sur le simple soldat. C'est cette guerre-là que je n'ai pas connue. »

Ligne générale, catégorie métier

lundi 15 juillet 2019

Le nouveau - Tracy Chevalier

Par Daphné















Auteur : Tracy Chevalier
Titre : Le nouveau
Genre : roman
Langue d’origine : anglais
Traducteur : David Fauquemberg
Editeur : Phébus
Nombre de pages : 224
Date de parution :  2019

Résumé de l'éditeur :

« Dee le repéra avant tout le monde. Elle en fut très heureuse et fit durer l'instant. Elle se sentait spéciale, de l avoir pour elle seule pendant quelques secondes, avant que le monde autour d eux ne s arrête et que personne ne s'en remette jusqu’à la fin de la journée. »

Mon avis :

Il est assez rare que je ne parvienne pas à déterminer si un livre m'a plu ou non. Généralement, c'est tout de même quelque chose que l'on sait en refermant un livre. Mais là... non, décidément, non, je ne suis pas sûre de moi... ai-je aimé ce livre, ou pas ?

A savoir qu'au début, je n'ai pas compris que j'avais sous les yeux Othello étrangement revisité. Je n'avais pas vraiment lu la quatrième de couverture, me contentant en empruntant ce livre à la médiathèque, de le choisir en fonction de l'auteure. Ce n'est qu'en refermant le livre, qui m'a laissé une si étrange impression que j'en ai finalement lu le résumé, que j'ai enfin compris le parallèle. J'avoue n’avoir pas fait le rapprochement avant... même si une fois informée, effectivement, le parallèle semble évident (pas par rapport à l'histoire mais aux personnages, à la construction du récit...)

Bref, nous voilà donc en pleine intrigue shakespearienne transposée dans les années 70... On fait ici la connaissance d'Osei durant son premier jour de classe dans une nouvelle école. Se retrouvant seul élève noir dans une école des années 70 à Washington, il se heurte aussitôt au racisme ambiant. 

Voici un livre qui se lit vite, sans difficulté, sans heurt. Pour ma part, je l'ai lu d'une traite. L'écriture est fluide et le thème m'a tout de suite attirée. Sans compter que j'ai beaucoup aimé les livres que j'ai pu déjà pu découvrir de Tracy Chevalier. Bref, tous les ingrédients étaient réunis pour me plaire. Mais... mais le livre ne m'a pas semblé "authentique". Je ne sais pas trop comment l'expliquer mais il y avait dans cette lecture un "je ne sais quoi" qui ne m'a pas fait croire à l'histoire. Peut-être à cause du comportement des élèves qui ne sont pas ceux d'enfants de leur âge. J'ai en effet beaucoup de mal à imaginer des enfants de dix ou onze ans agir et parler de la sorte (et d'ailleurs heureusement car un tel degré de manipulation à cet âge serait terrible).

Me voilà donc avec une lecture,  agréable à lire, aux thèmes très intéressants mais à laquelle je n'ai pas "cru". Impossible donc pour moi de véritablement me prononcer. Je peux juste dire que ce livre me laisse un impression étrange...

Extrait :

"Dans une certaine mesure, le racisme manifeste était plus facile à gérer. C'étaient les remarques détournées et les actes ambigus qui le blessaient le plus. Les enfants qui étaient gentils avec lui, à l'école, mais ne l'invitaient jamais à leur fête d'anniversaire, même quand toute la classe y était conviée. Les discussions qui s'interrompaient dès qu'il entrait dans une pièce, cette cause imperceptible causée par sa simple présence. Les remarques qu'on faisait, suivies de cette précision : "Oh, mais je ne parle pas de toi, Osei. Toi, tu es différent." Ou bien les commentaires du genre : "Il est noir mais il est intelligent", et l'incapacité des autres à comprendre que c'était insultant."

samedi 13 juillet 2019

Juste après la vague - Sandrine Collette

Par Ariane


Auteur : Sandrine collette
Titre : Juste après la vague
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Denoël
Nombre de pages : 304p
Date de parution : janvier 2018

