lundi 10 février 2020

Par les routes - Sylvain Prudhomme

Par Daphné













Auteur : Sylvain Prudhomme
Titre : Par les routes
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Gallimard
Date de parution :  2019

Résumé de l'éditeur :

« J'ai retrouvé l'autostoppeur dans une petite ville du sud-est de la France, après des années sans penser à lui. Je l'ai retrouvé amoureux, installé, devenu père. Je me suis rappelé tout ce qui m'avait décidé, autrefois, à lui demander de sortir de ma vie. J'ai frappé à sa porte. J'ai rencontré Marie. » Avec Par les routes, Sylvain Prudhomme raconte la force de l'amitié et du désir, le vertige devant la multitude des existences possibles.

Mon avis :

Un autostoppeur qui passe sa vie sur les routes en dépit de sa femme et de son fils qui l'attendent à la maison. Un grand "adulescent" de quarante ans qui prend conscience du temps qui passe, ami de l'autostoppeur et amoureux de sa femme. Une femme qui passe son temps à attendre l'autostoppeur... et qui se lasse d'attendre. Un enfant que rien ne semble étonner. Voilà, le décor est planté. 

Le personnage le plus étonnant est sans nul doute autostoppeur qui ne parvient à vivre autrement que sur les routes. Que cherche-t-il au juste ? Les rencontres, si brèves soient-elles de ceux qui le prennent en stop ? La découverte de nouveaux villages ? L'aventure ? On ne le sait pas vraiment car à aucun moment le lecteur n'accède à ses pensées, se contentant de le suivre, de carte postale et carte postale, de retour et départ... C'est un tour de France pour le moins original qu'il nous offre.

Le monde se divise en deux catégories. Ceux qui partent. Et ceux qui restent." : l'autostoppeur est donc celui qui part. Sacha, l'éternel ado, le narrateur, celui qui reste. En dehors de cela... et bien il ne se passe pas grand chose en réalité. Le lecteur navigue entre les états d'âme de Sacha et les départs et retours de l’autostoppeur, entrecoupés de cartes postales. Cela pourrait paraître ennuyeux. ça ne l'est pas. C'est doux, nostalgique, c'est simple et tendre, et ça donne envie de découvrir tous les noms des petits villages de France.

Extrait :

"Avec le temps l'autostoppeur s'est pris à regretter que les trajets se terminent. Que sa route doive toujours à la fin, inéluctablement, se séparer de celle des gens rencontrés. Il s'est mis à leur demander s'ils se rendaient compte. S'ils mesuraient quel extraordinaire concours de circonstances avait permis que leurs routes se croisent.
D'habitude les inconnus qu'on rencontre se rattachent plus ou moins à la vie qu'on mène. Au travail qu'on fait. A l'école où vont nos enfants.Aux bars et aux lieux de sortie qu'on fréquente. Tôt ou tard on les recroisera, on leur reparlera. Tandis que vous et moi: combien de chances avions-nous de nous rencontrer. Et maintenant nous allons détruire tout cela?"

samedi 8 février 2020

Suzanne - Frédéric Pommier

Par Ariane



Auteur : Frédéric Pommier

Titre : Suzanne

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Equateur

Nombre de pages : 236p

Date de parution : octobre 2018


Mon avis :

Avant même de commencer ma lecture, je me doutais que ce livre allait résonner particulièrement en moi. Parce que pendant des années j’ai travaillé dans des foyers logement, maisons de retraite et services d’aide à domicile. J’étais une administrative, je j’ai jamais eu à faire une toilette, habiller ou nourrir une personne, changer une protection. Pourtant je suis bien consciente de l’importance et de la difficulté de ces tâches. Si j’ai préféré ne plus continuer dans ce milieu, c’est en partie parce que je peux accepter que l’on oublie l’humain au profit de la rentabilité, que l’on inflige au personnel des cadences harassantes les obligeant à faire du travail à la chaîne.

A travers l’histoire de sa grand-mère, ce sont tous ces travers que Frédéric Pommier dénonce. Il déroule année par année le fil de la vie de Suzanne, de sa naissance à son arrivée dans cet établissement. Il nous raconte sa naissance au Havre, l’enfance insouciante, la complicité avec son père, les joies des journées auprès de ses grands-parents, les années d’école, l’adolescence, les amitiés et les premières amours, la guerre, le mariage et les naissances, les vacances, les amis, les enfants, les deuils, la vieillesse, les petits-enfants,… Tout ce qui fait une vie. Ordinaire. Extraordinaire.

