vendredi 18 juin 2021

Journal d'une sorcière - Celia Rees

 Par Daphné








Autrice : Celia Rees

Titre : Journal d'une sorcière
Genre : roman jeunesse
Langue d’origine : anglais

Traducteur : Jean-Marc Albert
Editeur : Seuil
Date d'édition : 2004
Nombre de pages : 267

Résumé de l'éditeur :

Mars 1659. Parce qu'Elisa Nuttall a été condamnée pour sorcellerie et exécutée, sa petite fille est contrainte de se faire passer pour une puritaine et de s'enfuir en Amérique. De la traversée à la découverte du Nouveau Monde, l'adolescente livre ses péripéties à son journal. Pour décrire un siècle où s'entremêlent étroitement fièvre religieuse et barbarie, Celia Rees a trouvé les accents d'une émotion sobre. Un roman de bruit et de fureur, de sang et de boue, qui entraîne au cœur de l'humain.

Mon avis:

A la suite de la mort de sa grand-mère, condamnée pour sorcellerie, Mary fuit l'Angleterre pour gagner l'Amérique. Se joignant à un groupe de puritains, elle quitte ainsi un pays en pleine guerre civile pour découvrir "le nouveau monde". Mais ce monde là est t-il vraiment plus tolérant ?

J'ai beaucoup aimé ce roman jeunesse qui nous entraîne au cœur du XVIIème siècle. Très bien documenté, il nous conte l'histoire d'une adolescente prise entre les guerres de religion, les chasses aux sorcières, de la découverte d'un autre pays, d'une autre vie. Après une rude traversée en mer, c'est à Salem qu'elle débarque. Salem qui n'a pas encore connu les procès pour sorcellerie mais dont l'histoire de Mary, bien qu'imaginaire, nous annonce les prémices.

 Le livre est présenté comme un témoignage sous forme de journal et même si Mary n'a pas véritablement existé, on pourrait y croire. La période de l'inquisition, les coutumes des puritains, les rudes conditions de traversée en mer sont très bien retranscrites. L'autrice parvient bien à nous faire ressentir l'ironie du sort qui pousse les puritains à fuir leur pays car persécutés et qui reproduisent cette persécution une fois en Amérique. 

Très intéressée par cette période de l'Histoire, je suis tombée sous le charme de ce roman. Il semblerait bien qu'il existe une suite que j'espère découvrir très bientôt!

Extrait :

"Je suis une sorcière. Ou du moins est-ce ainsi que certains m'appellent. "Progéniture du diable", "petite sorcière", siffle-t-on dans la rue, alors que je ne me connais ni père ni mère. Je ne connais que ma grand-mère, Eliza Nuttall ; mère Nuttall pour ses voisins. Elle m'a élevée depuis ma naissance. Même si elle a su qui étaient mes parents, elle ne me l'a jamais dit.
"Fille du roi des aulnes et de la reine des fées, voilà qui tu es.""

mardi 15 juin 2021

Ma reine - Jean-Baptiste Andrea

Par Ariane


Auteur : Jean-Baptiste Andrea

Titre : Ma reine

Genre : roman

Langue d’origine : française

Editeur : L’Iconoclaste

Nombre de pages : 222p

Date de parution : août 2017

 

Mon avis :

Enormes coups de cœur pour Cent millions d’années et un jour et Des diables et des saints, mais je n’avais toujours pas lu le premier roman de l’auteur…

Un été de 1965, dans les Alpes de Haute Provence, vallée de l’Asse. Les habitants sont rares dans ce coin perdu dans les montagnes et les clients encore plus dans la petite station service familiale. Il a douze ans, il a arrêté l’école parce que sa « tête a arrêté de grandir », peu lui importe tant qu’il peut briquer le téléphone en bakélite et servir aux pompes. Mais il est question de l’envoyer loin, alors il part. Où ça ? A la guerre, pour prouver qu’il est un homme. La guerre c’est loin, derrière les montagnes sans doute. La route est longue, mais le chemin s’arrête quand il rencontre Viviane. Sa reine.  

Ah… il sait parler de l’enfance et de l’amitié Jean-Baptiste ! Sur ce plateau isolé, les deux enfants se construisent un monde merveilleux, de palais et de dragons, de jeux en pleine nature, hors du temps. Mais l’amitié, c’est aussi Matti. Le vieux berger silencieux, guide et protecteur. Et la beauté de ces paysages écrasés de soleil.

C’est risqué de se glisser dans la peau d’un enfant, surtout d’un enfant comme celui-là… Mais Jean-Baptiste Andrea le fait avec beaucoup de tendresse et une pointe d’humour. Cet enfant, c’est un autre regard sur le monde, un pas de côté.

