vendredi 26 novembre 2021

Pleine terre - Corinne Royer

Par Ariane

Auteur : Corinne Royer

Titre : Pleine terre

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Actes sud

Nombre de pages : 336p

Date de parution : août 2021

 

Mon avis :

S’inspirant d’un fait divers, Corinne Royer nous raconte l’histoire d’un paysan étranglé par un système qui n’en finit plus de se mordre de la queue…

Jacques Bonhomme est paysan, comme son père avant lui, et son grand-père avant lui et tous ses ancêtres. La ferme des Combettes et son troupeau de vaches laitières se transmet de générations en générations. Jacques Bonhomme est fier de ce qu’il fait, il aime ses bêtes, le travail de la terre et milite pour une agriculture à échelle humaine. Mais il n’en peut plus des bureaucrates qui exigent toujours plus de procédures et de paperasses. Il sombre, dans la colère et l’abattement, jusqu’à l’humiliation ultime de se voir traité comme un criminel lors d’un énième contrôle administratif. Alors Jacques Bonhomme s’enfuit, débute alors une cavale qui durera neuf jours.

Pendant les neuf jours de sa cavale, nous sommes aux côtés de Jacques réfugié en pleine nature, les souvenirs remontent, ceux de la jeunesse enthousiaste et ceux des dernières années de tourmente. Jacques Bonhomme, le colosse, a été brisé par une administration qui ne connaît pas le travail de la terre et ne pense qu’en terme de chiffres, une administration qui pousse les agriculteurs à la surproduction, à l’élevage intensif qui fait souffrir les hommes, les bêtes et la terre, pour répondre aux besoins toujours croissants des consommateurs, une administration qui impose des démarches administratives de plus en plus lourdes et complexes et totalement incompatibles avec la réalité du quotidien des agriculteurs. Une administration déshumanisée qui broie les hommes autant que les bêtes, les uns réduits au statut d’esclaves, les autres à celui de produit de consommation. Alors la souffrance… Celle des hommes comme celle des bêtes.

C’est un roman coup de poing autant que coup de gueule, un cri de colère pour un monde à l’agonie. Et quel monde après cela ?

 

mardi 23 novembre 2021

Les lettres d'Esther - Cécile Pivot

Par Ariane

Auteur : Cécile Pivot

Titre : Les lettres d’Esther

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Calmann-Lévy

Nombre de pages : 320p

Date de parution : septembre 2020

 

Mon avis :

Les rencontres de lecteurs organisées par la librairie Mots et Cie ont été suspendues pendant un bon moment à cause de l’épidémie de coronavirus et c’est avec plaisir que j’ai retrouvé les autres lecteurs il y a quelques semaines. Parler littérature avec d’autres passionnés en dégustant une bonne tasse de thé, quel plaisir ! L’occasion aussi d’échanger sur nos lectures et de découvrir de nouveaux livres, comme ce roman de Cécile Pivot qui m’a été recommandé et prêté par Catherine. Merci !

Esther est libraire dans le nord de la France. Alors qu’elle vient de perdre son père, avec qui elle entretenait une correspondance régulière, elle a l’étrange idée de lancer un atelier d’écriture épistolaire. Une vingtaine de personnes répondent à son annonce, mais seules cinq d’entre elles décident effectivement de se lancer dans l’aventure : Jeanne, jeune retraitée qui vit seule à la campagne et qui souffre de la solitude, Samuel, tout juste sorti de l’adolescence et qui ne parvient pas à trouver sa place après la mort de son grand frère, Juliette qui a sombré dans une grave dépression du post-partum après la naissance de sa fille, son mari Nicolas bouleversé de voir la femme qu’il aime souffrir et effrayé pour l’avenir de sa famille et Jean un homme d’affaires toujours entre deux avions qui mène une brillante carrière mais n’a pas su garder sa famille auprès de lui. Tous traversent une période de bouleversement émotionnel et sont à la recherche de réponses, qu’ils trouveront peut-être dans les lettres d’inconnus.

S’il n’est pas évident d’écrire à un inconnu, les personnages de ce roman parviennent peu à peu à se livrer sans fards. Leurs lettres sont un lieu de rencontre, entre deux personnes a priori sans point commun. Que pourraient avoir à se dire une prof de piano retraitée et un jeune homme en rupture ? Une libraire de province et un riche homme d’affaires ? Pourtant ensemble, ils vont évoquer leurs souffrances, leurs espoirs, leurs peurs, leurs joies et leurs doutes.

A travers les voix de ces personnages, Cécile Pivot nous parle des problèmes et des interrogations que chacun d’entre nous rencontre au quotidien : la famille, la parentalité, le deuil, la carrière, l’écologie, l’argent, … Et il est véritablement question de voix, car lire leurs mots, c’est entendre leurs voix et s’attacher à eux. C’est parfois se reconnaitre et se livrer à une introspection en même temps que les personnages du roman.

