vendredi 22 novembre 2019

Petit manuel de résistance contemporaine - Cyril Dion

Par Daphné
















Auteur : Cyril Dion
Titre : Petit manuel de résistance contemporaine
Genre : essai
Langue d’origine : français
Editeur : Acte Sud

Résumé de l'éditeur :

Que faire face à l’effondrement écologique qui se produit sous nos yeux ?
Dans ce petit livre incisif et pratique, l’auteur de Demain s’interroge sur la nature et sur l’ampleur de la réponse à apporter à cette question. Ne sommes-nous pas face à un bouleversement aussi considérable qu’une guerre mondiale ? Dès lors, n’est-il pas nécessaire d’entrer en résistance contre la logique à l’origine de cette destruction massive et frénétique de nos écosystèmes, comme d’autres sont entrés en résistance contre la barbarie nazie ? Mais résister contre qui ? Cette logique n’est-elle pas autant en nous qu’à l’extérieur de nous ? Résister devient alors un acte de transformation intérieure autant que d’engagement sociétal…
Avec cet ouvrage, Cyril Dion propose de nombreuses pistes d’actions : individuelles, collectives, politiques, mais, plus encore, nous invite à considérer la place des récits comme moteur principal de l’évolution des sociétés. Il nous enjoint de considérer chacune de nos initiatives comme le ferment d’une nouvelle histoire et de renouer avec notre élan vital. À mener une existence où chaque chose que nous faisons, depuis notre métier jusqu’aux tâches les plus quotidiennes, participe à construire le monde dans lequel nous voulons vivre. Un monde où notre épanouissement personnel ne se fait pas aux dépens des autres et de la nature, mais contribue à leur équilibre.


Mon avis :

Demain, un nouveau monde est en marche de Cyril Dion est une lecture qui m'avait particulièrement interpellée. Dans ce nouveau livre, Cyril Dion nous dresse d'abord un bilan écologiquement très alarmant de la situation actuelle. Il nous explique ensuite la manière dont on a pu en arriver à un tel point (une question que je ressasse souvent, me demandant comment les choses ont pu ainsi se dégrader) en analysant très finement la société. 

Ainsi, il nous parle de notre temps, réparti entre les heures de travail obligatoires à effectuer et les "divertissements" de plus en plus envahissants que sont les écrans et ce qui a trait à la société de consommation, ainsi que des lois auxquelles se soumettent les gens. avec tout autant de finesse, il analyse les raisons qui poussent notre cerveau à faire "comme si de rien n'était"alors qu'il est désormais notoirement connu que l'on court à la catastrophe ainsi que le besoin de fiction de l'être humain. Ce besoin de fiction qui nous pousse à accomplir de si belles choses mais également à se laisser manipuler. Ce propre à la fiction de l'être humain est, pour Cyril Dion, une piste pour amener l'homme à réagir, à s'inventer de nouvelles fictions pour changer sa manière de vivre. Ce cheminement de pensée est particulièrement intéressant et bien développé. 

Résister, changer notre façon de penser, s'organiser pour changer la société, agir ensemble font partie des pistes que nous donne Cyril Dion pour non éviter le choc qui se prépare mais pour l'amortir au mieux, pour croire qu'il est encore possible de faire quelque chose et de ne pas laisser l'homme détruire la terre sur laquelle il vit. 

Un livre très intéressant à laisser entre toutes les mains...

Extrait :  

"Au départ, nous n'avons de pouvoir que sur nous-même. Nous sommes notre propre empire, celui que nous pouvons gouverner, réformer, transformer. Agir sur nous-même, sur notre environnement proche n'est pas une finalité, mais l'amorce de réalisations plus vastes. En transformant notre fiction individuelle, nous proposons à ceux qui nous entourent le ferment d'un récit collectif. Et lorsque ce récit sera suffisamment partagé, il sera temps d'unir nos forces, par millions, pour modifier les architectures qui régissent nos vies. D'engager la bascule. Quand ? je n'en ai pas la moindre idée. Comment exactement ? Je n'en sais rein non plus. Est-ce que l’effondrement écologique n'aura pas déjà eu lieu ? C'est possible. Mais quel autre projet adopter ? Chaque jour est une petite bataille à mener. Une opportunité de créer une autre réalité. Et cela commence aujourd’hui."

"Imaginez, si l’ensemble de l’énergie productive et créative des personnes qui travaillent chaque jour sur la planète n’était pas concentrée à faire tourner la machine économique, mais à pratiquer des activités qui leur donnent une irrépressible envie de sauter du lit chaque matin, et que cette énergie soit mise au service de projets à forte utilité écologique et sociale… Il y a fort à parier que le monde changerait rapidement."

mardi 19 novembre 2019

Rien n'est noir - Claire Berest

Par Ariane

Auteur : Claire Berest
Titre : Rien n’est noir
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Stock
Nombre de pages : 250p
Date de parution : août 2019

Présentation de l’éditeur :
« À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.
Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint.
Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques.»

