mardi 5 avril 2016

L'intérêt de l'enfant - Ian McEwan

Par Ariane


Auteur : Ian McEwan
Titre : L’intérêt de l’enfant

Genre : roman

Langue d’origine : anglais

Traducteur : France Camus-Pichon

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 240p

Date de parution : octobre 2015

Présentation de l’éditeur :

À l’âge de cinquante-neuf ans, Fiona Maye est une brillante magistrate spécialiste du droit de la famille. Passionnée, parfois même hantée par son travail, elle en délaisse sa vie personnelle et son mari Jack. Surtout depuis cette nouvelle affaire : Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans atteint de leucémie, risque la mort. Les croyances religieuses de ses parents interdisant la transfusion sanguine qui pourrait le sauver, les médecins s’en remettent à la cour. Après avoir entendu les deux parties, Fiona décide soudainement de se rendre à l'hôpital, auprès du garçon. Mais cette brève rencontre s’avère troublante et, indécise, la magistrate doit pourtant rendre son jugement.
Dans ce court roman, Ian McEwan allie avec justesse la froideur de la justice à la poésie et à la musicalité qui imprègnent la vie des personnages. Dans un style limpide, il crée une ambiance oppressante et fait preuve d’une complexité thématique impressionnante. Les certitudes se dérobent : où s’arrête et où commence l’intérêt de l’enfant?



Mon avis :

Ian McEwan est l’un de ces auteurs contemporains prolifiques et très populaire que j’avais envie de découvrir depuis longtemps. Le thème de ce nouveau roman m’intéressait particulièrement.

Fiona est juge aux affaires familiales à Londres. Cette fonction la confronte quotidiennement à des situations compliquées et souvent dramatiques. Certaines de ces affaires l’ont profondément marquée, comme lorsqu’elle a dû statuer sur le sort de deux bébés siamois et choisir de sauver l’un au détriment de l’autre ou de laisser les deux bébés mourir.

Alors qu’elle traverse une grave crise dans son couple, elle doit statuer sur un nouveau cas. Adam a dix-sept ans et neuf mois, il est atteint d’une leucémie et a besoin d’une transfusion sanguine. Or Adam et ses parents sont Témoins de Jéhovah et sont farouchement opposés à cette procédure. Fiona a pour habitude de trancher dans l’intérêt de l’enfant, mais où est en l’occurrence l’intérêt de l’enfant ? Adam est presque adulte et exprime sa volonté. Faut-il alors respecter sa foi et lui laisser son libre-arbitre ? Ou l’obliger à prendre un traitement qu’il considère comme un péché ?

La thématique choisie par l’auteur est vraiment intéressante. A travers le cas d’Adam, il aborde des questions fondamentales telles que la liberté de l’individu, la place du droit dans la vie des individus, les croyances religieuses dans une société moderne et technologique. Par ailleurs, l’auteur décrit d’autres situations que Fiona a été amenée à juger, des affaires très intéressantes et poussant encore une fois le lecteur à la réflexion.

Fiona est un personnage très attachant et intéressant. L’auteur dresse le portrait d’une femme intelligente, en proie à des tourments professionnels et personnels.

J’ai apprécié cette lecture qui m’a amenée à m’interroger et à en apprendre un peu plus sur une religion dont je ne connaissais pas grand-chose.

J'ai partagé cette lecture avec Jostein



Extrait :

« Cette histoire, se dit Fiona, alors que son taxi s'immobilisait sur Waterloo Bridge à cause d'un embouteillage, était soit celle d'une femme au bord de la dépression nerveuse, qui commettait par sentimentalisme une erreur de jugement en tant que magistrate, soit celle d'un jeune homme qui serait délivré des croyances de sa secte, ou livré à ces mêmes croyances, au nom de l'intime conviction d'une cour laïque. »

Lu dans le cadre du challenge Petit Bac (catégorie ponctuation) et A year in England



D'autres avis chez Clara, Jérôme, Laeti, Violette, Laure,

 

lundi 4 avril 2016

C'est lundi, que lisez-vous ? (14)

Le lundi on retrouve le rendez-vous hebdomadaire organisé par Galleane. Il suffit de répondre à 3 questions :

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ? 