C’est un livre qui fait du bien, car non seulement il traite de thèmes qui nous sont proches, mais surtout car il y a beaucoup d’humanité, de douceur, de bienveillance dans cette histoire. Et on a beau dire, ça fait du bien ! Pourtant je n’accroche pas du tout avec tous ces romans feel good, qui me semblent la plupart du temps bien mièvres et superficiels. Point de mièvrerie ou de superficialité ici, même s’il y a beaucoup de bons sentiments. Et après tout, ce n’est pas une mauvaise chose que d’avoir de bons sentiments ? Que de se sentir bien après une lecture ?

J’aime beaucoup lire des lettres, des cartes, tous ces petits mots que l’on échange avec ceux qui nous sont chers. Ou plutôt que l’on échangeait… la plupart de nos échanges écrits avec nos proches ne se font plus que sous forme de SMS. Ecrit-on encore des lettres ? Peu il me semble. Alors, en terminant ma lecture, j’ai commencé une lettre pour mon amie d’enfance. Nous nous sommes tant écrit lorsque nous étions au collège et au lycée ! Les petits mots glissés dans la trousse, les longues lettres pendant les vacances, … Et si trente après nous sommes toujours aussi proches, nous parlons régulièrement au téléphone pendant des heures, nous envoyons souvent des messages, mais nous ne nous écrivons plus. Quel dommage ! Alors voilà, des années après, j’ai écrit une nouvelle lettre. Une part de moi pour elle qui me connaît si bien… Me répondra-t-elle ?

mercredi 17 novembre 2021

Mercredi, c'est le jour des petits - Les aventuriers de l'autre monde - Luca di Fulvio

 Par Daphné








Résumé de  l'éditeur :

Lily, Red et Max sont amis. Mieux : ce sont des pirates. Ensemble, ils ont formé un club, et explorent le port où ils ont grandi. En quête d'aventure, ils tombent un jour sur une vieille femme, qui attend son mari sur la jetée. Elle leur raconte l'histoire de la baie, leur baie, maudite depuis qu'un seigneur local a décidé d'enfermer dans son château une jeune fille qui refusait ses avances. La baie permettrait d'accéder à l'Autre Monde, un monde où tout ressemble au nôtre mais où tout fonctionne à l'envers. Il n'en faut pas plus pour que nos trois complices décident de partir en exploration. Mais le conte de fées de la vieille dame tourne au cauchemar : pris au piège d'un violent tourbillon et menacés par des monstres marins, les amis se retrouvent dans les griffes d'Egon Dragon, le seigneur de l'Autre Monde. Revenir en arrière semble impossible et le temps presse. Pour se sauver et sauver la plage, ils devront faire face à leurs plus grandes peurs, trouver en eux des ressources enfouies et découvrir les vertus de l'amitié, la vraie.

Mon avis :

J'ai été surprise en découvrant ce livre sur les étagères de la bibliothèque, ignorant jusque là que Luca Di Fulvio, auteur que j'affectionne beaucoup, avait aussi écrit des livres jeunesse. J'étais assez curieuse de voir ce que cela donnait. Et bien cela donne un roman très agréable où suspense, amitié et imaginaire sont au rendez-vous.

On s'attache très vite à Lili, Red et Max, trois enfants dont les traits de caractère bien distincts n'empêchent pas une solide amitié. Partis en exploration sur le port, les voilà qui se retrouvent plongés en pleine aventure, se retrouvant dans un monde étrange où, tel un miroir, tout fonctionne à l'envers du nôtre. Mais cette aventure aux allures de conte de fées ne sera pas sans danger!

Si l'on connaît déjà les livres pour adultes de Di Fulvio, on retrouve ici les thèmes qui lui sont chers : l'amitié, la force de croire en ses rêves. On retrouve aussi les gentils très gentils et les méchants très méchants. Le côté magie est en revanche inédit! J'ai passé un très bon moment à découvrir ce livre jeunesse et ma fille de dix ans a aussi beaucoup aimé même si elle aurait aimé que les trois enfants se retrouvent dans le monde à l'envers un peu plus tôt dans l'histoire et que Max disait décidemment bien trop de gros mots!





lundi 15 novembre 2021

Le chant des sorcières - Mireille Calmel

 Par Daphné








Autrice : Mireille Calmel

Titre : Le chant des sorcières

Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : XO éditions

Résumé de l'éditeur :

1483, dans les hauteurs du Vercors.
Non loin du château de Sassenage, la toute jeune Algonde, fille de l'intendante, se débat en vain pour échapper au torrent dans lequel elle est tombée. Malgré ses efforts, elle est emportée sous la montagne qu'on dit hantée par la fée Mélusine.
Tous la croient perdue et pourtant, le torrent la rejette. On la retrouve sur une berge, blanche et glacée mais vivante.
Comment a-t-elle survécu, nul ne le sait.
Sous le choc, Algonde avoue qu'elle aurait... vu Mélusine, puis elle refuse d'en dire plus. Mais elle semble désormais ailleurs. Que se passe-t-il autour de cette jeune fille dont la beauté éclate un peu plus chaque jour ? Quel serment a-t-elle prêté à la fée en échange de sa vie ?
Contrainte au silence pour protéger l'homme qu'elle aime, Algonde va tenter de déjouer le piège mis en place bien avant sa naissance. Son amour pour Mathieu, son amitié complice avec la jeune baronne, Hélène de Sassenage, lui donnent l'envie de vivre et de vaincre.
Saura-t-elle affronter, seule ou presque, les puissances maléfiques qui ont imaginé pour elle un destin qu'elle rejette de toutes ses forces ?