Interrompant ce récit de vie, les courts passages racontant un épisode de la vie de Suzanne dans l’établissement pour personnes âgées où elle vit désormais. La solitude, la nourriture insipide, les humiliations, l’infantilisation, la négation de la personne. Et pourtant elle a de la chance Suzanne, ce n’est pas le pire établissement et elle a une famille qui lui rend visite et se préoccupe d’elle. Espérons que dans le nouvel établissement où elle s’est installée, Suzanne a pu trouver un environnement accueillant et bienveillant.

Si ce livre a résonné aussi fort en moi, c’est aussi pour des raisons plus personnelles. J’ai eu une grand-mère née dans la même ville et à quelques jours d’intervalles de Suzanne, elles ont grandi dans le même quartier. En lisant les chapitres d’enfance de Suzanne, j’ai imaginé la petite Claudine. Peut-être se sont-elles croisées ? Elle était dynamique, drôle et élégante. Ma grand-mère a vécu ses dernières années dans un établissement pour personnes âgées, le regard vide et la mémoire effacée.

C’est un très beau livre que Frédéric Pommier a offert à sa grand-mère, une jolie déclaration d’amour en même temps qu’un cri de colère. J’ai également pensé au très beau travail du photographe Tom Hussey. Dans une série de photos intitulée « Reflections of the past », des personnes âgées regardent dans un miroir l’image de leur jeunesse. 


Extrait :

« Quand "l'établissement" dort, qu'elle est seule dans sa chambre, Suzanne pense à la mort. Elle n'est pas pressée. Chaque chose en son temps. Elle espère simplement qu'elle ne souffrira pas et s'efforce de croire aux retrouvailles des âmes. »


« " Vous partez déjà ? " La même scène, toujours. Ça ne dure jamais assez longtemps. Pourtant, il faut bien qu'on y aille. On a de la route à faire. Elle fait tout pour nous retenir. Au dernier moment, elle prétexte une ampoule à changer, un meuble à déplacer, son téléphone portable qu'elle ne sait pas faire fonctionner. Et qui va l'aider à classer ses albums de photos ? On reviendra bientôt. On l’embrasse. On promet. " Mais quand, mon chéri, quand ? " »


« Une autre, un jour, lui a même rapporté le montant de son salaire." C'est tout ? " S’est étouffée Suzanne après avoir converti les euros en francs. Des choses lui échappent. Pourquoi le personnel est-il si mal payé? Pourquoi la chambre est-elle si chère? Où va l'argent? Qui prend l'argent? »

 Catégorie prénom

Réflexions of the past de Tom Hussey





vendredi 7 février 2020

Civilizations - Laurent Binet

Par Daphné














Auteur : Laurent Binet
Titre : Civilizations
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 384
Date de parution :  2019

Résumé de l'éditeur :

Vers l’an mille : la fille d’Erik le Rouge met cap au sud.
1492 : Colomb ne découvre pas l’Amérique.
1531 : les Incas envahissent l’Europe.

À quelles conditions ce qui a été aurait-il pu ne pas être ?
Il a manqué trois choses aux Indiens pour résister aux conquistadors. Donnez-leur le cheval, le fer, les anticorps, et toute l’histoire du monde est à refaire.

Civilizations est le roman de cette hypothèse : Atahualpa débarque dans l’Europe de Charles Quint. Pour y trouver quoi ?
L’Inquisition espagnole, la Réforme de Luther, le capitalisme naissant. Le prodige de l’imprimerie, et ses feuilles qui parlent. Des monarchies exténuées par leurs guerres sans fin, sous la menace constante des Turcs. Une mer infestée de pirates. Un continent déchiré par les querelles religieuses et dynastiques.
Mais surtout, des populations brimées, affamées, au bord du soulèvement, juifs de Tolède, maures de Grenade, paysans allemands : des alliés.

De Cuzco à Aix-la-Chapelle, et jusqu’à la bataille de Lépante, voici le récit de la mondialisation renversée, telle qu’au fond, il s’en fallut d’un rien pour qu’elle l’emporte, et devienne réalité.


