lundi 23 mars 2020

La fille qui brûle - Claire Messud

Par Daphné


Auteur : Claire Messud
Titre : La fille qui brûle
Genre : roman
Langue d’origine : anglais (Etats-Unis)
Traductrice :  France Camus-Pichon
Editeur : Gallimard
Nombre de pages: 256

Date d'édition : 2018

Résumé de l'éditeur :

Julia et Cassie se connaissent depuis toujours. Amies siamoises, copines jumelles, elles savent tout l'une de l'autre et se fraient ensemble leur chemin vers l'adolescence. L'été précédant leur entrée en cinquième, elles fuient leur petite ville de Royston, dans le Massachusetts, par le biais de l'imagination. Enfoui au milieu d'une forêt subsiste un ancien asile dans lequel elles s'inventent des vies dangereuses. Et puis le quotidien reprend son cours, elles ne sont plus dans la même classe, se font de nouveaux amis et s'éloignent peu à peu. Élève studieuse, Julia se prépare pour le concours d'éloquence tandis que Cassie entame de mauvaises fréquentations. Julia observe, impuissante, son amie de toujours lui échapper et se fondre dans la peau, à vif, de quelqu'un qu'elle ne reconnait pas. Jusqu'à ce que Cassie disparaisse.
Claire Messud brosse un tableau sombre et envoûtant de l'adolescence à l'ère des réseaux sociaux et dans lequel parents et enfants font l'apprentissage


Mon avis :

Je ne sais pas à quoi je m’attendais au juste en ouvrant ce livre mais l'histoire m'a surprise. Pas déçue, non, juste surprise.

Julia et Cassie sont amies depuis leur premier jour de maternelle. De vraies amies, unies comme les cinq doigts de la main. Si leurs vies familiales sont assez éloignées l'uen de l’autre, leur amitié semble inébranlable. Mais l'entrée au collège va les séparer. 

Livre sur l'amitié, son aspect fusionnel, ses blessures et ses éloignements, sur l'adolescence et ses questionnements, La fille qui brûle est écrit avec une grande finesse. Il ne s'y passe, en somme, pas grand chose mais ce n'est pas cela qui compte. L'importance est donnée ici à la psychologie des personnages, aux liens que l'on croit éternels et qui, pourtant, se défont parfois sans heurt, sans raison particulière, du moins le croit-on. La période de l’adolescence où explosent les sentiments et tout ce que l'on croyait acquis jusque là, est aussi très finement observée. Sont abordés également les questions de la condition féminine et les relations familiales. 

Seul ici nous est dévoilé le point de vue de Julia. C'est à travers ses yeux que l'histoire nous est contée. On pourrait peut-être regretter de ne pas avoir, au moins un peu, le point de vue de Cassie. Cependant, c'est peut-être mieux ainsi car après tout, on en voit toujours les choses que sous un certain angle, son propre angle de vue, sans ignorer toutefois à quel point celui des autres peut être différent. Ne passe t-on pas sa vie à se questionner sur les manières si différentes ou si semblables dont peuvent être vécues par autrui tel ou tel événement ? Non, Cassie ne nous livrera d'elle que ce que Julia croit savoir ou sait véritablement et ce n'est pas plus mal.

Un livre intéressant pour son aspect psychologique. Je ne m'attendais peut-être pas à cela au départ mais j'ai aimé.

Extrait :

"Nous étions passées de l'autre côté du miroir, dans un monde d'amitié feinte où Cassie me faisait un grand sourire dès qu'elle m'apercevait - mais pas trop grand quand même, voyez-vous. Comme une parodie de son ancien sourire; moi aussi je souriais, même si j'avais l'impression de faire la grimace et savais que personne autour de nous n'était dupe, surtout pas Cassie."

samedi 21 mars 2020

Des hommes couleur de ciel - Anaïs Llobet

Par Ariane



Auteur : Anaïs Llobet

Titre : Des hommes couleur de ciel

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : L’observatoire

Nombre de pages : 224p

Date de parution : janvier 2019

Mon avis :

Il y a quelques semaines j’ai assisté pour la première fois à un club de lecture organisé par ma librairie préférée. Ce fut un excellent moment où à tour de rôle nous avons présenté des livres coup de cœur. C’est à cette occasion que j’ai découvert ce roman d’Anaïs Llobet. Je ne peux que remercier celui qui nous l’a présenté !

