mardi 21 avril 2020

A la recherche d'Alice Love - Liane Moriarty

Ariane


Auteur : Liane Moriarty
Titre : A la recherche d’Alice Love
Genre : roman
Langue d’origine : anglais (Australie)
Traductrice : Béatrice Taupeau
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 464p
Date de parution : janvier 2019

Présentation de l’éditeur :
Il a suffi d’une chute de quelques secondes pour qu’Alice Love efface dix années de sa vie : lorsqu’elle se relève, avec une grosse bosse sur la tête, Alice est convaincue d’avoir vingt-neuf ans, d’être enceinte de son premier enfant, au comble du bonheur avec son mari, Nick, dont elle est folle amoureuse.
Or, Alice a trente-neuf ans, trois enfants et s’apprête à divorcer.
Que s’est-il passé ? Comment a-t-elle pu devenir cette femme autoritaire et obsédée par le sport (elle déteste ça !) ? Comment elle et Nick, son amour de toujours, en sont-ils arrivés là ? Pourquoi est-elle en froid avec sa sœur adorée ? En s’efforçant de reconstituer le puzzle de cette décennie oubliée, Alice découvrira si son amnésie est une malédiction ou une bénédiction…

Mon avis :
Je me demande bien ce qui me pousse à choisir parfois ce genre de romans ? Car ce n’est pas du tout le genre de livre qui m’attire et pourtant, régulièrement je me laisse avoir par ce type de lecture.
Ainsi donc, Alice Love a effacé de sa mémoire les dix dernières années de sa vie. Le miroir lui renvoie l’image d’une femme qu’elle ne connait pas, ses enfants sont de parfaits inconnus et elle ne peut pas trouver de réconfort auprès de son mari qui semble maintenant la détester. Alice ne comprend pas ce qui a pu se passer pendant ces années, ce qui l’a éloignée de ses proches, l’a séparée de son mari et poussée à devenir une femme si différente de celle qu’elle était.
Bon… On ne peut pas dire que c’est mauvais. L’histoire, bien que totalement tirée par les cheveux, est plutôt bien construite, l’écriture est efficace et il n’y a pas de temps morts. Mais cette efficacité est aussi révélatrice d’une absence totale de personnalité. Impossible dès lors de s'attacher aux personnages. D'autant plus qu'on voit venir la plupart des rebondissements à des kilomètres...
A la rigueur pour un voyage en train…

lundi 20 avril 2020

Eldorado - Laurent Gaudé

Par Daphné














Résumé de l'éditeur :

Gardien de la citadelle Europe, le commandant Piracci navigue depuis vingt ans au large des côtes italiennes, afin d'intercepter les embarcations des émigrants clandestins. Mais plusieurs événements viennent ébranler sa foi en sa mission.
Dans le même temps, au Soudan, deux frères (bientôt séparés par le destin) s'apprêtent à entreprendre le dangereux voyage vers le continent de leurs rêves, l'Eldorado européen...
Parce qu'il n'y a pas de frontière que l'espérance ne puisse franchir, Laurent Gaudé fait résonner la voix de ceux qui, au prix de leurs illusions, leur identité et parfois leur vie, osent se mettre en chemin pour s'inventer une terre promise.


Mon avis :

A un livre près, on peut dire que j'apprécie vraiment cet auteur ! Et je l'aime encore plus après avoir lu Eldorado. Voici un roman plein d'humanité et malheureusement toujours autant d'actualité que lors de son écriture. L'Eldorado, c'est ici le rêve poursuivi par tous ceux qui tentent de franchir les frontières en quête d'une vie meilleure. C'est le rêve brisé de ceux qui se retrouvent trahis par ceux en qui ils ont eu confiance, de ceux qui quittent tout pour marcher vers un autre monde, un monde qu'ils espèrent, qu'ils idéalisent. 

Plusieurs destins nous sont présents ici : un capitaine de bateau dont le travail est de garder les frontières et d'arrêter les migrants. S'il se démène souvent pour leur sauver la vie, il les livre ensuite à un retour vers chez eux et fini par s'interroger sur le sens de tout cela. Deux frères dont un seul poursuivra le long périple de l'immigration. Une femme qui a perdu son bébé dont elle cherche à venger la mort. Des destins différents mais tous très poignants.