Mon avis :

Voici un livre pour le moins original qui donne à réfléchir. Un livre qui réécrit l'Histoire en inversant totalement la conquête du "nouveau monde"... lequel devient pour le coup ce que nous nommons le "vieux continent". 

La première partie s'ouvre sur l'arrivée des islandais sur les côtes américaines en l'an mil. Ceux-ci amèneront avec eux les maladies mais également les défenses immunitaires, le cheval, et  la métallurgie du fer. Aurait-il véritablement fallu cela pour que l'Histoire prenne un tout autre tournant ? C'est, en tous cas, ce qu'il se passe ici. La deuxième partie traite de l'arrivée complètement ratée de Christophe Colomb dont l'expédition en Amérique échoue lamentablement. Et on continue ainsi, d'effet papillon en effet papillon, jusqu'à la bataille de Lépante. L'Histoire est réécrite, les tendances et les vainqueurs inversées. 

Et si vraiment les Incas avaient-ils débarqués à Lisbonne en plein tremblement de terre ? Et si, vraiment la paix avait-elle pris le pas sur la guerre ? Ce sont là de grandes questions auxquelles nous donnent à réfléchir l’auteur. 

J'ai parfois eu un peu de mal à suivre certains passages faute de connaissance en Histoire... car pour inverser les choses, il faut tout de même très bien connaître toute cette partie historique et Laurent Binet y réussit à merveille. On peut dire qu'il signe là un livre extrêmement bien documenté à la construction impeccable! Si je me suis parfois perdue entre les pages de ce roman aux allures d'uchronie, je l'ai néanmoins beaucoup apprécié. Parois présenté sous forme de lettre, de journal ou de saga, le style peut surprendre mais présente un intérêt certain du début à la fin. Mieux vaut cependant être bien concentré pour se lancer dans cette lecture. Un livre particulièrement audacieux et original! 


Extrait :

"Mais l'histoire nous a appris qu'au fond, peu d'événements prennent la peine de s'annoncer, parmi lesquels un certain nombre se plaisent à déjouer les prévisions, et qu'en définitive, la plupart se contentent de survenir."

mercredi 5 février 2020

Mercredi, c'est le jour des petits - Sssi j'te mords, t'es mort !

Par Daphné














Auteur : Pierre Delye
Illustrateur : Cécile Hudrisier
Titre : Sssi j'te mords, t'es mort!
Editeur : Didier Jeunesse

Résumé :

Le lion se pavane, sûr de lui, comme d'habitude. Mais un serpent minus, sinueux et sournois menace soudain le roi de la savane. Qui va l'emporter? Une fable pleine d'esprit dans les mots et dans les images, sur le pouvoir et les conflits qu'il provoque. Désopilant!




Mon avis :

Encore une réussite de Pierre Delye et Cécile Hudrisier ! Un lion orgeuilleux, un serpent menaçant, mais lequel des deux va bien pouvoir l'emporter  ? Certes, le lion est le roi des animaux mais comme le dit le serpent "Sssi j'te mords, t'es mort!". La réponne ne dépendra pas de l'un d'eux!

Comme toujours, voici un album tout en humour, en rythme, en rimes et en jeux de mots. Les expressions, le texte, les illustrations, tout est savoureux !  Pour peu qu'on y mette bien le ton, on passe un moment excellent. 

Un petit bémol toutefois : un peu de sarcasme et de cruauté à la fin, ce qui n'a pas échappé à ma fille de six ans, toujours un peu sensible, qui pour le coup, a cessé de rire. Mais quelques jours plus tard, je l'entend parfois susurrer : "Sssi j'te mords..." ce qui me fait penser qu'elle a finalement retenu davantage la ritournelle que la fin. 

Dans ce conte randonnée, Pierre Delye manie toujours aussi bien la langue française et les illustrations de Cécile Hudirsier se marient toujours aussi bien avec le texte. Leurs albums se lisent avec plaisir et ne s'oublient pas!



mardi 4 février 2020

Boys - Pierre Théobald

Par Ariane

Auteur : Pierre Théobald
Titre : Boys

Genre : nouvelles

Langue d’origine : français

Editeur : JC Lattès

Nombre de pages : 224p

Date de parution : avril 2019

Présentation de l’éditeur :

Ce sont des hommes de tous âges, saisis chacun à un instant de bascule. Un mari qui enquête sur la vie secrète de sa femme, un séducteur qui s’apprête à retrouver une fille dont il n’a que faire, un sportif sur le déclin… Des losers magnifiques, des romantiques déraisonnables. Des pères sans enfant, de grands enfants devenus pères. Et, au milieu de tous ces hommes, il y a Samuel, que l’on retrouve à différentes étapes de sa vie, et qui doit faire face au plus difficile des renoncements.