A l’heure du déjeuner une bombe explose dans un lycée de La Haye, tuant de nombreux adolescents et enseignants. Alissa, qui y enseigne le russe, se rend aussitôt sur place. L’horreur qu’elle découvre est décuplée quand elle apprend l’identité du coupable : Kirem, un élève de sa classe. D’origine tchétchène, l’adolescent est renfermé et agressif. Tout le contraire de son frère Oumar à qui il ressemble pourtant trait pour trait, solaire, attachant et brillant. Peu de temps après l’attentat, Oumar est arrêté par les policiers qui recherchent son frère. Alissa prétend être russe, mais est en réalité tchéchène, à l’horreur de l’attaque s’ajoute la crainte d’être assimilée aux terroristes, voire accusée de complicité. Elle accepte donc très facilement de servir d’interprète aux  policiers qui interrogent Oumar et Makhmoud, son cousin.

C’est un roman fort, poignant, qui nous parle d’identité, d’exil, d’intégration et du poids des traditions. Les quatre personnages principaux de ce roman, Alissa, Oumar, Kirem et Makhmoud sont d’origine tchétchène et ont connu la guerre toute leur enfance. Les deux premiers sont bien décidés à s’intégrer. Alissa dans le secret, en cachant ses origines tchétchène et se faisant passer pour russe. Oumar peut vivre son homosexualité au grand jour. Mais Makhmoud, fanatisé depuis l’enfance, et Kirem, manipulé par son cousin, ne connaissent que la haine. C’est à travers ses rédactions que l’on découvre Kirem. Des textes imprégnés de colère, de la rancœur de l’enfant qui n’a rien, de sa solitude, sa peur et sa tristesse.

Il s’agit du deuxième roman d’Anaïs Llobet et le moins que l’on puisse dire c’est que la jeune autrice y fait preuve d’une maîtrise remarquable. Son roman est admirablement construit de même que ses personnages. Elle s’attaque à des thèmes difficiles, avec intelligence. Et le titre ! Magnifique.

A découvrir absolument.



Extrait :

« bien sûr que je les connais tes verbes de mouvement en russe mais ils servent à rien ici
ici pas besoin de bondir sauter courir jusqu'à plus pouvoir respirer
y a rien à fuir les gens sont tranquilles les avions passent sans bruit la terre tremble mais c'est juste un tramway
et quand ils disent on descend à la cave, c'est pour rapporter de l'alcool haram ou des livres déjà lus
ils ont pas besoin de brûler les portes ici car les radiateurs marchent l'hiver
je te le dis, ils sont faciles à apprendre les verbes de mouvement en temps de paix »



« Depuis dix ans, son intégration n'avait souffert d'aucun angle mort. Elle était néerlandaise, de passeport et de volonté. « Vous qui êtes russe », avait dit le professeur, n'accordant aucun crédit aux dix dernières années qu'elle avait vécues ici, aux Pays-Bas, chez lui. Ces années ne valaient rien : elles étaient balayées par son accent, ses origines. Elle était prisonnière de son déguisement à double étage, ni Russe ni Néerlandaise, à jamais Tchétchène et incapable de défendre son peuple lorsqu'il était attaqué par une chronologie simpliste et à charge. »



« Il n'avait jamais vu de ville sans blessure. Les maisons ressemblaient à des maisons de poupées et les tramways sillonnaient les rues comme des jouets d'enfants. Les passants ne sursautaient pas à chaque pétarade de moto. Les petits criaient pour le plaisir de crier, ils quémandaient des cônes glacés, l'estomac plein. Sur la plage de Scheveningen, les filles avaient étendu des serviettes de bain et sirotaient des bières, elles montraient leurs jambes au soleil. À côté, des garçons sautaient torse nu pour attraper des frisbees. Il était subjugué. »