Laurent Gaudé signe là un livre bouleversant et tristement d'actualité : les lieux changent mais les situations restent si semblables.... Livre sur l'errance, sur le doute, la peur, l'espoir, la trahison, la désillusion. Livre percutant, révoltant où la détresse est décrite avec une grande sensibilité. Livre déchirant qui en laisse pas insensible. Encore une fois, un grand livre!


Extrait :

"Je me suis trompé. Aucune frontière n'est facile à franchir. Il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. Nous avons cru pouvoir passer sans sentir la moindre difficulté, mais il faut s'arracher la peau pour quitter son pays. Et qu'il n'y ait ni fils barbelés ni poste frontière n'y change rien. J'ai laissé mon frère derrière moi, comme une chaussure que l'on perd dans la course. Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes."

samedi 18 avril 2020

La croisière du Snark - Jack London

Par Ariane


Auteur : Jack London

Titre : La croisière du Snark  

Genre : récit de voyage

Langue d’origine : anglais

Traducteur : Noël Martin

Editeur : Libretto

Nombre de pages : 288p

Date de parution : décembre 2016

Mon avis :

Après Bill Bryson, je retrouve à nouveau un auteur chouchou, pour une autre sorte de voyage.

Décidée sur un coup de tête, l’expédition du Snark aura nécessité de longs préparatifs. A commencer par la construction du bateau lui-même, chantier interminable et gouffre financier. Le voilier finit par quitter le port de San Francisco en avril 1907 avec à son bord Jack London, sa femme Charmian et un équipage réduit, pour une croisière censée durer 7 ans. Hawai’i, les îles Marquises, Tahiti, les Samoa, les Fidji, les îles Salomon et finalement l’Australie. Le voyage n’aura finalement duré que 18 mois.

Jack London nous raconte cette aventure exceptionnelle, il nous fait partager ses rêves et ses désillusions, partage ses observations et ses réflexions, nous raconte son quotidien sur le voilier, mélange d’ennui et de bonheur. Et ces longues périodes de solitude sur un bateau résonnent particulièrement en ce moment…

Pour les lecteurs de l’époque, la lecture de ces chroniques apportait un dépaysement inattendu, la découverte d’un monde quasi inconnu et enchanteur. Pour le lecteur d’aujourd’hui, il y a beaucoup de nostalgie. Les îles paradisiaques que nous décrit London sont devenues des stations balnéaires géantes, la douceur de vivre et la simplicité qu’il raconte sont de lointains souvenirs…

Marin et voyageur dans l’âme, mais sans réelle expérience de la navigation, London dut affronter de nombreuses difficultés. Il fit des erreurs, mais réussit à apprendre la science complexe de la navigation par lui-même.

Loin de se prélasser pendant ces 18 mois de croisière, Jack London ne cessa jamais de travailler et écrivit plusieurs romans et nouvelles, dont son chef d’œuvre Martin Eden.

On dit souvent que le personnage de Martin Eden ressemble énormément à Jack London. Plus je lis ses récits, plus je comprends cette affirmation. Il y a chez l’un comme chez l’autre une grande intelligence, une volonté d’indépendance farouche, un esprit curieux et ouvert, une formidable capacité d’apprentissage et d’analyse, de l’arrogance,… Cela se ressentait déjà dans Le peuple de l’abîme, encore plus ici.

J’ai beaucoup aimé suivre Jack London dans cette croisière, même si certains passages consacrés à la navigation sont restés totalement abscons pour moi !



Extrait :

« Brusquement la terre, véritable symphonie en vert aux mille nuances, se referma sur le Snark. Pas de passage dangereux ni d'écueils, plus de mer d'émeraude et d'azur : notre bateau venait de pénétrer d'un seul coup dans la passe et se trouvait maintenant au centre d'un lagon immobile. Sur de minuscules grèves, de jeunes enfants à la peau bronzée nageaient. La mer avait disparu à notre vue. La chaîne d'ancre grinçait dans l’écubier et nous demeurâmes debout sur le pont sans broncher. La scène parut si féerique que nous ne pouvions en croire nos yeux. Cet endroit, figurant sur la carte sous le nom de Pearl Harbour, fut baptisé ensuite par nous Dream Harbour, le port de nos rêves. »