J’ai trouvé dans ce premier roman ce qui m’a séduite dans les autres romans de l’auteur. Une douceur, une poésie, une naïveté. Des enfants, innocents malgré la cruauté du monde, la tête pleine de rêves. J’ai aimé ce roman, un peu moins que les suivants peut-être. Il a le charme des premiers romans, mais le ton et la personnalité de l’auteur s’affirment un peu plus ensuite. C’est une bonne nouvelle si chaque livre de Jean-Baptiste Andrea me plaît plus que le précédent !

En tout cas, une fois encore, j’ai refermé ce roman, le cœur empli d’émotions.

 

Extrait :

« C’est le soleil qui m’a réveillé, il appuyait sur mes paupières avec ses pouces chauffés à blanc. J’ai mis un bras en travers de mes yeux pour continuer à dormir. Il y avait un grand calme autour de moi, juste le bruit de l’air qui poussait sur la terre. »

« Je mourais d'envie de dire "Alors ?" mais c'était le genre de mot qui appelait les mauvaises nouvelles, je l'avais appris très tôt. Alors le directeur dit que tu peux plus aller à l'école. Alors ta grand-mère t'aime beaucoup mais elle est partie. Alors non, le père Noël n'existe pas. Des "alors" comme ça, j'en avais une liste longue comme le bras. »

« Il faisait chaud. Ici dans la vallée l'été n'avait pas l'air de savoir qu'il allait bientôt devoir s'en aller. Personne ne lui avait rien dit et il s'était installé confortablement, un peu comme moi, sans penser très loin. »

« Je pense que c'est là, parmi les tiges sèches qui me piquaient les chevilles, que j'ai doucement glissé hors de l'enfance pour devenir un homme. Tout ça, c'était très simple quand on y pensait. Je n'avais qu'à aimer la colère de Viviane autant que son amitié. Elles étaient belles toutes les deux puisqu'elles venaient d'elle. Il suffisait de savoir regarder. »

« Foudre de guerre. Génie. Lumière. C'était tout ce que je n'étais pas, on n'arrêtait pas de me le répéter. Maintenant il faut que je le dise, je suis bizarre. Moi je ne trouve pas, mais les autres oui. »

lundi 14 juin 2021

Près du coeur - Sous la direction de Lysane Grégoire et Marie-Anne Poussart

 Par Daphné








Auteur : Sous la direction de Lysane Grégoire et Marie-Anne Poussart

Titre : Près du coeur, témoignages et réflexions sur l'allaitement

Genre : témoignages
Langue d’origine : français
Editeur : Remue Ménage
Nombre de pages: 432
Date de parution :  2008

Résumé de l'éditeur :

Allaiter, c’est bâtir une relation fondatrice avec son enfant. Dans ce livre, des femmes témoignent de cette expérience intime et unique qui les a réjouies. Elles ont eu à découvrir le geste, à l’apprivoiser, à s’y adapter, dans un contexte où la transmission intergénérationnelle a été interrompue. Leurs récits nous forcent à constater que l’allaitement n’est pas nécessairement simple et facile. Poursuivre l’aventure se décide au quotidien et s’avère parfois une tranche de vie d’où se dégage la force d’un engagement plus profond que la raison. Chacune à sa manière, les mères communiquent la plénitude qu’elles ont ressentie en allaitant.

Quelques spécialistes ajoutent matière à réflexion en nous invitant à explorer des visions encore peu discutées qui peuvent parfois surprendre. Comment arriver à intégrer l’allaitement dans un mode de vie contemporain? Comment cette expérience sensorielle joue-t-elle un rôle fondamental dans le développement du bébé? Que peut-on apprendre des femmes d’origines culturelles différentes? Quels sont nos rapports à la sexualité en lien avec l’allaitement? Comment envisager l’allaitement dans une perspective féministe? Ces propos sont complémentaires à ce qui constitue l’âme de cet ouvrage: la voix des mères qui allaitent.

Mon avis 

Voici un très joli livre qui regroupe une série de témoignages de mamans qui nous parlent de leur expérience d'allaitement avec leurs enfants. Plus de quatre cent pages en tout, on pourrait penser que ces témoignages peuvent être un peu répétitifs mais pas du tout car ils sont d'une grande diversité. Autant de témoignages différents pour souffler à l'oreille du lecteur à quel point chaque expérience d'allaitement est unique, quand bien même on a allaité plusieurs enfants. J'ai aimé découvrir ce livre qui se lit par petites touches, me reconnaissant dans certains passages, m'indignant ou m'attendrissant dans d'autres. 