Mon avis :
Le regard de Frida Kahlo m’a toujours interpelée. Ce regard que l’on croise sur ses autoportraits, troublant et profond. Ces peintures étranges et parfois dérangeantes. Ni tout à fait une biographie, ni tout à fait un roman, ce récit retrace la vie tumultueuse de l’artiste et son histoire d’amour, non moins tumultueuse, avec Diego Rivera. S’appuyant à la fois sur des documents et sur son imagination, Claire Berest nous livre un texte exubérant et foisonnant à l’image de Frida Kahlo.
Tout autant que de (re)découvrir la vie hors normes de Frida Kahlo, d’en apprendre plus sur ses œuvres et sur le couple mythique qu’elle formait avec Diego Rivera, j’ai aimé l’écriture de Claire Berest. Je n’ai jamais lu d’autres livres de la jeune autrice, je ne sais pas si elle a adapté son écriture à son sujet ou si elle écrit toujours ainsi. C’est un tourbillon d’images et de couleurs, excessif et passionné, en parfaite harmonie avec le personnage de Frida.
A découvrir.

Extrait :
« Elle ne voit que lui, sans même avoir à le regarder. »


lundi 18 novembre 2019

Un étrange pays - Muriel Barbery

Par Daphné














Auteur : Muriel Barbery
 Titre : Un étrange pays
 Genre : roman
 Langue d’origine : français
 Editeur : Gallimard


Résumé de l'éditeur :

Qui est Petrus, cet affable rouquin surgi de nulle part dans la cave du castillo où Alejandro de Yepes et Jesús Rocamora, jeunes officiers de l’armée régulière espagnole, ont établi leur campement? Voici que dans la sixième année de la plus grande guerre jamais endurée par les humains, ils sont appelés à quitter leur poste et à traverser un pont invisible. Bientôt, ils découvrent le monde de Petrus, ses brumes, son étrangeté, sa grâce. Ils arpentent ses chemins de nature, s’émerveillent de son harmonie et connaissent l’ivresse de la rencontre avec des êtres insolites. Cependant, dans cet univers légendaire qui lutte contre le désenchantement, le conflit fait rage aussi et la dernière bataille approche. Personne ne sait encore lequel, du meurtre ou de la poésie, l’emportera en cet étrange pays où se joue le destin des
vivants.
Entre conte et roman, Un étrange pays célèbre un monde perdu confronté aux tourments perpétuels
des civilisations.


Mon avis :

Ce livre est la suite de La vie des elfes, un livre dont j'avais beaucoup aimé l'écriture. Il en a été de même avec celui-ci ! Encore une fois, j'ai passé plusieurs chapitres à me demander où l'auteure allait-elle nous conduire tant l'univers dans lequel on se retrouve est étrange et hors du commun. Comme pour le tome précédent, on se demande vraiment où on va et dans quel registre littéraire on se trouve exactement. 

Et l'écriture fait tout, mais alors vraiment tout ! Une écriture poétique, féerique, ode à la nature et à l'art, une écriture qui se déguste tout autant que le thé ou le vin dont s'abreuvent les personnages de l'histoire.

En lisant ces pages, on se retrouve dans un monde à part, un monde où l'imaginaire et la féerie se savourent, où les elfes se font tour à tour animaux ou humains, où s'alternent humour et poésie. 

C'est particulier, très particulier. Le monde des brumes porte bien son nom car on s'y perd souvent. Rien n'est vraiment clair, tout semble un peu voilé, flou et mystérieux, et c'est ce qui fait tout le charme du livre. 

Je ne pense pas que tout le monde aime ce genre de livres mais pour ma part, j'en ai été enchantée. J'ai aimé la manière dont Muriel Barbery a imaginé les elfes, la manière dont ils appréhendent le monde. On ne retrouve pas ici la magie propre à celle des elfes de la plupart des histoires. Cette histoire là n'a rien de fantastique mais  se situe plutôt comme une fable, une sorte de légende sans pour autant l'être vraiment. C'est un univers inexplicable et particulièrement original, un univers qui m'a réellement séduite. Tout est original dans ce livre, que ce soit son histoire, sa construction, ses personnages ou son écriture. Tout est beau et flou à la fois. C'est un livre qui s’apparente plus au rêve qu'autre chose, un livre aussi étrange que le pays dont il parle, un livre qui se savoure à chaque mot et qui a vraiment su m’entraîner ailleurs.

Extrait :

"- Qui n entend pas le chagrin du monde ne peut se connaître en son propre propre chagrin.
- En ce cas, je me demande quelle opinion vous avez des humains, dit Alejandro.
- La plupart d entre vous n entendent ni les pierres, ni les arbres, ni les animaux, nos frères, bien qu ils vivent en nous autres elfes comme nous vivons en eux, dit Solon. Vous voyez la nature comme le milieu que vous partagez avec les autres êtres, elle est pour les nôtres le principe qui les fait exister, eux et tout ce qui a été et sera."