Présentation de l’éditeur :
Une petite barque, seule sur l’océan en furie.
Trois enfants isolés sur une île mangée par les flots.
Un combat inouï pour la survie d’une famille.
Il y a six jours, un volcan s’est effondré dans l’océan, soulevant une vague titanesque, et le monde a disparu autour de Louie, de ses parents et de ses huit frères et sœurs. Leur maison, perchée sur un sommet, a tenu bon. Alentour, à perte de vue, il n’y a plus qu’une étendue d’eau argentée. Une eau secouée de tempêtes violentes, comme des soubresauts de rage. Depuis six jours, ils espèrent voir arriver des secours, car la nourriture se raréfie. Seuls des débris et des corps gonflés approchent de leur île.
Et l’eau recommence à monter. Les parents comprennent qu’il faut partir vers les hautes terres, là où ils trouveront de l’aide. Mais sur leur barque, il n’y a pas de place pour tous. Il va falloir choisir entre les enfants.

Mon avis :
Sandrine Collette s’essaie au post-apocalyptique avec ce roman qui nous raconte l’histoire de Louie et de sa famille. Un volcan sous-marin s’est effondré provoquant une vague gigantesque qui a englouti de gigantesques portions de terre. Depuis leur maison perchée en haut d’une colline, Louie et les siens ont assisté à l’horreur. Ils espéraient un retrait des eaux, mais au contraire le niveau continue de monter. Il n’y a pas de choix possible, il faut quitter la maison. Sauf que… Neuf enfants et leurs parents et une seule barque à 8 places. Pata et Maddie doivent choisir les enfants qu’ils laisseront derrière eux et reviendront chercher une fois les autres mis en sécurité. Ils ont besoin des grands pour ramer, les petites ne peuvent rester seules, le choix se porte logiquement sur les trois du milieu. Ou est-ce parce que justement ces trois-là ne sont pas aussi réussis que les autres ? Louie avec sa jambe tordue, Perrine avec son œil borgne et Noé le nain. Seuls dans leur maison île, ils attendent livrés à eux-mêmes, avec leurs questions, leurs doutes et leur colère. Pendant que les parents et les autres enfants tentent d’atteindre un refuge.
Si le roman est très différent des autres romans de Collette, on y retrouve tout de même le rythme soutenu et la montée en tension. Elle sait parfaitement gérer la construction d’un récit. L’écriture est précise, sans fioriture, incisive même. Mais par-dessus tout, elle sait donner corps à ses personnages.
On s’attache aux trois enfants abandonnés, on frémit pour et avec eux, on espère, on attend. Mais j’ai particulièrement aimé le personnage de la mère, tiraillée par l’envie de sauver ceux qui sont avec elle et le déchirement d’avoir abandonné les autres. Mais je regrette que les autres personnages(le père et les autres enfants) soient totalement effacés par ces quatre personnages.
Donc une bonne lecture, du genre qui vous remue et qui donne envie de lire d’autres romans de la dame.

Extrait :
« La nudité de l’océan l’affole. L’eau à perte de vue, sans une racine où s’agripper, sans une herbe pour accrocher le regard, un désert sans fond, un abîme liquide. Curieusement, cette immensité l’oppresse. Seule leur barque minuscule, entre ciel et terre, est un refuge acceptable.
Si frêle cependant. »

« Tout son corps ne vibrait que pour eux, les neuf petits à qui elle avait donné la vie, le père et elle en avaient ri de bonheur chaque fois que cela était arrivé, elle ne devait pas baisser les bras, jamais, car chacun de ses enfants à lui seul valait la peine qu'elle s'éreinte et s'arc-boute. »

« Cette nuit-là, ils auraient voulu l’oublier, depuis les parents jusqu’au bébé, cette nuit qui avait laissé la maison suintante d’eau et les esprits pleins d’une épouvante inextinguible, l’océan se glissant partout, sa langue entraînant sur son passage tout ce qu’elle pouvait emporter, tout ce qu’elle pouvait détacher, et déchirer, et ramener avec elle au cœur des flots dont rien ne reviendrait jamais. À l’aube suivante, où que porte leur regard, il glissait sur une étendue grise, bleue ou verte, des herbes perçant la surface là où il n’y avait sans doute qu’un pied ou deux de profondeur – rien sur le reste. De l’eau à croire que l’on était en pleine mer, et c’était devenu une mer en effet, avec de rares îles qui émergeaient encore, là où, quelques heures plus tôt, se tenait le monde. »