« Il n'y avait qu'une seule voie d'intégration. Celle qu'Oumar et Alissa avaient choisie. Faire table rase, prétendre que rien n'avait existé. Donner à quelques souvenirs un accent folklorique et éteindre les autres, comme on étouffe un feu pour laisser les braises vives plus longtemps, à l'abri des regards. Un simple subterfuge. C'était ce que Kirem n'avait pas compris. »


Catégorie couleur

jeudi 19 mars 2020

Challenge Jack London

Par Ariane

Alors oui, je m'étais promis que j'arrêtais de m'inscrire à de nouveaux challenges (à part le petit bac d'Enna parce que... j'aime bien!), étant donné que je vais rarement au bout. Mais... un challenge Jack London, comment résister ! Parce que jusqu'ici, j'ai aimé tout ce que j'ai lu. Que ce soit un roman estampillé jeunesse comme L'appel de la forêt, un surprenant roman post-apocalyptique comme La peste écarlate (lecture à éviter en ce moment...) ou bien encore Le peuple de l'abîme, récit révolté des conditions de vie misérables dans l'East End. Mais surtout son chef d’œuvre, Martin Eden qui a rejoint mon panthéon personnel de mes livres préférés (tiens voilà une idée d'article !). 
Après la lecture de Martin Eden, je m'étais promis à moi-même de lire l'intégralité de l'oeuvre de Jack London. Et je vais avoir du pain sur la planche car il a été prolifique le monsieur ! Romans, nouvelles, récits, essais,... il a touché à tout. Mais je suis raisonnable je me suis laissée un délai d'une vie pour en venir à bout ! 
En tout cas, le challenge proposé par Claudia Lucia tombait à point nommé. Objectif simple : entre mars 2020 et mars 2021, lire au moins un livre de Jack London. Voilà au moins un objectif que je suis sûre d'atteindre. D'ailleurs c'est même fait puisque j'ai chroniqué Le peuple de l'abîme la semaine dernière. Ce n'est pas de la triche, je m'étais déjà inscrite au challenge de Claudia Lucia sur son blog, mais la tête en l'air que je suis a complétement oublié d'ajouter le lien et de présenter le challenge. Oubli réparé et challenge lancé !

mercredi 18 mars 2020

Mercredi, c'est le jour des petits - Charlie et la chocolaterie - Roald Dahl

Par Daphné
















Résumé de l'éditeur :

Le métier de visseur de capuchons de tubes de dentifrice ne permettait pas à Mr Bucket de subvenir aux besoins de sa nombreuse famille : Mrs Bucket son épouse, grand-maman Joséphine et grand-papa Joe, grand-papa Georges et grand-maman Georgina. Sans oublier son fils Charlie dont le rêve le plus fou était de manger du chocolat ! Aussi, quelle ne fut pas l'émotion du jeune garçon en apprenant que Willy Wonka invitait cinq enfants à visiter sa merveilleuse chocolaterie, la plus célèbre du monde entier. Les cinq enfants qui découvriraient un ticket d'or caché dans cinq bâtons de chocolat...

Mon avis:

Un grand classique découvert il y a peu par ma fille de huit ans! Petite, j'adorais ce livre et je l'ai lu une nombre incalculable de fois. Ma fille a tout autant aimé que moi, puisqu'elle l'a littéralement dévoré! 

Du chocolat, un brin de magie et de folie douce, une écriture rythmée et pleine d'humour, voilà qui a de quoi séduire les enfants. Il y a toujours dans la plume de Roald Dahl ce je ne sais quoi si particulier, loufoque et  fantaisiste mais parfois teinté d'une certaine sagesse. On retrouve dans celui-ci un petit côté à la "Alice au pays des merveilles".

Les histoires de Roald Dahl plongent toujours l'enfant dans l'imaginaire et c'est pour ça que je les aimais tant quand j'étais petite.

