mardi 10 novembre 2020

L'anomalie - Hervé Le Tellier

 Par Ariane

 


Auteur : Hervé Le Tellier

Titre : L’anomalie

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 336p

Date de parution : août 2020

 

Mon avis :

Que voilà une lecture déconcertante…

Mais que peuvent donc avoir en commun un architecte français, un pilote de ligne, un chanteur nigérian, une avocate, un tueur à gage, un auteur parisien et bien d’autres encore ? Pas grand-chose, si ce n’est qu’ils étaient tous à bord du même vol Paris-New York en mars 2021. Que s’est-il passé lors de ce vol et pourquoi toutes ces personnes sont arrêtées les unes après les autres ? Pourquoi déclencher le protocole 42, élaboré par un jeune étudiant en mathématiques au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, lui aussi convoqué d’urgence ?

Si au premier abord, ce roman a des airs de film catastrophe ou de science-fiction, Hervé le Tellier nous offre un programme bien plus consistant. Il nous entraîne dans des considérations philosophiques, physiques, mystiques. Mais pas d’inquiétudes, ce n’est en rien indigeste, au contraire. Bourré de références et de clins d’œil, plein d’humour et de piques, le roman se dévore et les pages défilent à toute vitesse.

L’auteur nous propulse au printemps 2021 et nous reconnaissons certains personnages dont un certain bouffon aux cheveux jaunes aux commandes de l’Amérique  (encore là…) et « un petit connard arrogant » en France.

C’est jouissif, singulier et inattendu. Jouissif et inattendu aussi de le voir dans la sélection finale du Goncourt. Un OVNI littéraire comme l’ont dit certains (ou plutôt un OLNI) qui se déguste.

 

Extraits :

« Je m’en fous, Dieu, pour moi, c’est comme le bridge : je n’y pense jamais. Donc, je ne me définis pas par le fait que je me fous du bridge, et je ne me réunis pas non plus avec des gens qui discutent du fait qu’il se foutent eux aussi du bridge. »

 

« Je ne connais pas de problème qui résiste à une absence de solution. »

 

« Le président américain reste bouche ouverte, présentant une forte ressemblance avec un gros mérou à perruque blonde. »

 

« La première fois qu’Adrien avait vu Meredith, il l’avait trouvée franchement laide. Une telle impression est passagère, les meilleurs auteurs le lui auraient confirmé. »

 

« - Vous trouverez aussi un sweat-shirt à capuche au logo de la Maison-Blanche. Le président a insisté pour vous le dédicacer personnellement.

Adrian n’a pas le temps de placer un mot que le chef du protocole ajoute, impassible :

-Ne vous inquiétez pas professeur. Nous lui avons donné un feutre à l’eau, ça partira au lavage. »


samedi 7 novembre 2020

Fille - Camille Laurens

 Par Ariane

 


Auteur : Camille Laurens

Titre : Fille

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 226p

Date de parution : août 2020

 

Mon avis :

Parmi les romans soumis au jury d’octobre, il est celui qui m’attirait le moins. J’ai donc commencé ma lecture avec une certaine appréhension, espérant tout de même ressentir le même engouement que les lectrices d’octobre. Las, ça n’a pas pris.

Dès le départ, j’ai eu beaucoup de mal avec la forme. Ce « tu » à qui s’adresse l’autrice. Ce « tu » dont elle raconte les premiers mois, avant de passer au « je ». La jeune enfant a grandi et prend désormais la parole pour nous raconter sa vie.

Ce « tu », puis « je », c’est Laurence. Née en 1959, deuxième enfant de ses parents. Deuxième fille au grand dam de son père. Enfance, adolescence, jeunesse, sexualité, amour, maternité, deuil…  Nous accompagnons Laurence tout au long de sa vie, elle se livre sans fards ni états d’âme, livrant tous ses secrets, se dévoilant intimement. Trop sans doute pour moi.

Au-delà de la forme déconcertante du départ, je n’ai pas du tout accroché à l’histoire de Laurence. Différence de génération ? Possible. Pas sûre. Toujours est-il que je ne me suis absolument pas reconnue dans ce personnage. 

A la lecture, j’ai ressenti des sentiments très ambivalents mais jamais positifs. Allant de l’ennui à la colère, en passant par le malaise, sans oublier l'exaspération. S’il n’y avait pas eu le prix des lectrices, j’aurai abandonné. Bien que l’écriture enlevée, presque possédée, de l’autrice possède un certain charme.



mardi 3 novembre 2020

Le dit du mistral - Olivier Mak-Bouchard

Par Ariane


 



Auteur : Olivier Mak-Bouchard

Titre : Le dit du mistral

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Le Tripode

Nombre de pages : 360p

Date de parution : août 2020

 

Mon avis :

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le climat actuel est bien morose, au propre comme au figuré. Alors ce roman réjouissant et inattendu, porte ouvertes sur les légendes du Lubéron, est plus que bienvenu.

Après une longue nuit d’orage, Monsieur Sécaillat frappe à la porte de son voisin. Le muret en pierres séparant leurs propriétés s’est écroulé, mettant au jour des tessons de poteries. Craignant l’arrivée de hordes d’archéologues Monsieur Sécaillat, est d’avis de recouvrir tout ça. Mais son voisin le convainc de ne pas laisser perdre ces trésors. Voilà donc les deux hommes lancés dans des fouilles archéologiques clandestines. Jusque-là ils se fréquentaient peu, maintenant ils passent leurs journées ensemble à déterrer des trésors oubliés et leurs soirées en d’interminables hypothèses, enthousiastes et curieux comme des gamins.

C’est joyeux, vivant, enthousiasmant… Qu’ils sont attachants ces deux hommes ! Qu’elle est belle l’histoire de leur amitié ! Qu’elle fait rêver cette chasse au trésor !

Mais l’histoire ne s’arrête pas là… L’auteur prévient son lecteur, à mi-chemin, il peut s’arrêter là ou continuer. Impossible d’arrêter évidemment ! Alors on continue et l’on bascule dans un monde où les frontières du temps se brouillent, où le merveilleux s’introduit dans l’ordinaire, où les légendes prennent vie… Un réalisme magique provençal.

C’est une ode magnifique à cette terre du Lubéron que je ne connais absolument pas, mais que j’ai l’impression d’avoir vue, ressentie, arpentée, grâce aux mots d’Olivier Mak-Bouchard. Des mots gorgés de soleil, chantants, lumineux. Même lorsqu’il évoque la douleur, la perte, la peur ou l’horreur, il y dans l’écriture de ce jeune auteur (premier roman !) quelque chose qui rassure, qui met du baume au cœur.  

Comme le Hussard, le chat du narrateur, personnage à part entière et observateur muet de cette histoire, je me suis lovée dans ce roman. Il y a une âme dans ce roman. C’est rare.  

Une parenthèse enchantée qui fait du bien en ces temps troublés…

 

Extrait :

« Une à une, les étoiles timides se dévoilent. La lune fait apparaître les sommets puis les crêtes, et la masse du Luberon se laisse enfin deviner. On ne le voit pas vraiment, mais on sent qu'il est tout autour, avec ses bruits qui ressemblent à des murmures, ses taillis profonds qui résistent au regard, ses bêtes que l'on devine de sortie pour profiter de la fraîcheur. C'est angoissant : l'obscurité et le silence cachent mal tout ce qui est là, qui épie, aux aguets, mais qui demeure invisible. »