Par Ariane
Auteur : Colson Whitehead
Titre :
Nickel boys
Genre :
roman
Langue
d’origine : anglais (Etats-Unis)
Traducteur :
Charles Recoursé
Editeur :
Albin Michel
Nombre de
pages : 272p
Date de
parution : août 2020
Mon avis :
Voici un roman de cette rentrée littéraire qui tourne beaucoup
sur les blogs et qui rencontre un grand succès. L’auteur, Colson Whitehead,
avait déjà rencontré un franc succès avec son précédent roman Underground
railroad, lequel m’avait personnellement laissée un peu mitigée.
Dans ce dernier roman, l’auteur nous raconte l’histoire de
Elwood Curtis. Elevé par sa grand-mère, Elwwod est un gentil garçon, sérieux,
honnête et travailleur. Inspiré par les discours du révérend King, il espère
intégrer l’université. Mais suite à une erreur judiciaire, il est envoyé à la
Nickel Academy, une maison de correction infligeant des traitements inhumains
aux garçons emprisonnés.
Le plus choquant dans l’histoire que nous raconte Colson
Whitehead est qu’elle n’a rien d’une fiction. La Dozier school for boys,
établissement qui accueillit de nombreux garçons entre 1900 et 2011. Dans cet
établissement, les garçons étaient battus, humiliés et abusés. Le cimetière
renfermait bien plus de corps que de tombes.
Cet aspect du roman m’a rappelé le film Sleepers avec Brad
Pitt, Robert de Niro et Kevin Bacon. L’histoire de quatre gamins envoyés en
maison de correction suite à une plaisanterie ayant mal tourné. Pendant leurs
années d’incarcération ils seront quotidiennement maltraités et violés. Lorsque
des années plus tard, deux d’entre eux tomberont par hasard sur l’un de leurs
tortionnaires, ils l’abattront.
La différence entre le film et le roman ? Dans le roman
de Colson Whitehaed, les gamins sont noirs. La Nickel Academy accueille des
garçons blancs et noirs, qui tous subissent la violence des gardiens. Mais être
noir est une circonstance aggravante à la Nickel Academy, d’autant plus qu’on
est dans les années 60 dans le sud des Etats-Unis. Les garçons noirs sont encore
moins lotis que les blancs. Leurs dortoirs sont plus vétustes, leurs uniformes
plus miteux et ils subissent au quotidien le racisme primaire de leurs
gardiens.
Malgré l’horreur de son propos, Colson Whitehead ne
multiplie pas les scènes de violences qui pourraient être difficiles à lire. Mais
la violence se ressent dans la terreur des gamins, dans leur colère impuissante
et même devenus adultes, ils restent hantés par la Nickel Academy.
Pas étonnant que ce roman ait reçu tant d’éloges. C’est un
livre court, qui se lit rapidement, mais intense. Chaque ligne du roman vibre d’une
juste colère, celle de tous les gamins de la Dozier school, celle de tous ces
afro-américains emprisonnés ou tués à cause de la couleur de leur peau, celle
du mouvement Black Lives Matter. A lire absolument.
Extrait :
« Lorsque le cimetière clandestin fut découvert, Elwood
sut qu’il serait obligé d’y retourner. Le bosquet de cèdres au-dessus de l’épaule
du journaliste à la télé raviva la chaleur sur sa peau, le chant strident des
cigales. Ce n’était pas si loin. Ça ne le serait jamais. »
« Voilà ce que cette école vous faisait. Et ça ne
s’arrêtait pas le jour où vous en partiez. Elle vous brisait, vous déformait,
vous rendait inapte à une vie normale. »
« Les garçons avaient été formés à attendre que les
blancs leur adressent la parole avant de pouvoir leur parler. Ils l'avaient
appris très jeunes, à l'école, dans les rues, et sur les routes de leurs villes
poussiéreuses. Nickel leur avait fait bien entrer dans leur crane: " Vous
êtes des noirs dans un monde de blancs" »
« Turner n’avait jamais rencontré personne comme
Elwood. Solide était l’adjectif auquel il revenait sans cesse, malgré
l’apparente douceur du garçon de Tallahassee, à qui on aurait donné le bon Dieu
sans confession et qui pouvait se révéler agaçant avec son penchant
moralisateur. Malgré aussi ses lunettes, qu’on avait envie d’écraser sous son
pied comme un papillon. Quand il parlait on croyait entendre un étudiant blanc,
il lisait des livres même quand personne ne l’y obligeait et en extrayait de
l’uranium pour sa bombe A personnelle. Malgré tout cela, il était solide. »