J'ai aussi beaucoup apprécié les passages donnant la parole à différents spécialistes appartenant au corps médical ou associatif. L'un de ces passages m'a notamment laissée songeuse, celui où une professeure de nutrition raconte la manière dont elle s'est peu à peu intéressée à l'allaitement, nous décrivant ces maternités ou discours des années 60 où tout était fait pour séparer mère et enfant dés la naissance, où l'on croyait et parvenait à faire croire aux femmes que la distance avec leurs nouveau-nés était nécessaire et où une certaine froideur était ainsi enseignée dés le berceau. De quelle manière le discours scientifique est-il, en si peu de temps, pu faire croire aux femmes qu'elles étaient incapables d'allaiter mais également à empêcher ou du moins réprimer leur attachement à leurs bébés tout juste nés ? J'ai frémi en lisant ces lignes où les bébés étaient immédiatement séparés de leur mère et passaient leurs premiers jours en pouponnière, recevant uniquement des soins dits vitaux mais aucune tendresse, où l'on "apprenait" aux mère à entraver le lien qui aurait pu se créer envers elles et leurs bébés... Bien d'autres passages de ce livre ouvrent à une certaine réflexion mais celui-ci m'a particulièrement marquée et je me suis longuement questionné ensuite sur l'impact que tous les discours "séparatistes mère/enfant" ont eu chez ses nouveau-nés. S'ils n'en gardent à l'âge adulte pas un souvenir conscient, quel empreinte cependant demeurent-elles en eux ?

Plus que de simples témoignages, ce livre a quelque chose de puissant, une ode à la maternité, aux premiers instants, difficiles ou paraissant évidents, entre mère et enfants, puis aux instants qui suivent, à ceux que l'on garde en mémoire. Il y a là beaucoup de réflexions sur le lien mère/bébé, sur la manière "occidentale" de voir les bébés et de se comporter avec eux, manière bien différente que dans tant de pays. 

Un livre que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire. J'aimerais maintenant beaucoup lire celui sur la naissance (Au cœur de la naissance) dont nous parle Lysane Grégoire et qui lui a inspiré l'idée de celui-ci.



mercredi 9 juin 2021

Mercreci, c'est le jour des petits : Mon amie la licorne - Briony May Smith

Par Ariane



Autrice et illustratrice : Briony May Smith

Titre : Mon amie la licorne

Editeur : Gallimard jeunesse


Mon avis :

Quand une erreur offre un beau coup de cœur... 

Sur le site de la médiathèque, j'ai réservé ce livre pour ma seconde fille qui aime beaucoup les licornes. Je pensais qu'il s'agissait d'un roman jeunesse mais c'est un album que j'ai récupéré. C'est donc avec mon petit garçon que je l'ai lu (même si sa grande sœur l'a piqué et aimé!). 

Pendant que ses parents déballent les cartons dans leur nouvelle maison, Lily fait un petit tour dans la campagne environnante. Elle assiste alors émerveillée au passage d'une horde de licornes et découvre une petite licorne perdue. En attendant le retour des licornes au printemps, Lily va prendre soin de la petite licorne et nouer une belle amitié avec l'animal extraordinaire. Mais au printemps, la petite licorne doit rejoindre les siens...


 

Quelle jolie histoire ! La belle amitié de Lily et de la licorne, la beauté des illustrations, la profondeur du message... Ôde à la nature, aux animaux libres, aux choses simples, à l'amitié. Grâce à l'histoire de Lily et de la petite licorne, nous avons parlé de la liberté des animaux, du respect et de la bienveillance que nous leur devons, de l'amitié qu'ils peuvent nous offrir. Des sujets qui me tiennent particulièrement à coeur et des valeurs que je tiens à transmettre à mes enfants. 

Un très bel album à lire absolument !



lundi 7 juin 2021

La fille de l'Irlandais - Susan Fletcher

 Par Daphné








Auteur : Susan Fletcher

Titre : La fille de l'Irlandais

Genre : roman

Langue d’origine : anglais

Traducteur : Marie-Claire Pasquier

Editeur : J'ai lu

Nombre de pages : 318

Date de parution : 2013

Résumé de l'éditeur :

Eve Green, huit ans, de père inconnu, sa mère subitement morte, se trouve renvoyée chez ses grands-parents dans un petit village du beau et sauvage pays de Galles. Un univers dur, où les mesquineries et le mépris jalonnent sa vie d'écolière. Un jour, la plus jolie fille de la classe disparaît, et le microcosme villageois se met en ébullition : enquête, soupçons, mensonges, faux témoignages, vengeance, culpabilité - à huit ans, c'est une drôle d'éducation à la vie qui lui tombe dessus. Seuls deux amis réussissent à gagner sa confiance, jusqu'au jour où l'un d'eux disparaît à son tour... Vingt ans plus tard, enceinte de son premier enfant, Eve remet en place, dans la sérénité et dans l'amour, le puzzle de sa vie ; et il en surgit ce magnifique conte d'innocence perdue, de paix et de bonheur retrouvés, de mystères résolus.