Ariane 

Qu'ai-je lu la semaine dernière ?
J'ai lu L'intérêt de l'enfant de Ian McEwan en lecture commune avec Jostein. 
J'ai également lu le livre surprise que m'a envoyé Daphné lors de notre dernier swap. Il s'agissait de lire en aveugle sans connaître ni le titre, ni l'auteur, ni le sujet du livre. C'est assez déroutant de se lancer dans un livre sans savoir de quoi il s'agit. Mais je dois avouer avoir deviné dès les premières lignes avec le personnage de Jade qui parle de sa mamoune, car je me souvenais que Daphné avait beaucoup aimé ce roman. Il s'agissait de  La grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt

Que lis-je en ce moment 

Je lis Dix petits nègres d'Agatha Christie.

Que lirai-je ensuite ?



Je lirai L'ombre de l'eunuque de Jaume Cabre.

Daphné

Qu'ai-je lu la semaine dernière




J'ai lu  une terre d'ombre de Ron Rash, en lecture commune avec Ariane

Que lis-je en ce moment ?







Je m'apprête à commencer L'embellie de Audur Ava Olafsdottir

Que lirai-je ensuite ?






Je pense lire ensuite Intrépide Marie Chaussette de Marie-Pierre Blanchet

Et vous que lirez-vous cette semaine ?

samedi 2 avril 2016

D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pied - Jon Kalman Stefansson

Par Daphné



















Auteur : Jon Kalman Stefansson
Titre : D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds
Genre : roman
Langue d’origine : islandais
Traducteur : Eric Boury
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 442
Date de parution :  2015

Résumé de l'éditeur:


Elle est plus belle que tout ce qu’il a pu voir et rêver jusque-là, à cet instant, il ne se souvient de rien qui puisse soutenir la comparaison, sans doute devrait-il couper court à tout ça, faire preuve d’un peu de courage et de virilité, pourtant il ne fait rien, comme s’il se débattait avec un ennemi plus grand que lui, plus fort aussi, c’est insupportable, il serre à nouveau les poings, récitant inconsciemment son poème d’amour. Elle s’en rend compte et lui dit, si je dénoue mes cheveux, alors tu sauras que je suis nue sous ma robe, alors tu sauras que je t'aime.» 

Ari regarde le diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le célèbre capitaine et armateur Oddur, alors que son avion entame sa descente vers l’aéroport de Keflavík. Son père lui a fait parvenir un colis plein de souvenirs qui le poussent à quitter sa maison d'édition danoise pour rentrer en Islande. Mais s’il ne le sait pas encore, c’est vers sa mémoire qu’Ari se dirige, la mémoire de ses grands-parents et de leur vie de pêcheurs du Norðfjörður, de son enfance à Keflavík, dans cette ville «qui n’existe pas», et vers le souvenir de sa mère décédée. 

Jón Kalman Stefánsson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d’histoire islandaise. Lorsque Ari atterrit, il foule la terre de ses ancêtres mais aussi de ses propres enfants, une terre que Stefánsson peuple de personnages merveilleux, de figures marquées par le sel marin autant que par la lyre. Ari l’ancien poète bien sûr, mais aussi sa grand-mère Margrét, que certains déclareront démente au moment où d’autres céderont devant ses cheveux dénoués. Et c’est précisément à ce croisement de la folie et de l’érotisme que la plume de Jón Kalman Stefánsson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté.

Mon avis:


Tout d'abord, merci à Ariane qui m'a prêté ce livre et m'a ainsi permis de passer un très beau moment de lecture.


Certaines écritures sont si belles, si puissantes qu'elles priment sur le contenu de l'histoire. Certaines écritures sont si belles que j'en oublierait presque ce que qu'elles racontent. C'est le cas de l'écriture de Jon Kalman Stefansson. durant toute la durée de ma lecture, il ne s'est guère passé plus de quelques pages sans que je ne repère une magnifique citation.  Tout au long de ce livre, je me suis laissée bercer par la plume à la fois poétique et philosophique de l'auteur.