« Nos amis ont bien du mal à comprendre pourquoi nous nous lançons dans ce voyage. Nous les voyons chuchoter, grommeler et lever les bras au ciel. Toutes nos explications ne parviennent pas à leur faire comprendre qu'en réalité nous nous laissons aller au moindre effort, qu'il est plus facile pour nous de prendre la mer à bord d'un petit voilier que de demeurer à terre, tout comme il est plus facile pour eux de rester à terre que de se risquer en mer. Cet état d'esprit provient d'une emprise exagérée de leur ego. Il leur est impossible de sortir de leurs schémas. Ils ne parviennent pas à concevoir que la loi du moindre effort des uns ne soit pas celle des autres. Ils font de l'ensemble de leurs désirs, de leurs affections, de leurs répulsions une mesure étalon à partir de laquelle ils entendent estimer les désirs, les affections et les répulsions du reste du monde.[…] Le mot de la fin est : J’AIME ÇA ! »


mercredi 15 avril 2020

Mercredi, c'est le jour des petits - Tobie Lolness, La vie suspendue - Timothée de Fombelle

Par Daphné













Auteur : timothée de Fombelle
Titre : Tobie Lolness
Editeur : Gallimard Jeunesse
Nombre de pages : 394
Date d'édition : 2006

Résumé de l'éditeur :

Courant parmi les branches, épuisé, les pieds en sang, Tobie fuit, traqué par les siens... Tobie Lolness ne mesure pas plus d'un millimètre et demi. Son peuple habite le grand chêne depuis la nuit des temps. Parce que son père a refusé de livrer le secret d'une invention révolutionnaire, sa famille a été exilée, emprisonnée. Seul Tobie a pu s'échapper. Mais pour combien de temps?
Au cœur d'une inoubliable monde miniature, un grand roman d'aventure, d'amitié et d'amour. Le premier tome de l'histoire de Tobie.

Mon avis :

Ma fille de huit ans a récemment découvert ce livre, et, devant son enthousiasme et son envie de lire le tome 2, je m'y suis également plongée. 

Tobie mesure un millimètre et demi et fait partie du peuple de l'arbre. Ce dernier est organisé selon une certaine hiérarchie : on ne vit pas de la même manières dans les cimes que dans les basses branches. un jour, la vie de Tobie bascule : son père a refusé de livrer un secret et le voilà désormais traqué...

Comme je comprend ma fille d'avoir aimé ce livre! C'est exactement le genre d'aventure qui m'aurait fait rêvé à son âge... et d'ailleurs, même à l'âge adulte, j'ai passé un excellent moment avec Tobie! C'est tout un monde qui est créé autour de ce minuscule -mais très courageux!- personnage! On découvre dans l'arbre un véritable univers foisonnant de surprises, d'aventures, de menaces et de mille détails à découvrir.  

Oui, l'histoire de Tobie a de quoi faire rêver : quel enfant n'a jamais imaginé vivre dans un arbre ? De quoi tenir en haleine petit et grand lecteur également : la construction est très bien conçue : on découvre au fur et à mesure le passé et le présent de Tobie, l'un nous apportant un précieux éclairage sur le deuxième.

L'écriture est savoureuse et, comme Tobie, on se surprend à réfléchir aux mots et à vouloir jouer avec eux. Cette plume, alerte, pleine d'humour et de suspense, nous livre aussi certains messages : si le contexte est imaginaire, on se retrouve cependant une belle palette de problèmes sociaux et environnementaux. On retrouve des thèmes très universels tels que la solidarité, l'amitié, le courage d'assumer ses convictions et de se battre pour ce en quoi on croit, la protection de l'environnement.... L'histoire de Tobie au fond, est celle de l'humanité et cela donne à réfléchir. 

Ma fille et moi avons hâte de découvrir le deuxième tome!

Extrait :

"Tobie mesurait un millimètre et demi, ce qui n'était pas grand pour son âge. seul le bout de ses pieds dépassait du trou d'écorce.
Il ne bougeait pas. La nuit l'avait recouvert comme un seau d'eau.
Tobie regardait le ciel percé d'étoiles. Pas de nuit plus noire ou plus éclatante que celle qui s'étalait par flaques entre les énormes feuilles rousses.
Quand la lune n'est pas là, les étoiles dansent. Voilà ce qu'il se disait. Il se répétait aussi : " S'il ya un ciel au paradis, il est moins profond, moins émouvant, oui, moins émouvant..."