Mon avis :

C’est en préparant un billet sur mon bilan annuel que je me suis aperçue que mon billet sur ce roman, lu en mai 2019 et chroniqué aussitôt, n’avait jamais été publié. J’aurais pu faire l’impasse, mais j’ai tellement aimé ce livre, comme de nombreux autres lecteurs, que j’ai tout de même envie d’en parler car il est de ceux que l’on a envie de partager et de faire découvrir.

Après avoir entendu tant d’éloges, j’imaginais le coup de cœur immédiat, mais il aura fallu l’entrée en scène de Samuel, alors touchant collégien, pour que la magie opère. Et à mon tour, je suis séduite par ces portraits d’hommes ordinaires. Ce ne sont pas des héros, mais de ceux que l’on côtoie chaque jour. Pierre Théobald explore les failles, les fêlures, les émotions. Il nous raconte la vie et la mort, la rencontre et la séparation, le désir et la tromperie, l’espoir et le deuil. Toute une palette d’émotions que tout le monde connaît, ça sonne toujours juste. Les mots sont sincères et les personnages toujours vrais. C’est parfait !

Pour une première incursion en littérature, Pierre Théobald nous offre une écriture ciselée et un recueil de nouvelles construit tel un kaléidoscope. Les histoires des uns et des autres se rejoignent, se croisent, se recoupent.

C’est un vrai coup de cœur pour ce si joli recueil à mettre entre toutes les mains. Et j’attends avec impatience une autre merveille de l’auteur !



Extrait :

« J'ai aimé nos instants minuscules, nos instants de rien, ce que l'on croit être l'ennui, le quotidien, mais qui n'est autre que la manifestation sincère de l'amour, son expression nue et désintéressée. L'amour n'existe que là, dans ces intervalles dépourvus de consistance. »

 Catégorie pluriel

samedi 1 février 2020

Bilan de janvier (Ariane)

Par Ariane

Joli mois de lecture pour moi en ce début d'année. Alors on ne perd pas les bonnes habitudes et on reprend le bilan mensuel. 
Histoire de bien commencer l'année, j'ai lu Dry bones le dernier roman Craig Johnson. Bonheur de retrouver le shérif Longmire et ses acolytes !
J'ai enchaîné avec énorme déception, L'innocence de Tracy Chevalier. 
Heureusement, la lecture suivante a été bien meilleure. I am, I am, I am de Maggie O'Farrell est une autobiographie originale et intéressante.
Autre excellente lecture ensuite avec l'ambitieux Tous, sauf moi de Francesca Melandri. 
Après mon coup de cœur pour son premier livre, le nouveau roman de Caroline Laurent, Rivage de la colère, était incontournable pour moi. Je me suis jetée dessus dès sa sortie !
Autre découverte de cette rentrée de janvier avec Le répondeur de Luc Blanvillain.  
J'avais lu beaucoup de billets élogieux sur Toute une vie et un soir d'Anne Griffin et j'ai moi aussi été charmée par ce joli roman.  
Je retrouve Maggie O'Farrell encore avec L'étrange disparition d'Esme Lennox.  
Roman noir ensuite avec Un vent de cendres de Sandrine Collette. 
Pour finir j'ai suivi Jack London dans les bas-fonds de l'East End dans son récit Le peuple de l'abîme. 





En ce moment je lis 

Et vous qu'avez-vous lu ?


vendredi 31 janvier 2020

Bilan de janvier (Daphné)

Par Daphné

Janvier fut un mois consacré aux livres trouvés sous mon sapin de Noël! C'est avec un grand plaisir que j'ai retrouvé Audur Ava Olafsdottir et Cécile Coulon, deux auteures très différentes mais dont les livres ne m'ont jamais déçu!

J'ai passé de bons moments avec Civilizations, un livre qui donne à réfléchir, et avec Par les routes. Par contre, je suis un peu plus mitigée pour Le grand royaume des ombres. 

Enfin, j'ai presque terminé Forêt-Furieuse.






Et vous ? Quelles ont été vos lectures ce mois-ci ?