Le narrateur alterne ici l'histoire de  trois époques, de trois générations. A travers l'histoire d'une famille, on se retrouve plongé en plein cœur de l'Islande. Une Islande empreinte de mélancolie, rude et sauvage.

Ce livre nous parle de la dureté de la vie et du temps qui passe :   "Question : Qu'est-ce qui voyage plus vite que la lumière ? Réponse : le temps lui-même. Il nous traverse comme une flèche. Sa pointe acérée fend la chair, les organes et les os, c'est la vie, l'instant d'après, cette pointe ressort en empruntant le même chemin, c'est la mort. Plus vite que la lumière. Il suffit qu'il pleuve pour que passent dix années. Un battement de paupières et vous vieillissez, la nuit de la mort surplombe les montagnes. Le temps va si vite, mais parfois si lentement que, presque, nous suffoquons. Nous sommes à la fois la tortue et le lièvre, arrivons à la fois premier et bon dernier, c'est à n'y rien comprendre. Alors nous disons simplement : Elle a ôté sa robe."


Il nous parle de la vie, de la mort, des paysages islandais, de la pêche, de la situation économique et politique en Islande tout au long d'un siècle. Il nous parle aussi de musique et de rêves.


C'est un très beau livre dont j'ai savouré chaque phrase, me laissant emporter dans l'âpreté des paysages islandais et dans la mélancolie du temps qui passe.



Extrait:  (je ne résiste pas à mettre une longue -sans doute trop longue!- citation afin de vous faire découvrir cette si belle écriture!)


"C'est la réponse que Dieu a trouvée à la mort, voyant qu'il avait échoué à sauver l'être humain de sa fin certaine, il lui a offert cette étrange lumière, cette flamme qui depuis réchauffe les mains de l'homme et le réduit en cendres, change les taudis en palais célestes, les palais grandioses en minables ruines, les réjouissances en solitude. Nous la nommons amour, faute d'avoir trouvé mieux.

L'Histoire de l'homme, de l'humanité tout entière a depuis lors consisté plus ou moins clairement à trouver l'amour, à le goûter, à le haïr, à le désirer, à le fuir, même si c'est sans espoir car cette fuite nous rend amers, nous désespère, nous transforme en pauvres types qui boivent, en vagabonds éternels, en suicidés. La réponse que Dieu a trouvée à la mort. La flamme qui réchauffe les mains, réduit les vies en cendres, ce cadeau qui, à l'aube des temps, fut répandu sur le monde . Fragile et insolent. Il ne vous demande ni votre adresse, ni où vous êtes, à quel endroit du monde ; il fait fi d'être à raison, se fiche d'être à tort, ne s'embarrasse ni de votre situation, ni de votre réputation, ni de vos victoires ou de vos humiliations, tous sont égaux devant lui, il n'en fait qu'à sa tête, nulle part vous n'êtes à l'abri, vous êtes désarmé, vulnérable, rien ne saurait vous protéger, ni la raison, ni les religions, ni toute la philosophie des trois siècles passés, ni l'expérience de vos années, ni les épaisses parois d'un abri atomique, ni l'oubli absolu que procure la boisson. Il n'épargne personne, s'empare aussi aisément d'une jeune fille de seize ans dont le cœur bondit comme celui d'une biche que d'un nonagénaire cacochyme dont le cœur ressemble à celui d'un rhinocéros. Etoile filante et corde de violoncelle, il change le meilleur en pire et le pire en meilleur sans même vous demander si vous êtes marié, si vous êtes heureuse, si votre vie affiche un équilibre enviable et beau ; il peut s'en prendre à vous comme un sauvage, comme un barbare - comme une éruption solaire qui ravage votre vie, et rend les déserts habitables."