Mon avis :

Après avoir lu (et bien aimé!) La fille des templiers, je poursuis ma découverte des livres de Mireille Calmel avec une nouvelle saga. J'avais très envie de le lire, à la fois pour le contexte historique mais aussi -et surtout!- pour le parallèle avec la légende de Mélusine (J'ai un gros faible pour les légendes, le monde Arthurien et les fées). 

J'ai cependant eu beaucoup de mal à entrer dans l'histoire. Celle-ci est un peu longue à vraiment démarrer  et j'avoue m'être ennuyée pendant la première partie de l'histoire. L'écriture m'a aussi un peu déçue: j'ai compris l'intention de vouloir utiliser des mots médiévaux pour "coller" à l'époque mais était-il vraiment utile d'écrire le mot "jouvencelle" toutes les dix lignes ? 

Et puis, au bout d'une centaine de pages, ça y est, l'histoire se met enfin en place, on entre vraiment dans la légende et je me suis réellement prise d'intérêt pour ce roman. J'ai particulièrement apprécié la partie légendaire où l'on découvre que tout ce qui paraissait révéler seulement de la superstition a sa part de réalité. J'aime généralement beaucoup les livres où le réel chevauche avec le merveilleux et j'ai donc vraiment aimé ce moment. Je suis par contre restée assez perplexe sur le personnage du prince Djems qui arrive d'un coup en plein milieu de l'histoire sans que l'on sache exactement ce qu'il vient faire là. Mais il y a trois tomes en tout alors sans doute trouvera-t-il sa place par la suite.

Malgré un début un peu laborieux, j'ai donc finalement bien aimé ce livre dont j'ai maintenant hâte de connaître la suite.

Extrait :

"Cette galerie, c'est Mélusine elle-même qui me l'a réclamée, lâcha-t-elle dans un souffle.
- Mélusine ?
- Mélusine, répéta Sidonie.
- La fée que mon aïeul Raymondin épousa et qu'il surprit changée en femme-serpent dans son bain ?
- Je n'en connais pas d'autres."


lundi 8 novembre 2021

Les ronces - Cécile Coulon

 Par Daphné









Résumé de l'éditeur :

Les ronces convoquent le souvenir de mollets griffés, de vêtements déchirés, mais aussi des mûres, qu'on cueille avec ses parents dans la lumière d'une fin de journée d'été, alors que la rentrée scolaire, littéraire, approche.
Entre les caresses et les crocs, Les ronces de Cécile Coulon nous tendent la main pour nous emmener balader du côté de chez Raymond Carver. Sur ces chemins, elle croise des vendeurs de pantoufles, des chiens longilignes, un inconnu qui offre une portion de frites parce qu'il reconnaît une romancière...
La poésie de Cécile Coulon est une poésie de l'enfance, du quotidien, de celles qui rappelle les failles et les lumières de chacun.

Mon avis :

De Cécile Coulon, je n'avais lu que ses romans, romans qu'à chaque fois j'avais beaucoup aimé, admirative de cette plume si âpre, si sincère, cette plume qui me plonge à chaque fois en plein cœur de ses histoires qu'il me semble ressentir plus que je ne les lis.  

J'ai un peu hésité à ouvrir ce livre là, craignant d'être un peu déçue et de ne pas apprécier les vers de Cécile Coulon autant que j'ai aimé ses romans. Je n'avais cependant pas lu plus de deux poèmes que je savais déjà combien j'allais aimer cette lecture.

A l'image des ronces dont sont composées  le titre, voilà une poésie qui parfois nous égratigne le  cœur, une poésie franche, intime, sensible. C'est authentique, parfois doux, parfois rugueux. Poésie qui nous parle du quotidien, de l'amour, de l'Auvergne et de ses volcans, d'un village aimé, de nostalgie et tant d'autres choses. 

C'est une poésie au style bien particulier, une poésie qui ressemble à ses romans, et c'est beau, tout simplement.

Extrait :

"Dedans ma poitrine
j'ai le même cratère abîmé
d'un volcan endormi dans vingt-six ans
de cendres renversées."

"Comme toujours, il faut rentrer. Quitter les montagnes
pour d'autres montagnes. Quitter les ancêtres
pour d'autres ancêtres. Le même sang. La même pierre.
Les lacets de goudron entre les forêts
aussi profondes que les ravins qui les bordent.
Comme toujours, il faut rentrer."