"Peut-on imaginer une vie qui ne connaisse ni fables, ni romans, ni légendes ? Il faut y endurer sans répit le fardeau d être soi, il n y a pas de distance entre la conscience et le rêve, pas d échappatoire à la vérité nue, mais grande en retour est l extase de vivre dans l intime gloire des choses."

samedi 16 novembre 2019

Le désert des tartares - Dino Buzzati

Par Ariane


Auteur : Dino Buzzati

Titre : Le désert des

Genre : roman

Langue d’origine : Italien

Traductrice : Michel Arnaud

Editeur : Pocket

Nombre de pages : 288p

Date de parution : octobre 2014

Présentation de l’éditeur :

Heureux d'échapper à la monotonie de son académie militaire, le lieutenant Drogo apprend avec joie son affectation au fort Bastiani, une citadelle sombre et silencieuse, gardienne inutile d'une frontière morte. Au-delà de ses murailles, s'étend un désert de pierres et de terres desséchées, le désert des Tartares. À quoi sert donc cette garnison immobile aux aguets d'un ennemi qui ne se montre jamais ? Les Tartares attaqueront-ils un jour ? Drogo s'installe alors dans une attente indéfinie, triste et oppressante. Mais rien ne se passe, l'espérance faiblit, l'horizon reste vide. Au fils des jours, qui tous se ressemblent, Drogo entrevoit peu à peu la terrible vérité du fort Bastiani.



Mon avis :

Certains romans nous happent dès les premières lignes. A peine la lecture entamée et nous voilà plongés, entraînés dans l’univers de l’auteur. Le plus souvent, il en faut un peu plus avant de se laisser embarquer dans une histoire. Mais parfois, c’est difficile, le déclic espéré ne se produit pas et l’on a beau essayer de s’accrocher à l’histoire rien n’y fait. Dans ces cas-là en général, j’abandonne. Daniel Pennac l’a dit, on a le droit ! Pourtant, j’avais tellement envie de lire ce livre dont j’ai entendu/lu tellement de bien. Alors, je me suis accrochée et ça a été laborieux, pendant presque un tiers du roman, puis… d’un coup, c’est arrivé ! Maintenant, je peux à mon tour dire, comme tant d’autres avant moi : quel livre !

Attendre, attendre, attendre… A cela se résume la vie de Drogo et des autres militaires affectés au fort Bastiani. Des journées interminables, une routine immuable, un règlement strict et tout cela pour garder une frontière morte, guetter une hypothétique attaque qui ne vient jamais. Alors l’ennui forcément, l’imagination qui se met en branle et le rêve d’une bataille, enfin ! Mais il faut encore attendre, attendre, attendre… Les hommes ne quittent pas le désert des yeux, hypnotisés par ce morne horizon, l’esprit enfiévré par la bataille à venir et les rêves de gloire. Attendre, attendre, attendre… Et passent les semaines, les mois, les années… Les jeunes et fringants officiers sont devenus vieux, mais attendent encore et toujours. Une vie d’attente, de vaine attente, une vie qui n’aura pas été vécue.

Etonnant comme un roman dans lequel il ne se passe rien (ou presque) peut être à ce point passionnant. Là réside le talent de l’écrivain, qui transporte son lecteur dans ce fort loin de tout, d’étés étouffants en hivers glacials, des murs de pierre nus et imposants, à faire face à un désert. Comme pour Drogo et ses compagnons, l’effet hypnotique se fait sentir. Le fort est une prison autant qu’une garnison, du désert viendra enfin l’événement qui viendra tout changer, alors… Attendre, attendre, attendre.



Extrait :

« Hélas ! il ne ressent pas de grands changements, le temps a fui si rapidement que son âme n'a pas réussi à vieillir. Et l'angoisse obscure des heures qui passent a beau se faire chaque jour plus grande, Drogo s'obstine dans l'illusion que ce qui est important n'est pas encore commencé. »



« - Un désert?
- Un désert effectivement, des pierres et de la terre desséchée, on l'appelle le désert des Tartares.
- Pourquoi "des Tartares"? demanda Drogo. Il y avait donc des Tartares?
- Autrefois, je crois. Mais c'est surtout une légende. Personne ne doit être passé par là, même durant les guerres de jadis.
- De sorte que le fort n'a jamais servi à rien?
- A rien, dit le capitaine. »



« Les murs nus et humides, le silence, la lumière blafarde donnaient l'impression que les habitants du fort avaient tous oublié que, quelque part dans le monde, il existait des fleurs, des femmes rieuses, des maisons gaies et hospitalières. Tout ici était renoncement, mais au profit de qui, de quel bien mystérieux ? »