                                                Lu dans le cadre du petit bac 2016, catégorie ponctuation



vendredi 1 avril 2016

Une saison à Longbourn - Jo Baker

Par Ariane


Auteur : Jo Baker
Titre : Une saison à Longbourn

Genre : roman

Langue d’origine : anglais

Traducteur : Sophie Hanna

Editeur : Le livre de poche

Nombre de pages : 456p

Date de parution : avril 2015

Présentation de l’éditeur :

Sur le domaine de Longbourn, résident Mr et Mrs Bennet et leurs cinq filles, en âge de se marier. À l'étage inférieur veillent les domestiques. Personnages fantomatiques dans l’œuvre de Jane Austen, Orgueil et préjugés, ils deviennent ici les protagonistes du roman. Mrs Hill, l’intendante, orchestre la petite troupe – son époux, la juvénile Polly, Sarah, une jeune idéaliste qui rêve de s’extraire de sa condition et, le dernier arrivé, James – d’une main de fer. Tous vivent au rythme des exigences et des aventures de leurs patrons bien-aimés. Une fois dans la cuisine, les histoires qui leur sont propres émergent et c’est tout un microcosme qui s’anime pendant qu'Elizabeth et Darcy tombent amoureux au-dessus…



Mon avis :

Ce n’est que l’année dernière que je me suis décidée ce monument de la littérature anglaise qu’est Orgueil et préjugés de Jane Austen. Et comme d’innombrables lecteurs avant moi j’avais à mon tour succombé à l’histoire d’Elizabeth et Darcy. Aussi, n’ai-je pas hésité à acheter le roman de Jo Baker, même si celui-ci a dormi dans ma PAL pendant plusieurs mois.

Les héros de ce roman sont les personnages invisibles, presque anonymes du roman d’Austen, les domestiques de la famille Bennett. L’intrigue de ce roman se déroule en parallèle de celle d’Orgueil et préjugés. On en retrouve les événements marquants qui servent de toile de fond au quotidien des domestiques. Le procédé choisi par Jo Baker est celui des fanfictions qui sont légion sur internet. L’on découvre alors l’envers du décor, le travail considérable que chaque bal ou repas décrit dans le roman donne aux domestiques, leur regard sur la famille et les événements qu’ils vivent. Le décalage est nécessairement marqué entre la vie privilégié et insouciante de la riche famille et le quotidien harassant de leurs serviteurs.

Mrs Hill l’intendante, son époux Mr Hill le majordome, Sarah la femme de chambre et Polly la jeune servante forment une petite famille unie, chacun effectuant sans relâche des travaux épuisants au service des Bennett. Ils sont rejoints par James un valet. On s’attache très vite à ces personnages et à leurs états d’âme. Comme d’autres j’y ai retrouvé également le charme de la série Downton Abbey, mêlant les intrigues de la noblesse et celle de la domesticité.

C’est cette partie que j’ai  préférée, j’ai nettement moins apprécié la seconde partie du roman revenant sur le passé de Mrs Hill et de James, révélant des secrets enfouis dont je n’ai absolument pas vu l’intérêt. Cette partie avait selon moi, un côté par trop dramatique. 
Je reste également sur la réserve sur le traitement des personnages du roman, Elizabeth et Darcy par exemple. Tous deux semblent bien ternes et ennuyeux à mille lieues des fortes personnalités que nous avons pu découvrir avec Jane Austen. 
Je n'ai pas du tout apprécié le retour sur le passé et les secrets de Mr Bennett. J'ai trouvé cette ficelle bien trop grosse et cela a grandement diminué mon intérêt pour le roman.  

Un avis en demi-teinte donc, même si la lecture fut tout de même agréable.



Extrait :

« Mrs Hill était l’esclave de ses maîtres qu’elle considérait comme de petites dieux. Sarah n’avait pas du tout l’intention de devenir comme elle. Pas question. Elle ne se contenterait pas de si eu. Ou plutôt de ce rien. »

Lu dans le cadre du challenge Petit bac (catégorie voyage)


Les avis de Clara, Jostein,  Enna, Kathel,