Dans celui-ci on trouve une bonne dose de morale et de caricature mais ce n'est pas pour déplaire. Le rêve et al fantaisie qui se dégagent de ce roman a beaucoup plu à ma fille qui me réclame maintenant la suite à corps et à cris (suite que j'avais moins aimé quand j'étais enfant mais que je n'ai pas relu depuis). J'ai maintenant hâte de lui faire découvrir Matilda et Sacrées sorcières, les deux autres livres de cet auteur que j'appréciais le plus (mais je les aimais tous en fait!).

Un grand classique, à la fois gourmand, drôle et imaginatif qui n'a pas pris une ride !

Extrait :

"Les plus merveilleux parfums du monde se rencontraient dans l’air qu’ils respiraient. Un savant mélange de café grillé, et de sucre confit, et de chocolat fondu, et de menthe, et de violette, et de noisette pilée, et de fleur de pommier, et de caramel, et de zeste de citron…"

mardi 17 mars 2020

La partition - Diane Brasseur

Par Ariane


Auteur : Diane Brasseur

Titre : La partition

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Allary éditions

Nombre de pages : 448p

Date de parution : mai 2019

Présentation de l’éditeur :
Un matin d’hiver 1977, Bruno K, professeur de littérature admiré par ses étudiants, se promène dans les rues de Genève. Alors qu’il devise silencieusement sur les jambes d’une jolie brune qui le précède, il s’écroule, mort.
Quand ses deux frères Georgely et Alexakis apprennent la nouvelle, un espoir fou s’évanouit. Le soir même, ils auraient dû se retrouver au Victoria Hall à l’occasion d’un récital de violon d’Alexakis. Pour la première fois, la musique allait les réunir.
La Partition nous plonge dans l’histoire de cette fratrie éclatée en suivant les traces de leur mère, Koula, une grecque au tempérament de feu.
Elle découvre l’amour à 16 ans, quitte son pays natal pour la Suisse dans les années 20 et refera sa vie avec un homme de 30 ans son aîné. Une femme intense, solaire, possessive, déchirée entre ses pays, ses fils et ses rêves. Une épouse et une mère pour qui l’amour est synonyme d’excès.




Mon avis :

C’est par hasard que j’ai choisi ce livre sur les rayonnages de la bibliothèque. Sans doute le titre a-t-il attiré mon attention. Ou était-ce la très belle photo de couverture ? Puis le résumé a achevé de me convaincre et le livre a rejoint les autres emprunts.

Littérature, musique, Grèce et relations familiales compliquées, voilà un programme alléchant. Et ça partait plutôt bien. Les premiers chapitres m’ont beaucoup plu, j’ai apprécié le style, les personnages et leur histoire. Mais très vite j’ai déchanté. Plus j’avançais dans ma lecture, plus Koula, personnage principal du roman, mère des trois frères Bruno, Georgely et Alexakis me déplaisait. Sa personnalité, ses choix et son comportement tout m’était antipathique. Ce qui a totalement éclipsé le reste de l’histoire. Comme les trois garçons restant dans l’ombre de cette mère omniprésente et dévorante pour Bruno, totalement absente pour Georgely et relativement indifférente pour Alexakis. Ils sont pourtant touchants ces trois gamins, surtout le petit Georgely qui nous offre certaines scènes très touchantes.

Le style lui-même prometteur au départ, s’est rapidement essoufflé, se révélant finalement plat et insipide.

J’ai tenu bon jusqu’à la fin, achevant ma lecture soulagée d’en avoir fini. Dommage.



Extrait :

« De l’enfance, il manquera toujours quelque chose à Alexis. Et c’est cela qu’il cherche, tous les soirs sur scène avec son violon. »

« Tu voudrais tellement que je devienne célèbre, que tous les yeux soient braqués sur ton enfant, que toutes les bouches ne prononcent que son nom. Mon avenir, maman, veux-tu que je te dise en quoi il consiste ? Et oui maman, je n’ai plus les ambitions que tu m’attribues. Il m’a semblé que l’essentiel n’était pas de devenir un « grand homme », un homme célèbre, tout cela est si relatif. J’ai préféré essayer de devenir un homme complet. Un homme simplement. »


Catégorie son