Mon avis :

Décidemment, j'aime beaucoup les livres de Susan Fletcher! Celui-ci est son premier, et, tout comme els autres, dénote d'une grande sensibilité. 

A la mort de sa mère, Eve se retrouve chez ses grand-parents au Pays de Galles. Là, elle découvre la malveillance de certains, le trouble qui règne autour de ses origines mais aussi un lieu et des personnes qui marqueront sa vie à jamais. A 29 ans, enceinte, elle déroule ses souvenirs, racontant le Pays de Galles, son arrivée chez ses grand-parents, sa rencontre avec son futur mari mais aussi ses incompréhensions d'enfant et la disparition d'une fillette du village, disparition dont le mystère continue de planer au dessus de tous. 

Nul doute pour moi que Susan Fletcher est une conteuse hors paire. La sensibilité avec laquelle elle nous décrit à la fois les personnages, les paysages et l'histoire, m'ont touchée. J'ai beaucoup aimé le personnage d'Eve, sa manière de voir les choses, ses yeux d'enfants ouverts sur un monde qu'elle ne comprend pas toujours. Le rythme est lent, poétique, les personnages attachants. Tout comme dans ses autres livres, la nature tient une place importante, personnage à part entière du roman. On se croirait presque aux côtés d'Evie en plein cœur du Pays de Galles. 

J'ai bien aimé le fait que tout n'est pas dévoilé à la fin du livre. Un certain mystère plane encore, laissant place à l'imagination. Un livre qui se savoure plus qu'il ne se dévore, empli de petites phrases tendres et sauvages à la fois, teintées de poésie. Si j'ai préféré Un bûcher sous la neige et Les reflets d'argent, j'ai cependant beaucoup aimé ce livre.

Extrait :

" Tout d'un coup, je ne croyais plus aux étoiles, ce n'était plus la peine. Je venais du Pays de Galles, pas du ciel nocturne. Je venais de gens qui avaient les ongles sales et qui parlaient une tout autre langue. C'était une pensée puissante, étrange. Je me sentais comme une perle enfilée sur un collier, une feuille sur un arbre. D'immenses mains invisibles m'emportaient dans une chambre secrète où se trouvaient d'autres personnes qui me connaissaient, et ma mère était parmi eux. Le même sang, les mêmes os. M'attendaient-ils depuis toujours ? Mes ancêtres. "

samedi 5 juin 2021

L'ami - Tiffany Tavernier

Par Ariane

Auteur : Tiffany Tavernier

Titre : L’ami

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Sabine Wespieser

Nombre de pages : 264p

Date de parution : janvier 2021

 

Mon avis :

Imaginez… Découvrir un jour que le voisin, l’ami, que vous pensiez si bien connaître est un monstre, un criminel qui enlève, viole et assassine des adolescentes. Découvrir que son épouse, qui fait de si bons gâteaux, est complice de ces crimes… Découvrir que la maison d’en face où vous avez passé de bons moments, a été le théâtre de ces crimes et que les corps sont enterrés dans le jardin. Inimaginable… C’est ce qui va arriver à Thierry et sa femme Elisabeth.

Elisabeth perd pied, écoutant en boucle les informations qui répètent les noms des disparues, sinistre litanie qui hante le couple. Thierry se perd dans des sentiments contradictoires, colère, culpabilité, honte et déni. Il cherche dans ses souvenirs des indices, des événements, qui prennent une autre signification. Les policiers attendent des réponses, les journalistes assiègent la maison, les curieux les harcèlent et dans chaque regard, Thierry lit une accusation.

Tiffany Tavernier décortique avec beaucoup de justesse le raz-de-marée émotionnel qui déferle sur l’entourage, proche ou moins proche, des criminels. La construction du roman est assez singulière, avec deux parties très différentes l’une de l’autre. La première, décrivant les événements, l’enquête et les interrogations de Thierry, s’apparente à un roman policier, au ton vif et dynamique. Mais la seconde partie, plus introspective, plus intimiste, adopte un rythme lent, c’est le calme après la tempête. Mais dans cette partie, j’ai moins adhéré à certains éléments, dont je n’ai pas perçu l’intérêt. L’histoire et le cheminement de Thierry se suffisaient à eux-mêmes sans y ajouter cette dimension.

Un léger bémol qui ne ternit en rien la force et la singularité de ce roman.